Une vaste enquête menée au Royaume-Uni révèle que certaines villes voient défiler des chats de passage presque tous les jours chez les voisins.
Au Royaume-Uni, les chats semblent avoir pris goût aux virées chez les voisins. Une étude relayée par le groupe britannique OnePoll et commandée par la marque de friandises pour chats Dreamies dresse une carte inattendue des lieux où les félins mènent, littéralement, une double vie. Cambridge s’impose comme la capitale de ces chats « infidèles », devant d’autres villes comme Leeds ou Plymouth.
Cambridge, capitale des chats à double vie
L’enquête, réalisée auprès de 2 000 personnes ne possédant pas de chat, montre que Cambridge arrive en tête des villes où les félins du voisinage s’invitent régulièrement dans d’autres foyers. Les habitants de la ville universitaire déclarent recevoir la visite de chats qui ne sont pas les leurs jusqu’à trois fois par semaine en moyenne.
À Cambridge, les habitants disent voir débarquer chez eux des chats du voisinage plusieurs fois par semaine, parfois comme s’ils étaient chez eux.
Leeds et Plymouth sont également citées parmi les villes britanniques où ces « visites de courtoisie » félines sont les plus fréquentes. Dans ces agglomérations, les non-propriétaires de chats se retrouvent régulièrement avec un invité à quatre pattes sur le canapé, dans le jardin ou même dans la cuisine.
Interrogés sur les raisons possibles de ces escapades, 22 % des répondants avancent une explication simple : les chats seraient avant tout curieux. D’autres théories émergent :
14 % des personnes interrogées pensent que les chats sont attirés par les jardins ensoleillés des voisins ;
11 % estiment que les félins cherchent surtout le calme et la tranquillité loin de leur foyer officiel.
Un pays de voisins « gaga » de chats
Les résultats confirment surtout une chose : le Royaume-Uni se comporte comme une véritable nation de passionnés de chats. Un cinquième des personnes sondées, même sans chat à la maison, admettent avoir déjà joué avec le compagnon félin de quelqu’un d’autre.
Certains vont beaucoup plus loin dans la relation :
13 % des sondés ont donné un surnom à un chat du quartier qui vient régulièrement les voir ;
un habitant sur dix a déjà accueilli un chat errant ou voisin chez lui, le temps d’un câlin sur le canapé.
Pour 21 % des personnes interrogées, la visite d’un chat procure un sentiment de bonheur et de valorisation, comme si l’animal les choisissait. 16 % avouent même qu’ils aimeraient être le véritable propriétaire du félin qui vient les voir.
Une partie des voisins finit par s’attacher à ces chats « infidèles » au point de souhaiter en devenir officiellement le maître.
Ces rencontres ne restent pas toujours de simples parenthèses. Dans près de 29 % des cas, les non-propriétaires, régulièrement visités, finissent par s’entendre avec le vrai maître pour partager les tâches de garde. Certains deviennent ainsi cat-sitters occasionnels pour un animal qui a visiblement décidé d’adopter deux foyers au lieu d’un.
Les propriétaires ne sont pas dupes des escapades de leurs félins
Une seconde enquête, menée cette fois auprès de 2 000 propriétaires de chats, montre que ces escapades ne passent pas inaperçues. Plus d’un quart d’entre eux, soit 27 %, soupçonnent leur animal d’aller chercher ailleurs de la nourriture, des siestes confortables ou des câlins supplémentaires.
Et 16 % des maîtres ne parlent même plus de soupçon : ils sont convaincus que leur chat a pris l’habitude de fréquenter plusieurs maisons du quartier. Parmi ceux qui se disent méfiants, 44 % rapportent que leur compagnon disparaît pendant des heures, parfois même durant plusieurs jours, selon les données recueillies par OnePoll.
Pour une part significative des maîtres britanniques, le chat de la maison mène bel et bien une double vie, voire une triple vie, dans d’autres foyers.
Pour la marque Dreamies, qui a commandité ces études, ces résultats illustrent un trait bien connu des félins. Hala Sinna, qui représente la marque de friandises, rappelle avec humour que « les chats adorent vagabonder » et que ce comportement met en lumière leurs petites vies parallèles, « entre les visites chez les voisins et le charme exercé sur toute la rue ». Elle y voit aussi un rappel adressé aux propriétaires : garder les friandises préférées du chat à portée de main reste un moyen efficace de le voir revenir au bercail.
Muffin, le chat de village devenu vedette locale
Au-delà des chiffres, l’étude met en avant un exemple concret : Muffin, un chat à poils longs d’un an, installé à Histon, près de Cambridge. Son cas illustre à lui seul le phénomène du chat « infidèle » devenue star du quartier.
Sa propriétaire, Kimberley Skinner, 40 ans, partage sa vie avec son mari Chris Barlow, 49 ans, et leurs deux filles, Adeline, huit ans, et Amélie, trois ans. Face aux innombrables escapades de Muffin dans le village, la famille a créé une page Facebook baptisée « Muffin The Village Cat », afin de suivre ses aventures.
Les habitants de Histon y postent régulièrement des photos et des témoignages :
Muffin endormi dans la maison d’un voisin ;
Muffin au bord d’un terrain lors d’un match de football local ;
Muffin aperçu dans un institut de beauté ;
Muffin attablé, ou presque, au café du village.
