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Égypte : la tombe du pharaon Thoutmôsis II est la première tombe royale découverte depuis celle de Toutânkhamon, il y a plus de 100 ans

Entrée d'une tombe antique égyptienne excavée dans la roche, vestiges de décoration murale visibles à l'intérieur d'une chambre funéraire souterraine.

À l’ouest de la vallée des Rois, une sépulture longtemps restée énigmatique apporte un éclairage rare sur la XVIIIe dynastie égyptienne.

En Égypte, des archéologues ont identifié une tombe attribuée à Thoutmôsis II, souverain ayant régné il y a environ 3 500 ans. Le média scientifique en ligne Live Science rapporte que cette annonce des autorités égyptiennes relance aussi les débats sur les premières sépultures royales de la vallée des Rois.

Une identification fondée sur des fragments de poterie

La tombe a été repérée en octobre 2022 dans le secteur de Wadi Gabbanat El Qurud, situé à l’ouest de la vallée des Rois, près de Louxor. Les recherches menées durant les campagnes de fouilles de la fin de l’année 2024 et du début de l’année 2025 ont permis de préciser son attribution.

Les chercheurs ont notamment étudié des fragments de céramique portant le nom de Thoutmôsis II. L’un d’entre eux comportait une inscription indiquant qu’il avait contenu du natron, un produit minéral employé lors de la momification.

« Cela confirme qu’un enterrement a bien eu lieu initialement dans la tombe », a déclaré l’égyptologue Piers Litherland, de l’université de Cambridge et codirecteur de l’équipe ayant localisé le monument.

Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités présente cette identification comme la première mise au jour d’une tombe de pharaon depuis celle de Toutânkhamon, exhumée en 1922. La comparaison s’arrête toutefois vite : la sépulture de Thoutmôsis II ne renfermait ni momie ni riche mobilier funéraire au moment de son étude.

Une tombe vidée par une inondation antique

La cavité mesure environ 29 mètres de long. Sa chambre funéraire atteint près de 5,3 mètres de long, 5,2 mètres de large et 3,4 mètres de haut. Des traces de décoration subsistent à l’intérieur, malgré l’état très dégradé du site.

Peu après l’inhumation du souverain, la tombe aurait subi une inondation. Les occupants de l’époque auraient alors retiré le corps et les objets déposés auprès de lui afin de les mettre à l’abri. Cette situation distingue clairement le lieu d’un tombeau pillé.

« Tout le contenu de la tombe avait été retiré. La tombe n’a pas été pillée », a assuré Piers Litherland. « L’inhumation a été déplacée dans son intégralité. »

Cette évacuation ancienne laisse une question majeure sans réponse : où ont été transportés la momie et les biens funéraires ? Piers Litherland évoque l’hypothèse d’une seconde tombe, qui pourrait ne pas avoir été retrouvée.

  • La tombe identifiée se trouve à l’ouest de la vallée des Rois.
  • Elle a été localisée en 2022, puis attribuée au pharaon après de nouvelles analyses.
  • Le natron retrouvé sur une inscription renvoie aux pratiques d’embaumement.
  • Les objets funéraires auraient été déplacés après une inondation, et non volés.

Qui était Thoutmôsis II ?

Thoutmôsis II appartient à la XVIIIe dynastie, une période phare de l’Égypte antique. Les spécialistes disposent de peu d’informations sur son règne et sa durée fait encore débat. Selon certaines estimations, il aurait gouverné moins de cinq ans. Le Metropolitan Museum of Art, à New York, situe pour sa part son règne approximativement entre 1492 et 1479 avant notre ère.

Les sources historiques lui attribuent la répression d’un soulèvement en Nubie, région correspondant aujourd’hui à une partie du sud de l’Égypte et du nord du Soudan. Elles mentionnent aussi des campagnes militaires sur la façade orientale de la Méditerranée, jusqu’au territoire de l’actuelle Syrie.

Son nom reste surtout associé à Hatchepsout, sa demi-sœur et son épouse. Après la mort de Thoutmôsis II, Hatchepsout s’imposa comme pharaon. Son règne constitue l’un des épisodes les plus connus de l’histoire dynastique égyptienne.

Une attribution qui ne fait pas l’unanimité

L’annonce a suscité l’intérêt de nombreux égyptologues, tout en alimentant une prudence scientifique attendue pour ce type de dossier. Filip Taterka, professeur d’égyptologie à l’Institut des cultures méditerranéennes et orientales de l’Académie polonaise des sciences, y voit une information prometteuse pour l’histoire funéraire de la région.

