Aux États-Unis, les attentes financières liées à la retraite progressent à mesure que l’inflation et les incertitudes pèsent sur les ménages.
Selon CNBC, média économique américain, les adultes américains évaluent désormais à 1,46 million de dollars le capital nécessaire pour vivre confortablement leur retraite. Cette estimation moyenne, issue d’une étude de Northwestern Mutual, marque une forte hausse par rapport à l’année précédente.
Une hausse de 15 % en douze mois
Les Américains interrogés dans l’étude « Planning and Progress » de Northwestern Mutual estiment qu’il leur faudrait en moyenne 1,46 million de dollars pour prendre leur retraite dans de bonnes conditions. Un an plus tôt, le montant attendu s’élevait à 1,26 million de dollars.
En un an, le montant jugé nécessaire pour une retraite confortable aux États-Unis a augmenté de 15 %.
Cette progression traduit moins une règle universelle qu’un sentiment partagé par de nombreux ménages. Les besoins réels varient selon le niveau de vie, l’état de santé, le logement, la situation familiale ou encore le lieu de résidence. L’enquête donne donc une photographie des inquiétudes et des aspirations, non un objectif identique pour tous.
John Roberts, responsable des équipes commerciales chez Northwestern Mutual, relie cette évolution à plusieurs facteurs. « Ce nouveau chiffre symbolique reflète la convergence de plusieurs éléments, de l’inflation persistante à l’allongement de l’espérance de vie, en passant par l’incertitude sur l’avenir de la Sécurité sociale », a-t-il déclaré.
La Sécurité sociale américaine désigne le système public qui verse notamment des pensions de retraite. Son rôle rappelle celui de la retraite de base en France, même si les règles de cotisation, de calcul et de versement sont propres aux États-Unis.
Près d’un actif sur deux redoute de ne pas être prêt
La hausse du montant souhaité s’accompagne d’un constat inquiétant. Parmi les personnes qui ne sont pas encore à la retraite, 46 % pensent qu’elles ne seront pas financièrement prêtes au moment d’arrêter de travailler.
Cette perception ne signifie pas automatiquement que ces ménages ne disposeront d’aucune solution. Elle montre en revanche l’écart entre le niveau d’épargne déjà constitué et l’objectif que chacun se fixe pour ses années sans activité professionnelle.
Le gestionnaire d’actifs Fidelity utilise des repères simples pour évaluer l’avancement d’un épargnant : disposer d’environ quatre fois son salaire annuel à 45 ans, puis de huit fois son salaire à 60 ans. Ces indicateurs ne constituent pas une garantie et ne s’appliquent pas mécaniquement à tous les foyers.
54 % des membres de la génération X interrogés avaient épargné au plus l’équivalent de quatre fois leurs revenus ;
19 % seulement disposaient d’au moins huit fois leurs revenus mis de côté ;
la génération X regroupe, dans cette enquête, les personnes âgées de 46 à 61 ans.
Pour une partie de ces futurs retraités, l’enjeu devient donc de rattraper le retard, ou d’ajuster le projet de vie envisagé après la fin de carrière.
Commencer tôt pour laisser du temps à l’épargne
Pour les plus jeunes, les conseillers cités par CNBC insistent surtout sur la régularité. Jim Shagawat, planificateur financier certifié au sein du cabinet AdvicePeriod, recommande de « commencer à épargner tôt et épargner souvent ».
Il précise : « Plus on est jeune, si l’on peut prendre l’habitude de mettre de côté une partie de chaque salaire, on prend beaucoup d’avance. » Son conseil repose sur un mécanisme connu : les sommes investies ont davantage de temps pour produire elles-mêmes des gains, lesquels peuvent ensuite générer de nouveaux gains. C’est le principe de la capitalisation.
Les générations n’ont pas toutes commencé au même âge. Les adultes de la génération Z interrogés déclarent avoir commencé à préparer leur retraite à 22 ans en moyenne. Pour les milléniaux, cette moyenne atteint 28 ans, contre 32 ans pour la génération X.
Faire de l’épargne une priorité dès le versement du salaire
Leo Chubinishvili, planificateur financier certifié chez Access Wealth, estime que l’habitude compte autant que le montant initial. « Construire cette habitude est votre atout le plus important », affirme-t-il.
Il suggère de maintenir au moins la même proportion d’épargne lorsque les revenus progressent. Pour les personnes qui estiment avoir pris du retard, cette part peut être relevée si leur budget le permet.
Le principe évoqué par les conseillers américains consiste à épargner au moment de recevoir son revenu, puis à organiser ses dépenses avec le reste disponible.
Keller Lindler, planificatrice financière certifiée chez Northwestern Mutual, alerte aussi sur les aléas susceptibles de pousser un ménage à puiser trop tôt dans son épargne retraite. Elle cite les dettes coûteuses, l’absence de réserve pour les imprévus et une couverture d’assurance insuffisante en cas d’incapacité de travail.
Travailler plus longtemps ou revoir son budget
Les personnes proches de la retraite ne peuvent pas toujours accroître fortement leur effort d’épargne. Elles peuvent alors actionner d’autres leviers : réduire certaines dépenses prévues, reporter la date de départ ou conserver une activité rémunérée à temps partiel.
D’après Northwestern Mutual, 55 % des futurs retraités américains prévoient de dépenser moins une fois à la retraite qu’au cours de leur vie active. À l’inverse, 11 % anticipent des dépenses plus élevées.
Keller Lindler souligne que cette réduction peut être difficile à tenir. Une fois libéré du rythme du travail, un retraité peut vouloir voyager, multiplier les sorties ou rendre davantage visite à sa famille. Ces projets modifient rapidement un budget initialement prudent.
L’activité professionnelle après l’âge habituel de départ est aussi envisagée par une part importante des répondants. Au total, 41 % des adultes américains disent prévoir de travailler pendant leur retraite ou le faire déjà. Cette proportion atteint 50 % chez les milléniaux et les membres de la génération X interrogés.
Jim Shagawat raconte le cas d’un ancien commercial devenu comédien à temps partiel après sa carrière. Cette activité lui a permis de différer le versement de sa pension publique américaine et de limiter les retraits effectués sur ses comptes d’épargne retraite. Une stratégie qui a laissé davantage de capitaux investis.
Quelle situation en France ?
En France, la retraite repose principalement sur un système par répartition : les cotisations versées par les actifs financent les pensions des retraités. L’Assurance retraite gère la retraite de base des salariés du secteur privé, tandis que les régimes complémentaires jouent aussi un rôle dans le montant final perçu.
Le besoin de constituer une épargne personnelle existe également, mais le cadre diffère de celui des États-Unis, où les comptes d’épargne retraite individuels et les dispositifs proposés par l’employeur occupent une place centrale. Pour un salarié français, le relevé de carrière et l’estimation indicative globale permettent de suivre les droits acquis auprès des régimes concernés.
Un projet de retraite ne se limite pas à un capital affiché sur un relevé bancaire. Il implique d’anticiper les dépenses incompressibles, le logement, les frais de santé, les aides éventuelles à des proches et la durée probable de la retraite. L’évolution des prix peut aussi réduire le pouvoir d’achat d’une pension ou d’une épargne qui ne progresse pas au même rythme.
La leçon mise en avant par les conseillers américains n’est donc pas un montant à reproduire en France. Elle porte surtout sur la nécessité de regarder tôt sa situation, de conserver une épargne régulière compatible avec son budget et d’adapter ses choix au fil de la carrière.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.