À la veille de ses 106 ans, une Italienne devenue star du festival de Sanremo raconte, en Italie, un quotidien simple et assumé.
Invitée sur la scène du théâtre Ariston, lors de la première soirée du festival de Sanremo en Italie, Gianna Pratesi a captivé le public. Quelques jours après cette apparition très remarquée, la centenaire s’est confiée au journal italien qui la suit sur sa manière de vivre, loin des régimes stricts et des horaires réglés au millimètre.
Une supercentenaire qui assume « être une dormeuse »
À quelques jours de son 106e anniversaire, Gianna Pratesi ne cherche pas à se donner une image idéale. « Je suis une dormeuse », confie-t-elle, avec un ton décrit comme franc et plein de vie par le média italien qui l’a rencontrée. Sa journée commence tard, souvent en début d’après-midi, après une nuit calme et un très long sommeil.
Sa routine suit un rythme qui lui convient, sans obligations inutiles. Elle se couche vers 22 h 30, ce qui lui laisse un après-midi bien rempli, mais sans excès. Pas de sport intensif, pas de planning chargé : quelques habitudes, beaucoup de repos et une attention particulière aux petits plaisirs quotidiens.
Sommeil prolongé, horaires tardifs et plaisirs sucrés : à 106 ans, Gianna Pratesi ne renonce ni au confort ni à la gourmandise.
Son secret personnel : deux glaces par jour et zéro régime
La vie de Gianna Pratesi ne ressemble pas aux manuels de diététique moderne. Chez elle, aucun régime strict. Sa « tata » Zina, qui l’accompagne au quotidien, lui prépare des plats simples et familiaux : bouillon chaud, pâtes à la ligure, viande grillée, poulet ou encore salade russe.
Mais le rendez-vous qu’elle ne manque jamais, c’est celui de la fin de journée. Tous les soirs, cette supercentenaire s’offre le même plaisir :
deux glaces au goût fiordilatte, une spécialité italienne à base de lait doux et crémeux ;
quelques morceaux de chocolat noir.
« Les gâteaux ? Je n’en mange pas, mais les glaces, je me les accorde volontiers », explique-t-elle. Pas question pour elle de supprimer totalement le sucre ou de s’imposer des restrictions qu’elle ne ressent pas comme nécessaires.
Son alimentation reste structurée mais sans obsession de la santé parfaite : des repas classiques, un peu de viande, des préparations traditionnelles, et ce rituel sucré qui clôt chaque soirée. Rien d’extravagant, mais une constance impressionnante pour son âge.
Le moment Sanremo : une standing ovation et un pic d’audience
Si l’Italie parle autant de Gianna Pratesi, c’est avant tout grâce à son intervention à Sanremo, un festival de chanson très suivi dans le pays. Lors de la première soirée au théâtre Ariston, sa présence sur scène a coïncidé avec un pic d’audience de 14,4 millions de téléspectateurs, selon le média italien qui relate la soirée.
Le présentateur Carlo Conti l’a invitée pour un hommage à la République italienne. Il a rappelé que, si Sanremo fête ses 76 ans, la République italienne en compte 80. Il a demandé au public d’applaudir « les hommes et les femmes qui ont perdu la vie (…) pour notre liberté, pour nous donner cette République qui nous permet d’être libres ».
Parmi ces témoins du passé, Gianna occupe une place particulière : elle fait partie des premières femmes italiennes à avoir voté lors du référendum du 2 juin 1946, qui opposait monarchie et République.
« À la maison, on était tous de gauche »
Sur scène, l’échange avec Carlo Conti a marqué les esprits. Le présentateur lui a demandé : « Mais vous, avez-vous voté pour la monarchie ou pour la République ? ».
Gianna Pratesi a répondu sans détour : « Nous étions sûrs à la maison, tous de gauche… », déclenchant les rires et les applaudissements de la salle. Relancée par l’animateur sur le choix exact, elle a tranché avec assurance : « Non, non, République ! ».
À 105 ans, bientôt 106, Gianna Pratesi revendique sans hésitation son vote pour la République italienne en 1946.
Un esprit vif : journaux sportifs et hebdomadaire du vendredi
Sa vivacité d’esprit ne se limite pas à quelques bons mots sur scène. Gianna Pratesi a aussi raconté un autre rituel, intellectuel cette fois : « Je lis le journal tous les matins, la Gazzetta dello Sport, le Venerdì et Il Secolo XIX », a-t-elle déclaré.
Ce trio de lectures en dit long sur sa curiosité :
un quotidien sportif national, centré sur le football et les grands événements sportifs ;
un supplément hebdomadaire consacré aux grands reportages, aux portraits et à la culture ;
un quotidien régional ancré en Ligurie, qui suit l’actualité locale.
À plus de 100 ans, elle continue donc à s’informer, à suivre le sport et la politique, et à garder un lien fort avec sa région d’origine. Un contraste frappant avec l’image d’une très grande vieillesse uniquement tournée vers le passé.
Son message aux jeunes : moins de colère, plus de bienveillance
Invitée par Carlo Conti à donner un conseil aux jeunes générations, Gianna Pratesi n’a pas parlé de nutrition, de performance ou d’argent. Son regard se porte d’abord sur la façon de se comporter avec les autres.