« Je pense que c’est une découverte enthousiasmante », a-t-il déclaré à Live Science. Selon lui, elle apporte des éléments utiles pour comprendre l’histoire de la vallée des Rois et des sites funéraires voisins.

Le chercheur rappelle que les spécialistes débattent depuis longtemps de l’identité du premier pharaon enterré dans la vallée des Rois. Certains avancent le nom d’Hatchepsout, d’autres celui de Thoutmôsis Ier, père de Thoutmôsis II. La localisation de la tombe récemment étudiée, à l’extérieur de la vallée elle-même, pourrait renforcer l’idée qu’Hatchepsout fut la première souveraine à y être inhumée.

Thomas Schneider, professeur d’égyptologie et d’études du Proche-Orient à l’université de Colombie-Britannique, réclame pour sa part des preuves supplémentaires. Il juge étonnante l’attribution d’une tombe royale à Wadi Gabbanat El Qurud, un secteur qui ne compte aucune autre sépulture de pharaon connue.

Thomas Schneider se dit « très sceptique » et estime nécessaire de disposer de davantage de précisions avant de relier définitivement le monument à Thoutmôsis II.

Aidan Dodson, professeur d’égyptologie à l’université de Bristol, adopte une position différente. Il considère que l’identification est désormais solide. Selon lui, lorsque la tombe avait été localisée en 2022, l’hypothèse semblait déjà plausible ; elle lui paraît maintenant certaine.

Ce que cette annonce apporte à la recherche française

En France, l’égyptologie s’appuie notamment sur les collections du musée du Louvre, qui conserve un ensemble majeur d’objets issus de l’Égypte ancienne. Les fouilles et études de terrain menées en Égypte reposent souvent sur des coopérations internationales et sur l’autorisation des autorités égyptiennes compétentes.

Cette affaire illustre aussi une règle fondamentale de l’archéologie : l’absence d’un trésor visible ne rend pas un site moins précieux. Des fragments de poterie, une inscription ou l’organisation d’une chambre funéraire peuvent suffire à modifier l’interprétation d’une période entière.

Le natron, un indice discret mais déterminant

Le natron est un mélange naturel de sels. Dans l’Égypte ancienne, il servait à dessécher le corps durant la momification. Son utilisation permettait de limiter la décomposition avant l’enveloppement de la dépouille dans des bandelettes et son dépôt dans le cercueil.

Dans le cas de Thoutmôsis II, la mention de natron sur un récipient ne permet pas de localiser sa momie. Elle établit en revanche que la tombe a bien accueilli une cérémonie funéraire. Les chercheurs devront désormais déterminer si la dépouille déplacée après l’inondation correspond à une momie déjà connue ou si elle repose encore dans une cache funéraire inconnue.

Questions fréquentes

Quand la tombe de Thoutmôsis II a-t-elle été découverte?

La tombe a été repérée en octobre 2022 dans le secteur de Wadi Gabbanat El Qurud, situé à l'ouest de la vallée des Rois, près de Louxor. Son attribution au pharaon a été précisée lors de campagnes de fouilles menées à la fin de l'année 2024 et au début de l'année 2025.

Comment les archéologues ont-ils identifié cette tombe?

Les chercheurs ont étudié des fragments de céramique portant le nom de Thoutmôsis II. L'un d'entre eux comportait une inscription indiquant qu'il avait contenu du natron, un produit minéral employé lors de la momification, confirmant qu'un enterrement avait bien eu lieu initialement dans la tombe.

Pourquoi la tombe ne contenait-elle pas de momie?

Peu après l'inhumation du souverain, la tombe aurait subi une inondation. Les occupants de l'époque auraient alors retiré le corps et les objets déposés auprès de lui afin de les mettre à l'abri. Le contenu complet de la tombe a ainsi été évacué.

Tous les égyptologues acceptent-ils cette attribution?

Non, l'attribution ne fait pas l'unanimité. Certains chercheurs comme Thomas Schneider se montrent très sceptiques et réclament des preuves supplémentaires, estimant étonnant qu'une tombe royale soit localisée à Wadi Gabbanat El Qurud, secteur ne comptant aucune autre sépulture de pharaon connue. D'autres, comme Aidan Dodson, considèrent que l'identification est désormais solide.

Qui était Thoutmôsis II et quel était son importance?

Thoutmôsis II appartenait à la XVIIIe dynastie égyptienne, une période majeure de l'Égypte antique. Les spécialistes disposent de peu d'informations sur son règne, estimé entre moins de cinq ans et approximativement 1492 à 1479 avant notre ère. Son nom reste surtout associé à Hatchepsout, sa demi-sœur et épouse, qui s'imposa comme pharaon après sa mort.
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