En Suède, l’analyse minutieuse de dents vikings vieilles d’un millénaire bouscule l’image de guerriers négligents sur leur hygiène bucco-dentaire.
Une équipe suédoise vient de passer au crible des milliers de dents vikings mises au jour sur le site archéologique de Varnhem, au sud-ouest de la Suède. Selon l’étude relayée par le média scientifique anglophone ScienceAlert, ces guerriers et paysans scandinaves du Moyen Âge prenaient bien plus soin de leur bouche qu’on ne l’imaginait, avec des gestes proches de la dentisterie moderne.
Des milliers de dents vikings passées aux rayons X
Les chercheurs de l’université de Göteborg et du musée de Västergötland ont analysé au total 3 293 dents appartenant à 171 individus, enfants et adultes confondus. Ces restes datent des Xe-XIIe siècles et proviennent du cimetière de Varnhem, un site réputé pour des conditions de sol qui préservent remarquablement os et dents.
Pour mener leurs travaux, les scientifiques n’ont pas seulement observé les dents à l’œil nu. Ils ont eu recours à des méthodes proches de celles utilisées dans un cabinet dentaire actuel :
radiographies dentaires pour inspecter l’intérieur de la dent et les racines ;
sondes dentaires pour détecter les cavités et les zones fragilisées ;
examen minutieux des surfaces pour repérer traces de découpe, de limage ou de nettoyage.
Les dents vikings de Varnhem ont été étudiées avec des techniques similaires à celles utilisées chez un dentiste contemporain, révélant des soins structurés et répétés.
Au fil de l’analyse, un constat se dessine : ces Scandinaves n’abandonnaient pas leurs dents au hasard. Ils semblent connaître des gestes de prévention, mais aussi des formes de traitement lorsqu’une infection apparaissait.
Caries, pertes de dents, mais une enfance étonnamment épargnée
Les résultats pour les adultes montrent un niveau de maladie dentaire significatif, mais pas aussi catastrophique que ce que l’on pourrait attendre dans une société médiévale sans dentifrice ni soins modernes.
Selon l’équipe, 13 % des dents adultes présentaient des caries ou cavités, souvent localisées au niveau des racines. La perte de dents était fréquente : en moyenne, chaque adulte avait perdu environ 6 % de ses dents (hors dents de sagesse), soit plusieurs dents manquantes sur une vie.
Pourtant, les enfants de moins de 12 ans étudiés ne montraient aucune trace de carie. Cette absence intrigue les chercheurs. Elle pourrait refléter un régime alimentaire différent pour les plus jeunes, moins riche en sucres cariogènes, ou un effet d’échantillon lié aux individus retrouvés sur le site. Le texte source ne précise pas l’interprétation retenue par les scientifiques.
À Varnhem, les enfants vikings examinés ne présentaient aucun signe de carie, alors que la perte de dents devenait un problème majeur autour de 40 ans.
Au-delà de cette absence de caries chez les plus jeunes, les chercheurs notent qu’à partir de 40 ans, la perte de dents posait davantage de problèmes aux Vikings que la carie elle-même. Les extractions spontanées ou la chute de dents malades semblent donc avoir marqué la fin de vie dentaire d’un grand nombre d’adultes.
Des preuves d’« opérations » dentaires et de cure-dents
L’un des points les plus frappants de l’étude tient aux traces de soins volontaires relevées sur les dents. L’odontologiste Carolina Bertilsson, de l’université de Göteborg, explique que son équipe a repéré plusieurs formes d’intervention :
usage régulier de cure-dents, visible par de fines marques entre les dents ;
limage intentionnel de dents de devant chez au moins un individu ;
tentatives de traitement de dents infectées, avec comblement de cavités.
Interrogée par les auteurs de la publication, Carolina Bertilsson décrit des gestes qui rappellent, dans leurs grandes lignes, certains actes dentaires actuels. L’équipe a notamment mis en évidence ce qui ressemble à une obstruction de cavité, une sorte de « plombage » primitif visant à soulager la douleur en bouchant un trou créé par une infection sur une molaire.
« C’est très excitant à observer, et pas si différent des traitements dentaires que nous réalisons aujourd’hui quand nous forons des dents infectées », souligne Carolina Bertilsson.
Les chercheurs restent toutefois prudents sur l’organisation concrète de ces soins. La spécialiste ajoute qu’ils ignorent si ces interventions étaient menées par les Vikings eux-mêmes, par des membres de la famille, ou par des individus jouant un rôle spécifique de guérisseur ou de praticien.
Des dents limées pour se distinguer ?
L’étude mentionne un cas particulier : celui d’un individu présentant un limage délibéré des incisives. Les dents de devant ont été entaillées ou façonnées de manière volontaire, ce qui exclut l’hypothèse d’un simple accident ou d’une usure naturelle.
Ce type de modification corporelle dentaire a déjà été observé dans d’autres contextes archéologiques liés aux Vikings. Les spécialistes penchent pour un marquage social ou identitaire, sans pouvoir en préciser le rôle exact. Il pourrait s’agir :
d’un signe de statut particulier au sein du groupe ;
d’une marque liée à une activité spécifique, comme le commerce ou la guerre ;
d’un élément de distinction esthétique ou symbolique.
