Aux États-Unis, une chercheuse formée à Harvard propose une grille simple pour comprendre pourquoi certains amis nous épuisent et d’autres nous ressourcent.
Dans un échange relayé par le podcast américain de Mel Robbins, la chercheuse Kasley Killam, présentée comme « experte en amitié » et spécialiste des liens sociaux formée à Harvard, détaille quatre grands styles d’amis. Un cadre qui, selon elle, aide chacun à mieux se connaître et à mieux lire les comportements de son entourage, rapporte le média américain à l’origine de cette mise en avant sur Instagram.
Quatre styles d’amis pour comprendre nos liens
Pour Kasley Killam, toutes les amitiés ne fonctionnent pas sur le même rythme ni avec les mêmes besoins. Elle distingue ainsi quatre styles : le papillon, le timide, la luciole et le persistant (appelé « evergreen » dans sa présentation anglophone). Chaque type se définit surtout par la fréquence des échanges et la profondeur des conversations recherchées.
Les quatre styles reposent sur deux axes : besoin de contacts fréquents ou espacés, et préférence pour les échanges légers ou profonds.
Comprendre où l’on se situe sur ce spectre, et où se situent nos proches, permet selon la chercheuse d’éviter bien des malentendus : vexations, impressions de rejet, sentiment d’être accaparé ou, au contraire, laissé de côté.
Le papillon : l’ami ultra sociable des liens légers
Le premier style décrit par Kasley Killam est celui du papillon. Elle part de l’image bien connue du « papillon social » qui va de fleur en fleur.
Le papillon :
adore les interactions fréquentes et informelles ;
aime discuter avec beaucoup de personnes différentes ;
se sent à l’aise pour lancer une conversation avec des inconnus ;
met facilement les autres à l’aise en soirée ou en groupe.
Dans la nature, rappelle-t-elle, un papillon butine de fleur en fleur. Transposé à la vie sociale, cela donne une personne qui se nourrit de nombreux contacts, sans forcément chercher à aller très loin dans l’intimité avec chacun.
Le papillon, c’est l’ami idéal pour une fête, un afterwork ou un grand dîner où il faut briser la glace rapidement.
Pour un proche plus réservé, ce style peut parfois donner le sentiment que la relation manque de profondeur. Pour le papillon, au contraire, ces échanges variés et légers constituent précisément le cœur de l’amitié.
Le timide : l’ami discret qui se livre peu, mais écoute beaucoup
Deuxième style : le timide, illustré par un dessin de fleurs qui poussent le long d’un mur, avec une floraison ponctuelle. Ce type d’ami préfère les liens rares et choisis.
Le timide :
privilégie quelques relations triées sur le volet ;
met du temps à se sentir à l’aise avec une nouvelle personne ;
se place spontanément dans le rôle d’auditeur plutôt que de grand bavard ;
observe beaucoup et fait preuve d’empathie.
Comme la fleur qui n’apparaît qu’à certaines saisons, cet ami peut rester en retrait la plupart du temps puis, par moments, se dévoiler davantage.
Le timide ne cherche pas l’hyper-fréquence des messages, mais une qualité d’écoute et une sécurité dans la relation.
Pour quelqu’un de très demandeur de contacts, l’attitude du timide peut être mal interprétée comme un désintérêt ou une froideur. Kasley Killam invite au contraire à y voir un style différent, basé sur la retenue et l’observation plutôt que sur la démonstration.
La luciole : l’ami rare mais intensément profond
Le troisième style, la luciole, aime les rencontres espacées, mais à forte intensité émotionnelle. L’image utilisée par la chercheuse est celle des lucioles qui s’illuminent ensemble, puis disparaissent dans la nuit.
La luciole :
apprécie beaucoup la solitude au quotidien ;
voit ses amis moins souvent, mais pour des moments forts ;
déteste le « small talk » et va droit aux sujets intimes ou existentiels ;
« s’allume » en présence de proches, puis a besoin de se retirer.
La luciole n’est pas l’ami qui envoie des messages chaque jour, mais celui qui, une fois présent, va directement aux confidences et aux conversations profondes.
Pour un entourage qui valorise les échanges constants, un tel style peut sembler fuyant. À l’inverse, la luciole risque de se sentir épuisée si on lui demande une présence continue, alors qu’elle a besoin de temps pour elle.
Le persistant : l’ami du quotidien, très connecté à son cercle proche
Dernier style présenté par Kasley Killam : le persistant, comparé à un arbre toujours vert, actif toute l’année. Cet ami recherche à la fois la fréquence et la profondeur.
Le persistant :
reste en contact régulier avec ses amis proches et sa famille ;
privilégie les conversations denses, pas uniquement les banalités ;
a besoin d’échanges fréquents pour se sentir lié aux autres ;
se nourrit affectivement de ces interactions continues.
Le persistant vit ses relations comme une présence constante : messages, appels, discussions intenses… il est « toujours là » pour ses proches.
Face à quelqu’un de plus indépendant, ce style peut parfois paraître envahissant. À l’inverse, entre deux persistants, le lien devient souvent très serré, presque familial.
