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En 1977, un prince saoudien fait venir un iceberg de 2 tonnes vieux de 10 000 ans dans l’Iowa : son but était de régler la crise mondiale de l’eau

En 1977, un prince saoudien fait venir un iceberg de 2 tonnes vieux de 10 000 ans dans l'Iowa : son but était de régler la crise mondiale de l'eau

En 1977, au cœur des États-Unis, un prince saoudien orchestre une expérience spectaculaire avec un bloc de glace prélevé sur un glacier.

Cette scène digne d’un film de science-fiction a pourtant bien eu lieu. Comme le raconte le site technologique Wonderful Engineering, un prince saoudien a fait acheminer un iceberg de deux tonnes jusqu’à Ames, dans l’Iowa, pour défendre une idée audacieuse : utiliser les icebergs de l’Antarctique comme source d’eau douce pour les régions les plus arides de la planète.

Un iceberg arraché à un glacier pour une démonstration géante

Les faits se déroulent en 1977, à Ames, ville de l’Iowa située en plein centre des États-Unis, loin de tout océan. À l’initiative de ce projet hors norme : le prince Mohammed ben Fayçal, membre de la famille royale saoudienne. Confronté à la montée des besoins en eau de son pays, il veut convaincre la communauté scientifique mondiale qu’un iceberg peut devenir un gigantesque réservoir d’eau potable.

Pour frapper les esprits, il ne se contente pas de schémas ou de maquettes. Un véritable bloc de glace, estimé vieux d’environ 10 000 ans, est prélevé sur le glacier de Portage, à une cinquantaine de miles (environ 80 km) au sud d’Anchorage, en Alaska. Des plongeurs séparent ce morceau du glacier. Un hélicoptère le hisse ensuite jusqu’à l’aéroport international d’Anchorage.

Sur place, la glace est découpée en segments plus petits, mieux adaptés au transport, puis isolée avec soin pour limiter la fonte. Le convoi entame alors un long périple : d’abord vers Minneapolis, puis par camion réfrigéré sur plus de 250 miles (environ 400 km) jusqu’à l’université d’État de l’Iowa, à Ames. L’iceberg y est conservé gelé dans le Memorial Union de l’université, en attendant l’ouverture d’une conférence internationale inédite consacrée… à l’utilisation des icebergs.

En 1977, un bloc de glace glaciaire vieux de 10 000 ans venu d’Alaska est exposé au cœur de l’Iowa pour défendre une vision radicale de la gestion de l’eau.

Un prince saoudien obsédé par la pénurie d’eau

Le contexte est celui du boom pétrolier des années 1970. En Arabie saoudite, la population augmente rapidement, l’urbanisation progresse et les besoins en eau explosent. Le pays repose massivement sur le dessalement de l’eau de mer, une technologie énergivore qui consomme une part importante des revenus tirés du pétrole.

Prince Mohammed ben Fayçal prend la mesure du problème. Il dirige alors la Saline Water Conversion Corporation, l’organisme public saoudien en charge du dessalement. Selon Wonderful Engineering, il va jusqu’à démissionner de ce poste pour se consacrer entièrement à la recherche de nouvelles solutions face aux pénuries à venir.

Son idée : aller chercher l’eau là où elle est stockée en quantités colossales, dans les glaces polaires. Il fonde pour cela une structure dédiée, Iceberg Transport International, avec une ambition claire : étudier la possibilité de remorquer des icebergs géants depuis l’Antarctique jusqu’à la péninsule Arabique.

Une conférence mondiale, des scientifiques venus de 18 pays

Pour donner du crédit à ce projet, le prince s’appuie sur le milieu académique. Il s’associe à deux professeurs de l’université d’État de l’Iowa : Abdo Husseiny, ingénieur nucléaire d’origine égyptienne spécialiste du dessalement, et le professeur Zara Sabri. Ensemble, ils organisent la toute première Conférence internationale sur l’utilisation des icebergs.

L’événement reçoit un soutien officiel : une subvention de 25 000 dollars de la National Science Foundation, l’agence publique américaine de financement de la recherche scientifique. Le prince Mohammed apporte lui-même 50 000 dollars supplémentaires sur ses fonds propres, signe de son engagement personnel.

Près de 200 scientifiques issus de 18 pays se réunissent ainsi sur le campus d’Ames. Objectif : examiner froidement – au sens propre comme au figuré – si des icebergs de l’Antarctique peuvent être remorqués sur des milliers de kilomètres, puis exploités comme immense réserve d’eau potable pour des régions comme le Golfe, l’Afrique du Nord ou certaines zones d’Asie.

