Une étude surprend les chercheurs : les non-fumeurs de moins de 50 ans atteints d’un cancer du poumon avaient souvent une meilleure alimentation que la moyenne
Aux États-Unis, une étude sur le cancer du poumon chez des non-fumeurs de moins de 50 ans met en lumière un facteur de risque inattendu lié à l’alimentation.
Le centre anticancer USC Norris, rattaché à l’université de Californie du Sud, a présenté des résultats déroutants lors du congrès annuel de l’American Association for Cancer Research. Selon ce travail, relayé par ce centre de recherche américain, de jeunes adultes non-fumeurs atteints d’un cancer du poumon suivent souvent une alimentation jugée plus saine que celle du reste de la population américaine. Les chercheurs soupçonnent un rôle possible de l’exposition aux pesticides, sans pouvoir encore établir de lien formel.
Une alimentation plus saine… mais un risque de cancer du poumon plus élevé
Les chercheurs du projet « Epidemiology of Young Lung Cancer » se sont penchés sur un phénomène qui intrigue la communauté médicale aux États-Unis : la hausse des cancers du poumon chez les non-fumeurs de moins de 50 ans, en particulier chez les femmes.
L’étude a porté sur 187 personnes diagnostiquées avec un cancer du poumon avant l’âge de 50 ans. Les participants ont fourni des informations détaillées sur leur profil (âge, sexe), leurs habitudes alimentaires, leur historique tabagique et leur type de cancer.
Chez ces patients jeunes et majoritairement non-fumeurs, la qualité de l’alimentation apparaissait nettement supérieure à la moyenne américaine, alors même qu’ils développaient un cancer du poumon.
Pour mesurer cette qualité, les scientifiques ont utilisé le Healthy Eating Index (HEI), un indice américain qui évalue l’équilibre alimentaire sur une échelle de 1 à 100, en fonction notamment de la consommation de fruits, de légumes, de céréales complètes et de produits transformés.
Résultat : les non-fumeurs de moins de 50 ans atteints de cancer du poumon affichaient un score moyen de 65, contre 57 pour la population générale aux États-Unis. Les femmes de cette cohorte avaient en moyenne des scores encore plus élevés que les hommes.
Plus de fruits, de légumes et de céréales complètes que le reste du pays
Les participants rapportaient une consommation quotidienne de fruits, de légumes et de céréales complètes supérieure aux habitudes alimentaires moyennes des adultes américains.
4,3 portions par jour de légumes verts foncés et de légumineuses, contre 3,6 dans la population générale ;
3,9 portions de céréales complètes par jour, contre 2,6 chez l’adulte américain moyen.
Pour les chercheurs, cette alimentation, en théorie protectrice contre de nombreuses maladies chroniques, ne devrait pas se retrouver associée à un sur-risque de cancer du poumon dans ce groupe particulier de non-fumeurs. C’est précisément cette apparente contradiction qui les pousse à chercher un facteur environnemental caché.
Pistes inquiétantes autour des pesticides utilisés en agriculture
Les scientifiques avancent une hypothèse centrale : l’exposition aux pesticides présents sur certains aliments pourrait jouer un rôle dans ce paradoxe.
Selon l’équipe du USC Norris Comprehensive Cancer Center, les fruits, légumes et céréales complètes issus de l’agriculture conventionnelle, dits « non biologiques », présentent en moyenne plus de résidus de pesticides que les produits laitiers, les viandes ou de nombreux produits transformés.
Les auteurs rappellent que les travailleurs agricoles exposés professionnellement aux pesticides présentent des taux de cancer du poumon plus élevés, ce qui renforce la piste d’un lien potentiel entre ces substances et certains cancers.
Dans cette étude, les chercheurs n’ont pas dosé directement les pesticides dans le sang, les urines ou les aliments consommés par les participants. Ils se sont appuyés sur des données existantes qui estiment les niveaux moyens de résidus dans différentes catégories d’aliments, notamment les fruits, les légumes et les céréales.
Ils en déduisent que les patients ayant déclaré manger plus d’aliments frais et de céréales complètes pouvaient être exposés, en cumulé, à davantage de résidus de pesticides que ceux qui consommaient davantage de produits animaux ou de produits transformés, souvent faiblement contaminés selon ces estimations.
Des formes de cancer différentes de celles liées au tabac
Autre élément clé mis en avant par les chercheurs : les cancers du poumon observés chez ces jeunes non-fumeurs présentent des caractéristiques biologiques distinctes de ceux, plus classiques, liés au tabagisme.
Une précédente étude de 2021, issue du même projet de recherche et intitulée « Genomics of Young Lung Cancer Project », a montré que les sous-types de cancer du poumon diagnostiqués chez les moins de 40 ans diffèrent de ceux observés chez les personnes plus âgées. Cette différence suggère des mécanismes de survenue spécifiques, qui ne reposent pas sur les mêmes agressions que celles induites par la fumée de cigarette.
Le médecin-oncologue Jorge Nieva, spécialiste du cancer du poumon au sein de USC Norris et chercheur principal de l’étude, insiste sur le caractère déroutant de ces résultats. Il y voit un signal fort en faveur de la recherche de facteurs environnementaux modifiables, notamment des substances présentes dans l’environnement quotidien et l’alimentation.
