EUROTEL

« C’est le grand mensonge » : en Espagne, le patron du plus grand réseau de stations low cost assure que tous les carburants sortent des mêmes dépôts

Pompe à essence automatisée d'une station-service low cost sans personnel, en zone périphérique ou parking de centre commercial, illustrant le modèle économique réduit des enseignes discount.

En Espagne, un dirigeant du secteur des stations-service low cost affirme que carburants bon marché et grandes marques proviennent des mêmes dépôts.

Interrogé par le quotidien espagnol El País, le fondateur du réseau de stations-service low cost Plenergy bouscule une idée très répandue en Espagne : selon lui, l’essence des grandes marques et celle des stations à bas prix sortent des mêmes réservoirs, et la supposée supériorité des additifs serait, dit-il, « le grand mensonge » du secteur.

En Espagne, deux types de stations-service et un écart de prix frappant

Depuis plusieurs années, les automobilistes espagnols distinguent deux grands groupes de stations-service. D’un côté, les enseignes dites « de toujours », comme Repsol, Cepsa (rebaptisée Moeve), Shell ou BP. De l’autre, les stations low cost, parmi lesquelles Ballenoil, Petroprix ou Plenergy.

Toutes vendent du carburant conforme aux normes espagnoles et européennes. Pourtant, l’écart de prix est net. L’article relayé par El País donne un exemple concret : dans une ville espagnole, le litre d’essence 95 s’affiche à 1,299 euro chez Ballenoil, 1,309 euro chez Plenergy et Petroprix, contre 1,519 euro chez Repsol et 1,529 euro chez BP. L’écart dépasse 20 centimes le litre.

Pour un plein de 50 litres, l’automobiliste économise ainsi environ 10 euros en se rendant dans une station low cost plutôt que chez une grande marque.

Une « légende urbaine » sur la qualité du carburant

Cet écart alimente depuis longtemps une croyance bien ancrée : si les stations-service low cost sont moins chères, ce serait parce que leur carburant est de moindre qualité, ferait moins de kilomètres et pourrait abîmer le moteur, alors que les grandes marques proposeraient une essence plus « propre » et plus performante.

Pour beaucoup de conducteurs espagnols, cette différence supposée s’expliquerait par des raffinages distincts, ou par des additifs secrets ajoutés par les groupes pétroliers, censés mieux protéger le moteur et réduire la consommation.

Le patron de Plenergy affirme qu’en Espagne, l’essence vendue par les grandes marques et par les stations low cost a exactement la même base, issue des mêmes dépôts.

« Le produit de base est exactement le même »

Interrogé par El País, José Rodríguez de Arellano, fondateur et directeur général de Plenergy, démonte frontalement cette idée. Il rappelle d’abord que tous les carburants proviennent des mêmes installations logistiques en Espagne :

« Quand nous achetons du carburant à l’un des grands fournisseurs, il sort d’un dépôt où tout le carburant est mélangé. Le produit de base est exactement le même », affirme-t-il.

En Espagne, la logistique est en grande partie assurée par la société Exolum. Cette entreprise transporte l’essence et le gazole depuis les raffineries jusqu’aux dépôts régionaux, puis approvisionne les différentes stations-service, qu’elles soient de grande marque ou low cost.

Plusieurs études de l’organisation de consommateurs espagnole OCU vont dans le même sens. Elles indiquent que tous les carburants vendus légalement en Espagne proviennent des mêmes raffineries et respectent les normes minimales de qualité imposées par la réglementation.

Les additifs, « le grand mensonge » selon le dirigeant de Plenergy

Lorsque le quotidien lui demande si la différence se joue alors sur les additifs, José Rodríguez de Arellano ne mâche pas ses mots : « C’est le grand mensonge », tranche-t-il.

Il explique que Plenergy achète l’additif recommandé par Exolum :

« Nous achetons l’additif que recommande Exolum. Mais ça ne vaut rien, et ça ne sert à rien. Nous mettons l’additif parce que les gens pensent que l’additif est bon », assure-t-il.

