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Fusion nucléaire en milieu solide : cette start-up toulousaine refuse de laisser les Américains rafler cette voie controversée

Illustration représentant une technologie de fusion nucléaire: symboles atomiques, faisceaux énergétiques et matériau métallique sous bombardement de particules.

À Toulouse, une jeune pousse française mise sur une fusion nucléaire en milieu solide, encore très contestée, alors que les États-Unis accélèrent.

Dans un contexte où les États-Unis, via la DARPA et la NASA, investissent massivement dans la fusion nucléaire en milieu solide, la start-up toulousaine Dismofusion alerte : la France risque de laisser filer une technologie potentiellement stratégique, rapporte le média en ligne français Media24.fr.

Une voie de fusion longtemps jugée « exotique », désormais convoitée

La fusion nucléaire vise à faire se rencontrer deux noyaux atomiques légers pour en former un plus lourd, en libérant une grande quantité d’énergie. Pour un lecteur français, l’image la plus connue reste ITER à Cadarache, ce gigantesque tokamak financé par 35 pays et des dizaines de milliards d’euros, ou encore les lasers du National Ignition Facility aux États-Unis.

Trois grandes approches coexistent aujourd’hui à l’échelle mondiale :

  • Le confinement magnétique : un plasma porté à plus de 100 millions de degrés est maintenu par d’énormes aimants supraconducteurs, comme dans ITER ou les tokamaks privés.
  • Le confinement inertiel : des lasers très puissants écrasent des billes d’hydrogène solide, méthode utilisée par le National Ignition Facility.
  • La fusion en milieu solide : des réactions sont provoquées à l’intérieur d’un matériau métallique chargé en hydrogène ou deutérium.

La fusion en milieu solide, longtemps associée au fiasco de la « fusion froide » de 1989, revient dans le radar des grandes agences américaines, avec des programmes financés sur plusieurs années.

Cette troisième voie est à la fois ancienne et méconnue. Elle prolonge les expériences d’Ernest Rutherford en 1934, qui démontrait déjà la fusion en bombardant une cible solide avec des particules accélérées. Ces techniques ont fini par trouver des débouchés industriels discrets, notamment dans des générateurs de neutrons utilisés pour analyser des minerais ou inspecter des conteneurs dans les ports.

Mais pour produire de l’énergie, cette option a traîné pendant des décennies une réputation sulfureuse, liée à une affaire restée célèbre dans l’histoire des sciences.

Le lourd héritage de la « fusion froide » de Pons et Fleischmann

En 1989, les chimistes Martin Fleischmann et Stanley Pons affirment avoir obtenu de la « fusion froide » dans une simple cellule d’électrolyse, à température modérée, à partir de palladium chargé en deutérium. L’annonce, faite en grande pompe, enflamme les médias du monde entier.

Très vite, les vérifications échouent. Les laboratoires qui tentent de reproduire l’expérience n’y parviennent pas. Les grandes revues scientifiques ferment la porte. La communauté conclut à une erreur majeure, voire à une fraude. Le sujet devient tabou, et le terme « fusion froide » synonyme de pseudo-science.

Les recherches se poursuivent en marge, sous le sigle LENR (Low Energy Nuclear Reactions), avec des financements privés et une visibilité quasi nulle. Selon Media24.fr, même la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone, reconnaît ce passif dans ses documents : une succession d’annonces tapageuses a entretenu un scepticisme durable sur la fusion à basse température.

Depuis 2020, le paysage commence toutefois à se nuancer. La NASA Glenn Research Center publie dans Physical Review C des résultats obtenus dans des cristaux de titane et d’erbium saturés en deutérium, bombardés par des rayonnements gamma. Cette approche, qualifiée de « Lattice Confinement Fusion », repose clairement sur de la physique nucléaire standard : accélération de particules, interaction dans un solide, signatures mesurables.

