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Catherine Ringer s’éteint à 68 ans : la voix des Rita Mitsouko emportée par un cancer

Sa famille a annoncé sa mort le 15 septembre 2026, au lendemain d’une disparition que personne n’avait vue venir. Derrière l’émotion d’un pays entier, une question revient : comment remplacer une voix dont il n’existait tout simplement aucun équivalent en France.

Ce que l’on sait de sa mort

Les faits tiennent en quelques lignes, et c’est leur brutalité qui frappe.

Catherine Ringer est morte dans la nuit du 14 septembre 2026, à 68 ans. Ses enfants ont transmis un communiqué à l’AFP le mardi 15 septembre, évoquant « un cancer foudroyant ». Aucune annonce publique n’avait été faite auparavant sur son état de santé, et aucun communiqué n’avait laissé filtrer quoi que ce soit ces derniers mois.

Le terme employé par la famille est important : « foudroyant » décrit une maladie qui ne laisse ni le temps de s’organiser, ni celui de faire ses adieux publiquement. Pour le grand public, l’annonce est donc arrivée sans aucun signe avant-coureur, ce qui explique en partie l’ampleur de la réaction collective.

Une maladie qui hante son histoire

Le cancer n’est pas un détail anecdotique dans la trajectoire de Catherine Ringer. Il traverse son œuvre depuis le début.

En 1984, « Marcia Baïla » rend hommage à la danseuse argentine Marcia Moretto, morte d’un cancer quelques années plus tôt. Le texte est explicite, presque clinique, et c’est précisément ce refus de l’euphémisme qui avait fait la puissance du morceau : on y dansait sur une chanson qui parlait de la mort en face.

En novembre 2007, c’est Fred Chichin, son compagnon et l’autre moitié des Rita Mitsouko, qui meurt d’un cancer à 53 ans, alors qu’ils préparaient une tournée. Elle avait alors mis plusieurs années à remonter sur scène.

Dix-neuf ans plus tard, la même maladie l’emporte à son tour.

Pourquoi cette voix était impossible à imiter

Il y a une raison technique à l’émotion qu’a suscitée sa mort, et elle est rarement dite.

La plupart des chanteurs disposent d’un registre, d’un timbre, d’une signature. Catherine Ringer en avait plusieurs, et elle passait de l’un à l’autre à l’intérieur d’une même phrase. Un vers commencé dans un murmure pouvait finir en cri. Une ligne de chant pouvait basculer en déclamation théâtrale, puis en éclat presque lyrique, sans que l’oreille perçoive la couture.

Cette souplesse venait de sa formation hors des sentiers classiques de la variété : du chant lyrique, du théâtre, de la performance, un rapport physique au plateau. Elle ne se contentait pas de chanter un texte, elle le jouait.

C’est ce qui rend son cas si particulier dans la chanson française. On peut reprendre ses chansons. On ne peut pas reprendre sa manière de les dire.

Cinq titres pour résumer une œuvre

Pour ceux qui découvrent son répertoire, quelques morceaux suffisent à comprendre l’étendue du territoire couvert par le duo.

  • « Marcia Baïla » (1984) : le titre fondateur, un hommage funèbre qui se danse, devenu l’un des morceaux les plus diffusés du répertoire français.
  • « C’est comme ça » (The No Comprendo, 1986) : la mécanique rythmique parfaite, l’album produit par Tony Visconti, le producteur de David Bowie.
  • « Andy » (The No Comprendo, 1986) : la face pop lumineuse du duo, celle qui a ouvert les portes des radios.
  • « Le Petit Train » (Marc et Robert, 1988) : une comptine apparente qui raconte en réalité les convois de la déportation, référence directe à l’histoire familiale de la chanteuse, fille d’un rescapé de la Shoah.
  • « Les Histoires d’A » : l’un des classiques du groupe, exemple type de ce mélange d’ironie et de gravité qui faisait leur marque.

Les réactions ont dépassé le cadre musical

L’hommage n’est pas resté cantonné au monde de la musique. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a salué une artiste « libre, audacieuse, inimitable », estimant que « des Rita Mitsouko à sa carrière solo », elle « aura marqué la musique française ».

Ce glissement vers la sphère politique n’a rien d’un hasard. Catherine Ringer n’avait jamais séparé son art de ses convictions. En 2024, elle avait réinterprété « La Marseillaise » pour saluer l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution française, un geste largement commenté à l’époque.

Elle avait aussi, tout au long de sa carrière, assumé ses années de jeunesse marginales et refusé de s’en excuser, à une époque où l’exercice était bien plus coûteux qu’aujourd’hui.

Ce que devient un répertoire sans sa voix

Reste la question que se posent déjà ceux qui l’ont accompagnée : que devient le catalogue des Rita Mitsouko.

Après la mort de Fred Chichin, Catherine Ringer avait trouvé la seule réponse tenable : porter seule les chansons du duo, sur scène, devant un public qui rassemblait trois générations. Celle qui avait vingt ans en 1986, celle de leurs enfants, et celle qui découvrait ces morceaux sur les plateformes quarante ans plus tard.

Cette solution-là n’existe plus. Le répertoire survivra par les reprises, les diffusions, les playlists et les hommages, comme tous les grands catalogues. Mais l’interprétation, elle, s’est arrêtée dans la nuit du 14 septembre.

Elle avait reçu la Victoire de la musique de l’artiste féminine de l’année en 2012 pour Ring n’ Roll, son premier album solo, sorti un an plus tôt. C’était sa façon de prouver qu’elle existait aussi seule. Elle n’aura pas eu à le prouver longtemps : personne n’en doutait plus depuis longtemps.

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