Le soleil tombe doucement, la circulation se densifie, les voitures s’alignent au feu rouge. Il s’arrête à côté d’une file de scooters, attend deux secondes… puis coupe ses feux. Juste pour « économiser un peu » et passer plus discret. Un geste machinal, presque banal. Il se dit qu’il rallumera en repartant, comme d’habitude.
La voiture de police garée quelques mètres plus loin ne lui saute pas tout de suite aux yeux. Les agents, eux, voient immédiatement la moto à l’arrêt, moteur allumé, feux éteints. Contrôle, discussion brève, contravention. 135 euros pour quelques secondes de négligence. Sur le moment, Paul a cette pensée qu’on a tous : « Franchement, c’est exagéré. » Et pourtant, la loi est limpide. Une erreur minuscule, qui coûte cher. Très cher.
Cette petite habitude qui peut vous coûter 135 euros
Nous connaissons tous ce moment où, à un feu rouge, on relâche un peu la pression. On enlève une main du guidon, on regarde le ciel, on vérifie son portable d’un œil. Certains en profitent pour faire un geste qui semble anodin : éteindre les feux de croisement à l’arrêt. Parfois pour « ne pas éblouir » la voiture devant, parfois juste par habitude. Sur une moto moderne, tout paraît tellement simple que l’on en oublie les règles de base.
Dans le Code de la route, la règle est pourtant claire : un deux-roues à moteur doit circuler *et stationner* feux allumés dès que la visibilité baisse ou que les conditions l’imposent. Et dans la pratique, nombre de motards coupent leurs feux à un feu rouge, dans un tunnel, sous la pluie, ou même la nuit sur un arrêt minute. La police, elle, ne voit pas un petit geste innocent, mais une « circulation sans feux ». Résultat : **135 euros d’amende forfaitaire**, avec en prime un rappel sec sur la sécurité.
Un brigadier de la CRS autoroutière m’expliquait récemment qu’ils verbalisent régulièrement ce genre de situation. « La plupart des motards tombent de haut », me disait-il. Ils sont persuadés d’être dans leur bon droit, puisqu’ils ne « roulent » pas vraiment. Sauf que le Code ne joue pas sur les mots : dès lors que le moteur tourne, vous êtes considéré comme en circulation. Un feu rouge n’est pas un stationnement. Et un deux-roues invisible ou mal visible devient immédiatement un risque, pour les autres comme pour lui-même.
Pourquoi cette « simple » contravention n’a rien d’anodin
Concrètement, l’amende de 135 euros pour « non-respect des obligations d’éclairage » ne vise pas seulement les fous du guidon. Elle tombe aussi sur les distraits, les pressés, les « je fais attention d’habitude ». Vous coupez les feux en traversant une petite rue sombre, vous roulez avec un phare grillé sans le savoir, vous circulez au crépuscule en feux de position uniquement : la sanction est la même. Et le motard se retrouve avec un porte-monnaie plus léger pour un geste fait souvent sans mauvaise intention.
Un exemple revient souvent dans les témoignages : la petite ville de province, la fin de journée d’hiver, et ce motard arrêté quelques secondes en double file devant une boulangerie. Moteur allumé, feux éteints pour « ne pas attirer l’attention ». Deux minutes, pas plus. Une patrouille passe, s’arrête, contrôles rapides, l’addition tombe. 135 euros. Le motard, lui, répète qu’il était « juste arrêté ». L’agent, dans son rapport, cochera pourtant la case « défaut d’éclairage en circulation ».
Quand on regarde froidement la logique derrière cette contravention, on comprend vite l’intention du législateur. Une moto, c’est étroit, rapide, parfois difficile à percevoir dans les rétroviseurs ou dans l’angle mort. Sans éclairage, elle disparaît totalement dans la masse des véhicules. La nuit, sous la pluie, dans un tunnel ou à l’aube, un deux-roues sans feux devient presque invisible. La fameuse erreur « qui ne dure que quelques secondes » peut se transformer en drame au moment où une voiture change de voie, un camion freine ou un piéton traverse. La loi sanctionne donc très fort, précisément pour couper court à cette petite habitude de confort.
Comment éviter l’amende et rester visible en toutes circonstances
La première parade, la plus simple, commence dans le garage ou sur la place de parking. Avant de partir, on allume le contact, on fait le tour de la moto, et on vérifie les feux. L’avant, l’arrière, le stop, les clignotants. Oui, ça prend une minute, oui, on a souvent la flemme le matin. Soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cela tous les jours. Mais une fois par semaine, ce rituel change déjà beaucoup de choses. *Une ampoule grillée détectée à temps, c’est une amende évitée et, parfois, un accident évité aussi.*
Autre réflexe concret : ne jamais toucher au commutateur des feux en roulant, sauf en cas d’urgence technique. Sur la plupart des motos récentes, les feux de croisement sont automatiques, et c’est très bien ainsi. Sur les modèles plus anciens, où l’on peut couper manuellement l’éclairage, mieux vaut adopter un principe simple : on allume en partant, on éteint une fois garé, béquille posée, moteur coupé. Entre les deux, on ne joue pas avec l’interrupteur pour « économiser » les ampoules ou la batterie. Les LED modernes tiennent largement le choc, le risque ne vaut pas les 135 euros.
