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Il voit les visages se déformer en masques démoniaques : ce syndrome très rare n’est ni une hallucination ni une maladie mentale

Il voit les visages se déformer en masques démoniaques : ce syndrome très rare n'est ni une hallucination ni une maladie mentale

Aux États-Unis, un homme de 59 ans dit voir les visages se tordre en masques démoniaques depuis 2020, sans être psychotique.

Aux États-Unis, un chauffeur routier du Tennessee vit depuis près de quatre ans avec un trouble neurologique rarissime qui transforme, à ses yeux, les visages humains en figures inquiétantes. Comme le raconte le site d’actualités insolites Oddity Central, ce phénomène n’a rien d’un délire psychiatrique, même si tout y ressemble de l’extérieur.

Un matin, ses proches prennent l’apparence de « démons »

Victor Sharrah, 59 ans, n’avait jusque-là aucun problème de vue. Ce jour de novembre 2020, il remarque soudain, dans son appartement, un homme au visage déformé, méconnaissable. Il lui faut quelques instants pour comprendre qu’il s’agit en fait de son colocataire.

En sortant, la scène se répète : toutes les personnes croisées présentent, à ses yeux, une apparence monstrueuse. Leurs oreilles, leur nez et leur bouche semblent étirés vers l’arrière. De profondes stries marquent le front, les joues et le menton. Les traits prennent une allure « gobeline », presque démoniaque.

Le quinquagénaire a cru « se réveiller dans un monde de démons », tant chaque visage autour de lui paraissait monstrueusement déformé.

Face à ce spectacle incessant, Victor raconte avoir sérieusement envisagé de se faire interner, persuadé de sombrer dans la folie. Mais les examens psychiatriques ne révèlent aucun trouble psychotique. Après un long parcours médical, un diagnostic tombe enfin : prosopométamorphopsie, abrégée en PMO.

Prosopométamorphopsie : un trouble visuel ultra-rare

La prosopométamorphopsie correspond à un trouble neurologique qui altère la perception des visages. Ils apparaissent déformés dans leur forme, leur taille ou leurs couleurs, alors que le reste de l’environnement semble normal.

Oddity Central rappelle que seuls 75 cas ont été recensés dans le monde. Cette extrême rareté rend la maladie très mal connue, y compris des spécialistes. Les médecins signalent qu’elle est souvent prise à tort pour un trouble psychiatrique sévère.

À la différence d’une hallucination ou d’un délire, la PMO modifie le visage perçu, sans changer l’identité que le patient attribue à la personne.

Les chercheurs cités expliquent que, contrairement à la schizophrénie, ce trouble n’est pas associé à des croyances délirantes au sujet des gens rencontrés. Victor affirme ainsi reconnaître sans difficulté ses proches et les personnes qu’il croise, même s’il les voit affublées de traits monstrueux. Il sait que ces déformations n’existent que dans sa perception.

Des symptômes qui peuvent durer des années

Les symptômes de la PMO peuvent durer quelques jours, plusieurs semaines ou s’installer pour des années. Victor Sharrah vit avec ces distorsions visuelles depuis près de quatre ans, sans interruption. Il espère encore les voir disparaître spontanément, comme cela a parfois été rapporté dans d’autres cas.

En attendant, il a dû adapter son quotidien. Il continue à travailler et à interagir avec les autres, tout en gardant en tête que les « masques démoniaques » qu’il perçoit ne correspondent pas à la réalité. Ce décalage constant entre ce qu’il voit et ce qu’il sait le fatigue et l’angoisse, mais lui permet de rester ancré dans le réel.

Un cas précieux pour les chercheurs américains

Des scientifiques du Dartmouth College, dans l’État du New Hampshire, se sont saisis de ce cas pour mieux comprendre la prosopométamorphopsie. Ils ont surtout profité d’une particularité frappante : Victor ne voit les visages déformés qu’en face à face, jamais sur les photos ni à la télévision.

