En Espagne, Portugal, France ou Lituanie, des monastères ouvrent leurs portes aux voyageurs qui cherchent une parenthèse de silence.
Le magazine de voyages Condé Nast Traveler consacre un long reportage à ces monastères d’Europe devenus lieux de séjour, où l’on vient moins pour le luxe que pour la quiétude, l’histoire et les paysages. D’anciens cloîtres bénédictins en Galice aux rives boisées de Kaunas en Lituanie, ces abbayes accueillent aujourd’hui des hôtes en quête de calme, souvent au cœur de régions naturelles encore préservées.
Des cloîtres pensés pour le silence, réinventés pour l’accueil
À l’origine, ces monastères n’avaient rien de destinations touristiques. Ils ont été construits dans des vallées reculées, au bord de fleuves encaissés ou au milieu de forêts pour favoriser la vie contemplative, l’accès à l’eau et à des terres fertiles. Leur transformation en hôtels ou maisons d’hôtes reste récente, mais l’esprit du lieu perdure : retraite, lenteur, isolement relatif.
Dans ces abbayes, le vrai luxe tient autant au silence et au paysage qu’aux pierres historiques et au confort des chambres.
Dans la plupart des cas, l’hébergement occupe une aile des bâtiments, tandis que le reste du complexe conserve son rôle patrimonial, culturel ou religieux. Les voyageurs dorment dans d’anciennes cellules transformées en chambres, sous des voûtes roman es ou au bord d’un cloître, tout en ayant accès à un environnement naturel propice aux balades, à la randonnée ou au vélo.
Espagne : la Ribeira Sacra, un canyon de vignes autour de Santo Estevo
En Galice, le monastère de Santo Estevo de Ribas de Sil trône depuis près de mille ans au-dessus des gorges du Sil, entouré de châtaigniers et de chênes. Il abrite aujourd’hui un parador, c’est-à-dire un hôtel installé dans un bâtiment historique, l’un des plus spectaculaires du pays selon Condé Nast Traveler.
Les trois cloîtres, construits à des époques différentes, racontent la puissance passée de ce centre bénédictin. On y dort entre chapiteaux roman s, galeries Renaissance et murs de granit patinés par les siècles.
Dès que l’on sort du parador, la Ribeira Sacra se déploie. Le rio Sil a creusé des canyons de plus de 500 mètres de profondeur, où les vignes paraissent suspendues au-dessus du vide.
balade en catamaran pour voir les vignobles accrochés aux pentes ;
routes sinueuses menant à des belvédères comme Balcones de Madrid ou Cabezoás ;
dégustation de mencía dans de petites caves familiales ;
randonnées sur d’anciens chemins pavés et visite d’autres monastères cachés dans la forêt.
Ce paysage extrême explique en partie pourquoi des moines ont choisi, il y a des siècles, d’y chercher le silence : tout invite à s’éloigner du tumulte.
Portugal : Arouca, entre pâtisseries conventuelles et passerelles vertigineuses
Au nord du Portugal, le monastère d’Arouca fut longtemps réservé aux femmes de la noblesse souhaitant se retirer du monde. L’église baroque, les cloîtres et le musée rappellent le rôle de cette communauté cistercienne.
Dans l’aile sud, un hôtel cinq étoiles, MS Collection Arouca, accueille désormais les visiteurs dans des chambres contemporaines donnant sur les jardins ou la cour. Le calme de la petite ville se marie à une tradition sucrée bien ancrée : les pâtisseries locales perpétuent les recettes des « douceurs conventuelles » élaborées autrefois par les religieuses.
À quelques kilomètres seulement, le décor bascule. La vallée du rio Paiva entaille la montagne de granit et propose l’un des parcours de plein air les plus marquants du pays.
Le pont suspendu 516 Arouca, perché à 175 mètres au-dessus de la rivière, est devenu un symbole du nouveau tourisme portugais, entre frisson contrôlé et immersion dans la nature.
Au pied du pont, les Passadiços do Paiva déroulent huit kilomètres de passerelles en bois le long du cours d’eau, entre rapides, cascades et forêt riveraine. Le secteur attire aussi les adeptes de :
VTT sur les pentes de la serra de Freita ;
barranquisme dans les gorges ;
randonnées vers des curiosités géologiques, comme des affleurements de trilobites fossilisés.
France : Fontevraud, une cité monastique aux portes du Val de Loire
Fondée au XIIᵉ siècle, l’abbaye royale de Fontevraud, en Maine-et-Loire, a longtemps été l’une des grandes cités monastiques d’Europe. Aujourd’hui, elle abrite notamment l’hôtel Fontevraud L’Ermitage, au design discret, intégré à un ensemble où l’histoire reste omniprésente.