En 2025, une publication dans la revue Nature annonce des taux de fusion du deutérium dans un métal pouvant aller jusqu’à 10¹⁸ fois au-dessus des modèles théoriques connus, grâce à un chargement électrochimique très poussé. Ces signaux spectaculaires restent à confirmer, mais ils suffisent à déclencher une réaction à Washington.

Pourquoi la DARPA se jette dans la fusion en milieu solide

Face à ces résultats, la DARPA lance fin 2025 le programme MARRS, centré sur l’augmentation des taux de réactions de fusion dans des matériaux solides. L’agence se donne 36 mois, en deux phases de 18 mois, avec des objectifs chiffrés : passer de 100 réactions de fusion par seconde et par gramme de matériau au bout d’un an, à 1 million à la fin du programme.

Les moyens financiers sont à la hauteur de l’ambition. Comme souvent pour les projets sensibles du département de la Défense américain, les montants exacts ne sont pas détaillés, mais Media24.fr rappelle que plusieurs millions de dollars sont sur la table.

Pour Washington, la fusion en milieu solide n’est pas qu’un pari scientifique. C’est un enjeu de souveraineté énergétique, militaire et industrielle, capable à terme de fournir des sources d’énergie compactes ou des générateurs de neutrons avancés.

C’est précisément ce positionnement américain qui inquiète le physicien toulousain Morou Boukari, fondateur de Dismofusion. « Les applications de cette technologie sont tellement nombreuses que les Américains y voient une question de souveraineté nationale. Nous ne devons pas les laisser emprunter cette voie seuls », plaidait-il au printemps 2026 dans une interview à l’hebdomadaire professionnel français L’Usine Nouvelle, citée par Media24.fr.

Dismofusion : un procédé original, basé sur un inox industriel

Créée à Toulouse, la PME Dismofusion s’est structurée en 2025, mais son fondateur affirme travailler depuis plus de dix ans sur la fusion en milieu solide, en autofinancement. Son approche se distingue clairement de celle des équipes américaines.

Un matériau de départ très courant

Là où la NASA privilégie des cristaux de titane ou d’erbium extrêmement purs, Dismofusion part d’un matériau bien connu des ingénieurs : l’inox 316L. Cet acier inoxydable est largement utilisé en chirurgie, dans l’industrie chimique ou l’agroalimentaire.

Ce choix n’est pas anodin. L’idée est de s’appuyer sur un matériau industriel, disponible en grandes quantités et maîtrisé par la métallurgie française, puis de le « transformer » en profondeur par le procédé de fusion en milieu solide.

Des faisceaux polyénergétiques pour créer des « hotspots »

Le cœur de la méthode repose sur un accélérateur de particules à haut rendement, développé spécifiquement par la start-up. Au lieu d’envoyer un faisceau unique d’énergie bien définie, la machine produit des faisceaux polyénergétiques : un ensemble de particules de natures et d’énergies différentes.

Bombardé par ce mélange, l’inox se retrouve dans un état chaotique. Sa structure ordonnée est volontairement perturbée. Cette désorganisation crée, toujours selon les explications de Dismofusion, des « hotspots » : de minuscules cavités où l’énergie et la pression se concentrent brièvement à des niveaux extrêmes.

Dans ces hotspots, la start-up affirme atteindre des températures de plusieurs millions de degrés et des pressions de centaines de gigapascals, mais confinées dans des volumes infimes et pendant des durées très courtes.

La température globale de la cible, elle, reste inférieure à 2000 °C. Morou Boukari insiste donc sur le fait qu’il ne s’agit pas de fusion froide au sens populaire du terme, mais d’une fusion ultra-localisée, facilitée par un phénomène physique connu : l’écrantage électronique. Dans certains métaux, les électrons libres peuvent atténuer la répulsion entre noyaux positifs, ce qui réduit l’énergie nécessaire pour qu’ils fusionnent. Ce mécanisme est également étudié dans le cadre du programme MARRS.