« Ils ne devraient pas être sévères avec les autres et comprendre ce qu’est la vie. Ils ne doivent pas se mettre en colère, parce que, dans la vie, il faut s’aimer », a-t-elle expliqué. Un message simple, mais porté par une femme qui traverse les époques et a vu la guerre, la reconstruction et les bouleversements politiques de son pays.
Pour Gianna Pratesi, la clé ne tient ni dans un régime spécial ni dans une règle magique, mais dans la douceur envers les autres et soi-même.
Ce que dit la science du très grand âge, sans promettre de recette miracle
Les propos de Gianna Pratesi ne prétendent pas définir une méthode universelle pour vivre longtemps. Ils reflètent son expérience personnelle en Italie. Les recherches sur la longévité montrent d’ailleurs qu’aucun « secret » unique ne garantit d’atteindre 100 ans. Les spécialistes évoquent un ensemble de facteurs : génétique, mode de vie, alimentation variée, activité physique adaptée, réseau social et accès aux soins.
Certaines habitudes qu’elle mentionne rejoignent toutefois des constats fréquents chez les centenaires :
Habitude de Gianna Pratesi
Ce que relèvent souvent les études
Sommeil long et régulier
Un repos suffisant favorise la récupération et limite certaines pathologies.
Alimentation simple, plutôt maison
Les repas peu transformés restent généralement associés à une meilleure santé.
La notion de plaisir mesuré contribue au bien-être psychologique.
Lecture quotidienne de journaux
La stimulation intellectuelle soutient les fonctions cognitives.
Vision bienveillante des relations humaines
Un environnement social apaisé réduit le stress chronique.
Les spécialistes de la nutrition rappellent par ailleurs que les glaces et le chocolat noir, consommés en quantité raisonnable et dans le cadre d’un équilibre alimentaire global, restent un choix possible. Le chocolat noir, notamment, contient des composés antioxydants, même si cela ne justifie pas d’en abuser.
Et en France, comment vieillit-on après 100 ans ?
Pour un lecteur français, la trajectoire de Gianna Pratesi fait écho à celle des centenaires de l’Hexagone. La France compte elle aussi plusieurs milliers de personnes de plus de 100 ans, suivies par l’Institut national de la statistique. Leurs parcours montrent souvent quelques points communs : une vie sociale préservée, une alimentation plutôt traditionnelle, et un suivi médical régulier.
Les équivalents français des journaux qu’elle lit se trouvent dans les quotidiens nationaux, les suppléments du week-end et la presse régionale, que de nombreux seniors continuent de consulter chaque matin. Les médecins gériatres en France insistent fréquemment sur trois axes simples :
garder une activité adaptée, même modérée (marche, jardinage, tâches quotidiennes) ;
entretenir le lien social (visites, associations, coups de fil, échanges de voisinage) ;
préserver le plaisir de manger, sans tomber dans des excès répétés.
La situation des très grands âges en France repose aussi sur un maillage d’institutions : maisons de retraite médicalisées, services d’aide à domicile, centres de gériatrie hospitaliers. L’équivalent italien de la « tata » Zina correspond, en France, aux auxiliaires de vie ou aides à domicile qui accompagnent les personnes âgées pour les repas, la toilette ou les activités quotidiennes.
Une figure qui rassure dans un pays en quête de repères
Avec ses phrases directes et ses habitudes assumées, Gianna Pratesi s’est imposée comme une figure rassurante pour de nombreux téléspectateurs italiens. Elle ne promet pas de recette miracle, ne détaille aucun programme bien-être, ne parle pas de performance. Elle raconte simplement une vie longue, rythmée par le sommeil, la lecture, les repas partagés et quelques glaces quotidiennes.
Pour un public français, son témoignage rappelle qu’au-delà des conseils médicaux et des études, chaque personne âgée compose son propre équilibre. Le discours de cette centenaire italienne met l’accent sur une forme de douceur : envers soi-même, envers les autres et face au temps qui passe, sans renoncer aux plaisirs modestes qui donnent du relief aux journées.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Quel est le secret de longévité de Gianna Pratesi ?
Gianna Pratesi n'attribue sa longévité à aucune recette magique unique. Elle combine sommeil prolongé, alimentation simple faite maison, petits plaisirs quotidiens (deux glaces au fiordilatte), lecture régulière et une vision bienveillante des relations humaines.
Combien de glaces mange-t-elle par jour ?
Elle s'offre deux glaces au goût fiordilatte chaque soir, accompagnées de quelques morceaux de chocolat noir. Elle affirme ne pas manger de gâteaux mais se permettre volontiers les glaces.
Comment a-t-elle participé au festival de Sanremo ?
Le présentateur Carlo Conti l'a invitée sur scène du théâtre Ariston lors de la première soirée pour un hommage à la République italienne. Son apparition a attiré 14,4 millions de téléspectateurs et déclenché une standing ovation.
Qu'a-t-elle conseillé aux jeunes générations ?
Elle a recommandé de ne pas être sévère avec les autres, de comprendre ce qu'est la vie, de ne pas se mettre en colère et d'apprendre à s'aimer, considérant la bienveillance comme la clé.
Quel est son rapport à la politique et à l'actualité ?
Elle reste très engagée intellectuellement, lisant quotidiennement la Gazzetta dello Sport, le Venerdì et Il Secolo XIX. Elle se souvient clairement de son vote pour la République italienne en 1946 et revendique ses convictions de gauche.