Cette caractéristique ouvre une fenêtre rare sur le fonctionnement du cerveau visuel. Les chercheurs ont ainsi mis en place une expérience simple : inviter des personnes à poser devant Victor tout en lui montrant simultanément leurs photos. L’homme pouvait alors décrire précisément les différences entre le visage réel perçu comme monstrueux et l’image parfaitement normale sur l’écran.

Grâce à ce patient, les scientifiques ont pu reconstituer, image par image, les visages tels qu’il les voit réellement, avec leurs creux profonds et leurs traits tirés.

En ajustant numériquement les photos en fonction de ses descriptions, l’équipe a produit des représentations visuelles de ces « masques démoniaques ». Ces images, relayées notamment par le média scientifique Science News, donnent un rare aperçu de ce que subissent les personnes atteintes de PMO au quotidien.

Deux pistes possibles : traumatisme crânien et intoxication

À ce jour, les causes de la prosopométamorphopsie restent mystérieuses. Dans le cas de Victor Sharrah, les chercheurs retiennent deux événements majeurs dans son histoire médicale : un grave traumatisme crânien subi à l’âge de 43 ans et une intoxication au monoxyde de carbone quatre mois avant l’apparition des premiers visages déformés.

Ces deux épisodes peuvent provoquer des lésions cérébrales, en particulier dans les zones impliquées dans la reconnaissance et l’analyse des visages, comme certaines régions du lobe temporal ou occipital. Les scientifiques avancent l’hypothèse qu’une atteinte de ces circuits de traitement visuel expliquerait les distorsions observées.

  • Traumatisme crânien : choc pouvant léser les aires visuelles et les connexions neuronales fines.
  • Intoxication au monoxyde de carbone : manque d’oxygène pour le cerveau, susceptible d’endommager durablement certains tissus.
  • Terrain neurologique individuel : sensibilité particulière encore mal comprise.

Aucun lien de causalité formel n’est démontré à ce stade, mais ces éléments orientent les recherches vers un dysfonctionnement localisé du traitement des visages, plutôt qu’un trouble psychiatrique généralisé.

« Ni hallucination, ni folie » : ce que cela change pour les patients

Pour les personnes atteintes de PMO, le fait de savoir que leur trouble relève de la neurologie, et non d’une maladie mentale, représente un enjeu majeur. Une mauvaise étiquette psychiatrique peut entraîner traitements inadaptés, incompréhension de l’entourage et grande détresse.

La PMO rappelle qu’un symptôme visuel étrange n’est pas forcément un signe de « folie », mais parfois la traduction d’un dysfonctionnement très ciblé du cerveau.

Les médecins insistent sur un point : ces patients ne « croient » pas que les autres sont des monstres. Ils constatent visuellement des déformations, tout en gardant leur jugement intact. Ce décalage très particulier permet de distinguer la PMO de troubles délirants où la personne adhère pleinement à une croyance fausse.

Dans le cas de Victor, ce diagnostic tardif lui a offert au moins une chose : une explication rationnelle à ce qui lui arrive. Il a aussi permis aux chercheurs de progresser dans la description du syndrome, ce qui peut aider d’autres patients à être mieux identifiés.

La reconnaissance des visages, un mécanisme cérébral très spécialisé

Pour un lecteur français, cette histoire américaine illustre à quel point le cerveau traite les visages de manière spécifique. En neuropsychologie, on sait déjà qu’il existe des aires dédiées à la reconnaissance faciale. Quand elles sont endommagées, certaines personnes deviennent incapables de reconnaître les traits d’un proche, un trouble appelé prosopagnosie.

La prosopométamorphopsie se situe dans une autre dimension : l’identité reste reconnaissable, mais la forme perçue du visage se déforme. On peut voir ces deux troubles comme deux versants d’une même fonction cérébrale, avec d’un côté l’identification, de l’autre la construction de l’image visuelle.