Dans le texte de référence, les scientifiques évoquent l’idée que ce limage pouvait servir à identifier la personne pour une raison précise. Ils ne disposent toutefois pas de texte médiéval ou de témoignage direct permettant de l’affirmer.
Ce que ces dents révèlent de la culture viking
Les chercheurs insistent sur la solidité des dents comme matériau archéologique. Les couronnes et racines résistent souvent mieux au temps que les autres os, ce qui permet de reconstituer des habitudes de vie, d’alimentation ou de santé.
Pour l’équipe suédoise, ces résultats montrent que les dents occupaient une place importante dans la culture viking de Varnhem, et que la dentisterie de l’époque était probablement plus élaborée qu’on ne le pensait.
Les traces de cure-dents, de comblement de cavités ou de limage intentionnel témoignent d’une attention portée non seulement à la fonction – manger, parler – mais aussi à l’apparence et au confort. Cela nuance l’image de guerriers bruts et indifférents à leur santé quotidienne.
L’étude, publiée dans la revue scientifique PLOS ONE, s’appuie sur un contexte spécifique : Varnhem, connu pour la bonne conservation des restes humains. Les conclusions s’appliquent donc avant tout à cette communauté viking précise, mais elles suggèrent l’existence de connaissances partagées sur le soin des dents dans une partie au moins de la Scandinavie médiévale.
Santé dentaire : ce que fait un dentiste aujourd’hui en France
Pour un lecteur français, ces résultats permettent de comparer les pratiques vikings aux soins actuels. Aujourd’hui, la dentisterie en France est assurée par les chirurgiens-dentistes, professionnels de santé formés pendant plusieurs années à l’université. Leurs actes incluent :
le dépistage et le traitement des caries par forage et pose de matériau de remplissage ;
le détartrage et la prévention des maladies des gencives ;
les extractions de dents trop abîmées ;
les prothèses (couronnes, bridges, dentiers) pour remplacer les dents manquantes ;
l’orthodontie, qui vise à aligner les dents, lorsqu’ils ont cette spécialité.
La logique reste la même qu’à Varnhem sur le principe : soulager la douleur, conserver la dent quand c’est possible et maintenir une bonne capacité à mâcher. La grande différence vient des moyens : anesthésie, matériaux modernes, radiographies en trois dimensions et règles d’hygiène strictes.
En France, l’Assurance maladie et les complémentaires santé encadrent la prise en charge de ces soins, avec des tarifs conventionnés et des remboursements partiels ou complets selon les actes. Le texte source ne présente aucun détail économique pour la période viking, mais tout porte à croire que ces gestes relevaient du savoir pratique transmis dans la communauté, sans système de prise en charge comparable.
Pourquoi les dents sont si utiles aux archéologues
Pour comprendre des sociétés anciennes comme celle des Vikings, l’étude des dents joue un rôle central. Elles fournissent des informations sur :
Aspect étudié
Ce que révèlent les dents
Alimentation
Type de nourriture consommée, présence de sucres ou d’aliments abrasifs.
Santé
Présence de caries, d’infections, d’usure anormale ou de déchaussement.
Habitudes
Utilisation de cure-dents, de pipes, d’outils tenus avec les dents.
Dans le cas de Varnhem, l’identification de comblements de cavités et de limage intentionnel renvoie à un niveau d’organisation sociale où certains savaient intervenir sur la bouche d’autrui. Les archéologues y voient une piste pour mieux comprendre la répartition des rôles dans ces communautés : guérisseurs, artisans polyvalents, ou simples proches formés par l’expérience.
Pour un lecteur contemporain, ces travaux rappellent enfin que la carie et la perte de dents ne sont pas des fatalités modernes. Elles accompagnent l’humanité depuis longtemps, et chaque époque invente ses propres réponses, du cure-dents viking aux soins dentaires encadrés par un chirurgien-dentiste en France aujourd’hui.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Combien de dents vikings ont été analysées dans cette étude ?
L'équipe de recherche suédoise a analysé au total 3 293 dents appartenant à 171 individus, enfants et adultes confondus, provenant du cimetière de Varnhem.
Pourquoi les enfants vikings n'avaient-ils aucune carie alors que les adultes en avaient ?
L'absence de caries chez les enfants de moins de 12 ans pourrait refléter un régime alimentaire différent, moins riche en sucres cariogènes, ou un effet lié à l'échantillon des individus retrouvés sur le site. Les chercheurs ne précisent pas la cause exacte dans le texte.
Quelles sont les preuves de soins dentaires chez les Vikings ?
Les scientifiques ont observé des traces régulières de cure-dents entre les dents, du limage intentionnel de dents de devant chez au moins un individu, et ce qui ressemble à un comblement primitif de cavités infectées, comparable à un plombage moderne.
Qui effectuait ces soins dentaires chez les Vikings ?
Les chercheurs ignorent si ces interventions étaient menées par les Vikings eux-mêmes, par des membres de la famille, ou par des individus jouant un rôle spécifique de guérisseur ou de praticien.
Pourquoi certains Vikings avaient-ils les dents limées ?
Le limage intentionnel des incisives observé chez au moins un individu suggère un marquage social ou identitaire. Il pourrait indiquer un statut particulier, une activité spécifique ou une distinction esthétique ou symbolique, mais les chercheurs ne peuvent pas l'affirmer avec certitude.