EUROTEL

Arrêtez de dire « je suis désolé » au travail : les trois phrases à utiliser à la place, selon une dirigeante de cabinet de conseil en carrière

Aux États-Unis, s’excuser à répétition au travail peut fragiliser sa prise de parole et brouiller la portée d’une vraie excuse.

Dire « je suis désolé » semble souvent être un réflexe de politesse. Pourtant, employée pour chaque contretemps, cette formule peut donner une image inutilement effacée. Patrice Williams Lindo, dirigeante du cabinet américain de conseil en carrière Career Nomad, explique au média en ligne CNBC Make It comment remplacer cette habitude dans plusieurs situations courantes.

Pourquoi les excuses répétées peuvent desservir

Une excuse a du poids lorsqu’elle reconnaît une erreur, un tort ou une gêne réellement causée à quelqu’un. La répéter alors qu’aucune faute n’a été commise peut avoir l’effet inverse.

Selon Patrice Williams Lindo, cette habitude peut conduire les autres à sous-estimer la personne qui s’exprime. Elle peut aussi nourrir un sentiment de manque de confiance et rendre les excuses futures moins marquantes.

Une excuse utile reconnaît une responsabilité réelle. Elle ne doit pas devenir une formule automatique pour occuper un silence ou demander le droit de parler.

La dirigeante relie ce réflexe à l’insécurité et au doute de soi. Elle estime qu’il touche particulièrement les femmes et les personnes issues de minorités. Elle évoque notamment une éducation où il faut rester très humble et minimiser ses réussites, au risque de se sentir insuffisant ou illégitime.

Repérer les circonstances dans lesquelles l’on s’excuse sans raison constitue donc une première étape. Le but n’est pas de bannir toute excuse, mais de choisir une réponse qui correspond mieux à la situation.

Face à un problème technique, remercier plutôt que s’excuser

Réunion à distance qui se fige, présentation qui tarde à s’afficher, bouton qui ne répond plus : les difficultés techniques font partie du quotidien du travail hybride et du télétravail. Elles ne dépendent pas toujours de la personne qui prend la parole.

Dans ce cas, Patrice Williams Lindo conseille de ne pas transformer un incident matériel en faute personnelle. Au lieu de présenter des excuses, elle propose de remercier les interlocuteurs pour leur patience ou leur coopération.

  • « Merci pour votre patience. »
  • « Merci de votre compréhension. »
  • « Merci de rester avec moi pendant que je règle ce point. »

Ces formulations reconnaissent le désagrément sans laisser entendre que l’on a commis une erreur. Elles maintiennent aussi un ton posé quand un silence s’installe. Pour la consultante, beaucoup de personnes disent « je suis désolé » parce qu’elles ne se sentent pas à l’aise face à ce silence.

Garder une information simple et concrète

Une phrase courte suffit souvent : signaler que le document est en cours de chargement ou que la connexion connaît un ralentissement, puis indiquer que l’on reprend dès que possible. Multiplier les excuses peut accentuer l’impression de désordre sans résoudre l’incident.

Cette nuance ne dispense pas de prévenir une équipe lorsque le problème empêche durablement d’accomplir une tâche. Elle aide seulement à distinguer un aléa technique d’un manquement professionnel.

Prendre la parole sans demander pardon

Une réunion peut donner l’impression qu’il faut s’excuser avant d’intervenir, surtout lorsqu’un collègue dirige les échanges ou qu’une discussion est déjà animée. Pourtant, apporter un complément, exprimer un désaccord ou proposer une autre lecture ne constitue pas, en soi, une faute.

Patrice Williams Lindo estime que dire « désolé, mais… » dans ce contexte sert parfois à se frayer un passage dans la conversation. Or, chacun peut contribuer au débat sans présenter sa prise de parole comme une gêne.

Un avis divergent peut enrichir un échange. Le présenter clairement évite de le faire paraître moins légitime avant même de l’avoir formulé.

