En Allemagne, un PV peut désormais arriver 6 mois après l’infraction : délai doublé, trafic de points puni jusqu’à 30 000 euros et voitures-scanners contre les mal garés
En Allemagne, plusieurs réformes du code de la route durcissent les règles pour les conducteurs, avec des sanctions plus lourdes et des contrôles renforcés.
Le site d’actualité en anglais The Local Germany annonce une série de changements importants pour les automobilistes allemands : fermeture d’une faille juridique sur l’échange de points, allongement du délai pour recevoir un procès-verbal et nouveaux outils technologiques pour traquer les infractions de stationnement. Des mesures qui pourraient surprendre plus d’un conducteur français habitué à circuler de l’autre côté du Rhin.
Une faille juridique sur l’échange de points comblée
En Allemagne, comme en France, les conducteurs disposent d’un permis à points. Jusqu’à présent, une brèche dans la loi permettait à certains automobilistes de « négocier » ces points, en les faisant endosser par une autre personne afin d’éviter des sanctions sur leur propre permis.
Concrètement, un conducteur flashé pour excès de vitesse pouvait déclarer qu’un proche ou un tiers se trouvait au volant au moment des faits, ce qui transférait la responsabilité de l’infraction, et donc les points, sur une autre personne. Des réseaux organisés s’étaient même spécialisés dans ce trafic, moyennant une rémunération.
Les autorités allemandes ferment cette possibilité d’échange de points, désormais assimilée à une fraude sérieusement réprimée.
La réforme annoncée vise à rendre cette pratique nettement plus risquée. Le transfert mensonger de points est requalifié en infraction grave. Les automobilistes qui y recourent, comme ceux qui se proposent de prendre les points à leur place, s’exposent à des sanctions financières particulièrement élevées.
Jusqu’à 30 000 euros d’amende pour trafic de points
Le cœur de la nouvelle politique allemande repose sur un alourdissement spectaculaire des amendes. Le trafic de points sur le permis peut désormais entraîner une sanction jusqu’à 30 000 euros pour les cas les plus graves, selon The Local Germany.
Cette somme vise clairement à dissuader la création de véritables « marchés parallèles » autour des infractions routières. Les autorités considèrent que ce commerce fausse la prévention routière et vide de son sens le système de permis à points.
Un automobiliste qui vend ses points prend le risque d’une amende très élevée.
La personne qui achète ou accepte de prendre les points peut également être poursuivie.
Les intermédiaires organisant ces échanges encourent les mêmes sanctions, avec la possibilité de poursuites pénales.
Pour les conducteurs français qui circulent régulièrement en Allemagne, ce durcissement signifie qu’un simple « arrangement » entre amis ou au sein de la famille peut se transformer en affaire très coûteuse. Les forces de l’ordre et les services administratifs allemands devraient également intensifier les contrôles pour repérer les déclarations suspectes.
Un PV qui peut tomber jusqu’à six mois après l’infraction
L’autre changement majeur concerne le délai légal d’envoi des procès-verbaux. En Allemagne, la loi prévoyait jusqu’ici un délai relativement court pour notifier l’auteur d’une infraction au code de la route.
Désormais, ce délai est doublé : un conducteur pourra recevoir un avis de contravention jusqu’à six mois après l’infraction commise. Cela vaut notamment pour les excès de vitesse, les franchissements de feu rouge ou d’autres comportements constatés par des radars automatiques ou des systèmes de contrôle vidéo.
Un flash ou un contrôle routier en Allemagne pourra avoir des conséquences administratives plusieurs mois plus tard, même si l’automobiliste a déjà oublié l’incident.
Pour un lecteur français, cela contraste avec les habitudes liées aux contraventions reçues souvent sous quelques semaines. En Allemagne, il devient plus difficile de se dire « c’est passé, je n’ai rien reçu, je suis tranquille ». Le risque reste ouvert plus longtemps, ce qui renforce l’effet dissuasif des contrôles.
Des voitures-scanners pour traquer les mal garés
Outre la question des points et des délais, les autorités allemandes modernisent également leurs outils de contrôle. Selon The Local Germany, des véhicules équipés de systèmes de lecture automatisée des plaques d’immatriculation – de véritables « voitures-scanners » – vont patrouiller pour repérer les stationnements irréguliers.
Ces véhicules parcourent les rues, scannent en continu les plaques et comparent les données recueillies avec les registres de stationnement payant ou les autorisations délivrées par les communes. En quelques secondes, un stationnement expiré, non payé ou interdit peut être détecté.
