À quelques kilomètres des plages de l’Algarve, Loulé, au sud du Portugal, cache un passé arabe, un hammam médiéval et un marché centenaire.
À l’écart des foules d’Albufeira ou de Portimão, la petite ville de Loulé, au cœur de l’Algarve au Portugal, attire de plus en plus de curieux. Comme le raconte le média en ligne espagnol qui consacre un long reportage à la ville, cette commune située à moins de 20 kilomètres de Faro mise sur son héritage arabe, son artisanat et son marché municipal de 1908 pour proposer une autre image de la région, loin du seul tourisme balnéaire.
Une petite ville de l’intérieur, à deux pas de Faro
Loulé se trouve dans l’arrière-pays de l’Algarve, à moins de 20 kilomètres de l’aéroport de Faro. On quitte très vite la côte et ses stations balnéaires pour un paysage plus vallonné, agricole, marqué par les amandiers, figuiers et caroubiers qui ont façonné la gastronomie locale.
Loulé est souvent résumée à une étape secondaire en Algarve, alors que la ville concentre patrimoine médiéval, bains arabes, artisanat vivant et un marché couvert emblématique.
Le centre historique forme un véritable patchwork de ruelles pavées où alternent maisons blanchies à la chaux, bâtiments en cours de restauration, petites galeries d’art, bars intimistes et boutiques d’artisanat. L’ambiance y reste plus calme que sur le littoral, avec une vie locale qui ne s’arrête pas une fois l’été passé.
Douceurs locales et ruelles pavées du centre historique
Commencer la journée à la Fábrica da Amêndoa
Pour prendre la mesure de Loulé, le reportage conseille de débuter par la Rua do Matadouro, où se trouve la Fábrica da Amêndoa. Cette pâtisserie ouverte en 1976 est devenue une référence des douceurs régionales à base d’amandes, de figues et de caroube, trois ingrédients emblématiques de l’Algarve.
Frutinho : figurine de massepain, façonnée à la main, faite de pâte d’amande et fourrée à la crème de jaune d’œuf.
Gâteaux à l’amande : plusieurs variantes locales, souvent très riches en fruits secs.
Pastéis de nata : la version maison des fameux flans portugais, décrits comme particulièrement gourmands.
Ces spécialités accompagnent le café du matin avant de partir arpenter les rues du centre ancien.
Château d’origine arabe et église gothique
La première grande halte se situe au niveau du château d’origine arabe. De cette forteresse médiévale, qui possédait à l’époque un vaste périmètre de murailles, subsistent encore plusieurs tronçons et tours en adobe, parfois dissimulés entre les maisons actuelles. L’ensemble remonte aux XIIe et XIIIe siècles, époque de domination musulmane dans la région.
Adapté aux XIVe et XVe siècles pour devenir résidence du gouverneur, le château conserve notamment :
une tour albarrane en maçonnerie, datée de la fin du Moyen Âge, près de la rue da Barbacã ;
la Tour de Vela, dominée par la porte de Fato, qui garde des éléments de construction almohade.
Tout près, l’église de São Clemente (Saint-Clément) occupe l’emplacement de l’ancienne mosquée. Construite au XIIIe siècle dans un style gothique, elle est reconnaissable à sa tour-clocher, issue de la transformation d’un ancien minaret. Selon le média, il s’agirait d’un cas unique au Portugal. L’édifice a été agrandi au fil des siècles par l’ajout de chapelles latérales.
Une forte empreinte arabe, des bains du XIIe siècle remis en valeur
En se promenant dans la ville, les visiteurs ressentent la profonde influence musulmane, héritée de l’époque où Loulé se nommait All-Ulya. Cette présence ne se limite pas au tracé des rues.
João Ministro, habitant de Loulé, guide touristique et dirigeant de l’agence Proactivetur, spécialisée dans le tourisme responsable, souligne le rôle central de l’eau : selon lui, « la présence d’abondante eau fut l’une des principales raisons qui attirèrent les Arabes, car Loulé possède une rivière souterraine et des sols agricoles qui ont nourri ses habitants pendant des années ».
Bicas Velhas et hammam d’Al-Ulya
Le legs arabe se lit dans deux lieux clés.
Bicas Velhas : une fontaine construite en 1837 avec le métal de l’ancienne cloche de l’horloge. Une tradition locale affirme qu’elle ne s’est jamais asséchée depuis sa création.
Hammam d’Al-Ulya : considéré comme le musée de bains arabes le plus complet du Portugal, ce complexe thermal daterait du début à la moitié du XIIe siècle, peu après l’édification de la muraille.