Transmutations atomiques et nouveaux matériaux à forte valeur ajoutée

Pour étayer ses affirmations, Dismofusion met en avant l’analyse détaillée des cibles après expérience. Des outils comme la microscopie électronique à balayage (MEB-EDX) ou la spectrométrie d’émission atomique (ICP-AES) sont mobilisés.

Les résultats revendiqués par l’entreprise sont les suivants :

  • apparition de titane à plus de 60 % dans certaines zones de hotspots ;
  • présence d’aluminium entre 40 et 80 % localement ;
  • taux moyen de 4,6 % de titane sur l’ensemble de la surface de l’échantillon, alors que l’inox 316L de départ ne contient ni titane ni aluminium.

Pour Dismofusion, ces « transmutations atomiques » constituent une signature nucléaire claire. Morou Boukari décrit un solide qui « réagit violemment » pendant le processus : liaisons qui vibrent, atomes qui s’entrechoquent, changement de composition chimique.

Au passage, le matériau serait profondément modifié sur le plan industriel. L’inox deviendrait à la fois magnétique et résistant à des milieux très corrosifs, comme l’acide ou l’eau régale, ce qui ouvre la voie à des applications dans la chimie, le spatial ou la défense.

Une technologie encore non validée par les pairs

Le chantier scientifique reste cependant immense. Media24.fr souligne un point clé : à la mi-2026, les résultats de Dismofusion n’ont pas encore été publiés dans une revue à comité de lecture. Aucune évaluation par des pairs indépendants n’est donc disponible.

La start-up a choisi un autre chemin : protéger d’abord sa propriété intellectuelle. Une dizaine de brevets aurait été déposée dans plusieurs pays, et l’entreprise annonce vouloir démontrer son micro-réacteur en conditions réelles avant de se confronter au circuit académique classique.

Sans publication scientifique détaillée et sans reproduction indépendante des expériences, la communauté de la physique restera prudente. La validation par les pairs reste le passage obligé pour sortir du champ des annonces internes.

Selon Media24.fr, Dismofusion indique avoir fait analyser ses échantillons par des laboratoires publics et privés, sans que ces partenaires ne rendent pour l’instant leurs travaux publics. Le prochain jalon sera donc la confrontation de ces résultats au jugement des experts, ce que la jeune pousse anticipe sur un horizon de deux à trois ans.

Ce que cela change pour la France face aux États-Unis

Pour un lecteur français, l’enjeu dépasse la curiosité scientifique. Si la DARPA et la NASA imposent leur avance sur la fusion en milieu solide, les États-Unis pourraient verrouiller :

  • des briques technologiques critiques pour la défense et le spatial ;
  • des matériaux stratégiques dérivés des transmutations ;
  • et, à plus long terme, des concepts de micro-réacteurs compacts.

En France, la recherche en fusion reste largement tournée vers ITER et les tokamaks, ainsi que vers les lasers puissants du Commissariat à l’énergie atomique. Ces orientations s’appuient sur des décennies de travaux solides et une reconnaissance internationale.

La fusion en milieu solide, elle, n’a pas d’équivalent structuré à grande échelle. Dismofusion fait figure de petit acteur isolé, avec des moyens sans commune mesure avec ceux des programmes américains. Les analyses géopolitiques publiées par l’École de Pensée sur la Guerre Économique, citées par Media24.fr, insistent sur ce décalage : si la France ignore cette voie, elle prendra le risque de dépendre un jour de technologies développées ailleurs.

En France, où se situe la recherche sur la fusion et quelles perspectives ?

Sur le territoire français, la fusion nucléaire reste avant tout associée à ITER et aux programmes du CEA. Ces efforts visent à prouver la faisabilité d’un réacteur à fusion produisant plus d’énergie qu’il n’en consomme, sur la base du confinement magnétique. Des laboratoires français travaillent aussi au développement de matériaux capables de résister à l’environnement extrême de tels réacteurs.