Elle suggère plusieurs amorces plus directes :

  • « J’aimerais ajouter un élément. »
  • « Je pense que… »
  • « Voici une autre perspective. »
  • « Je ne partage pas tout à fait cette analyse, pour la raison suivante… »

Le ton compte autant que les mots. Une intervention brève, reliée au sujet discuté et appuyée sur un fait ou une expérience professionnelle a plus de chances d’être entendue. Il ne s’agit pas de couper la parole sans considération, mais de ne pas s’excuser d’avoir une contribution pertinente.

Préparer son intervention avec une méthode en quatre temps

Avant de contredire un point de vue, la consultante recommande d’évaluer le contexte. Sa méthode consiste à examiner la situation, la tâche à accomplir, l’action envisagée et le résultat recherché.

Concrètement, une personne peut d’abord se demander si le moment est adapté. Si ce n’est pas le cas, elle peut choisir de solliciter un responsable ou un conseiller avant la réunion. Elle détermine ensuite l’action qu’elle souhaite mener et le résultat attendu de l’échange.

Cette préparation peut éviter une intervention précipitée, puis une excuse prononcée par crainte d’avoir mal formulé son idée. Elle permet aussi de distinguer un désaccord utile d’une réaction à chaud.

Après une erreur, parler de la réparation

Le cas d’une erreur demande une réponse différente. Une tâche mal exécutée ou une parole qui a blessé quelqu’un peut justifier une excuse sincère. Patrice Williams Lindo ne rejette pas cette possibilité. Elle considère simplement que « je suis désolé » ne représente pas toujours la réponse la plus solide à lui seul.

Une réponse professionnelle peut aussi préciser ce qui sera fait pour comprendre le problème et y remédier. Cette démarche montre que l’on a entendu le retour reçu et que l’on prend la situation au sérieux.

  • « Merci pour ce retour. »
  • « J’assume pleinement ma responsabilité. »
  • « Merci d’avoir attiré mon attention sur ce point. Comment puis-je m’améliorer ? »

Ces phrases ne doivent pas servir à éviter toute reconnaissance du tort causé. Elles peuvent accompagner des excuses lorsque celles-ci sont justifiées. Leur intérêt est de faire passer la conversation de la formule de regret à une action identifiable : vérifier les faits, corriger un document, ajuster une méthode de travail ou demander comment réparer une relation professionnelle abîmée.

Ce que cela signifie dans les entreprises françaises

En France aussi, la vie professionnelle repose sur des relations de travail où les échanges peuvent être formels, hiérarchisés ou rapides. Aucune règle générale n’impose de s’excuser avant de formuler une opinion en réunion. Un salarié peut exposer un avis, poser une question ou signaler une difficulté, dans le respect des personnes et du cadre fixé par l’employeur.

La distinction proposée par Patrice Williams Lindo peut être utile dans ce contexte : remercier face à un contretemps indépendant de sa volonté, exprimer directement une contribution légitime, puis reconnaître clairement une erreur lorsqu’elle existe. Dans une équipe, ce choix de vocabulaire peut rendre les échanges plus précis.

Une excuse crédible comporte souvent deux éléments : reconnaître ce qui s’est passé et annoncer ce que l’on va faire ensuite. Par exemple, lorsqu’une échéance n’a pas été tenue, nommer le retard sans chercher d’excuse vague, préciser l’état d’avancement et proposer une suite concrète peut aider les collègues à s’organiser.

Une formule à choisir selon le vrai problème

Le risque consiste à remplacer mécaniquement une habitude par une autre. Remercier pour la patience des autres ne convient pas si l’on a réellement ignoré une consigne ou blessé un collègue. Dans cette situation, une excuse claire garde toute sa place.

À l’inverse, un retard causé par une connexion instable, une demande de prise de parole ou l’expression d’un désaccord réfléchi ne réclament pas forcément de pardon. Dans ces moments, une phrase simple et assumée peut laisser davantage de place au fond du message.

Défiler vers le haut