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À Sainte-Geneviève-des-Bois, André Jean interdit de tomber malade : ce texte révèle le manque de médecins

Face aux déserts médicaux, aux cimetières saturés ou aux écoles menacées, des maires choisissent parfois l’humour pour alerter.

Un arrêté municipal sert d’ordinaire à encadrer le stationnement, les travaux ou la tranquillité publique. Dans plusieurs communes, il est devenu une tribune à part entière. Des élus ont rédigé des textes volontairement absurdes, avec une idée très sérieuse derrière chaque formule : rendre visible une difficulté locale que les chiffres seuls ne parviennent plus à faire entendre.

Quand l’absurde devient une alerte municipale

Interdire aux habitants de tomber malades, de mourir ou encore annoncer une distribution de médicaments pour sauver une école : ces décisions n’ont pas vocation à s’appliquer réellement. Elles reposent sur un procédé de communication consistant à pousser une situation jusqu’à l’absurde afin de provoquer une réaction.

Ces arrêtés ne visent pas les administrés. Ils cherchent surtout à interpeller l’État, les parlementaires, les professionnels concernés et les médias.

Le ressort est simple. Une formule surprenante circule plus vite qu’un courrier administratif ou qu’une délibération technique. Elle peut faire connaître, à l’échelle nationale, le quotidien d’un petit territoire confronté au départ d’un médecin, au manque de places dans un cimetière ou à la baisse des effectifs scolaires.

Les sept repères d’une mobilisation par l’humour

Le dossier consacré à ces arrêtés met en avant plusieurs épisodes. L’extrait disponible détaille surtout cinq décisions locales, tout en donnant sept repères concrets pour comprendre la stratégie de leurs auteurs.

  • À Sainte-Geneviève-des-Bois, dans le Loiret, le maire André Jean a défendu un arrêté interdisant aux habitants de tomber malades.
  • Le motif est médical : le canton est passé de huit praticiens à deux pour 11 500 habitants.
  • À Ychoux, dans les Landes, Marc Ducom avait pris une mesure comparable en 2018, avant le départ à la retraite des deux derniers médecins de la commune.
  • La commune d’Ychoux avait pourtant investi 1,2 million d’euros dans une maison de santé, sans parvenir à attirer de remplaçants.
  • À Cugnaux, en Haute-Garonne, un arrêté a interdit de mourir aux personnes ne disposant pas d’un caveau.
  • Au Lavandou, dans le Var, une formule très proche avait servi à dénoncer le manque de places disponibles au cimetière.
  • À Montereau, dans le Loiret, le maire Jean Debouzy a annoncé une distribution de pilules destinées aux couples de 18 à 40 ans afin de défendre l’école du village.

Ne pas tomber malade, faute de rendez-vous

À Sainte-Geneviève-des-Bois, commune de 1 080 habitants, André Jean a choisi une formulation aussi directe que déconcertante. Son arrêté demande aux Génovéfains de ne pas tomber malades, au regard des difficultés rencontrées pour obtenir une consultation médicale.

Derrière cette interdiction irréaliste se cache une situation chiffrée. Le secteur ne compte plus que deux médecins pour 11 500 habitants, contre huit auparavant. Pour un élu rural, le sujet dépasse la simple question du confort : sans soignant accessible, les retards de diagnostic et le renoncement aux soins deviennent une menace quotidienne.

Deux médecins pour 11 500 habitants : l’arrêté transforme ce déséquilibre sanitaire en une phrase que personne ne peut ignorer.

Le maire évoquait aussi la difficulté d’accueillir un médecin formé hors de France. Un praticien algérien intéressé par une installation locale devait accomplir un stage de trois ans, selon les règles alors applicables. La commune examinait aussi l’option d’un médecin salarié. La préfecture a demandé le retrait de l’arrêté, rappelant qu’un maire ne peut évidemment pas réglementer l’état de santé de ses habitants.

À Ychoux, une maison de santé sans médecins

Le cas d’Ychoux illustre une autre frustration des petites communes. La municipalité a financé une maison de santé pour 1,2 million d’euros. L’équipement existe, mais les remplaçants manquent. Les deux médecins du village devaient partir à la retraite en 2019.

Le bâtiment ne suffit donc pas toujours. Pour convaincre un praticien de s’installer, il faut aussi du temps médical disponible, des conditions de travail attractives, des services pour la famille et, souvent, une organisation collective avec d’autres soignants. L’arrêté humoristique permettait de rappeler cette réalité sans jargon.

Interdire de mourir pour dénoncer les cimetières saturés

À Cugnaux, qui comptait 17 771 habitants lors de cette affaire en 2007, la mairie a choisi un autre terrain sensible : la mort. Le texte interdisait de décéder sur le territoire communal sans disposer d’un caveau. Il prévoyait même des sanctions, sur un ton volontairement décalé.

Au Lavandou, commune varoise de 5 759 habitants au moment de l’initiative en 2000, la démarche poursuivait le même objectif. Les deux municipalités protestaient contre l’encombrement de leur cimetière et l’absence de solution immédiate pour créer ou étendre des emplacements.

Ce type de texte rappelle un point souvent mal compris : la gestion funéraire relève bien des communes. Elles doivent organiser les cimetières, attribuer certaines concessions et anticiper les besoins fonciers. Or agrandir un site peut se heurter à des contraintes de terrain, d’urbanisme, de voisinage ou de financement.

Une fausse distribution pour défendre l’école

À Montereau, village loirétain de 599 habitants, Jean Debouzy a pris un arrêté annonçant la distribution de pilules destinées à stimuler les naissances chez les couples âgés de 18 à 40 ans. La raison avancée était la fermeture d’une classe et le risque pesant sur l’école communale.

La formulation a suscité des réactions, parfois amusées, parfois critiques. L’élu revendiquait pourtant l’efficacité médiatique de l’opération. Il a indiqué avoir obtenu une couverture par quatre chaînes de télévision et vingt-deux articles de presse en France, sans compter les reprises à l’étranger.

Pour les communes rurales, une phrase provocatrice peut attirer l’attention sur une classe fermée bien plus vite qu’un dossier administratif.

Ce que recouvre cette méthode de communication

Le mécanisme est parfois qualifié de communication paradoxale. L’autorité publique formule une injonction impossible à respecter afin de souligner l’impossibilité d’une situation réelle. « Ne tombez pas malades » signifie, en réalité, « l’accès aux soins n’est plus garanti ». « Ne mourez pas » traduit l’urgence d’un problème de capacité funéraire.

Cette méthode comporte un risque : le trait d’humour peut occulter le fond du dossier ou être compris comme une provocation déplacée. Elle oblige aussi l’élu à préciser rapidement sa démarche, sous peine de voir le débat se limiter à la formule.

Quand elle fonctionne, elle donne une visibilité immédiate à des difficultés souvent silencieuses. Un manque de médecins, une fermeture de classe ou un cimetière saturé ne se règlent pas avec un arrêté symbolique. Mais celui-ci peut ouvrir une discussion, mobiliser des habitants et placer une commune rurale au centre de l’attention publique pendant quelques jours.

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