Pour ce dirigeant, ces produits n’ont pas le rôle quasi miraculeux que leur attribue parfois le marketing :

« L’additif n’a pas d’importance pour le moteur. Nous sommes dans une dynamique où tout le monde parle de l’additif. Si cela servait vraiment à quelque chose, les leaders auraient déjà publié une étude indépendante pour démontrer que leur additif permet à la voiture de parcourir x kilomètres de plus. C’est la même fantaisie que celle qui fait croire que le carburant est différent, alors qu’il sort du même dépôt », détaille-t-il.

Selon lui, les additifs ne transforment pas l’essence en produit miracle : un carburant sans additif n’est pas un « mauvais » carburant ni une menace pour le moteur.

Un carburant encadré par la réglementation et par les contrôles

Les études citées rappellent qu’en Espagne, toute essence ou tout gazole vendu en station-service doit répondre à des spécifications techniques précises. Les autorités fixent des seuils obligatoires de qualité, que la station soit une grande marque disposant d’une boutique ou une simple pompe automatisée.

L’OCU et d’autres analyses soulignent que :

  • le carburant vendu dans une même région provient généralement de la même raffinerie ;
  • la base du produit est identique pour toutes les enseignes ;
  • les différences portent surtout sur la présence et la composition des additifs ;
  • un carburant sans additifs spécifiques n’est ni « illégal », ni intrinsèquement nocif pour le moteur.

L’article rappelle aussi qu’en Espagne, la vente de carburant de mauvaise qualité ne peut avoir lieu légalement. Les éventuels problèmes sont liés à des fraudes ou à des réseaux criminels, pas au modèle low cost en lui-même.

Ce qui explique vraiment les prix cassés des stations low cost

Pour comprendre les tarifs plus bas des enseignes low cost, il faut regarder le modèle économique. Les réseaux comme Plenergy ou Ballenoil s’appuient sur une structure de coûts très réduite.

Moins de personnel, moins de services, des emplacements moins chers

La plupart de ces stations fonctionnent de manière largement automatisée. L’automobiliste paye directement à la borne, et il y a peu ou pas de personnel permanent sur place. Cette organisation réduit fortement la masse salariale.

Les stations low cost sont également plus petites et implantées dans des zones où le foncier coûte beaucoup moins cher : parkings extérieurs de centres commerciaux, zones industrielles, périphéries urbaines. Elles ne disposent, en général, ni de boutique, ni de bar, ni de sanitaires, ce qui limite les investissements et les charges de fonctionnement.

Un autre levier tient au niveau de marge accepté par ces enseignes, souvent inférieur à celui des grandes marques, qui misent davantage sur le service, la notoriété de leur logo et les ventes additionnelles (courses, restauration, lavage, etc.).

Le carburant n’est pas moins cher parce qu’il est moins bon, mais parce que le modèle low cost réduit presque tout ce qui entoure la pompe : personnel, services, foncier, marge.

Qu’en est-il pour les automobilistes en France ?

Le débat espagnol rappelle les interrogations fréquentes des conducteurs français entre hypermarchés, indépendants et réseaux de grandes compagnies pétrolières. En France aussi, la majorité des carburants sortent de quelques raffineries et dépôts communs, puis sont acheminés vers des stations qui appliquent des politiques commerciales différentes.

Comme en Espagne, la réglementation fixe des caractéristiques minimales pour l’essence et le gazole. Les contrôles sont réalisés par les autorités, et un distributeur ne peut pas, légalement, vendre un carburant qui ne respecte pas ces spécifications.

Les additifs existent également en France, et certaines marques communiquent sur des carburants « premium » censés nettoyer le moteur ou améliorer les performances. Les constructeurs automobiles n’interdisent pas ces produits, mais ne les présentent pas comme une nécessité absolue, tant que le carburant reste conforme à la norme recommandée par le manuel du véhicule.

