La radio va-t-elle disparaître de votre voiture ? Après Dacia sur certaines Spring, les radios réclament à l’Europe la FM et le DAB+ obligatoires sur les voitures neuves
Alors que certains constructeurs suppriment la radio de série, les stations françaises pressent l’Union européenne d’imposer FM et DAB+ dans chaque voiture neuve.
Dans un contexte où l’habitacle devient un gigantesque écran connecté, un article du site spécialisé Motorpasión met en lumière une inquiétude croissante en Europe : la radio traditionnelle risque de disparaître discrètement des voitures neuves, tandis que les radios françaises se mobilisent pour faire évoluer la législation européenne.
Des voitures neuves déjà livrées sans radio
Pendant des décennies, acheter une voiture signifiait automatiquement disposer d’une radio intégrée. On tournait un bouton pour écouter la musique, les informations, le football ou la Formule 1. Ce geste était si évident que personne ne le remettait en question.
Ce réflexe est en train de vaciller. Motorpasión explique que certains constructeurs ont déjà commencé à supprimer purement et simplement la radio sur des modèles neufs, en particulier dans les versions les plus abordables.
Dacia a retiré la radio sur certaines versions d’entrée de gamme de la Spring.
Citroën suit une logique proche sur quelques variantes de ses modèles les moins chers.
Tesla mise depuis longtemps sur un univers centré sur la connectivité et le streaming, au détriment de la radio classique.
Pour les marques, la logique est avant tout financière. Une radio ne représente pas une somme élevée à l’unité, mais sur une chaîne de production qui sort des centaines de milliers de voitures, chaque euro économisé devient significatif, surtout sur les modèles à marges très serrées.
Dans les versions les plus économiques, supprimer la radio devient un levier d’économies, sans enfreindre la réglementation actuelle.
Smartphone, plateformes et nouveaux réflexes d’écoute
Cette évolution reflète un changement profond dans les usages. Comme le souligne Motorpasión, l’automobiliste de 2026 n’écoute plus la radio comme il y a dix ou quinze ans. Le centre de divertissement du véhicule s’est déplacé vers le smartphone.
Grâce à Apple CarPlay, Android Auto et aux applications embarquées, des services comme Spotify, YouTube Music ou Apple Music prennent le relais. Les conducteurs branchent leur téléphone, lancent une playlist ou un podcast, et oublient parfois totalement le bouton « radio ».
Les constructeurs ont accompagné, voire accéléré ce basculement : écrans tactiles géants, interfaces proches d’une tablette, assistants vocaux, services de streaming intégrés, tout concurrence directement la bande FM ou le DAB+.
Les radios françaises montent au créneau à Bruxelles
Face à ce mouvement, les radios ne partagent pas du tout l’enthousiasme des industriels. Motorpasión relaie une information du site Xataka : les radios publiques, privées et associatives de France ont lancé une pétition commune à destination des institutions européennes.
Objectif : obtenir que l’Union européenne rende obligatoire la présence d’un récepteur FM et DAB+ dans tous les véhicules neufs vendus dans l’UE, quel que soit le niveau de finition ou le prix.
Les radios françaises demandent à Bruxelles d’imposer FM et DAB+ de série sur chaque voiture neuve, pour que la radio ne puisse pas disparaître par simple choix industriel.
Les stations mettent en avant un argument central : la radio reste une infrastructure critique en cas de crise. Elle fonctionne sans connexion internet et peut continuer d’émettre lors :
d’un vaste black-out électrique ;
d’incendies ou de catastrophes naturelles ;
d’accidents majeurs ou de situations de crise où l’information doit rester accessible au plus grand nombre.
Pour ces acteurs, supprimer la radio des voitures affaiblirait un canal de communication essentiel, notamment dans des zones rurales ou mal couvertes par le réseau mobile.
Une faille dans la réglementation européenne actuelle
La bataille se joue sur un point précis du droit européen. Motorpasión rappelle qu’une réglementation existe déjà depuis 2020. Elle impose que tout véhicule équipé d’une radio intègre un récepteur compatible DAB+, la norme de radio numérique destinée à remplacer progressivement la FM analogique.
