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Sorti du nucléaire depuis 46 ans, ce pays nordique change d’avis : 3 petits réacteurs britanniques validés à Ringhals

Longtemps présenté comme un élève modèle de la sortie du nucléaire, ce pays scandinave rebat totalement les cartes de sa stratégie énergétique.

La Suède vient d’acter un spectaculaire retour au nucléaire civil, rapporte le média en ligne français Media24.fr. Au cœur de ce virage : trois petits réacteurs modulaires signés Rolls-Royce SMR, appelés à s’installer sur le site de Ringhals, symbole d’une politique énergétique que Stockholm avait pourtant décidé de tourner le dos il y a plus de quarante ans.

La Suède parie sur trois petits réacteurs britanniques à Ringhals

Le 15 juin 2026, la société suédoise Videberg Kraft a officialisé son choix : ce seront trois réacteurs modulaires de 470 mégawatts chacun, fournis par Rolls-Royce SMR, qui seront construits sur le site nucléaire de Ringhals, sur la côte ouest de la Suède.

Videberg Kraft est détenue par l’énergéticien public Vattenfall, par Industrikraft – un consortium regroupant de grands groupes industriels suédois – et sera prochainement contrôlée majoritairement par l’État suédois, à hauteur de 60 %. Le Parlement, le Riksdag, a validé cette montée au capital le 9 juin 2026.

Ce choix est l’aboutissement d’un long processus : quatre ans d’évaluation, 75 technologies passées au crible, et un duel final entre deux offres de pointe :

  • Le Rolls-Royce SMR, un réacteur à eau pressurisée (PWR) de 470 MW, dérivé des technologies de sous-marins nucléaires britanniques.
  • Le BWRX-300, un réacteur à eau bouillante de 300 MW proposé par GE Vernova Hitachi.

Pour Vattenfall, l’option britannique s’est imposée. Anna Borg, directrice générale du groupe et membre du conseil de Videberg Kraft, explique ainsi la décision : « Rolls-Royce SMR offre les meilleures conditions pour un projet réussi. Le réacteur, un PWR, est la même technologie que celle utilisée aujourd’hui à Ringhals, et Rolls-Royce SMR propose un montage contractuel commercialement attractif. »

Les trois réacteurs SMR de Ringhals devraient produire environ 12 térawattheures par an, soit près de 6 % de la consommation électrique de la Suède.

La première mise en service est visée pour le milieu des années 2030, sous réserve du feu vert de la Commission européenne sur le régime d’aides d’État, attendu au second semestre 2027. Le coût global, estimé à plusieurs milliards de livres, pourrait dépasser les 5 milliards d’euros selon les évaluations du secteur, même si aucun chiffre officiel n’a été rendu public.

Un cadre législatif taillé pour relancer le nucléaire suédois

Ce projet ne tombe pas du ciel. Depuis 2022, la coalition de centre droit du Premier ministre Ulf Kristersson a entrepris de renverser la stratégie énergétique du pays en remettant le nucléaire au centre du jeu.

Un nouveau cadre législatif est entré en vigueur en août 2025. Il prévoit :

  • Un soutien public pouvant aller jusqu’à 220 milliards de couronnes suédoises (environ 19,7 milliards d’euros) sur douze ans.
  • Des garanties de prix de type « Contracts for Difference » sur 40 ans, assurant un prix de référence aux investisseurs.
  • Une prise de participation directe de l’État dans les projets, à travers des sociétés comme Videberg Kraft.

Objectif affiché : soutenir la construction d’environ 5 000 MW de nouvelle capacité nucléaire, l’équivalent d’au moins quatre grands réacteurs traditionnels.

Videberg Kraft a été le premier à déposer une demande d’aide d’État en décembre 2025. L’accord d’actionnariat 60/20/20 entre l’État, Vattenfall et Industrikraft a ensuite été annoncé par le gouvernement suédois fin juin 2026.

La Suède veut doubler sa production nucléaire d’ici 2045, avec l’équivalent de 10 grands réacteurs supplémentaires pour sécuriser l’alimentation électrique de son industrie lourde.

Un modèle économique qui rompt avec les fiascos récents

Le gouvernement suédois entend éviter les dérives observées sur certains grands chantiers européens, comme Hinkley Point C au Royaume-Uni ou l’EPR de Flamanville en France. Là où ces projets reposent sur des montages complexes et des dérapages massifs de coûts et de délais, Stockholm tente une approche plus lisible pour les industriels.

