En Espagne, un professeur de mathématiques affirme qu’un simple modèle permettrait d’anticiper l’échec annoncé de nombreux couples.
Dans un article du quotidien espagnol ABC, un spécialiste des mathématiques appliquées, Laurent Pujo-Menjouet, avance qu’il existe des « ingrédients » mesurables qui rendent certaines histoires d’amour presque inévitablement vouées à l’échec. Selon lui, les couples suivraient des schémas prévisibles et franchiraient parfois un seuil critique à partir duquel la séparation ne serait plus qu’une question de temps.
Un professeur de mathématiques qui s’intéresse aux histoires d’amour
Dans les colonnes de la rubrique bien-être d’ABC, Laurent Pujo-Menjouet est présenté comme un professeur de mathématiques qui applique ses outils de recherche à la vie de couple. Son idée centrale : les relations amoureuses n’évoluent pas au hasard, elles obéissent à des dynamiques répétitives qu’on peut décrire avec des équations.
ABC rappelle que de nombreuses relations connaissent au fil du temps des tensions qui, si elles se répètent ou s’intensifient, finissent par miner le lien. Le mathématicien ne prétend pas disposer d’une formule magique pour l’amour éternel, mais il avance que certains paramètres, quand ils se combinent, annoncent un avenir compliqué.
Pour Laurent Pujo-Menjouet, les couples suivent des « schémas prévisibles » et franchissent parfois un « seuil critique » à partir duquel la relation se dégrade inexorablement.
Ses travaux s’inscrivent dans une tendance plus large : celle de chercheurs qui utilisent les mathématiques, la statistique ou l’informatique pour analyser les comportements humains, qu’il s’agisse d’économie, de réseaux sociaux… ou de relations sentimentales.
Un « seuil critique » au-delà duquel le couple se fragilise
ABC met en avant une notion clé employée par le professeur : le « seuil critique ». Ce seuil correspond à un point de bascule. Tant que la relation reste en dessous, le couple peut se disputer, traverser des crises, mais garde un potentiel de rebond. Une fois ce seuil dépassé, la dynamique change : chaque conflit pèse davantage, les moments agréables compensent de moins en moins les tensions.
Dans l’approche du mathématicien, ce seuil ne relève pas de la magie, mais d’une combinaison de paramètres mesurables dans la durée :
la fréquence des conflits et des reproches,
l’intensité émotionnelle des disputes,
la capacité du couple à rétablir un climat positif entre deux crises.
ABC insiste sur l’idée que ce seuil n’est pas le même pour tout le monde. Certains couples supportent une forte intensité de désaccords parce qu’ils disposent, en parallèle, de rituels d’affection solides, de beaucoup d’humour ou d’une grande confiance mutuelle. D’autres atteignent ce point de non-retour avec beaucoup moins de tensions, car leur « capital positif » est plus faible dès le départ.
Les trois ingrédients qui condamneraient un couple
Le journal espagnol résume la pensée de Laurent Pujo-Menjouet autour de trois « ingrédients » principaux qui, combinés, rapprochent la relation de l’échec. Il s’agit moins d’événements spectaculaires que de tendances de fond qui s’installent progressivement.
1. Une accumulation de négatif qui dépasse le positif
Le premier ingrédient tient au déséquilibre entre expériences négatives et expériences positives. ABC décrit un mécanisme simple : si, semaine après semaine, les critiques, les piques, les non-dits et les frustrations pèsent davantage que les moments de complicité, la trajectoire générale du couple devient descendante.
Dans la perspective du mathématicien, chaque interaction compte dans une sorte de « bilan émotionnel ». Ce bilan ne se résume pas à quelques grosses disputes, mais à la somme des petits épisodes où l’un des partenaires se sent jugé, ignoré ou méprisé.
Quand la somme des épisodes négatifs dépasse durablement celle des moments positifs, les équations du couple s’orientent vers la rupture.
2. Des réactions qui amplifient chaque conflit
Le deuxième ingrédient tient au style de réaction de chacun. ABC rapporte que, dans le modèle de Pujo-Menjouet, les partenaires ont une manière plus ou moins « amplificatrice » de répondre aux tensions. Certains désamorcent rapidement un accrochage ; d’autres, au contraire, réagissent de façon excessive, rallument d’anciens griefs, généralisent (« tu fais toujours… », « tu ne fais jamais… »).