La nuance est de taille :
Depuis 2020
Ce que la loi dit
Ce qu’elle ne dit pas
Si une voiture a une radio
Elle doit être compatible DAB+
—
Équipement radio en général
—
La loi ne force pas les constructeurs à installer une radio
En clair, l’obligation porte sur le type de radio si elle est présente, pas sur sa présence elle-même. C’est cette zone grise que certains constructeurs utilisent pour supprimer complètement l’équipement radio, en restant parfaitement dans les clous de la réglementation.
Les radios françaises demandent donc à la Commission européenne de « faire un pas de plus » : non seulement exiger la compatibilité DAB+, mais aussi rendre la radio obligatoire de série dans tous les véhicules, à la fois en FM et en DAB+.
Pourquoi le DAB+ prend une telle importance
Le DAB+ (Digital Audio Broadcasting Plus) est une norme de radio numérique terrestre. Elle permet :
une qualité sonore plus stable qu’en FM ;
un plus grand nombre de stations sur une même bande de fréquence ;
En Europe, cette norme monte en puissance. La réglementation de 2020 vise justement à éviter que les voitures neuves restent bloquées sur l’ancienne technologie FM. Mais sans obligation d’intégrer une radio, l’effort peut être contourné en supprimant purement et simplement le poste.
Qu’est-ce que cela change pour un automobiliste en France ?
Pour un conducteur français, la question n’est pas théorique. Les modèles cités par Motorpasión, comme la Dacia Spring ou certaines Citroën, sont vendus en France. Les stratégies évoquées par le site espagnol concernent aussi le marché français, dans un contexte où les coûts de production sont scrutés au centime près.
Concrètement, l’automobiliste qui achète une version d’entrée de gamme peut :
recevoir un véhicule sans radio intégrée ;
se reposer uniquement sur son smartphone, relié ou non au système multimédia ;
devoir installer une radio adaptable ou un accessoire tiers s’il tient à la FM ou au DAB+.
En France, la régulation des fréquences et la planification de la radio sont suivies par l’Arcom, l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, mais l’obligation ou non d’un poste radio intégré relève du droit européen et de la liberté des constructeurs.
Sans nouvelle règle européenne, rien n’empêche un constructeur de livrer une voiture neuve en France sans aucun récepteur radio, même si le DAB+ se déploie dans le pays.
Quelle place pour la radio à l’heure des voitures connectées ?
Au-delà du texte de loi, l’enjeu est stratégique : la radio restera-t-elle un service de base du véhicule, comme le chauffage ou l’éclairage, ou deviendra-t-elle une option parmi d’autres dans un écosystème dominé par les applications ?
Les plateformes de streaming apportent confort et personnalisation. Mais elles dépendent toutes d’une bonne connexion mobile et d’un abonnement. La radio hertzienne, elle, reste accessible sans surcoût et continue de couvrir de vastes territoires, y compris là où la 4G ou la 5G sont fragiles.
La demande des radios françaises à Bruxelles vise donc à maintenir ce « filet de sécurité » dans chaque habitacle. En cas d’accident majeur, d’alerte météo ou de crise sanitaire, un simple récepteur FM ou DAB+ peut rester le canal le plus direct pour diffuser des consignes.
Installer ou garder une radio : un choix qui reste fréquent
Pour l’automobiliste, plusieurs scénarios existent déjà :
Accepter un véhicule sans radio et tout faire via le smartphone.
Choisir une finition supérieure intégrant d’office un système FM/DAB+.
Faire installer a posteriori un autoradio compatible par un professionnel.
Cette dernière option reste courante dans les centres auto ou chez les installateurs spécialisés, qui proposent des postes compatibles Bluetooth et souvent DAB+. Elle implique un coût additionnel, ce que les radios souhaitent éviter pour garantir un accès universel à l’info.
Un débat qui pourrait s’étendre avec l’arrivée de nouvelles normes
À moyen terme, la question de la radio en voiture pourrait se mêler à d’autres évolutions réglementaires européennes : sécurité, appels d’urgence, systèmes d’alerte, voire futurs services liés à la voiture connectée.
Pour un lecteur français, l’enjeu est clair : vérifier, au moment d’acheter une voiture neuve, si un récepteur FM/DAB+ est bien présent de série, notamment sur les finitions les moins chères. Et garder à l’esprit que le smartphone ne remplace pas toujours un canal de diffusion hertzien, surtout quand le réseau mobile fait défaut.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.