  • Évaluer les coûts de remorquage et de protection des icebergs en mer.
  • Analyser les risques de fonte durant le trajet.
  • Étudier l’impact environnemental sur les océans et les zones d’arrivée.
  • Comparer cette solution au dessalement en termes d’énergie et de finances.

À l’entrée de cette conférence très sérieuse, les participants peuvent toucher du doigt – ou du moins voir de près – le bloc de glace millénaire acheminé d’Alaska. Une démonstration spectaculaire destinée à montrer que transporter de la glace sur de longues distances n’est pas qu’un fantasme.

La Conférence internationale sur l’utilisation des icebergs réunit près de 200 scientifiques dans l’Iowa, financée par la National Science Foundation et par le prince saoudien lui-même.

Une idée visionnaire… mais irréaliste dans les années 1970

Malgré l’enthousiasme de certains chercheurs, le projet reste au stade des études préliminaires. Comme le rappelle Wonderful Engineering, remorquer des icebergs de l’Antarctique jusqu’au Moyen-Orient se heurte à une série d’obstacles gigantesques.

Les coûts logistiques exploseraient : il faudrait des navires puissants, du carburant en quantités massives, des structures pour entourer et isoler les icebergs et réduire leur fonte en mer. À cela s’ajoutent les défis de navigation et les risques de casse des blocs de glace en plein océan.

Sur le plan technique, les calculs montrent que la perte de volume d’un iceberg durant le trajet pourrait être considérable, rendant l’opération peu rentable. La protection des écosystèmes marins et côtiers soulève aussi des interrogations, encore peu documentées à l’époque.

Face à ces contraintes, le projet de prince Mohammed ne dépasse pas le stade du laboratoire d’idées. Il n’y aura ni remorqueurs spécialisés ni convois d’icebergs en file indienne vers la mer Rouge. L’expérience reste un épisode marquant de l’histoire de l’ingénierie de l’eau, mais sans suite concrète.

Un sujet toujours étudié, des décennies plus tard

Malgré cet échec pratique, le concept ne disparaît pas totalement. Wonderful Engineering rappelle que des chercheurs de plusieurs pays, dont les Émirats arabes unis, continuent de s’y intéresser. L’idée réapparaît régulièrement, notamment dans des États riches en pétrole mais pauvres en ressources hydriques.

L’argument mis en avant : sous l’effet du changement climatique, les glaces polaires reculent, et d’immenses blocs de glace se détachent naturellement des calottes. Certains scientifiques défendent donc l’idée qu’en détourner une partie pour en faire de l’eau potable pourrait avoir un certain sens, à condition d’en maîtriser l’impact et le coût.

Près d’un demi-siècle après l’arrivée de cet iceberg en plein Iowa, cette tentative reste l’un des exemples les plus spectaculaires des solutions envisagées pour sécuriser l’accès à l’eau douce à l’échelle mondiale.

Le remorquage d’icebergs n’a jamais vu le jour à grande échelle, mais le sujet revient régulièrement dans les réflexions sur la gestion mondiale de l’eau.

Pourquoi un iceberg de 10 000 ans intéresse autant les ingénieurs de l’eau

Sur le plan scientifique, un bloc de glace glaciaire de 10 000 ans constitue une ressource d’eau douce quasiment pure. Formée par l’accumulation de couches de neige comprimée, cette glace contient très peu de sels et d’impuretés. Fondue, elle fournit une eau directement potable avec un traitement limité par rapport à l’eau de mer.

Pour un ingénieur, l’iceberg est donc l’équivalent d’un immense réservoir naturel, déjà « stocké » et concentré. La question posée en 1977 était simple : vaut-il mieux transporter cette ressource sous forme solide sur de longues distances, ou continuer à investir dans des installations de dessalement sur place ?

Les débats lors de la conférence d’Ames ont mis en évidence une grille de comparaison structurée entre ces approches :

Option Avantages potentiels Contraintes majeures
Icebergs remorqués Eau douce très pure, ressource déjà formée, image forte pour l’opinion Logistique extrême, pertes par fonte, risques environnementaux et maritimes
Dessalement de l’eau de mer Technologie maîtrisée, production proche des zones de consommation Coût énergétique élevé, rejets de saumure, dépendance à l’énergie fossile dans les années 1970

Les études menées à l’époque ont globalement tranché en faveur du dessalement, malgré ses défauts. Mais elles ont aussi contribué à mieux cerner les futurs défis de la gestion de l’eau, alors que la demande mondiale ne cesse de croître.