Le schéma retenu repose sur trois piliers :

  • Un État actionnaire majoritaire, qui porte une partie significative du risque industriel et politique.
  • Des garanties de prix sur le long terme pour rassurer les financeurs privés.
  • Une technologie standardisée et modulaire, censée réduire les aléas de construction.
  • Ce modèle s’inspire partiellement de ce qui existe au Royaume-Uni, avec les Contracts for Difference, et de la participation publique prévue à Sizewell C, mais en allant plus loin dans l’implication directe de l’État suédois.

    Des réacteurs venus des sous-marins britanniques

    Rolls-Royce est surtout connu du grand public pour ses moteurs d’avion. Mais le groupe britannique conçoit aussi depuis des décennies les réacteurs nucléaires des sous-marins de la Royal Navy. C’est cette expertise qui a été transposée au civil à travers le concept Rolls-Royce SMR.

    Le réacteur choisi par la Suède est un PWR de 470 MW :

    • La plupart des composants sont fabriqués en usine, puis acheminés et assemblés sur le site, ce qui réduit la durée et la complexité du chantier.
    • La durée de vie visée est d’environ 60 ans.
    • La technologie s’appuie sur des principes déjà éprouvés dans l’industrie nucléaire, limitant les risques d’inconnu technique.

    Après le Royaume-Uni (site de Wylfa, au pays de Galles) et la République tchèque, la Suède devient ainsi le troisième pays européen à valider ce modèle de SMR. L’ensemble commence à prendre l’allure d’un standard émergent face aux offres américaines et sud-coréennes.

    Avec la Suède, Rolls-Royce SMR décroche déjà trois grands clients européens et un potentiel de plus de dix unités commandées sur la décennie.

    Un signal fort dans la bataille des SMR en Europe

    La décision suédoise intervient dans un contexte de forte accélération des projets de petits réacteurs modulaires en Europe. Plusieurs pays testent des solutions différentes, comme le montre le panorama dressé pour l’année 2026 :

    Pays Site principal Technologie Capacité prévue Calendrier
    Royaume-Uni Wylfa (pays de Galles) Rolls-Royce SMR Au moins 3 unités de 470 MW Décision finale d’investissement en 2029
    Royaume-Uni Cottam (Nottinghamshire) Holtec SMR-300 4 unités de 300 MW Années 2030
    République tchèque Plusieurs sites (via ČEZ) Rolls-Royce SMR Plusieurs unités de 470 MW Années 2030
    Suède Péninsule de Värö (Ringhals) Rolls-Royce SMR 3 unités de 470 MW Première mise en service vers le milieu des années 2030
    Pologne Sites multiples BWRX-300 (GE Vernova Hitachi) Plusieurs unités de 300 MW Années 2030
    Estonie Site à déterminer BWRX-300 (GE Vernova Hitachi) 2 unités de 300 MW Fin des années 2030
    France Programme Nuward (EDF) Nuward (2 × 170 MW) En restructuration depuis 2024 Calendrier non défini

    Rolls-Royce SMR apparaît comme le grand gagnant de cette première vague européenne, suivi par le BWRX-300, en Pologne, en Estonie et au Canada (site de Darlington). La filière française, avec le projet Nuward porté par EDF, traverse une phase de réorganisation lancée en 2024, tout comme plusieurs start-up hexagonales positionnées sur des concepts de petite taille.

    Un pays qui revient à grande vitesse sur une décision de sortie du nucléaire

    La portée symbolique de l’annonce suédoise est forte. En 1980, un référendum avait acté la sortie progressive du nucléaire. Six réacteurs sur douze ont été fermés depuis, alimentant l’image d’un pays aligné sur un modèle énergétique sans atome.

    Depuis 2010, le curseur a peu à peu bougé. L’arrivée au pouvoir de la coalition Kristersson en 2022 accélère ce renversement. Stockholm affiche désormais un objectif clair : disposer d’ici 2045 de l’équivalent de dix grands réacteurs supplémentaires, afin de :

    • assurer une électricité abondante pour l’industrie lourde, en pleine électrification ;
    • limiter le recours aux énergies fossiles dans un pays qui vise la neutralité climatique ;
    • stabiliser les prix de l’électricité pour les ménages et les entreprises.