Les visiteurs peuvent parcourir les cloîtres, les imposantes cuisines romanes et l’église abbatiale. C’est là que reposent plusieurs figures majeures de l’histoire européenne, dont Aliénor d’Aquitaine, Henri II d’Angleterre et Richard Cœur de Lion.
Fontevraud sert aussi de porte d’entrée à un Val de Loire moins fréquenté, loin des châteaux les plus connus. Les alentours alternent vignes, forêts et villages calmes, faciles à rejoindre à vélo grâce aux nombreux itinéraires aménagés le long du fleuve.
Les rives du Loir e et les caves troglodytiques creusées dans la roche de tuffeau composent un paysage culturel où patrimoine, vin et douceur de vivre s’entremêlent.
On y trouve des caves familiales, des forteresses et des marchés locaux riches en fromages de chèvre et vins de Saumur. Non loin, les habitats troglodytiques sont devenus caves et galeries, tandis que les sorties en kayak au coucher du soleil offrent une autre façon d’aborder ce paysage classé au patrimoine mondial.
Suisse : la chartreuse d’Ittingen, sérénité rurale en Thurgovie
En Suisse, la chartreuse d’Ittingen, fondée au XIIᵉ siècle, a cessé d’abriter des moines, mais a conservé l’esprit de retraite. L’ensemble s’est transformé en hôtel et centre culturel, entouré de jardins, potagers, vignes et prairies.
La promenade dans le cloître, le jardin d’herbes aromatiques et autour de la fontaine centrale met en avant une idée simple : le luxe passe ici par l’espace, le silence et le soin apporté aux bâtiments et aux plantations.
Située dans le canton de Thurgovie, la chartreuse ouvre sur une Suisse moins spectaculaire que les grands sommets alpins, mais tout aussi agréable à vivre : collines couvertes de vignes et de vergers de pommiers, villages où subsistent des caves et des fromageries artisanales, réseau de pistes cyclables accessible.
À proximité immédiate, le lac de Constance permet des promenades en bord d’eau et des sorties en bateau. Les chutes du Rhin, plus grand saut d’eau d’Europe centrale, contrastent par leur grondement avec le calme des jardins monastiques. Le soir, un verre de vin produit avec les raisins de la chartreuse rappelle la longue tradition viticole de ces lieux religieux.
Autriche : Göttweig, vigne et Danube au pied d’une abbaye baroque
Sur une colline plantée de vignes, l’abbaye bénédictine de Göttweig domine le Danube, dans la célèbre vallée de la Wachau, classée au patrimoine mondial. Sa silhouette baroque est visible à plusieurs kilomètres.
Une partie du monastère reste habitée par des moines. Les voyageurs, eux, peuvent séjourner dans les anciennes dépendances d’accueil, avec vue sur la Wachau. L’abbaye sert de point de départ pour parcourir l’une des grandes régions viticoles européennes, réputée pour ses rieslings et ses grüner veltliners.
Depuis ses portes, des chemins descendent à travers les terrasses viticoles jusqu’aux villages de Dürnstein ou Weißenkirchen, aux façades Renaissance tournées vers le fleuve. Les visiteurs peuvent :
suivre à vélo la route cyclable le long du Danube ;
embarquer sur un bateau de croisière fluviale entre châteaux, vergers d’abricotiers et vignes anciennes ;
profiter des couleurs automnales lorsque les ceps jaunissent et rougissent.
Italie : San Pietro in Valle, retraite austère en Ombrie
En Ombrie, au sud de la région, l’abbaye de San Pietro in Valle se cache au milieu des montagnes, à l’endroit où les reliefs annoncent les Abruzzes. Fondée au VIIIᵉ siècle, elle a gardé l’austérité des anciens monastères bénédictins, même si certaines de ses parties accueillent désormais des voyageurs.
On y dort au milieu de fresques médiévales, de cours silencieuses et de jardins battus par le vent qui descend des versants boisés. Quand les visiteurs de la journée repartent, l’abbaye retrouve une quiétude presque totale, qui permet d’imaginer la vie monastique d’antan.
Tout autour s’étend la vallée de la Valnerina, peu connue en dehors de l’Italie centrale. La route serpente entre gorges, hêtraies et villages comme Ferentillo ou Arrone, où la vie continue sur un rythme lent, autour des places et des cafés.
À quelques kilomètres, la Cascata delle Marmore, chute d’eau de 165 mètres façonnée par les Romains, offre un contraste saisissant avec le calme des cloîtres.
Les activités ne manquent pas : randonnée, VTT, descentes en kayak sur le rio Nera ou longues tables autour de plats à la truffe noire, spécialité de la région.