Selon le professeur, ces réactions amplificatrices transforment un désaccord ponctuel en série d’ondes de choc. Mathématiquement, chaque dispute augmente la probabilité de la suivante, comme une réaction en chaîne. La ligne de base de la relation se déplace peu à peu vers un état de conflit permanent.
3. Une incapacité à revenir à un état stable
Troisième ingrédient évoqué dans l’article d’ABC : l’absence de mécanisme de stabilisation. Dans certains couples, après une dispute, des excuses, un geste d’affection ou un moment partagé suffisent à ramener un niveau de calme acceptable. Dans d’autres, rien ou presque ne permet ce retour à la normale.
Le mathématicien s’intéresse à cette « vitesse de retour » à un état émotionnel plus neutre. Si ce retour est lent, ou s’il n’existe pas, la relation reste durablement sous tension. Le seuil critique se rapproche, car l’énergie négative n’a plus le temps de se dissiper avant le prochain incident.
Un couple sans véritable capacité de réparation émotionnelle s’approche mécaniquement du point de rupture, même sans événement spectaculaire.
Ce que ces modèles changent – ou non – pour les couples
ABC souligne que ces travaux n’ont pas vocation à remplacer les psychologues ou les thérapeutes de couple. Ils offrent plutôt un cadre pour comprendre pourquoi certaines histoires se détériorent alors que, de l’extérieur, elles semblent « normales ».
Pour un lecteur, cette approche mathématique peut aider à prendre du recul. Elle invite à se demander non pas seulement « est-ce qu’on se dispute ? », mais « notre balance globalement positive ou négative s’améliore-t-elle ou s’aggrave-t-elle ? », « que se passe-t-il après un conflit ? », « arrivons-nous à réellement réparer ce qui a été abîmé ? ».
Le danger, souligne implicitement le journal, serait de croire qu’un modèle suffit à décréter l’avenir d’un couple. Ces équations décrivent des tendances, pas des destins gravés dans le marbre. Elles montrent surtout combien les petites interactions quotidiennes finissent par compter autant que les grands événements.
Ce que ces travaux disent à un couple en France
Pour un couple installé en France, ce type de réflexion rejoint certaines pratiques de thérapie de couple menées par des psychologues ou des conseillers conjugaux. Les professionnels interrogent souvent :
la manière dont le couple gère les conflits,
la proportion de critique par rapport aux encouragements,
la présence ou non de gestes de réparation après les disputes.
En France, il n’existe pas d’« équation officielle » appliquée en cabinet, mais des chercheurs en psychologie utilisent eux aussi des données et des modèles statistiques pour repérer les comportements associés à la séparation. Cette approche reste complémentaire : elle ne se substitue pas à l’écoute, au contexte personnel, aux valeurs de chaque couple.
La mise en perspective proposée par ABC montre surtout qu’un regard chiffré peut parfois rendre plus concret ce que beaucoup ressentent sans le formuler : au-delà des grandes déclarations, ce sont les habitudes de communication, jour après jour, qui orientent discrètement l’avenir d’une relation.
Comment ces trois ingrédients peuvent servir de signal d’alerte
Sans prétendre transformer les lecteurs en statisticiens, l’article d’ABC laisse entendre que ces trois ingrédients peuvent servir de signaux d’alerte. Observer la fréquence des reproches, la façon dont chaque conflit est géré, et la capacité réelle du couple à retrouver un climat apaisé permet déjà de repérer une dérive.
Un exemple concret : un couple qui se dispute régulièrement sur la répartition des tâches ménagères. Si chaque discussion s’envenime, réactive d’anciens griefs et laisse plusieurs jours de froideur, les paramètres du modèle de Pujo-Menjouet sont tous réunis : accumulation de négatif, amplification des réactions, absence de retour à un état stable.
Pris séparément, ces ingrédients peuvent être gérables. Ensemble, ils forment la signature d’une relation qui s’approche de son seuil critique.
À l’inverse, un couple qui s’affronte sur les mêmes sujets mais parvient, après coup, à en rire, à trouver un compromis ou à exprimer une vraie reconnaissance, modifie radicalement ses « équations ». Le conflit existe toujours, mais le système relationnel reste stable.
Pour des lecteurs français, l’apport de ce regard venu d’Espagne tient dans cette idée : même l’amour, réputé imprévisible, présente des régularités que l’on peut objectiver. Non pas pour prédire mécaniquement qui se séparera, mais pour rendre plus visibles les dynamiques qui fragilisent un lien et, parfois, donner l’envie de les changer avant que le seuil critique ne soit dépassé.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.