    Ebba Busch, ministre de l’Énergie et du Climat, décrit la sélection de Rolls-Royce SMR comme « une étape majeure vers la construction de nouveau nucléaire, qui permettra de baisser les prix de l’électricité pour les consommateurs ». Une ligne qui tranche nettement avec celle de l’Allemagne voisine, qui a fermé ses derniers réacteurs en 2023.

    Après avoir acté la sortie du nucléaire en 1980, la Suède se fixe désormais l’objectif de doubler sa production nucléaire à l’horizon 2045.

    Le projet de Ringhals n’est d’ailleurs que le premier d’une série. Trois autres acteurs ont déjà déposé une demande d’aide d’État :

    • Blykalla, pour un site à Norrsundet, près de Gävle, avec un concept de réacteur refroidi au plomb.
    • Studsvik, pour des projets à Nyköping et Valdemarsvik.
    • Nordic Baseload Power, pour le site de Barsebäck, proche de Malmö, où une ancienne centrale nucléaire a été arrêtée en 2005.

    Si Bruxelles valide l’ensemble de ces dossiers, la Suède pourrait atteindre dès la fin de la décennie le volume de 5 000 MW de nouvelles capacités soutenues par l’État. Un signal fort envoyé aux grands industriels comme LKAB, SSAB, Northvolt ou Boliden, tous engagés dans des projets d’acier décarboné ou de batteries nécessitant une électricité bas carbone, stable et compétitive.

    Ce que cela signifie pour la France et pour le lecteur français

    Pour un lecteur français, l’exemple suédois arrive à un moment clé. La France mise historiquement sur le nucléaire, mais se cherche encore un modèle clair pour les réacteurs de nouvelle génération et les SMR.

    Sur le plan institutionnel, le rôle de l’État français est très proche de celui de l’État suédois : actionnaire central d’EDF, régulateur des tarifs et garant de la sécurité d’approvisionnement. En revanche, les montages financiers divergent. Le dispositif français pour encadrer le prix de l’électricité évolue régulièrement et ne copie pas à l’identique les Contracts for Difference britanniques, même si des solutions proches sont étudiées pour les futurs EPR.

    Côté SMR, le programme Nuward piloté par EDF vise un concept beaucoup plus compact que le Rolls-Royce SMR, avec deux modules de 170 MW destinés à des sites variés, y compris à l’export. Le projet est toutefois en phase de restructuration depuis 2024, et aucun calendrier ferme de construction n’est encore fixé.

    Pour un industriel français énergivore – sidérurgie, chimie, data centers – les questions de fond restent les mêmes qu’en Suède : comment sécuriser un volume suffisant d’électricité décarbonée, à prix maîtrisé, sur plusieurs décennies. Les réponses institutionnelles, elles, diffèrent selon chaque État, même si les échanges entre capitales européennes se multiplient autour des modèles d’aides d’État et de partage des risques.

    SMR, aides d’État, prix garantis : quelques repères pour comprendre

    Qu’est-ce qu’un petit réacteur modulaire ?

    Un SMR, pour « small modular reactor », est un réacteur nucléaire de puissance inférieure à celle des centrales classiques, conçu pour être assemblé à partir de modules fabriqués en série. L’idée est de :

    • réduire les risques de chantier grâce à une industrialisation plus poussée ;
    • adapter la puissance aux besoins locaux ou industriels ;
    • répartir les investissements en construisant les unités les unes après les autres.

    Dans le cas suédois, chaque Rolls-Royce SMR développe 470 MW, soit environ un tiers de la puissance nette d’un grand réacteur comme ceux du parc français actuel.

    Comment fonctionnent les garanties de prix à long terme ?

    Les « Contracts for Difference » évoqués dans le dossier suédois reposent sur un principe simple : l’État et l’exploitant se mettent d’accord sur un prix de référence de l’électricité. Si le prix de marché tombe en dessous de ce seuil, l’État compense la différence. Si le prix de marché passe au-dessus, l’exploitant reverse la différence. Ce type de mécanisme vise à sécuriser les revenus sur plusieurs décennies, condition clé pour attirer des investisseurs vers des projets lourds et longs comme le nucléaire.

    Ces montages restent réservés aux grands acteurs et ne modifient pas, dans l’immédiat, la facture individuelle des particuliers français ou suédois. Mais ils influencent l’équilibre global du système : choix de technologies, rythme des investissements, disponibilité de capacités en hiver et niveau moyen des prix de gros sur le long terme.

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