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Non, vous n’avez pas à être heureux et performant en permanence : la psychologie explique pourquoi cette pression nous épuise

Aux Pays-Bas, un psychologue invite à ne pas transformer chaque période difficile en course immédiate vers la réussite.

Publié le 21 juin 2018 par le média en ligne néerlandais LINDA., ce témoignage de Lennart Klipp questionne une injonction très présente dans nos vies : rester motivé, heureux et efficace, y compris lorsque tout semble bloqué.

La pression de devoir toujours aller bien

Les périodes de doute, de fatigue ou de déception font partie de la vie. Pourtant, elles sont souvent vécues comme des échecs personnels. Il faudrait vite rebondir, retrouver de l’énergie, se fixer de nouveaux objectifs et afficher une attitude positive.

Lennart Klipp, psychologue et coach, estime que cette quête immédiate du bonheur ou de la réussite peut devenir contre-productive. Lorsqu’il écrivait son propre livre, il s’est lui-même retrouvé confronté à un manque d’élan. Ses conseils habituels sur la motivation et le développement personnel ne lui ont alors pas apporté la réponse attendue.

Selon Lennart Klipp, vouloir retrouver au plus vite le bonheur et le succès peut conduire à passer au-dessus de ses propres émotions.

Le psychologue explique avoir commencé à ressentir une aversion pour les ouvrages de développement personnel qu’il lisait, alors même qu’il était en train d’en écrire un. Il pensait suivre une norme : celle qui pousse à proposer des méthodes pour devenir plus efficace et plus performant.

Face à son blocage, il s’est posé une question directe : que peut-on encore transmettre lorsque l’on n’arrive pas soi-même à appliquer ses propres conseils ? Cette expérience l’a conduit à s’intéresser non plus seulement à la motivation, mais aussi à la démotivation et au manque de direction personnelle.

Accepter de tâtonner plutôt que forcer

Lennart Klipp appelle ce processus le fait de « tâtonner ». Dans certaines situations, cette phase ne peut pas être évitée. Une difficulté professionnelle, une déception ou un projet qui n’avance plus demandent parfois du temps avant de laisser apparaître une issue.

Dans son ouvrage, le psychologue s’éloigne donc de l’idée selon laquelle une personne devrait rapidement redevenir heureuse et performante après un revers. À ses yeux, les déceptions doivent d’abord être traversées et assimilées.

« Nous devons nous autoriser à ne pas être heureux et performants pendant un moment », affirme le psychologue Lennart Klipp.

Cette approche commence, selon lui, par deux étapes : prendre conscience de ce qui se passe et accepter la situation présente. Il ne s’agit pas de renoncer à avancer ni de faire de l’immobilité un objectif. L’idée est plutôt de ne pas exiger de soi une réponse immédiate lorsqu’une période difficile survient.

Des signaux qui ne méritent pas d’être étouffés

La frustration, la lassitude et la perte de motivation peuvent signaler qu’une situation ne convient plus, qu’un rythme est devenu trop lourd ou qu’une attente mérite d’être réévaluée. Les traiter uniquement comme des obstacles à éliminer peut empêcher de comprendre ce qu’ils révèlent.

  • Un blocage peut indiquer qu’un objectif doit être revu.
  • Une baisse d’énergie peut inviter à ralentir temporairement.
  • Une déception peut demander un temps d’adaptation avant toute décision.
  • Le besoin de ne rien résoudre tout de suite peut être légitime.

Cette permission de ralentir reste difficile à s’accorder dans une société où la réussite visible occupe une place importante. Lennart Klipp juge qu’un tabou entoure encore le fait d’avoir des difficultés ou de ne pas se sentir heureux pendant un temps.

Pourquoi l’acceptation peut libérer la réflexion

Le psychologue raconte avoir constaté un changement lorsqu’il a accepté d’être bloqué dans l’écriture. Cette acceptation lui a permis de dégager de l’espace mental pour penser à autre chose. C’est à ce moment-là qu’il a pu s’interroger sur ce qu’il désirait réellement.

La nuance est centrale : accepter une émotion désagréable ne revient pas à l’approuver, ni à s’y enfermer. Cela consiste à reconnaître son existence, sans s’infliger en parallèle l’obligation de la faire disparaître immédiatement.

Cette logique peut s’appliquer à des situations ordinaires. Une personne déçue après un refus professionnel peut ressentir le besoin de souffler avant de relancer une recherche. Quelqu’un qui ne parvient plus à avancer sur un projet peut d’abord identifier ce qui l’épuise : la charge de travail, la peur de l’échec, un manque de soutien ou un objectif devenu trop flou.

En France, quand demander de l’aide devient nécessaire

En France, la souffrance psychique peut être abordée avec un médecin traitant, un psychologue ou un psychiatre. Le médecin traitant peut évaluer la situation et orienter vers le professionnel adapté. Un psychologue accompagne notamment le vécu émotionnel et les difficultés relationnelles ; un psychiatre est un médecin spécialisé en santé mentale.

Accorder du temps à une période de découragement ne doit pas conduire à rester seul face à une détresse qui s’installe. Lorsque la tristesse, l’anxiété, l’épuisement ou la perte d’intérêt deviennent durables et perturbent fortement la vie quotidienne, solliciter un professionnel de santé constitue une démarche utile.

En cas d’idées suicidaires ou de danger immédiat, il faut contacter sans attendre les services d’urgence. En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, accessible à toute heure.

Sortir de la comparaison permanente

La pression d’être heureux et performant s’alimente aussi de la comparaison avec les autres. Les réussites affichées, les objectifs atteints et les vies apparemment maîtrisées donnent facilement l’impression que chacun avance sans hésitation. Or, les moments de flottement sont rarement montrés.

Une pratique simple consiste à distinguer ce qui dépend réellement de soi de ce qui échappe à son contrôle. Il est possible de consacrer un temps limité à une tâche, de demander un retour ou de faire une pause. Il est impossible de garantir à soi seul un résultat parfait, l’absence totale de doute ou une motivation constante.

Faire une place aux périodes imparfaites

Le message porté par Lennart Klipp ne valorise pas l’échec pour lui-même. Il rappelle plutôt qu’une période improductive n’efface ni les compétences ni les réussites passées. Elle peut aussi précéder une réorientation, une décision plus juste ou la formulation d’un besoin longtemps ignoré.

Avant de chercher une nouvelle méthode pour aller mieux, le psychologue invite donc à s’accorder un temps honnête : celui de se sentir mal, de reconnaître une déception et de tâtonner un peu. Pour lui, c’est souvent dans cet espace moins exigeant que la réflexion peut reprendre sa place.

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