Repérage des véhicules garés sans ticket valide dans les zones payantes.
Contrôle des stationnements gênants dans les rues étroites ou sur les passages piétons.
Identification plus rapide des voitures ventouses laissées plusieurs jours au même endroit.
Les voitures-scanners promettent un contrôle beaucoup plus systématique du stationnement, avec un risque accru de PV pour les automobilistes négligents.
Pour les municipalités allemandes, cet outil permet d’optimiser l’occupation de l’espace public et de faire respecter les règles de stationnement, sans multiplier le nombre d’agents à pied. Pour les conducteurs, la tolérance diminue nettement : la probabilité de passer au travers des mailles du filet devient beaucoup plus faible.
Ce que cela change pour les automobilistes français en Allemagne
De nombreux Français traversent ou visitent l’Allemagne en voiture, que ce soit pour des vacances, des déplacements professionnels ou du transit vers d’autres pays. Ces nouvelles mesures les concernent directement.
D’abord, les conducteurs immatriculés en France restent soumis aux règles allemandes lorsqu’ils circulent sur place. Un excès de vitesse, un stationnement irrégulier ou une infraction constatée par radar ou voiture-scanner peut donner lieu à un PV envoyé en France grâce à la coopération administrative entre les deux pays.
Ensuite, l’allongement du délai de six mois signifie qu’un automobiliste français peut recevoir une contravention allemande longtemps après son retour, parfois sans se souvenir précisément de l’infraction. Il devient prudent de conserver les preuves de paiement de stationnement ou de péage, ainsi que les documents liés à la location de véhicule, pendant plusieurs mois.
Enfin, toute tentative d’« arrangement » autour des points, même entre proches, s’expose aux mêmes risques que pour les résidents allemands, dès lors qu’il s’agit de déclarations mensongères aux autorités. Le simple fait de désigner volontairement une autre personne que le véritable conducteur peut être assimilé à une fraude.
Règles et contrôles : la situation en France
En France, le permis à points fonctionne sur un principe proche de celui de l’Allemagne : chaque infraction entraîne un retrait de points, récemment consultables en ligne. Transférer volontairement une infraction à quelqu’un d’autre en fournissant de fausses informations à l’administration peut déjà constituer un délit, passible de poursuites. Cette pratique est régulièrement dénoncée par les autorités françaises.
Concernant les délais, le système français prévoit également une période pour identifier le conducteur et notifier l’amende, avec des règles spécifiques selon qu’il s’agit d’une amende forfaitaire, majorée ou d’une procédure plus lourde. Les conducteurs reçoivent souvent leur PV dans un délai relativement court, sans que les durées soient strictement identiques à celles adoptées en Allemagne.
Pour le stationnement, de nombreuses villes françaises utilisent déjà des véhicules équipés de caméras pour contrôler les zones payantes, parfois opérés par des sociétés privées mandatées par les communes. Ces systèmes scannent les plaques et vérifient si le paiement a été effectué, avec à la clé un forfait de post-stationnement en cas de non-paiement. La démarche allemande s’inscrit donc dans une tendance déjà bien présente en France.
Quelles précautions pour un conducteur français à l’étranger ?
Un automobiliste français qui circule en Allemagne a intérêt à adopter quelques réflexes simples :
Respecter scrupuleusement les limitations de vitesse, souvent variables selon les tronçons d’autoroute.
Payer systématiquement le stationnement dans les zones réglementées et conserver les justificatifs.
Vérifier les panneaux spécifiques, notamment dans les grandes villes où les règles peuvent changer selon les quartiers.
Éviter toute fausse déclaration sur l’identité du conducteur en cas d’infraction constatée.
Le renforcement des sanctions et l’usage accru de technologies de contrôle montrent que l’Allemagne veut s’attaquer à la fois aux comportements dangereux et aux petites infractions du quotidien. Le permis à points y devient un outil de plus en plus central pour réguler la conduite et responsabiliser les automobilistes.
Pour un lecteur français, ces évolutions illustrent une tendance commune en Europe : allonger les délais de poursuite, harmoniser les échanges de données entre pays et recourir davantage à la technologie, que ce soit avec des radars plus sophistiqués ou des véhicules-scanners. Circuler à l’étranger impose donc d’être attentif non seulement aux limitations de vitesse, mais aussi aux différences de procédures et de sanctions, parfois plus lourdes qu’attendu.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.