EUROTEL

Près de 25 villes d’Autriche, dont Vienne, Salzbourg et Graz, veulent filtrer l’accès à leur centre par caméra : jusqu’à 726 euros d’amende, étrangers compris

Plusieurs grandes villes d’Autriche préparent un filtrage strict de la circulation dans leurs centres, via des caméras lisant les plaques d’immatriculation.

Selon le média autrichien en ligne qui relaie cette réforme, l’Autriche s’est dotée d’un cadre légal permettant aux villes de restreindre par caméra l’accès à leurs centres-villes et à certains quartiers sensibles. Les conducteurs étrangers sont explicitement concernés par ce futur dispositif, qui pourra entraîner des amendes élevées en cas d’infraction.

Un nouvel outil pour des centres-villes apaisés en Autriche

Depuis mai 2026, une modification du code de la route autrichien (l’équivalent de la réglementation routière française) autorise la surveillance des accès à certaines zones par des caméras. Objectif affiché : réduire le trafic dans les centres-villes et améliorer la qualité de vie, dans la lignée de ce qui existe déjà dans d’autres pays européens.

Les villes autrichiennes pourront ainsi limiter la circulation dans des périmètres définis, essentiellement les hypercentres. L’idée est de transformer ces espaces en zones apaisées, avec moins de voitures et un meilleur partage de la rue.

Environ 25 villes autrichiennes, dont Vienne, Salzbourg, Linz et Graz, envisagent d’installer des contrôles d’accès automatisés par caméra dans leurs centres.

Le dispositif ne se limite pas à une seule agglomération : aux côtés de Vienne, des villes comme Salzbourg, Graz, St. Pölten ou Leoben ont déjà manifesté leur intérêt pour ce nouveau système de gestion du trafic. Chacune pourra décider où et quand instaurer ces zones de circulation restreinte.

Qui aura encore le droit d’entrer dans ces zones filtrées ?

Les accès aux quartiers concernés ne seront pas totalement interdits, mais fortement encadrés. Ne seront autorisés à entrer que certains profils clairement identifiés :

  • les habitants du périmètre concerné ;
  • les véhicules de secours et d’intervention (police, pompiers, ambulances) ;
  • les livraisons et certains services professionnels ;
  • les taxis ;
  • les deux-roues motorisés légers comme les motos et les scooters, qui sont exclus du champ de la surveillance prévue.

Les autres conducteurs, qu’ils soient autrichiens ou étrangers, devront rester à l’extérieur de ces zones, sauf si un accès exceptionnel est prévu par la ville (par exemple pour certains résidents non enregistrés ou des services spécifiques). Les règles précises dépendront de chaque commune, ce qui nourrit déjà des critiques.

Comment fonctionnera la surveillance par caméra ?

Le cœur du système repose sur une lecture automatisée des plaques d’immatriculation. À chaque entrée dans la zone, une caméra enregistre la plaque et l’associe à une base locale de véhicules autorisés.

Seules les plaques d’immatriculation seront enregistrées et comparées à une liste locale de véhicules autorisés, selon le ministère autrichien de la Mobilité.

Cette base contiendra, par exemple, les plaques des résidents, des véhicules d’urgence, des entreprises de livraison ou des taxis. Si la plaque détectée ne figure pas dans la liste, l’entrée est considérée comme illégale et une procédure de sanction peut être engagée.

Pour éviter toute confusion, les autorités prévoient une signalisation renforcée à l’entrée de ces zones. Les panneaux seront accompagnés d’un symbole de caméra, ainsi que d’un marquage spécifique au sol. Le principe rappelle les « zones à trafic limité » des centres historiques italiens, largement connues des touristes.

Des amendes salées, y compris pour les touristes

Le système est pensé pour reconnaître aussi les plaques étrangères. Les conducteurs venant d’autres pays, France comprise, ne bénéficieront donc d’aucune tolérance particulière en cas d’infraction.

Type de violation Montant de l’amende maximale
Entrée non autorisée dans une zone contrôlée Jusqu’à 726 €
Récidive ou infraction jugée particulièrement grave Jusqu’à 2 180 €

Ces montants, prévus par le droit autrichien, placent la sanction parmi les plus élevées d’Europe pour ce type d’infraction de circulation. Les modalités pratiques d’envoi des contraventions aux étrangers ne sont pas détaillées dans la source, mais la capacité technique à lire les plaques non autrichiennes est clairement mentionnée.

Les automobilistes étrangers pourront eux aussi être sanctionnés, avec des amendes allant jusqu’à 726 euros pour une entrée non autorisée.

Pour les vacanciers ou professionnels qui se rendent en Autriche en voiture, l’enjeu sera donc d’identifier ces zones avant de s’en approcher, sous peine de recevoir une facture très salée après le séjour.

Vienne espère réduire d’un tiers le trafic dans son centre historique

La capitale autrichienne figure parmi les principales promotrices de ce dispositif. Une étude de faisabilité menée par la ville estime qu’un contrôle d’accès par caméra pourrait réduire fortement les flux dans le 1er district, le cœur historique de Vienne.