Le hammam était à l’origine semi-enterré pour mieux conserver la chaleur. Il se composait d’un vestibule, puis de trois pièces distinctes – salle froide, salle tiède, salle chaude – et d’un compartiment pour la chaudière. Ces bains, très réputés durant des années, ont fini par être abandonnés. À la moitié du XVe siècle, lorsque le terrain est passé à la famille Barreto, le bâtiment se trouvait presque en ruine. Les propriétaires ont alors fait construire une demeure seigneuriale par-dessus.
Racheté en 2006 par la municipalité, le site du hammam a fait l’objet de fouilles archéologiques et d’aménagements, jusqu’à sa transformation en musée dédié aux bains arabes.
Non loin, le musée municipal propose dans trois salles une exposition permanente présentant les principales pièces archéologiques de la région, offrant un complément historique aux vestiges visibles dans la ville.
Un marché couvert de 1908, cœur animé de Loulé
Autre symbole fort de Loulé : son marché municipal, inauguré en 1908 et présenté comme le plus grand de l’Algarve. Conçu par l’architecte Mota Gomes, le bâtiment affiche un style néo-arabe, inscrit dans la mouvance Art nouveau, avec quatre pavillons et quatre portes figurant l’importance et la prospérité du bourg.
À l’intérieur, les étals proposent :
poissons et fruits de mer en provenance de la côte proche ;
viandes et charcuteries ;
douceurs typiques, dont celles à base d’amandes ;
objets d’artisanat local ;
un espace restauration.
João Ministro indique que les petits restaurants présents dans le marché doivent cuisiner, dans leurs menus, des produits achetés sur place, directement aux commerçants. Il y voit un moyen de soutenir le petit commerce et de maintenir une économie locale circulaire.
Un projet pour sauver les métiers traditionnels : « Loulé Creativo »
Soucieuse de préserver son identité et son passé artisanal lié aux échanges morisques et au commerce, la municipalité a lancé en 2015 l’initiative « Loulé Creativo ». João Ministro la décrit comme « un projet du municipalité qui cherche à préserver la riche artisanat de la zone, en maintenant ouverts les ateliers de la ville et en enseignant les métiers traditionnels à de nouveaux artisans ».
Ce programme comprend un calendrier annuel riche :
ateliers et expériences créatives ;
cours et formations ;
conférences ;
résidences d’artistes ;
expositions et spectacles.
« Loulé Creativo » fonctionne comme un réseau de petits ateliers répartis dans toute la ville, permettant aux visiteurs de voir les artisans à l’œuvre et à de nouveaux apprentis de se former.
Le dernier atelier de chaudronnerie du pays
Parmi ces espaces figure l’« Oficina de Caldeireiros », consacrée au travail du cuivre. Autrefois, Loulé comptait jusqu’à quatre ateliers de ce type ; il n’en reste aujourd’hui plus qu’un, présenté comme le dernier atelier artisanal traditionnel de chaudronnerie de cuivre et de laiton encore actif au Portugal.
Le maître artisan Analide explique que, dans le passé, les artisans fabriquaient surtout des objets pour stocker l’eau ou l’huile, ainsi que des alambics pour produire le célèbre alcool de fruit de l’arbousier. Désormais, la pièce la plus demandée est la cataplana, récipient métallique fermé utilisé pour cuire à l’étouffée poissons, fruits de mer ou viandes, emblématique de la cuisine de l’Algarve.
Les empreiteiras, gardiennes du tressage de palme
À quelques rues de là, la Casa da Empreita, ouverte en 2017, s’attache à maintenir un autre savoir-faire : le travail des empreiteiras, ces femmes qui tressent les feuilles de palmier selon divers motifs, plus ou moins complexes, pour créer des objets utilitaires ou décoratifs.
Dans cet atelier-boutique, un groupe d’artisanes se retrouve pour tresser, coudre et assembler des pièces variées : paniers, suspensions lumineuses, tapis ou accessoires. Les techniques, transmises depuis des générations, continuent ainsi d’être pratiquées devant le public, avec à la clé quelques ventes qui contribuent à faire vivre ces métiers.
Un atelier d’horlogerie pour réparer les pendules
Autre maillon du réseau : l’« Estudio do Relojero ». Jusqu’à récemment, ceux qui souhaitaient faire réparer une horloge murale devaient se rendre au musée de l’Horloge à Serpa, plus au nord. Pour répondre à cette demande, la municipalité a cherché un maître expérimenté, José João Guerreiro, et a ouvert son atelier dans la rue Bocage. La spécialité : redonner vie aux horloges anciennes, un savoir-faire rare qui attire collectionneurs et amateurs d’objets anciens.
Comment s’y rendre et où séjourner à Loulé
Accès depuis la France
Pour un voyageur français, l’accès se fait généralement par avion jusqu’à Faro, principale porte d’entrée de l’Algarve. Depuis l’aéroport, Loulé se situe à environ 17 kilomètres, desservie par la route en voiture de location, taxi ou autobus régional. Le trajet prend une vingtaine de minutes, ce qui permet d’envisager la ville aussi bien en excursion à la journée qu’en base de séjour.
