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Venise : le nouveau maire veut faire passer le ticket d’entrée des touristes à la journée de 5 ou 10 euros à 30, voire 50 euros certains jours

Venise : le nouveau maire veut faire passer le ticket d'entrée des touristes à la journée de 5 ou 10 euros à 30, voire 50 euros certains jours

À Venise, en Italie, le nouveau maire envisage un tour de vis spectaculaire sur le ticket imposé aux visiteurs d’un jour, déjà très discuté localement.

Élu il y a moins d’un mois, le maire de Venise Simone Venturini veut frapper fort sur le tourisme de masse. Comme le rapporte le site d’actualité italien Il Post, l’élu de centre droit propose de multiplier par trois, voire par dix, le ticket d’entrée journalier payé par les touristes qui visitent la cité des Doges sans y passer la nuit. Une idée qui relance un débat brûlant en Italie sur la gestion des flux touristiques.

Un ticket qui passerait de 5–10 euros à 30–50 euros certains jours

Depuis la mise en place du système, le ticket d’accès à Venise coûte actuellement :

  • 5 euros pour les visiteurs qui réservent leur entrée bien à l’avance ;
  • 10 euros pour ceux qui paient dans les quatre jours précédant leur venue.

Ce dispositif vise les touristes dits « à la journée », qui arrivent le matin, repartent le soir, et ne séjournent pas dans un hôtel ou une location sur place. Les personnes qui dorment dans une structure d’hébergement paient déjà une taxe de séjour et ne sont donc pas concernées par ce ticket d’entrée.

Le maire Simone Venturini propose de porter le ticket à 30 à 50 euros certains jours, contre 5 à 10 euros actuellement.

Venturini a expliqué qu’il compte demander un rendez-vous au gouvernement italien pour discuter notamment de cette hausse. Car si le ticket lui-même découle d’un règlement municipal, la fourchette des montants autorisés a d’abord été fixée par une loi nationale. « Si aujourd’hui il est de 5 à 10 euros, ma proposition est de le porter de 30 à 50 euros pour certains jours », a déclaré le maire, cité par Il Post.

Un système censé lisser les flux, mais jugé trop peu dissuasif

Le mécanisme à deux tarifs, avec une réduction pour les réservations anticipées, a été instauré à partir de 2025. L’idée : éviter que les touristes décident de venir à la dernière minute, ce qui complique la gestion des foules dans une ville déjà saturée.

Dans les faits, les résultats se révèlent en dessous des attentes. Sur les 42 premiers jours d’application du ticket cette année, Venise a enregistré :

Type de ticket Montant Nombre vendu
Réservation anticipée 5 € Environ 245 000
Paiement tardif 10 € Environ 268 000

Résultat : davantage de tickets à 10 euros que de tickets à 5 euros, alors que la ville espérait l’inverse. Pour l’adjoint au budget, Michele Zuin, la raison est simple : « entre 5 et 10 euros, il n’y a pas beaucoup de différence. Si elle était plus significative, l’effet serait différent », affirme-t-il.

Les autorités vénitiennes jugent qu’une différence de quelques euros ne suffit pas à peser sur les décisions de voyage des touristes.

C’est précisément ce constat qui nourrit la proposition du maire : faire du ticket une vraie dépense, suffisamment élevée pour pousser certains visiteurs à renoncer ou, au minimum, à mieux planifier leur venue.

Limiter le « tourisme de passage » qui congestionne Venise

Le ticket d’accès, en phase de test depuis 2024 et arrivé en 2026 à sa troisième année de mise en œuvre, vise une forme bien particulière de fréquentation : le tourisme bref et concentré sur quelques heures. À Venise, ce phénomène est massif, en particulier les week-ends et aux beaux jours.

Ces visiteurs se concentrent sur un petit nombre de lieux emblématiques : place Saint-Marc, pont du Rialto, Grand Canal. Ils créent des bouchons humains, saturent les transports publics locaux, tout en générant des retombées économiques limitées pour la ville, car ils consomment peu et ne dorment pas sur place.

Pour le maire, le ticket doit devenir un « véritable frein » au tourisme d’un jour qui encombre le centre historique sans réellement soutenir l’économie locale.

Déjà pendant la campagne électorale, Venturini avait défendu l’idée d’un prix plus élevé, concentré sur certains moments de l’année – périodes de forte affluence, ponts, grands événements. La hausse à 30 ou 50 euros viserait donc des journées spécifiques, identifiées comme critiques pour la gestion des flux.

Exemptions, horaires et période de validité du ticket

Le ticket ne concerne pas tous ceux qui entrent dans Venise. Sont exemptés :

  • les personnes qui dorment dans un hôtel, une location ou tout autre hébergement déclarée dans la ville (elles paient déjà une taxe de séjour) ;
  • les résidents de la région de Vénétie ;
  • les enfants jusqu’à 14 ans ;
  • certaines catégories particulières, comme les proches et amis de résidents vénitiens, dans des conditions définies par la mairie.

Le paiement est exigé sur une plage horaire précise : de 8 h 30 à 16 h pour les journées concernées. Le dispositif s’applique principalement du vendredi au dimanche, avec des jours supplémentaires ajoutés selon les besoins.

Le calendrier s’est d’ailleurs nettement élargi :

  • en 2024, le ticket n’était demandé que 29 jours ;
  • en 2025, le nombre de journées payantes est monté à 54 ;
  • en 2026, le système couvre 60 jours, du 3 avril au 26 juillet.

À partir de 2025, l’obligation a été étendue à tous les vendredis et à d’autres jours en plus des week-ends classiques, signe que la municipalité considère ce levier comme central dans sa politique touristique.