À quoi servent vraiment ces catégories ?
Mel Robbins explique reconnaître ces styles chez plusieurs de ses propres amis. Elle interroge alors Kasley Killam : à quoi bon coller une étiquette à chacun ? La chercheuse répond que cette typologie crée avant tout un miroir utile sur soi-même.
Elle met en avant plusieurs intérêts :
identifier ses préférences sociales et son « confort relationnel » ;
choisir les contextes où l’on se sentira le plus à l’aise (grandes soirées, tête-à-tête, conversations profondes, etc.) ;
limiter les malentendus avec ses proches en comprenant leur style ;
éviter de tout prendre personnellement : silence, fréquence des messages, besoin d’espace.
Dans les commentaires sur Instagram, de nombreux internautes disent se reconnaître dans un style précis et y voir une clé pour mieux accepter leurs propres besoins. L’une d’elles estime que cela peut aider à « accepter ses amis tels qu’ils sont ou à choisir des amis qui nous ressemblent davantage ».
Forces et défis de chaque style d’ami
Dans un message résumant sa démarche, Kasley Killam insiste sur le fait que chaque style comporte des atouts et des difficultés. Aucun n’est présenté comme supérieur aux autres.
Papillon, timide, luciole ou persistant : chaque profil a des qualités fortes et des fragilités à apprivoiser, pour soi et pour les autres.
Par exemple :
le papillon réchauffe l’ambiance et crée des liens rapidement, mais peut peiner à entretenir des relations très profondes avec tout le monde ;
le timide offre une vraie écoute, mais peut être perçu comme distant ou absent s’il prend du temps à s’ouvrir ;
la luciole apporte des échanges puissants et sincères, mais son besoin de retrait peut dérouter ;
le persistant incarne la fiabilité et la proximité, mais peut se sentir rejeté si l’autre a besoin de davantage d’espace.
Dans les réactions relevées par le média américain, plusieurs internautes estiment que ces catégories peuvent évoluer selon la période de vie ou le contexte. L’un d’eux affirme que son style change « selon la saison de la vie et les circonstances du moment », montrant que ces profils restent des repères, pas des cases rigides.
Et en France, comment ce cadre peut-il être utile ?
Pour un lecteur français, cette grille américaine peut servir d’outil pratique dans un contexte où les études soulignent régulièrement l’isolement social ou la difficulté à maintenir des amitiés à l’âge adulte. Sans relever d’une institution officielle ou d’un dispositif d’aide, cette approche s’apparente à un outil de compréhension de soi, proche de ce que proposent certains psychologues ou coachs relationnels.
En France, les professionnels de la psychologie individuelle ou de couple, les centres médico-psychologiques ou les associations de soutien social (par exemple les structures de quartier ou les associations de prévention) insistent souvent sur la diversité des tempéraments : extraversion, introversion, besoin d’intimité, besoin de groupe. Les quatre styles décrits par Kasley Killam offrent un langage simple pour parler de ces différences dans la sphère amicale, sans diagnostic médical ni jargon technique.
Utiliser ces catégories peut aider à formuler une demande claire : « j’ai besoin de te voir souvent », « j’ai besoin qu’on parle en profondeur, même si c’est moins fréquent ».
Dans un cadre français, cette approche peut par exemple être mobilisée :
dans les échanges avec un psychologue, pour décrire sa manière de vivre l’amitié ;
au sein d’un couple, pour parler du cercle social et des attentes respectives ;
en milieu scolaire ou universitaire, pour sensibiliser aux différents besoins relationnels et limiter les jugements hâtifs sur ceux qui sortent moins ou, au contraire, multiplient les soirées.
Comment se situer et en faire quelque chose de concret
Pour un lecteur qui s’interroge sur sa propre place, un premier pas consiste à observer deux choses : à quelle fréquence il aime voir ses amis, et quelle profondeur de conversation le met à l’aise. Ces deux éléments suffisent déjà à se repérer grossièrement entre papillon, timide, luciole et persistant.
Un exercice simple peut aider :
penser à la dernière rencontre amicale qui a réellement fait du bien ;
noter s’il s’agissait d’un grand groupe ou d’un petit comité ;
se demander si les sujets abordés étaient plutôt légers ou très personnels ;
observer ensuite combien de temps il a fallu pour ressentir le besoin de revoir quelqu’un.
Ces quelques questions permettent souvent de repérer son style dominant. Rien n’empêche ensuite d’évoluer ou de combiner les traits : certains se reconnaissent papillon dans le cadre professionnel, mais luciole avec deux ou trois amis proches.
La typologie de Kasley Killam rappelle enfin un point simple : beaucoup de tensions amicales viennent d’un décalage de rythme plutôt que d’un manque d’affection. Exprimer clairement son style, par exemple en disant que l’on a besoin d’espace entre deux rendez-vous ou, au contraire, de contacts fréquents, peut désamorcer des malentendus avant qu’ils ne se transforment en rupture silencieuse.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.