Le chat accompagne parfois les habitants lors de leurs promenades avec des chiens dans les champs alentours. Une fois, il s’est aventuré jusqu’à un champ de citrouilles voisin, où il a été retrouvé tranquillement installé sur un tracteur. Selon Kimberley, Muffin montrait déjà, dès le plus jeune âge, un tempérament d’explorateur, le plus aventureux de la portée.
Muffin symbolise ces chats qui transforment tout un village en aire de jeu, multipliant les foyers d’accueil et les admirateurs.
Pourquoi les chats vont-ils chez les voisins ? L’explication des spécialistes
Pour comprendre ces comportements, Dreamies s’est associé au Waltham Pet Science Institute, centre de recherche spécialisé dans les animaux de compagnie au Royaume-Uni. Son experte en comportement félin, Hannah Flint, rappelle que la plupart des chats domestiques restent globalement proches de la maison, mais que beaucoup couvrent tout de même un rayon de plus de 500 mètres autour de leur foyer.
Autrement dit, les maisons voisines font naturellement partie de leur territoire élargi. L’experte explique que les chats ont un instinct fort qui les pousse à répondre à leurs besoins – nourriture, sécurité, curiosité, contacts sociaux – de la manière la plus simple et la plus commode. Si une porte reste entrouverte, si un jardin est calme et ensoleillé ou si un voisin se montre particulièrement accueillant, le chat reviendra.
Hannah Flint souligne aussi un point clés sur la communication : les chats utilisent un miaulement particulier pour s’adresser aux humains. Ce son, proche de l’appel du chaton à sa mère, réveille chez nous un réflexe de protection. D’où cette tendance à ouvrir sa porte, à donner une caresse, parfois à offrir une gamelle, à un animal qui n’est même pas le nôtre.
Et en France, les chats « infidèles » sont-ils aussi nombreux ?
En France, aucune grande enquête récente de l’ampleur de celles menées par OnePoll n’a établi un classement des villes où les chats visitent le plus les voisins. Le contexte reste pourtant comparable : les chats représentent l’un des animaux de compagnie les plus répandus dans les foyers français, et nombreux sont les propriétaires qui laissent leur animal circuler librement entre la maison et l’extérieur.
Les comportements observés au Royaume-Uni ont donc toutes les chances de se retrouver en France. Dans les lotissements, les villages ou les copropriétés avec jardins, les mêmes scènes se répètent : un chat qui entre dans une autre maison, s’installe sur un canapé, vient quémander un peu de nourriture ou profite simplement d’un balcon ensoleillé.
Pour un lecteur français, la gestion de ces chats « à double foyer » repose surtout sur le dialogue de voisinage. Aucune réglementation spécifique ne traite du cas d’un chat qui s’invite régulièrement chez quelqu’un d’autre, tant que l’animal ne provoque pas de troubles manifestes. Lorsque la relation se noue, certains voisins se mettent d’accord pour se partager la garde pendant les vacances, ou pour s’organiser en cas d’absence, comme le font déjà près de 29 % des Britanniques interrogés.
En France comme au Royaume-Uni, tout repose sur l’entente entre voisins et la capacité à respecter le lien qui unit le chat à son foyer officiel.
Quelques conseils pratiques pour gérer un chat du voisin
Pour les Français confrontés à un chat de quartier particulièrement envahissant, quelques réflexes peuvent faciliter la cohabitation :
Identifier le propriétaire, lorsque c’est possible, et lui signaler les visites répétées.
Éviter de nourrir systématiquement le chat, afin de ne pas brouiller les repères de l’animal.
Respecter les consignes éventuelles du maître (régime alimentaire, problèmes de santé, etc.).
Limiter l’accès aux pièces sensibles (chambres, cuisine) si l’on ne souhaite pas en faire un habitué.
En cas d’accord mutuel, formaliser un minimum les périodes de garde ou les habitudes de visite.
Un élément clé reste la santé de l’animal. Certains chats suivent un régime précis ou prennent un traitement. Offrir des friandises ou des restes de table sans en parler au propriétaire peut dérégler cet équilibre. C’est aussi la raison pour laquelle de nombreux maîtres s’appuient sur des marques de friandises bien identifiées, qu’ils contrôlent, plutôt que sur des aliments variés distribués à l’improviste par le voisinage.
Le double foyer, un avantage… ou un risque ?
Pour le chat, multiplier les maisons peut offrir plusieurs bénéfices : davantage de stimulation, plusieurs lieux d’observation, plus de possibilités de repos et de contacts humains. Certains félins semblent parfaitement à l’aise avec cette organisation, comme Muffin à Histon, qui a fini par transformer tout son village en terrain de chasse aux caresses.
Ce mode de vie comporte toutefois des limites. Des maîtres peuvent s’inquiéter lorsque leur animal disparaît des heures ou des jours entiers. Les vétérinaires signalent aussi des risques liés à la suralimentation lorsque plusieurs foyers nourrissent le même chat. Le marquage du territoire par l’animal, sous forme d’urine ou de griffades, peut parfois créer des tensions avec des voisins moins tolérants.
En France comme au Royaume-Uni, la clé reste une combinaison de bon sens, de discussion et d’observation. Les chats conservent leur liberté d’exploration, tout en permettant à leurs maîtres et à leurs voisins de mieux comprendre ce qui se joue derrière ces allers-retours permanents entre plusieurs foyers.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.