En Suisse, un séjour linguistique en Espagne relance le débat entre exigences écologiques, fatigue du trajet et sécurité des élèves.
Au lycée cantonal de Zoug, les élèves concernés doivent rejoindre Valence en car pour leur séjour linguistique prévu le vendredi 25 septembre 2026. Le média suisse 20 Minuten, dont les informations ont été reprises par Head Topics, rapporte que l’établissement applique depuis longtemps une règle excluant l’avion lors de ses déplacements scolaires.
Un long trajet nocturne jusqu’à Valence
La destination se situe à environ 1 500 kilomètres de Zoug. Pour rejoindre cette ville espagnole, les lycéens doivent embarquer dans un car au départ de l’aéroport de Zurich. L’arrivée est programmée peu après midi, le lendemain, à l’aéroport de Valence.
Le voyage représente environ 18 heures sur la route. Les élèves doivent donc passer une nuit dans le véhicule avant de commencer leur séjour de trois semaines en Espagne.
Le lycée cantonal de Zoug a choisi le car pour ce déplacement, malgré l’existence d’un vol d’environ une heure et cinquante minutes entre la Suisse et Valence.
Une mère d’élève conteste cette organisation. Elle ne remet pas en cause l’intérêt du voyage linguistique, ni l’idée de réduire l’impact environnemental des déplacements. Sa préoccupation porte sur la durée du transport et sur le trajet de nuit imposé à sa fille.
Elle avait proposé de payer elle-même un billet d’avion afin que son enfant rejoigne le groupe par les airs. Le lycée a refusé cette dérogation. Pour la direction, le choix du moyen de transport ne dépend pas de la capacité financière des familles : il relève d’une ligne fixée pour les événements scolaires.
Une règle environnementale appliquée depuis 2005
Franziska Schärer, directrice de l’établissement, explique que le renoncement à l’avion ne concerne pas uniquement ce séjour à Valence. Selon les propos rapportés par 20 Minuten, le lycée suit ce principe depuis 2005 pour ses voyages et activités scolaires.
« La directive consistant à renoncer à l’avion pour les événements scolaires vise non seulement à aborder la durabilité en classe, mais aussi à la vivre au quotidien », explique Franziska Schärer.
Cette position place le déplacement lui-même au cœur du projet pédagogique. Le car ne sert donc pas seulement à transporter les participants : il doit aussi traduire concrètement l’engagement environnemental défendu par l’établissement.
Le lycée souligne que les modalités du voyage avaient été transmises aux parents dès le mois de mars. La direction estime ainsi que les familles connaissaient à l’avance les conditions de déplacement, y compris la durée du trajet et la nuit passée à bord.
Le séjour concerne une classe de cinquième année du cursus gymnasial suisse. Cette appellation peut prêter à confusion pour un lecteur français. Au lycée cantonal de Zoug, l’enseignement gymnasial s’étend sur six ans. Il ne s’agit donc pas d’une classe de cinquième comparable à celle d’un collège en France.
La mère d’élève invoque la sécurité et le bon sens
Pour la mère interrogée, le sujet ne se limite pas au confort. Elle juge le temps passé sur la route trop long pour des adolescents, surtout avec une nuit entière dans un car. Elle demande que l’établissement prenne aussi en compte les conditions concrètes du voyage.
« Je trouve déraisonnable que les élèves soient sur la route aussi longtemps. J’apprécierais que, outre la protection de l’environnement, la sécurité et le bon sens soient également pris en compte », déclare-t-elle.
La direction du lycée répond que le déplacement a été préparé avec un encadrement spécifique. Une entreprise de transport suisse doit assurer le trajet. Quatre chauffeurs se relaient toutes les quatre heures, selon Franziska Schärer. Des enseignants accompagnent aussi les élèves à l’aller comme au retour.
Un départ est prévu depuis l’aéroport de Zurich en soirée.
Le groupe doit voyager durant toute la nuit.
Quatre chauffeurs doivent assurer les relais au cours du trajet.
Des enseignants encadrent les élèves dans les deux sens.
L’arrivée à Valence est annoncée peu après midi le lendemain.
Après avoir réexaminé les inquiétudes exprimées, la direction affirme ne pas avoir relevé d’élément concret permettant de qualifier le voyage d’irresponsable. Elle maintient donc le transport collectif par la route.