Le schéma économique est proche de celui décrit en Espagne :

  • les stations d’hypermarché et certaines stations indépendantes misent sur des prix plus bas et peu de services annexes ;
  • les enseignes de grande marque valorisent la qualité perçue, la présence de personnel, la boutique, parfois le lavage et d’autres services ;
  • l’écart de prix reflète surtout les coûts d’exploitation et le niveau de marge, pas une différence radicale de qualité de base.

Comment un automobiliste peut-il faire son choix ?

Pour un conducteur, la question se résume souvent à un arbitrage entre prix, proximité et services. Un plein moins cher dans une station low cost ou en grande surface permet de réduire le budget carburant, ce qui devient significatif sur l’année pour les gros rouleurs.

À l’inverse, certains automobilistes privilégient une station de grande marque proche de chez eux ou de leur travail, avec une boutique ouverte, un employé présent et la possibilité d’acheter d’autres produits ou de profiter d’un programme de fidélité.

Les spécialistes rappellent que l’entretien régulier du véhicule, le respect des préconisations du constructeur et une conduite souple ont un impact bien plus direct sur la durée de vie du moteur et sur la consommation que le choix entre deux carburants conformes à la même norme.

Les additifs : ce qu’ils sont réellement

Un additif est un produit chimique ajouté au carburant pour en modifier certaines propriétés : limiter la corrosion, améliorer la stabilité, réduire la formation de dépôts, ou encore ajuster certains paramètres techniques. Les fabricants conçoivent des formules différentes en fonction de leurs objectifs marketing et techniques.

Ces produits n’ont toutefois pas vocation à transformer l’essence ou le gazole en carburant « miracle ». Les tests menés par des organismes de consommateurs montrent parfois de légères différences de consommation ou de propreté du moteur, mais pas des écarts spectaculaires de centaines de kilomètres supplémentaires par plein.

Pour un automobiliste espagnol comme français, la priorité reste donc d’utiliser un carburant conforme aux recommandations de son constructeur, de surveiller l’entretien du véhicule et de comparer les prix en fonction de ses trajets. Le témoignage du dirigeant de Plenergy, relayé par El País, remet surtout en lumière un point clé : derrière l’affichage à la pompe, la base du carburant est souvent bien plus homogène qu’on ne le croit.

Questions fréquentes

Le carburant des stations low cost est-il vraiment de moins bonne qualité ?

Non. En Espagne, tous les carburants vendus légalement proviennent des mêmes raffineries et dépôts, et respectent les mêmes normes de qualité obligatoires. Les études de l'OCU confirment que la base du produit est identique pour toutes les enseignes.

À quoi servent les additifs si le carburant est identique ?

Selon José Rodríguez de Arellano, les additifs n'ont pas l'importance que le marketing leur attribue. Aucune grande marque n'a publié d'étude indépendante prouvant que ses additifs permettent à la voiture de parcourir davantage de kilomètres.

Pourquoi les stations low cost sont-elles moins chères ?

Leur modèle économique réduit les coûts : automatisation maximale, peu ou pas de personnel, emplacements bon marché, absence de boutique ou de bar, et marge commerciale plus faible. Le carburant n'est pas moins cher parce qu'il est moins bon, mais parce que tout ce qui l'entoure coûte beaucoup moins cher.

Un carburant sans additif peut-il endommager le moteur ?

Non. Un carburant sans additifs spécifiques n'est ni illégal ni intrinsèquement nocif pour le moteur, à condition de respecter les normes réglementaires en vigueur.

Existe-t-il un risque de fraude ou de carburant de mauvaise qualité en station low cost ?

La vente de carburant de mauvaise qualité est illégale en Espagne. Les éventuels problèmes seraient liés à des fraudes ou des réseaux criminels spécifiques, pas au modèle low cost lui-même.
Défiler vers le haut