Hébergement près du marché municipal
Le reportage cite un établissement situé à environ 200 mètres du marché municipal : Art’s by Loulé, un hôtel qui propose des chambres thématiques inspirées du patrimoine et de la culture locale. Sa proximité avec le marché en fait un point de chute pratique pour profiter des animations matinales et des restaurants alentours.
Où manger et prendre un café
Arrancada : bar-restaurant installé dans l’enceinte du marché municipal, spécialisé dans la cuisine traditionnelle locale cuite à la braise. Au menu, des « petiscos » (tapas) comme le bacalhau grillé avec pommes de terre, les côtes de porc ou la fameuse « carne à portuguesa ».
Café Calcinha : classé comme monument d’intérêt municipal, ce café ouvert en 1928 reproduit le style d’un établissement brésilien. Fréquenté par des personnalités comme le poète António Aleixo – dont une statue se trouve en terrasse –, il servait de lieu de débat pour les hommes de la ville.
Loulé et la France : quelles équivalences pour les voyageurs français ?
Pour un visiteur venant de France, Loulé offre une expérience qui se rapproche de celle de petites villes historiques françaises ayant misé sur leur patrimoine et leurs métiers d’art. À certains égards, le projet « Loulé Creativo » rappelle les démarches de « villes et métiers d’art » en France, où les municipalités soutiennent ateliers de céramistes, de verriers, de tapissiers ou de luthiers.
Comme dans plusieurs communes françaises labellisées pour leur patrimoine, la mairie de Loulé mise sur :
la valorisation des savoir-faire locaux via des ateliers ouverts au public ;
la transformation d’anciens bâtiments (maisons seigneuriales, commerces) en lieux culturels ;
l’intégration de l’artisanat dans l’offre touristique, sans le réduire à un simple souvenir de bazar.
Le marché municipal joue aussi un rôle proche de certains halles françaises rénovées : il sert à la fois de lieu d’approvisionnement quotidien pour les habitants, de vitrine pour les produits régionaux et de pôle de restauration où l’on peut goûter la cuisine locale à prix accessible.
Une étape à part entière dans un séjour en Algarve
La stratégie de Loulé, tournée vers la culture, le patrimoine et l’artisanat, lui permet de s’imposer comme une halte importante en Algarve, et pas seulement comme une excursion secondaire. Entre le hammam médiéval, le château d’origine arabe, l’église issue d’une ancienne mosquée, les ateliers de cuivre, les tressages de palme et le marché de 1908, la ville propose une alternative structurée au tourisme de plage.
Pour un voyageur français en quête de visites hors saison ou d’un séjour moins centré sur la côte, Loulé offre un ensemble cohérent : patrimoine historique lisible, circuits d’artisans, gastronomie régionale et accès simple depuis l’aéroport de Faro. Une combinaison qui permet de varier les activités entre balades en bord de mer et immersion dans l’histoire multi-séculaire de l’Algarve.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Où se trouve exactement Loulé et comment y accéder ?
Loulé est située à moins de 20 kilomètres de l'aéroport de Faro, dans l'arrière-pays de l'Algarve au sud du Portugal. Elle se trouve à quelques kilomètres des plages côtières, en direction de l'intérieur des terres.
Qu'est-ce que le hammam d'Al-Ulya et pourquoi est-il important ?
Le hammam d'Al-Ulya est un complexe thermal datant du début à la moitié du XIIe siècle, considéré comme le musée de bains arabes le plus complet du Portugal. Après avoir été abandonné et enfoui sous une demeure seigneuriale, il a été fouillé et restauré par la municipalité en 2006 pour devenir un musée.
Le marché municipal de 1908 est-il toujours actif ?
Oui, le marché municipal inauguré en 1908 demeure le cœur animé de Loulé. Il propose poissons, viandes, douceurs locales et artisanat, avec des petits restaurants utilisant obligatoirement les produits vendus sur place.
Qu'est-ce que l'initiative « Loulé Creativo » ?
Lancée en 2015 par la municipalité, « Loulé Creativo » vise à préserver l'artisanat traditionnel en maintenant les ateliers ouverts et en formant de nouveaux artisans. Elle organise des cours, ateliers, expositions et résidences d'artistes tout au long de l'année.
Quel lien existe-t-il entre l'église de São Clemente et l'époque arabe ?
L'église de São Clemente, construite au XIIIe siècle en style gothique, occupe l'emplacement de l'ancienne mosquée. Sa tour-clocher provient de la transformation d'un ancien minaret, cas présenté comme unique au Portugal.