  • Baisse d’environ un tiers des entrées de véhicules dans le 1er district ;
  • Diminution d’environ un quart de l’occupation des places de stationnement ;
  • Mise en service envisagée pas avant 2028, notamment à cause des procédures européennes d’appel d’offres pour la technologie et les logiciels.

Pour la mairie, ces chiffres laissent espérer des rues moins saturées, moins de bruit et une meilleure qualité de l’air dans l’hypercentre. La réforme s’inscrit clairement dans une stratégie de long terme en faveur d’une ville plus piétonne et plus cyclable.

Où les caméras ne seront-elles pas utilisées ?

Le gouvernement autrichien fixe tout de même certaines limites. Il ne prévoit pas, par exemple, d’installer des caméras uniquement pour contrôler :

  • les voies de bus ;
  • les trottoirs et pistes cyclables ;
  • les zones piétonnes, en tant que mesure isolée.

Seule exception : les « rues scolaires », c’est-à-dire les axes autour des écoles, où la réduction de la circulation est considérée comme prioritaire pour protéger les enfants. Sur ces tronçons, une surveillance spécifique par caméra pourra être mise en place pour limiter fortement le passage des voitures aux heures d’entrée et de sortie des classes.

L’ÖAMTC redoute un « patchwork » de zones et des abus

Le grand club automobile autrichien, l’ÖAMTC, alerte déjà sur plusieurs risques. Il juge notamment problématique l’absence de règles uniformes au niveau national sur la définition de ces zones et sur les catégories de véhicules autorisés à y pénétrer.

L’ÖAMTC craint une multiplication de zones mal harmonisées et un usage de l’outil à des fins principalement financières par certaines villes.

L’organisation redoute un « foisonnement » de périmètres d’interdiction, avec des règles différentes d’une ville à l’autre, et des automobilistes – locaux comme étrangers – qui peineraient à s’y retrouver. Elle pointe aussi l’exemple de certains centres historiques italiens, où les zones limitées ont parfois été perçues comme un moyen de générer des recettes grâce aux amendes.

Enfin, l’ÖAMTC souligne le risque d’un manque de clarté sur les droits d’accès de certaines catégories de professionnels ou de visiteurs, ce qui pourrait entraîner un mécontentement important et un sentiment d’injustice chez les usagers.

Quelles garanties sur la protection des données ?

Selon le ministère autrichien de la Mobilité, seule la plaque d’immatriculation serait enregistrée, sans collecte d’informations personnelles supplémentaires. Les autorités affirment ainsi qu’il n’y aurait pas de conflit avec le règlement européen sur la protection des données, puisque l’identification du conducteur ou du propriétaire ne serait pas systématiquement rattachée à l’image captée.

Concrètement, les données de plaques serviraient à vérifier si le véhicule est autorisé ou non. En cas d’entrée régulière, la donnée n’aurait pas vocation à être conservée durablement. En cas d’infraction, elle alimenterait la procédure de sanction prévue par la loi autrichienne.

Ce que cela change pour un automobiliste français en Autriche

Pour un conducteur habitué aux règles françaises, ce dispositif se rapproche des « zones à faibles émissions mobilité » (ZFE) ou de certaines zones piétonnes très contrôlées, mais avec un volet technologique plus poussé et des amendes potentiellement plus lourdes.

En France, l’accès restreint à certains secteurs urbains repose plutôt sur la signalisation, les vignettes Crit’Air ou des interdictions horaires, avec des contrôles ponctuels par les forces de l’ordre. En Autriche, les caméras joueront un rôle central : chaque passage illégal pourra théoriquement être détecté, sans présence humaine.

Pour un touriste français qui roule en Autriche, les points clés à retenir sont :

  • bien repérer les panneaux annonçant une zone de circulation restreinte par caméra ;
  • éviter de pénétrer dans un centre-ville sans être certain d’y être autorisé ;
  • se renseigner en amont, notamment dans les hébergements, sur les règles locales d’accès en voiture.

Ce type de système peut aussi avoir des effets domino sur l’organisation d’un séjour : recours accru aux parkings relais à l’extérieur des villes, usage plus fréquent des transports publics, ou encore choix d’hébergements avec solutions de stationnement clairement identifiées.

Une tendance lourde en Europe vers des centres moins accessibles en voiture

Le projet autrichien illustre une évolution déjà bien engagée en Europe : limiter l’accès des voitures aux centres urbains, que ce soit pour réduire la pollution, le bruit ou l’accidentologie. L’outil change – ici, une surveillance par caméra systématique – mais l’objectif reste le même : réserver les rues centrales aux habitants, aux services essentiels et aux mobilités dites « douces ».

À terme, ce type de dispositif pourrait modifier les habitudes de déplacement des résidents comme des visiteurs. Il peut aussi encourager le développement de transports publics plus attractifs et de solutions de logistique urbaine adaptées, par exemple des livraisons en horaires restreints ou via des véhicules plus légers.

Pour les automobilistes, le principal risque réside dans la méconnaissance des règles locales et la confiance excessive dans les systèmes de navigation, qui ne signalent pas toujours ces zones. La vigilance sur la signalisation et l’anticipation des itinéraires deviennent alors des réflexes indispensables pour éviter des amendes particulièrement coûteuses.

Défiler vers le haut