Lituanie : Pažaislis, une retraite baroque au bord du « mer de Kaunas »
En Lituanie, le monastère baroque de Pažaislis se dresse au bord du réservoir de Kaunas, entouré d’une dense forêt de pins. L’ancienne maison des hôtes abrite aujourd’hui le complexe de Monte Pacis, un petit hôtel où l’on peut dormir sous des fresques du XVIIᵉ siècle, dans des cours intérieures baignées de silence.
Le matin, la lumière se reflète sur les eaux du réservoir, surnommé « mer de Kaunas », donnant au site un caractère presque insulaire. Les alentours permettent de mesurer à quel point le pays reste vert : sentiers et pistes cyclables longent les rives entre plages, forêts et points de vue.
Le parc régional de Kaunas offre des itinéraires pour la marche ou le kayak. La ville de Kaunas elle-même, à quelques minutes, ajoute une dimension urbaine à cette escapade, avec son architecture moderniste classée au patrimoine mondial et une atmosphère plus animée.
Et en France pour un lecteur français : quelles options proches ?
Pour un voyageur installé en France, ces adresses européennes s’ajoutent à une offre déjà bien établie de séjours en monastère. De nombreuses abbayes françaises proposent des retraites ou des hébergements simples, parfois dans le cadre de structures dédiées au tourisme spirituel ou culturel.
Le principe est proche : des chambres sobres, une vie rythmée par les horaires du lieu, parfois la participation facultative aux offices, et un environnement propice au repos. Les réservations passent souvent par les accueils monastiques eux-mêmes ou par des plateformes spécialisées dans les séjours religieux et de silence.
À côté des abbayes toujours habitées, certains grands ensembles monastiques désacralisés accueillent désormais des hôtels ou centres culturels, comme à Fontevraud. Ces lieux ciblent un public plus large, pas forcément croyant, mais en quête de calme, de patrimoine et de nature.
Ce que ce type de séjour change dans la façon de voyager
Passer quelques nuits dans un monastère implique généralement de ralentir. Même lorsque les lieux sont transformés en hôtels de charme, les règles restent plus strictes que dans un établissement urbain classique : horaires du dîner parfois limités, bruit réduit, dress code discret dans certaines parties du site.
Ce cadre donne un autre tempo au voyage. Les activités proposées tournent souvent autour de :
balades à pied ou à vélo dans les paysages environnants ;
dégustations de vins ou de produits locaux liés à la tradition monastique ;
visites historiques des églises, cloîtres et musées attenants ;
moments de lecture ou de méditation dans les jardins.
Pour certains voyageurs, ce type de séjour permet de se couper temporairement des écrans, de réduire les sollicitations extérieures et de renouer avec des activités simples. Le risque principal reste la déception de ceux qui attendraient un hôtel classique : service réduit la nuit, ambiance très silencieuse, distractions limitées.
À l’inverse, ceux qui recherchent une parenthèse, loin du bruit et du rythme urbain, trouvent dans ces abbayes une forme d’hospitalité qui mise sur l’espace, la nature et la continuité avec des siècles d’histoire religieuse et rurale. C’est ce mélange qui, en Europe, attire de plus en plus d’hôtes vers ces monastères reconvertis sans avoir renoncé à leur vocation première : offrir un refuge à l’écart du monde.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Peut-on vraiment dormir dans un monastère en Europe?
Oui, plusieurs monastères et abbayes en Espagne, Portugal, France, Suisse et Autriche accueillent les voyageurs dans des ailes entièrement aménagées, tandis que les autres parties du complexe conservent leur fonction religieuse ou culturelle.
Faut-il avoir des convictions religieuses pour séjourner dans ces lieux?
L'article ne le précise pas, mais ces monastères-hôtels sont présentés comme des destinations de tourisme et de retraite accueillant les voyageurs en quête de calme, sans mentionner d'obligation spirituelle.
Quel type d'activités propose-t-on autour de ces monastères?
Les alentours offrent randonnée, vélo, balades en bateau, barranquisme, dégustation de vins régionaux, visite de caves troglodytiques, et promenades dans des paysages naturels classés au patrimoine mondial.
Quel est le prix et le standing de ces hébergements monastiques?
L'article mentionne un hôtel cinq étoiles à Arouca (Portugal) et un parador en Galice, indiquant des établissements de bon standing, mais ne détaille pas les tarifs globaux.
Quelle est la meilleure période pour visiter ces monastères-hôtels?
L'article ne précise pas la meilleure saison, mais met l'accent sur le calme et la nature, suggérant des visites en dehors des périodes touristiques massives.