Sous un parc du mont Caelius, un simple chantier de consolidation a fait ressurgir des vestiges romains longtemps oubliés.
Les ouvriers intervenaient sur un mur de soutènement de la Villa Celimontana, à quelques centaines de mètres du Colisée. Ils ne s’attendaient pas à tomber sur des maçonneries antiques, des mosaïques et des plafonds peints. Les archéologues cherchent désormais à déterminer si ces salles appartenaient à une riche résidence ou à un vaste bâtiment utilisé par les premiers services romains chargés de combattre le feu.
Un mur moderne cachait un ensemble vieux de près de deux millénaires
La Villa Celimontana occupe une partie du mont Caelius, l’une des collines historiques de Rome. Le site est aujourd’hui connu comme un jardin public ombragé, traversé par des promeneurs et entouré de vestiges antiques. C’est lors de travaux destinés à stabiliser l’un de ses murs que les équipes ont repéré une construction bien plus ancienne.
Le ministère italien de la Culture a présenté les premiers résultats le 5 août 2026. Les travaux, financés dans le cadre du plan italien de relance, ont laissé place à une fouille menée par la Surintendance spéciale de Rome.
Sous les remblais accumulés au fil des siècles, les spécialistes ont identifié un édifice construit au IIe siècle après Jésus-Christ. Il a connu d’importantes transformations au siècle suivant. Huit pièces ont été repérées à ce stade : cinq sont entièrement visibles, tandis que trois restent en partie couvertes par la terre et les structures plus récentes.
Le secteur fouillé ne représente qu’une portion du bâtiment. Les limites du chantier et la présence de grands cyprès empêchent, pour l’instant, de suivre les murs plus loin.
Les chercheurs ont aussi constaté que le mur du parc ne reposait pas sur une seule construction antique. Deux murs accolés apparaissent sous les fondations modernes. Cette superposition donne une idée de l’ampleur des réaménagements successifs sur cette colline très habitée durant l’Empire romain.
Des mosaïques marines et des plafonds aux couleurs vives
La salle la plus vaste a livré un décor particulièrement soigné. Son sol porte une mosaïque géométrique dont le centre représente un univers marin. Un dauphin, un poisson, une langouste et un crabe entourent un grand vase à deux anses. Les Romains utilisaient ce type de récipient pour mélanger l’eau et le vin.
Sous ce pavement, les fouilleurs ont repéré les restes d’un sol encore plus ancien. Il remonterait à l’époque des empereurs antonins, entre le IIe et le début du IIIe siècle. Ses motifs floraux noirs et blancs montrent que le lieu avait déjà fait l’objet d’un premier programme décoratif avant son réaménagement.
Des indices d’un lieu richement aménagé
Le sol n’est pas le seul élément remarquable. De nombreux morceaux d’un plafond peint se sont effondrés dans les pièces. Ils montrent de grands cercles rouges et bleus, bordés de reliefs blancs. Les archéologues ont également recueilli des plaques de marbre blanc et coloré, qui habillaient probablement les murs ou certains sols.
Une mosaïque avec des animaux marins autour d’un vase ;
des fragments d’un décor plus ancien, à motifs végétaux ;
des morceaux de plafonds peints ;
des revêtements en marbre de plusieurs couleurs ;
une succession de murs et de niveaux révélant plusieurs périodes d’occupation.
Cette richesse décorative pourrait faire penser à une demeure appartenant à une famille influente. Le mont Caelius comptait en effet plusieurs résidences prestigieuses sous l’Empire. Pourtant, la position du bâtiment et certains détails de son organisation alimentent une autre hypothèse.
La piste d’une caserne liée à la lutte contre les incendies
Le bâtiment se situe près de l’emplacement présumé de la cinquième cohorte des vigiles. Ce corps romain avait été créé par l’empereur Auguste afin de surveiller la ville la nuit et de lutter contre les incendies. Les hommes qui le composaient ne servaient pas comme des légionnaires classiques. Ils remplissaient à la fois des missions de secours, de surveillance et de police nocturne.
Rome comptait alors près d’un million d’habitants. Ses immeubles comportaient souvent des étages, ses rues étaient étroites et de nombreuses structures utilisaient le bois. Lorsqu’un feu se déclarait, il pouvait gagner très vite plusieurs îlots d’habitation.
Des inscriptions retrouvées dans le secteur attestent la présence d’une caserne de cette cohorte dès l’an 111, sous le règne de Trajan.
Des bases de statues portant les noms de membres de cette unité avaient déjà été retrouvées dès 1820. D’autres pièces, plus sobres et modulables, avaient également été signalées dans la zone. Elles évoquaient davantage des logements collectifs ou des espaces de service qu’une résidence privée.
Un élément attire aussi l’attention : le décor du vase figurant sur la mosaïque présente des ressemblances avec des salles communes d’une caserne de vigiles située dans l’ancien port de Rome. Cette comparaison ne suffit pas à apporter une certitude, mais elle donne du poids à l’hypothèse militaire.
Une réserve d’eau stratégique sur la colline
Le secteur disposait d’un atout majeur pour un service chargé d’éteindre les incendies : l’eau. Un aqueduc passait à proximité et alimentait une grande citerne. Les équipes de secours pouvaient y remplir leurs récipients, transporter l’eau et alimenter leurs moyens d’intervention.
Les vigiles utilisaient notamment des seaux, des cordes, des haches et des couvertures mouillées. Ils pouvaient aussi abattre une partie d’un bâtiment afin de stopper la progression des flammes. Leur action ne ressemblait donc pas à celle des pompiers modernes, équipés de véhicules et de lances à haute pression, mais leur rôle restait vital pour la population.
Élément relevé
Ce qu’il peut indiquer
Pièces nombreuses et modulables
Des espaces de vie ou de service collectifs
Citerne alimentée par un aqueduc
Une ressource utile à la lutte contre le feu
Inscriptions anciennes dans le quartier
La présence établie d’une cohorte de vigiles
Mosaïque comparable à celle d’un autre bâtiment de vigiles
Un possible lien avec un usage collectif ou administratif
Une enquête archéologique qui ne fait que commencer
Les responsables scientifiques restent prudents. La qualité des marbres et des peintures correspond aussi à une riche habitation. Il faudra analyser les mortiers, les fragments de mobilier, les niveaux de sol et les traces d’usage laissées dans chaque salle. Le plan général de l’ensemble pourra aussi aider à trancher.
Si les recherches confirment qu’il s’agit d’une extension de la caserne, l’emprise du complexe devra être revue à la hausse. Il pourrait avoir occupé une large partie du plateau, avec des chambres pour les hommes, des locaux de travail, des espaces de stockage et peut-être un sanctuaire consacré à l’empereur.
Le bâtiment a finalement été abandonné entre le Ve et le VIe siècle. Bien plus tard, au XVIe siècle, la construction de la Villa Mattei a endommagé une partie des structures antiques. Ses fondations reposent directement sur certains murs romains. Les remblais des XVIIIe et XIXe siècles ont ensuite protégé les salles restantes, en les recouvrant durablement.
La Surintendance prévoit une ouverture au public après les études et les travaux de conservation. Avant cela, les mosaïques devront être stabilisées, les fragments de peinture inventoriés et les pièces sécurisées. Les vestiges restent fragiles : l’humidité, les racines et les variations de température peuvent dégrader rapidement les mortiers anciens et les tesselles.
Cette opération fait partie d’un programme patrimonial qui rassemble 152 interventions dans la capitale italienne. Sous les jardins, les rues et les bâtiments de Rome, les chantiers contemporains continuent ainsi de faire remonter des pans entiers de la vie quotidienne impériale.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.