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Cette entreprise passe à cinq matinées de travail : les données internes montrent une activité que personne n’avait prévue

À Barcelone, une société de recrutement voulait libérer du temps sans rogner son rendement. L’essai a vite pris une tournure inattendue.

Passer à un rythme hebdomadaire plus court séduit de nombreuses équipes, en particulier dans les métiers numériques. La promesse paraît simple : mieux organiser les tâches, supprimer les pertes de temps et offrir davantage de repos sans diminuer la production. Chez Metrickal, société spécialisée dans le recrutement à distance, l’initiative a pourtant mené à une rupture de contrat après l’analyse d’outils de suivi informatique.

Un projet pensé pour gagner du temps

Metrickal, installée à Barcelone, cherchait à revoir l’organisation quotidienne de ses équipes. Patrick Synge, cofondateur et directeur commercial de la société, souhaitait instaurer un rythme concentré afin que chacun puisse bénéficier de davantage de temps personnel.

L’idée ne consistait pas à demander aux équipes d’accomplir autant de tâches dans un délai irréaliste. La direction voulait d’abord mesurer les habitudes de travail, identifier les actions répétitives et repérer les moments où la concentration baissait. Dans le recrutement à distance, une partie du temps peut être absorbée par les réunions trop longues, les échanges dispersés ou la recherche d’informations déjà disponibles.

Pour obtenir une vision plus précise, la société a demandé à ses collaborateurs d’installer DeskTime. Ce logiciel relève l’activité sur l’ordinateur professionnel : durée d’utilisation, logiciels ouverts, sites consultés et périodes d’inactivité. Son objectif affiché était d’aider à mieux répartir la charge de travail.

Le dispositif devait servir à rendre les journées plus efficaces, pas à organiser une traque permanente des équipes.

Dans beaucoup de structures fonctionnant à distance, ce type de logiciel soulève pourtant une question sensible : jusqu’où une direction peut-elle observer les usages numériques de ses collaborateurs ? La réponse dépend notamment des règles internes, de l’information fournie aux personnes concernées et du caractère proportionné du contrôle.

Des relevés qui révèlent une autre activité professionnelle

Les données recueillies ont attiré l’attention des responsables sur un membre de l’équipe dont les résultats reculaient déjà. Selon Patrick Synge, plus de la moitié de son temps de travail était consacrée à des opérations sans rapport avec Metrickal.

Les rapports produits par DeskTime auraient permis d’identifier une société américaine. L’employé travaillait à distance pour cette autre structure pendant ses horaires prévus chez Metrickal. Pour la direction, il ne s’agissait plus d’un manque ponctuel d’implication, ni d’une mauvaise organisation personnelle.

Patrick Synge a expliqué avoir eu des doutes avant l’apparition de ces données. Il ne voulait pas engager une procédure sur la base d’une simple intuition. Les traces numériques ont changé la situation, car elles montraient une activité régulière et durable menée au profit d’un autre employeur.

Le problème ne portait pas uniquement sur une seconde source de revenus : les retards accumulés ont reporté une partie des tâches sur les autres membres de l’équipe.

Une charge transférée aux collègues

Dans une petite société, l’absence d’implication d’une personne ne reste jamais isolée. Des candidats attendent une réponse, des clients demandent un suivi et des collègues doivent reprendre les dossiers laissés en attente. C’est précisément cet effet collectif qui a pesé dans la décision prise par Metrickal.

La direction estimait que l’employé manquait à ses obligations envers le groupe. Une activité rémunérée menée parallèlement n’est pas automatiquement interdite. Tout dépend du contrat, des horaires réellement travaillés, de la confidentialité des informations manipulées et d’éventuelles clauses d’exclusivité.

Dans le cas présent, la société considérait Metrickal comme l’activité principale de la personne concernée. Or, les relevés indiquaient que ses priorités semblaient inversées. La rupture du contrat a donc été décidée.

Le cumul d’activités progresse en Espagne

L’affaire ne signifie pas que toute personne ayant deux emplois commet une faute. Pour beaucoup de travailleurs, cumuler plusieurs missions répond d’abord à une nécessité financière. Selon une étude publiée par Infojobs, 15 % des actifs espagnols exerceraient au moins deux activités professionnelles. Parmi eux, 40 % cherchent à compenser des revenus jugés insuffisants, tandis que 32 % veulent disposer d’un complément financier.

Le développement du travail à distance facilite aussi cette pratique. Une mission ponctuelle réalisée le soir, durant le week-end ou entre deux contrats peut être compatible avec un emploi principal. Les difficultés apparaissent lorsque les horaires se chevauchent ou lorsqu’une personne utilise le matériel, les données ou le temps payé par une société au bénéfice d’une autre.

  • Une activité secondaire peut être admise si elle respecte les horaires prévus.
  • Une clause contractuelle peut limiter certaines collaborations externes.
  • La confidentialité doit rester protégée, surtout dans le recrutement et la vente.
  • Un conflit d’intérêts peut exister si deux structures visent les mêmes clients.
  • Une baisse durable de rendement alerte souvent avant tout contrôle numérique.

Le contrôle informatique reste encadré

DeskTime appartient à la famille des logiciels de suivi d’activité. Ils permettent d’établir des statistiques sur l’usage d’un poste informatique, mais ne remplacent pas le dialogue entre responsables et collaborateurs. Un indicateur isolé peut avoir plusieurs explications : problème familial, surcharge, difficulté technique, manque de formation ou objectif mal calibré.

Pour être accepté, un tel outil doit être présenté clairement. Les personnes concernées doivent savoir quelles données sont collectées, durant quelle période elles sont conservées et qui peut y accéder. Le contrôle ne doit pas s’immiscer dans la vie privée ni devenir disproportionné par rapport au but recherché.

Un rythme réduit exige une organisation solide

La réduction du temps de travail n’apporte pas mécaniquement une hausse de rendement. Elle fonctionne mieux lorsque les équipes limitent les réunions inutiles, définissent des priorités simples et protègent des plages de concentration. Certaines sociétés raccourcissent les échanges collectifs, regroupent les tâches administratives ou instaurent des règles claires concernant les messages urgents.

Dans une équipe à distance, quelques habitudes peuvent éviter bien des tensions : planifier les livrables, signaler rapidement un retard, documenter l’avancée des dossiers et répartir les urgences sans laisser toujours la même personne absorber la charge. Metrickal voulait précisément bâtir cet équilibre. L’épisode rencontré montre aussi qu’une réforme du rythme de travail exige une confiance réciproque, appuyée par des règles connues de tous.

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