Jeunes non-fumeuses particulièrement concernées
L’étude souligne un autre élément marquant : chez les moins de 50 ans non-fumeurs, les femmes sont plus souvent touchées par le cancer du poumon que les hommes dans la même tranche d’âge.
Dans ce groupe, les femmes déclaraient en moyenne une alimentation plus riche en fruits, légumes et céréales complètes, ce qui renforce l’enquête autour d’un facteur de risque lié à ces catégories d’aliments ou à leur mode de production.
Les chercheurs observent une combinaison préoccupante : hausse du cancer du poumon chez les jeunes non-fumeuses, alimentation plus saine que la moyenne et possible exposition accrue à des pesticides via les végétaux consommés.
Les auteurs ne recommandent pas d’abandonner les fruits et légumes, largement reconnus comme bénéfiques pour la santé, mais plaident pour des investigations poussées sur les pesticides susceptibles de contrebalancer une partie de ces bénéfices dans certaines populations.
Étapes suivantes pour la recherche sur les pesticides et le cancer
Les résultats présentés ouvrent surtout un vaste champ de travail scientifique. L’équipe de USC Norris estime que la prochaine étape consistera à mesurer directement les niveaux de pesticides chez les patients, par des analyses sanguines ou urinaires.
Ces mesures permettraient d’identifier plus précisément quels composés pourraient être associés à un risque accru de cancer du poumon chez les jeunes adultes non-fumeurs, et de vérifier si certaines molécules se montrent plus problématiques que d’autres.
Les recherches bénéficient du soutien de plusieurs organisations américaines engagées dans la lutte contre le cancer du poumon, comme l’Addario Lung Cancer Medical Institute, des fondations privées et des laboratoires pharmaceutiques. Des financements publics proviennent aussi des National Institutes of Health et de l’Institut national du cancer américain (National Cancer Institute).
Ce que cette étude change ou non pour un lecteur en France
Ces travaux concernent des patients suivis aux États-Unis et se basent sur les habitudes alimentaires et les niveaux moyens de contamination des aliments dans ce pays. Le contexte français diffère sur plusieurs points, à commencer par les réglementations sur les pesticides et les habitudes de consommation.
En France, la surveillance des résidus de pesticides dans les aliments relève notamment de la Direction générale de l’alimentation et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Elles réalisent des plans de contrôle et d’évaluation des risques et publient régulièrement des avis sur les substances jugées préoccupantes, avec parfois des retraits d’autorisation ou des restrictions.
La démarche reste néanmoins comparable : comme aux États-Unis, les autorités sanitaires cherchent à repérer les pesticides les plus problématiques, à fixer des seuils réglementaires et à réduire l’exposition de la population quand un risque apparaît avéré ou plausible.
Pour un lecteur français, cette étude américaine illustre surtout l’attention croissante portée à l’impact cumulé des expositions environnementales, y compris lorsque l’on adopte par ailleurs des comportements favorables à la santé, comme arrêter de fumer ou manger plus de végétaux.
Comment interpréter ces résultats sans paniquer sur son assiette
Les auteurs rappellent que leurs travaux ne prouvent pas une relation de cause à effet entre alimentation saine et cancer du poumon. Les résultats signalent une corrélation inquiétante dans un sous-groupe précis (jeunes non-fumeurs) et incitent à rechercher un facteur tiers, ici les pesticides.
Pour un particulier soucieux de limiter son exposition, plusieurs approches sont généralement mises en avant par de nombreux organismes de santé publique, sans figure imposée :
varier les sources d’aliments (producteurs, lieux d’achat, types de produits) afin de ne pas s’exposer toujours aux mêmes molécules ;
laver soigneusement fruits et légumes, éplucher lorsqu’une recette le permet ;
alterner produits issus de l’agriculture conventionnelle et produits certifiés biologiques, qui sont soumis à des règles spécifiques en matière de pesticides ;
privilégier autant que possible des produits de saison.
Les bénéfices d’une alimentation riche en végétaux restent largement documentés pour la santé cardiovasculaire, le surpoids, le diabète ou la prévention de certains cancers. L’étude américaine suggère plutôt qu’il faut regarder de près les conditions de production et les substances utilisées en amont.
Un terme clé : qu’est-ce que le Healthy Eating Index ?
Le Healthy Eating Index, utilisé par les chercheurs américains, sert à mesurer dans quelle mesure une alimentation se rapproche des recommandations nutritionnelles officielles des États-Unis. Il attribue des points lorsque la personne consomme suffisamment de :
Catégorie
Rôle dans l’indice
Fruits et légumes
Plus la consommation est proche des recommandations, plus le score augmente.
Céréales complètes
Valorisées car associées à un meilleur profil métabolique.
Produits riches en sucres, sel, graisses saturées
Plus ils sont présents, plus ils font baisser le score.
Un score moyen de 65, comme celui observé chez les patients non-fumeurs de l’étude, traduit donc une alimentation jugée relativement équilibrée au regard des normes américaines. C’est ce qui rend les résultats encore plus surprenants pour les spécialistes.
Pour les chercheurs, ce paradoxe souligne la nécessité d’examiner non seulement ce que l’on mange en termes de catégories d’aliments, mais aussi la manière dont ces aliments sont cultivés et transformés, ainsi que les expositions involontaires qui peuvent en découler tout au long de la vie.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.