Des critiques qui dénoncent une « taxe d’entrée » plus qu’un outil de régulation

Le ticket d’accès ne fait pas l’unanimité en Italie. Ses détracteurs estiment que la mesure sert surtout à alimenter les finances municipales, sans s’attaquer réellement au problème du surtourisme. Leur argument principal : contrairement à d’autres systèmes de gestion des flux, Venise n’a pas fixé de plafond quotidien de visiteurs.

Pour les opposants, sans limitation stricte du nombre d’entrées, le ticket ressemble davantage à une taxe supplémentaire qu’à un outil de contrôle des foules.

Autre point sensible : les sanctions. Les visiteurs qui entrent dans la ville sans payer le ticket risquent une amende comprise entre 50 et 300 euros. En 2024, première année de mise en œuvre, aucune contravention n’avait été dressée. L’année suivante, quelques sanctions ont été appliquées, mais en nombre réduit.

D’après Il Post, la mairie a renforcé les contrôles en 2026, avec davantage de vérifications sur le terrain pour s’assurer que les touristes se conforment à l’obligation. Une pression qui pourrait augmenter encore si la hausse des tarifs est validée au niveau national.

Ce que cela représente pour un touriste français

Pour un Français qui envisage de se rendre à Venise pour la journée sans y dormir, le projet du maire change la donne. À 5 ou 10 euros, le ticket reste supportable dans un budget global de déplacement. À 30 ou 50 euros, la dépense devient significative, surtout pour une famille.

Dans la pratique, ce type de mesure pourrait :

  • inciter les visiteurs à transformer une simple excursion d’une journée en véritable séjour avec nuit sur place, afin de « rentabiliser » le voyage ;
  • faire hésiter certains groupes à venir lors des pics d’affluence, et les pousser à choisir des périodes plus calmes ;
  • rapprocher le coût d’une visite éclair à Venise de celui d’un week-end dans d’autres villes européennes, sans ticket d’entrée.

Pour rappel, en France, il n’existe pas de ticket d’accès comparable pour les centres historiques ou les sites urbains très fréquentés. Les communes disposent toutefois d’outils comme la taxe de séjour, les droits d’entrée dans certains sites, ou encore les restrictions de circulation automobile dans les zones à faibles émissions. Mais aucune grande ville ne facture, à ce jour, le simple fait de se promener dans son centre comme le fait Venise pour les excursionnistes.

Comment la France gère la pression touristique dans ses sites emblématiques

Dans l’Hexagone, la gestion du surtourisme passe par d’autres mécanismes. Pour les communes touristiques, la taxe de séjour payée à la nuitée par les visiteurs hébergés constitue l’équivalent le plus proche du dispositif vénitien. Elle permet aux villes de financer une partie des services et des infrastructures liés à l’accueil des touristes.

Sur certains sites naturels ou patrimoniaux très fréquentés, les autorités françaises recourent à :

  • des systèmes de réservation en ligne à créneaux horaires, pour lisser les arrivées ;
  • des quotas de visiteurs, comme dans certains espaces protégés ;
  • des politiques de régulation de la circulation, par exemple la limitation de l’accès en voiture ou la mise en place de navettes obligatoires.

On se rapproche ainsi du principe de plafonnement des entrées, souvent évoqué pour Venise mais encore absent de son système : là où la ville italienne privilégie pour l’instant un outil tarifaire, les sites français les plus sensibles jouent davantage sur les autorisations d’accès et la réservation obligatoire.

Vers un nouveau modèle de visite des centres historiques ?

Le débat ouvert à Venise soulève une question plus large : quelle place accorder au tourisme de masse dans des centres historiques fragiles et densément peuplés ? L’augmentation brutale du ticket envisagée par Simone Venturini s’apparente à un signal fort envoyé aux plateformes de réservation, aux croisiéristes et aux voyageurs qui programment des allers-retours express.

Pour un lecteur français, l’exemple vénitien permet de mesurer les tensions croissantes autour de la gestion des flux touristiques : entre besoin de préserver le patrimoine, attentes des habitants et impératifs économiques, les villes les plus visitées d’Europe expérimentent des solutions variées, dont certaines, comme ce « ticket d’entrée », restent encore impensables en France mais pourraient nourrir les discussions locales dans les années à venir.

Questions fréquentes

Qui est concerné par ce ticket d'entrée à Venise?

Les touristes qui visitent Venise à la journée sans y dormir. Sont exemptés les résidents de la région de Vénétie, les enfants jusqu'à 14 ans, et les personnes logeant dans un hôtel ou une location déclarée (qui paient déjà une taxe de séjour).

Quel est le tarif actuel du ticket et comment fonctionne-t-il?

Le ticket coûte 5 euros pour une réservation anticipée et 10 euros pour un paiement dans les quatre jours précédant la visite. Le système a été mis en place en 2025 et en 2024, environ 245 000 tickets à 5 euros et 268 000 à 10 euros ont été vendus en 42 jours.

Pourquoi le maire veut-il augmenter le tarif?

Parce que la différence entre 5 et 10 euros n'incite pas suffisamment les touristes à réserver à l'avance. Une hausse à 30 ou 50 euros viserait à rendre le ticket suffisamment dissuasif pour réduire le tourisme de passage et ses conséquences sur la saturation de la ville.

Quels jours s'appliquerait cette augmentation?

Le tarif augmenté ne concernerait que certains jours identifiés comme critiques pour la gestion des flux, notamment les week-ends et périodes de forte affluence. En 2026, le ticket s'applique sur 60 jours, du 3 avril au 26 juillet.

Quelles sont les critiques contre ce système?

Les opposants dénoncent une taxe déguisée plutôt qu'un outil de régulation, puisque Venise n'a pas fixé de plafond quotidien de visiteurs. Ils considèrent que sans limitation stricte des entrées, le ticket ne résout pas vraiment le problème du surtourisme.
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