Fonction atteinte Prosopagnosie Prosopométamorphopsie
Reconnaissance de l’identité Très perturbée Globalement préservée
Forme perçue du visage Normale Gravement déformée
Risque de diagnostic psychiatrique erroné Plus faible Élevé, à cause du caractère « monstrueux » des visages

En France, de tels cas seraient pris en charge dans des services de neurologie, parfois en lien avec des centres spécialisés en neuro-ophtalmologie ou en maladies rares. Les principes seraient similaires à ceux décrits aux États-Unis : imagerie cérébrale, tests neuropsychologiques, suivi pluridisciplinaire. Il n’existe pas de traitement standard, l’objectif étant surtout d’accompagner le patient, de limiter l’angoisse et de surveiller l’évolution.

Ce que cette histoire apporte à la compréhension du cerveau

Au-delà de l’aspect spectaculaire – voir des « démons » partout –, le cas de Victor Sharrah fournit aux chercheurs un modèle unique. Le fait que les visages soient normaux en photo mais monstrueux en face-à-face suggère que le cerveau ne traite pas de la même manière une image fixe et un visage vivant, en mouvement, dans un environnement en trois dimensions.

Pour la recherche, cela ouvre plusieurs pistes :

  • Comparer les circuits neuronaux activés par une vidéo, une rencontre réelle et une photo.
  • Identifier les zones précises impliquées dans les déformations perçues.
  • Mieux distinguer les troubles purement visuels des troubles psychiatriques.
  • Pour le grand public, cette affaire rappelle un point souvent méconnu : voir n’est jamais un simple enregistrement passif du monde extérieur. Le cerveau reconstruit en permanence la réalité à partir de signaux imparfaits. Dans la grande majorité des cas, cette reconstruction est fiable. Dans de très rares situations, comme la prosopométamorphopsie, elle se dérègle sur un élément très précis, ici le visage humain.

    Cette précision extrême du dysfonctionnement rend le quotidien de Victor difficile, mais permet aux scientifiques d’observer, presque « à la loupe », comment notre cerveau fabrique l’image de ceux qui nous entourent.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que la prosopométamorphopsie exactement ?

    La prosopométamorphopsie (PMO) est un trouble neurologique qui altère la perception des visages en les faisant apparaître déformés dans leur forme, taille ou couleur, tandis que le reste de l'environnement semble normal. Contrairement à une hallucination, le patient sait que ces déformations n'existent que dans sa perception.

    Pourquoi la PMO n'est-elle pas une maladie psychiatrique ?

    Parce que contrairement à la schizophrénie ou aux troubles délirants, la PMO ne s'accompagne d'aucune croyance délirante sur les personnes rencontrées. Le patient reconnaît l'identité réelle des gens malgré les distorsions visuelles et garde son jugement intact.

    Quelle est la cause de la prosopométamorphopsie ?

    Les causes restent mystérieuses, mais les chercheurs soupçonnent une atteinte des zones du cerveau responsables de la reconnaissance et l'analyse des visages, comme certaines régions du lobe temporal ou occipital. Dans le cas de Victor Sharrah, deux événements médicaux graves sont investigués : un traumatisme crânien à 43 ans et une intoxication au monoxyde de carbone quatre mois avant les symptômes.

    Combien de temps les symptômes de la PMO durent-ils ?

    Les symptômes peuvent durer quelques jours, plusieurs semaines ou s'installer pendant des années. Victor Sharrah vit avec ces distorsions visuelles depuis près de quatre ans sans interruption, bien que certains cas aient connu une disparition spontanée.

    Comment la particularité du cas de Victor aide-t-elle les chercheurs ?

    Victor ne voit les visages déformés qu'en face à face, jamais sur les photos ni à la télévision. Cette caractéristique unique permet aux scientifiques d'inviter des personnes à poser devant lui tout en montrant leurs photos, lui permettant de décrire précisément les différences et aidant à reconstituer visuellement comment il perçoit réellement les visages.
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