Pour la fusion en milieu solide, le paysage est plus morcelé. Il existe des compétences fortes en accélérateurs de particules, en métallurgie avancée et en caractérisation de matériaux, mais elles ne sont pas encore fédérées autour d’un grand programme national similaire à MARRS.

Un lecteur français doit donc garder en tête deux niveaux :

  • Le socle établi : ITER, la recherche sur le plasma, les lasers, les matériaux sous irradiation.
  • La zone d’incertitude : la fusion en milieu solide, encore expérimentale, mais désormais ciblée par les grandes agences américaines.

Si la France souhaitait accélérer, elle pourrait s’appuyer sur ses organismes publics (CNRS, CEA, universités) pour structurer un programme de validation scientifique rigoureux, auquel des start-up comme Dismofusion contribueraient. Ce type d’approche permettrait de distinguer nettement les promesses sérieuses des simples effets d’annonce.

Quelques repères pour comprendre les termes techniques

Pour un non-spécialiste, plusieurs notions méritent un éclairage rapide :

  • Barrière de Coulomb : répulsion électrique naturelle entre deux noyaux chargés positivement. La fusion consiste à la surmonter.
  • Écrantage électronique : dans un métal, les électrons libres peuvent « cacher » une partie de cette répulsion, réduisant l’énergie nécessaire pour fusionner.
  • Hotspot : zone minuscule où température et pression sont très élevées, générée par le bombardement du matériau.
  • Transmutation atomique : transformation d’un élément chimique en un autre, signe d’une réaction nucléaire.

Ces phénomènes ne garantissent pas, en eux-mêmes, une production d’énergie rentable. Ils indiquent surtout qu’il se passe quelque chose de mesurable au niveau nucléaire, ce qui doit ensuite être précisément quantifié et modélisé.

Pour l’instant, la fusion en milieu solide reste un territoire d’expérimentation, entouré de précautions méthodologiques. Les programmes américains montrent qu’il s’agit désormais d’un sujet sérieux pour les grandes agences. L’enjeu pour la France sera de décider si elle accepte de rester spectatrice ou si elle se dote, elle aussi, de moyens structurés pour évaluer et, éventuellement, développer cette voie controversée où Dismofusion espère bien ne pas laisser les Américains seuls en tête.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la fusion nucléaire en milieu solide ?

C'est une approche de la fusion nucléaire où des réactions sont provoquées à l'intérieur d'un matériau métallique chargé en hydrogène ou deutérium, contrairement au confinement magnétique (tokamaks) ou inertiel (lasers) utilisés dans les grands projets comme ITER ou le National Ignition Facility.

Pourquoi cette technologie a-t-elle mauvaise réputation ?

L'annonce controversée de 1989 par Fleischmann et Pons d'une « fusion froide » dans une simple cellule d'électrolyse a déclenché l'enthousiasme médiatique, mais les expériences n'ont pu être reproduites. Cette affaire a discrédité le domaine pour des décennies, le rendant quasi tabou.

Comment Dismofusion se différencie-t-elle des approches américaines ?

Dismofusion part de l'inox 316L, un matériau industriel courant et maîtrisé, au lieu des cristaux ultra-purs de titane ou d'erbium utilisés par la NASA. Elle utilise également des faisceaux polyénergétiques pour créer des « hotspots » où l'énergie se concentre brièvement.

Quel est le programme MARRS lancé par la DARPA ?

La DARPA a lancé fin 2025 un programme de 36 mois visant à augmenter les taux de réactions de fusion dans des matériaux solides, passant de 100 réactions par seconde et par gramme à 1 million à la fin du programme, avec plusieurs millions de dollars investis.

Pourquoi les États-Unis considèrent-ils cette technologie comme stratégique ?

Pour Washington, la fusion en milieu solide représente un enjeu de souveraineté énergétique, militaire et industrielle, capable de fournir à terme des sources d'énergie compactes ou des générateurs de neutrons avancés.
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