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Javier de Haro, psychologue : « Une activité loin de l’école aide l’enfant à grandir dès les premiers mois »

Les loisirs organisés après la classe ne servent pas seulement à occuper les fins de journée des familles.

Choisir une activité régulière pour son enfant peut aussi devenir une étape d’apprentissage très concrète. Pour Javier de Haro, psychologue, le lieu où elle se déroule compte autant que l’activité elle-même : sortir du cadre scolaire permettrait aux plus jeunes de se construire autrement, avec d’autres adultes et d’autres repères.

Un autre lieu pour apprendre à se débrouiller

Une journée d’enfant est déjà largement structurée par l’école : horaires, règles communes, enseignants, camarades de classe et évaluations rythment son quotidien. Ajouter un loisir dans le même établissement peut sembler pratique. Les parents évitent un trajet supplémentaire et l’enfant connaît déjà les lieux.

Mais ce confort peut aussi limiter les occasions de nouveauté. En fréquentant une structure différente, l’enfant doit mémoriser un nouvel itinéraire, se repérer dans un bâtiment inconnu, rencontrer un encadrant qu’il ne connaît pas encore et trouver sa place dans un groupe nouveau.

Changer de cadre donne à l’enfant de petites occasions répétées d’agir seul, de demander de l’aide et de gagner confiance dans ses propres ressources.

Cette autonomie ne signifie pas le laisser tout faire sans accompagnement. Elle se construit par étapes. Un parent peut, par exemple, accompagner son enfant les premières semaines, puis le laisser rejoindre seul l’accueil, préparer son sac ou se présenter au responsable du groupe. Ces gestes paraissent modestes. Répétés chaque semaine, ils installent des habitudes utiles.

La personnalité se forge aussi hors de la classe

À l’école, un enfant peut être identifié comme discret, très scolaire, bavard ou sportif. Dans un atelier artistique, une activité manuelle ou un club de plein air, cette même étiquette disparaît parfois. Il peut y montrer une facette que ses camarades de classe ne voient pas.

Un élève réservé peut prendre plaisir à jouer d’un instrument devant un petit groupe. Un enfant peu à l’aise avec les exercices écrits peut devenir très persévérant dans une activité physique. Un autre peut se révéler patient en bricolant, en cuisinant ou en s’occupant d’animaux.

Ce décalage nourrit l’estime de soi. L’enfant comprend qu’il ne se réduit ni à ses résultats ni à la place qu’il occupe dans sa classe. Il expérimente, se trompe, recommence et progresse à son rythme. Cela contribue à dessiner une personnalité plus affirmée.

Des liens sociaux moins prévisibles

Les groupes réunis après la classe mélangent souvent les âges, les écoles et les quartiers. Cette diversité change les habitudes relationnelles. L’enfant ne retrouve pas automatiquement ses amis. Il doit parfois engager la conversation, écouter les règles d’un autre groupe ou coopérer avec un partenaire qu’il ne connaît pas.

Ces situations développent des aptitudes sociales concrètes :

  • se présenter et retenir le prénom des autres ;
  • attendre son tour sans l’intervention d’un enseignant habituel ;
  • faire face à une petite frustration ;
  • partager du matériel ou une responsabilité ;
  • oser demander une explication ;
  • respecter des consignes différentes de celles de l’école.

Un enfant n’a pas besoin de devenir extraverti pour en bénéficier. Un environnement bien encadré peut justement offrir un terrain rassurant aux plus réservés. L’objectif n’est pas de les transformer, mais de leur permettre de prendre leur place sans pression excessive.

Le bon choix n’est pas celui qui remplit toutes les soirées

Face à une offre très large, les familles peuvent être tentées de multiplier les inscriptions. Langues, musique, sport, arts, activités scientifiques ou ateliers de nature : les possibilités se sont largement développées. Pourtant, un agenda trop dense peut produire l’effet inverse de celui recherché.

Un enfant fatigué, pressé entre l’école, les transports, les devoirs et plusieurs rendez-vous peut perdre le plaisir de participer. Les temps libres comptent aussi. Ils permettent de jouer, de rêver, de ne rien faire un moment et de récupérer.

Une seule activité choisie avec envie et suivie régulièrement apporte souvent davantage qu’un planning surchargé.

Avant une inscription, les parents peuvent observer quelques signaux simples. L’enfant manifeste-t-il une curiosité réelle ? Les horaires sont-ils compatibles avec son sommeil ? Le trajet est-il supportable ? Le groupe correspond-il à son âge et à son tempérament ? Le coût, le matériel et les périodes d’essai doivent aussi être regardés sans culpabilité.

Faire participer l’enfant à la décision

Donner son avis à l’enfant ne veut pas dire lui confier seul la décision. Les adultes gardent le cadre, notamment sur le budget, les horaires et la sécurité. Ils peuvent en revanche lui proposer deux ou trois options réalistes, puis écouter ce qui l’attire.

Cette participation renforce son engagement. Il est plus facile de persévérer dans une activité que l’on a contribué à choisir. Une période d’essai peut être utile, surtout pour les plus jeunes. Elle évite de présenter chaque début difficile comme un échec définitif.

  • Choisir une activité accessible depuis le domicile ou l’école.
  • Prévoir un nombre raisonnable de séances dans la semaine.
  • Préparer le sac et la tenue avec l’enfant la veille.
  • Échanger régulièrement avec lui, sans lui demander un compte rendu scolaire.
  • Réévaluer le choix si le mal-être dure plusieurs semaines.
  • Le rôle des parents reste déterminant

    Le lieu extérieur à l’école peut favoriser l’autonomie, à condition que les parents ne transforment pas le loisir en nouvelle source de performance. Demander après chaque séance si l’enfant a « réussi » ou s’il a été « le meilleur » risque d’installer une pression inutile.

    Des questions plus ouvertes sont souvent plus utiles : « Avec qui as-tu passé du temps ? », « Qu’est-ce qui t’a fait rire ? », « Qu’est-ce qui t’a semblé difficile ? ». Elles valorisent l’expérience vécue, les relations et les efforts.

    Le bénéfice peut aussi être progressif. Au départ, l’enfant hésite à entrer dans la salle ou refuse de parler aux autres. Après quelques séances, il connaît le prénom d’un camarade, anticipe son départ et prépare spontanément ses affaires. Ces changements discrets montrent souvent que le nouveau cadre commence à devenir familier.

    Une activité choisie avec mesure peut ainsi compléter l’école sans la prolonger. Elle offre un espace où l’enfant apprend autrement : par le mouvement, la création, l’échange, l’essai et parfois même par l’ennui entre deux moments de la semaine.

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