Un stage en Suisse en cas de refus du voyage
Le lycée ne contraint pas un élève à partir contre l’avis de ses responsables légaux. Une alternative est proposée : un stage de trois semaines en Suisse, reconnu par l’établissement comme équivalent sur le plan scolaire.
Cette option ne satisfait pas la mère d’élève. À ses yeux, le séjour en Espagne fait partie intégrante du programme de cette classe tournée vers les langues. Elle souhaitait que sa fille puisse participer aux activités prévues à Valence avec ses camarades, tout en utilisant un autre moyen de transport.
Le désaccord révèle deux visions du voyage scolaire. D’un côté, l’établissement défend une règle collective pensée pour réduire les déplacements aériens. De l’autre, une famille demande une adaptation individuelle au nom de la fatigue et des conditions de sécurité ressenties pendant un déplacement de 18 heures.
Quelle place pour l’avion dans les voyages scolaires en France ?
En France, il n’existe pas de règle nationale interdisant l’avion pour les voyages scolaires. Le choix du transport dépend du projet, de la destination, des conditions d’encadrement et des décisions prises par l’établissement dans le cadre de l’organisation du séjour.
Les voyages scolaires à caractère facultatif doivent notamment être préparés avec les familles et respecter les règles de sécurité applicables aux mineurs. Un chef d’établissement joue un rôle central dans l’autorisation et l’organisation d’un voyage dans le second degré public. Les équipes éducatives doivent aussi prévoir l’encadrement adapté au nombre et à l’âge des élèves.
Le cas suisse montre qu’un déplacement scolaire peut devenir un sujet éducatif à part entière. Prendre le train ou le car peut réduire le recours à l’avion, mais ces choix allongent parfois fortement le temps de voyage. Pour un groupe d’adolescents, cette durée influe sur le repos, l’organisation des pauses, les relais de conduite et le programme du premier jour sur place.
Un car de nuit demande une préparation particulière
Un trajet de nuit n’a pas les mêmes contraintes qu’un déplacement effectué en journée. Les élèves peuvent dormir de façon inégale, rester longtemps assis et arriver fatigués à destination. L’encadrement doit alors anticiper les pauses, les repas, les besoins médicaux éventuels et le suivi du groupe lors des arrêts.
Dans le cas du lycée de Zoug, la présence annoncée de quatre chauffeurs vise précisément à éviter qu’une seule personne assure l’ensemble de la conduite. Les enseignants doivent, eux, veiller sur les élèves durant le trajet. Ce dispositif ne met pas fin au débat soulevé par la mère, mais il constitue la réponse avancée par l’établissement face aux inquiétudes liées aux 18 heures de route.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi le lycée cantonal de Zoug refuse-t-il l'avion pour les voyages scolaires ?
L'établissement applique depuis 2005 une directive interdisant l'avion pour tous ses événements scolaires afin de vivre concrètement l'engagement écologique en classe. La directrice Franziska Schärer estime que renoncer à l'avion vise à aborder la durabilité non seulement en théorie, mais aussi au quotidien, en faisant du déplacement lui-même un acte pédagogique.
Quelle alternative est proposée aux familles qui refusent le voyage en car ?
Les élèves dont les responsables légaux refusent le voyage peuvent participer à un stage de trois semaines en Suisse, reconnu par l'établissement comme équivalent sur le plan scolaire. Cette option ne satisfait pas toutes les familles qui souhaitent que leurs enfants participent aux activités spécifiques du séjour en Espagne.
Quelles mesures de sécurité sont mises en place pour ce trajet de 18 heures ?
Le trajet est assuré par une entreprise de transport suisse avec quatre chauffeurs se relayant toutes les quatre heures pour éviter la fatigue. Des enseignants accompagnent aussi les élèves aller et retour, et le départ en soirée permet un voyage de nuit avec des dispositions pour les pauses, les repas et le suivi du groupe.
Existe-t-il une interdiction nationale de l'avion pour les voyages scolaires en France ?
Non, il n'existe pas de règle nationale interdisant l'avion pour les voyages scolaires en France. Le choix du transport dépend du projet, de la destination et des décisions de chaque établissement, qui doit respecter les règles de sécurité applicables aux mineurs et impliquer les familles.
Pourquoi la mère d'élève a-t-elle refusé de participer au stage suisse ?
La mère considère que le séjour en Espagne fait partie intégrante du programme de la classe tournée vers les langues. Elle souhaitait que sa fille puisse participer aux activités prévues à Valence avec ses camarades tout en utilisant un autre moyen de transport, ce que l'établissement a refusé.