Ce que cette expérience dit de la gestion de l’eau en France

Pour un lecteur en France, cette histoire peut paraître très éloignée de la réalité quotidienne. Le pays dispose d’importantes ressources en eau douce : réseaux de rivières, nappes phréatiques, barrages, ainsi qu’une pluviométrie plus régulière que dans les régions désertiques.

La France ne s’est jamais sérieusement intéressée au remorquage d’icebergs. La gestion de l’eau repose plutôt sur plusieurs piliers : les agences de l’eau, qui planifient et financent la protection des ressources ; les collectivités, responsables des réseaux d’eau potable et d’assainissement ; et des opérateurs publics ou privés qui exploitent ces réseaux.

Des projets innovants existent, mais dans d’autres directions : réutilisation des eaux usées traitées pour certains usages, réduction des fuites sur les réseaux, stockage hivernal de l’eau pour les périodes de sécheresse, adaptation de l’agriculture. Pour les zones littorales, le dessalement peut être envisagé ponctuellement, par exemple pour sécuriser l’alimentation de certaines îles, mais cette solution reste marginale.

L’expérience menée par le prince saoudien dans l’Iowa rappelle toutefois une problématique commune : la tension croissante sur les ressources en eau face au changement climatique. En France, les épisodes de sécheresse, les restrictions d’usage et les conflits autour de l’irrigation montrent que la question n’appartient plus seulement aux déserts du Moyen-Orient.

Un épisode marquant d’une longue quête d’eau douce

La tentative de 1977 dans l’Iowa illustre la manière dont certains États ont cherché très tôt des réponses radicales à la pénurie d’eau. Transporter un iceberg de deux tonnes, vieux de plusieurs millénaires, depuis un glacier d’Alaska jusqu’au centre des États-Unis pour une démonstration scientifique tient autant du symbole que de la recherche appliquée.

Ce symbole n’a pas débouché sur une révolution technologique, mais il a ancré une idée : garantir l’accès à l’eau douce exigera des choix lourds, des investissements considérables et, parfois, des pistes jugées extravagantes. Les débats actuels sur les méga-bassines, les usines de dessalement ou la réutilisation massive des eaux usées rejouent, sous une autre forme, les questions posées à Ames en 1977 autour de cet iceberg venu du bout du monde.

Questions fréquentes

D'où provenait l'iceberg utilisé pour cette démonstration ?

L'iceberg a été prélevé sur le glacier de Portage en Alaska, à environ 80 kilomètres au sud d'Anchorage. Des plongeurs ont séparé le bloc de glace du glacier, puis un hélicoptère l'a transporté à l'aéroport international d'Anchorage.

Pourquoi le prince saoudien était-il obsédé par la solution de l'iceberg ?

À la fin des années 1970, l'Arabie saoudite connaissait une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée qui explosaient les besoins en eau. Le pays reposait massivement sur le dessalement de l'eau de mer, une technologie coûteuse en énergie et très dépendante des revenus pétroliers, ce qui a poussé le prince à chercher des alternatives.

Combien de scientifiques ont participé à la conférence internationale ?

Près de 200 scientifiques issus de 18 pays se sont réunis sur le campus d'Ames pour examiner la faisabilité du projet de transport d'icebergs. La conférence a bénéficié d'une subvention de 25 000 dollars de la National Science Foundation et de 50 000 dollars supplémentaires apportés personnellement par le prince.

Pourquoi le projet n'a-t-il jamais vu le jour ?

Le projet s'est heurté à des obstacles insurmontables: coûts logistiques explosifs liés aux navires et au carburant, pertes de volume considérables durant le trajet en mer, risques de casse des blocs de glace et préoccupations relatives à l'impact environnemental sur les écosystèmes marins et côtiers.

Y a-t-il d'autres pays ou scientifiques qui s'intéressent encore à cette idée ?

Oui, des chercheurs de plusieurs pays, dont les Émirats arabes unis, continuent d'étudier le concept décennies plus tard. L'argument mis en avant est que le changement climatique libère naturellement d'immenses blocs de glace des calottes polaires, rendant l'idée potentiellement plus viable si l'impact et les coûts peuvent être maîtrisés.
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