Beaucoup de motards se font piéger par une autre erreur fréquente : rouler en feux de position seuls. Visuellement, ça donne l’illusion d’être vu, la veilleuse éclaire vaguement, le tableau de bord est lumineux. Dans le Code, pourtant, les feux de position ne suffisent pas pour être considéré en règle dès que la visibilité diminue. Là aussi, l’amende de 135 euros peut tomber. La bonne pratique consiste à adopter les feux de croisement comme réglage par défaut, de jour comme de nuit. Et en cas de pluie, de brouillard ou de tunnel, ne pas hésiter à activer aussi les feux additionnels homologués, si la moto en est équipée.
Le bon sens du quotidien et quelques astuces de motard
Dans la vie réelle, tout ne se passe pas comme dans le manuel. Il y a les trajets du soir, la fatigue, la musique dans le casque, les messages qui arrivent sur le téléphone. On oublie un détail, on ne voit pas que le feu arrière ne fonctionne plus, on pense que « ça ira pour aujourd’hui ». Pour limiter ces oublis, certains motards adoptent une astuce toute bête : associer la vérification des feux à un geste qu’ils font déjà, comme fermer le blouson ou mettre les gants. On enfile les gants, on jette un coup d’œil à l’avant et à l’arrière, et cela devient un réflexe conditionné.
La technologie peut aussi rendre service. Sur beaucoup de motos modernes, l’ordinateur de bord signale une ampoule grillée ou un défaut d’éclairage. Encore faut-il ne pas ignorer le petit voyant orange qui clignote au tableau de bord. Là aussi, on sait bien comment ça se passe : on se dit qu’on verra ça « ce week-end » et on roule quand même toute la semaine. Le jour où l’on croise une patrouille un peu pointilleuse, ce petit report se transforme en 135 euros de contravention. Une simple visite éclair chez un concessionnaire ou une ampoule achetée en centre-auto coûte infiniment moins cher.
Un formateur en sécurité routière résume souvent la situation de cette façon :
« Sur une moto, tu n’as pas une carrosserie, tu n’as pas d’airbag partout. Ton premier airbag, c’est ta visibilité. Tu payes l’amende quand tu coupes tes feux, mais le prix réel, c’est le risque que tu prends sans le voir. »
En pratique, quelques règles simples permettent d’éviter le piège :
Garder les feux de croisement allumés dès que le moteur tourne, même en plein jour.
Contrôler l’état des feux au moins une fois par semaine, ou avant un long trajet.
Remplacer immédiatement une ampoule défectueuse, sans attendre le week-end suivant.
Éviter absolument de rouler en feux de position seuls, surtout à la tombée de la nuit.
Se rappeler qu’un arrêt au feu rouge, moteur allumé, reste une situation de circulation.
Une amende qui raconte surtout notre rapport à la moto
En regardant cette fameuse amende de 135 euros sous un autre angle, on y voit presque un révélateur. Elle montre notre tendance à banaliser des gestes qui engagent pourtant notre sécurité. On bichonne la moto, on choisit des pneus haut de gamme, on compare les systèmes ABS… et parfois on oublie le plus basique : être vu. Cette petite contravention raconte aussi notre confiance presque aveugle dans nos habitudes, ce « je maîtrise » qui accompagne souvent les motards expérimentés. Jusqu’au moment où l’on se retrouve sur le bord de la route, papiers en main, à discuter avec un agent qui nous rappelle la lettre de la loi.
Cette histoire de feux éteints, au fond, ouvre une question plus large : combien d’autres « petits oublis » traînons-nous dans notre quotidien de motard ? Le clignotant qu’on laisse parfois, le rétro qu’on ne règle plus vraiment, la pression des pneus contrôlée une fois tous les trois mois. Chaque détail pris seul semble insignifiant. Mis bout à bout, ils dessinent pourtant une manière de rouler, une attitude générale sur la route. Certains diront que la police « traque les motos pour remplir les caisses ». D’autres y verront un rappel un peu brutal, mais nécessaire, de la fragilité d’un deux-roues au milieu des voitures.
Peut-être que la prochaine fois que vous vous arrêterez à un feu rouge, vous repenserez à Paul, à sa mauvaise surprise du soir, et à ces feux coupés par réflexe. Peut-être que vous jetterez un coup d’œil au reflet de votre phare dans la vitrine en face, juste pour vérifier. Ou que vous en parlerez avec des amis motards, au café ou sur un forum, pour comparer vos propres petites manies. Les amendes, finalement, passent. La question qui reste, elle, tient en une phrase : jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans la négligence, pour gagner quelques secondes de confort sur la route ?
Point essentiel
Détail
Valeur ajoutée pour le lecteur
Amende de 135 €
Coupure des feux ou éclairage insuffisant dès que le moteur tourne
Comprendre que la sanction vise autant la sécurité que le porte-monnaie
Visibilité de la moto
Feux de croisement allumés en continu, contrôle régulier des ampoules
Réduire le risque d’accident et éviter une contravention évitable
Réflexes à adopter
Associer la vérification des feux à un geste quotidien, ne jamais rouler en feux de position seuls
Transformer une contrainte légale en routine simple et protectrice
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.