Face à la guerre en Iran et à la flambée du pétrole, les automobilistes britanniques redoutent une nouvelle envolée du diesel.
Au Royaume-Uni, le prix du diesel flirte déjà avec des sommets historiques, et une menace inquiète particulièrement les conducteurs : un projet de blocage temporaire des exportations américaines de carburant évoqué par le président des États-Unis Donald Trump, rapporte la chaîne d’information britannique GB News. Les spécialistes craignent un choc brutal sur les stations-service britanniques, où certains tarifs dépassent déjà 2 livres le litre.
Un diesel au bord d’un nouveau record historique au Royaume-Uni
Selon les données de RAC Fuel Watch citées par GB News, les automobilistes britanniques payent en moyenne 197,31 pence (1,9731 £) le litre de diesel. L’essence, elle, s’affiche à 173,08 pence le litre.
Le diesel n’est plus qu’à moins de 2 pence de son record absolu au Royaume-Uni, enregistré à 199,09 pence le litre en juin 2022, juste après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans de nombreuses stations, ce seuil symbolique est déjà franchi.
- Prix moyen du diesel : 197,31 pence le litre
- Ancien record : 199,09 pence le litre (juin 2022)
- Prix moyen de l’essence : 173,08 pence le litre
- Pic de l’essence après l’invasion russe : 191,54 pence (juillet 2022)
Sur certaines aires d’autoroute britanniques, le diesel dépasse déjà 2,20 £ le litre, selon GB News. Pour un automobiliste, la différence est très concrète à la pompe.
Un plein type de 55 litres pour une voiture familiale coûte maintenant en moyenne 108,52 £. C’est 30 £ de plus qu’au début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, période retenue comme point de comparaison par les données de RAC Fuel Watch.
Un plein de 55 litres de diesel coûte aujourd’hui environ 108,52 £ au Royaume-Uni, soit 30 £ de plus qu’au début de la guerre en Iran.
Le projet d’interdiction américaine qui affole les marchés
Au cœur des craintes, une mesure discutée à Washington : une interdiction temporaire des exportations américaines de diesel. Selon GB News, la Maison-Blanche prépare un blocage de 90 jours des exportations de ce carburant, dans l’objectif de protéger les consommateurs américains face à la hausse des prix liée à la guerre en Iran.
Ce serait la première restriction d’exportation d’énergie décidée par les États-Unis depuis l’administration Obama. Rien n’a encore été officiellement confirmé, mais le simple fait que l’hypothèse circule a déjà déstabilisé les marchés :
- En Europe, les prix du diesel ont grimpé en réaction à ces rumeurs.
- Aux États-Unis, les coûts ont au contraire reculé, les marchés anticipant une offre plus abondante pour le marché intérieur américain.
Pour le Royaume-Uni, qui dépend largement des importations pour s’approvisionner en carburant raffiné, un tel blocage américain pèserait lourd. Le marché européen serait privé, au moins partiellement, d’un fournisseur majeur, dans un contexte déjà tendu par la guerre en Iran et les conséquences toujours présentes de la guerre en Ukraine.
Un blocage américain de 90 jours sur les exportations de diesel réduirait l’offre disponible pour l’Europe, où les prix sont déjà proches des records de 2022.
« Combien au-dessus de 2 £ le litre ? » : l’alerte des spécialistes
Simon Williams, responsable de la politique carburant au sein du RAC, un important organisme de services automobiles au Royaume-Uni, alerte sur l’augmentation continue des prix du diesel. Il décrit une dynamique inquiétante pour les automobilistes.
Il souligne que la vraie question pour les conducteurs britanniques n’est plus tant de savoir si le précédent record sera dépassé, mais jusqu’où la hausse pourrait aller. D’après ses propos rapportés par GB News, la crainte porte désormais sur le niveau que pourrait atteindre un litre de diesel au-delà de 2 £, dans un contexte de tensions sur l’offre mondiale.
Selon lui, seule une chute nette et durable des prix du pétrole brut freinerait cette spirale. Or, avec un marché sous pression depuis le début de la guerre en Iran, ce scénario paraît, à ce stade, peu probable.
Vers un diesel à 2,50 £ ou 3 £ le litre ? Le scénario noir
Un autre signal d’alerte vient du secteur de la recherche financière. Le quotidien britannique The Telegraph, cité par GB News, relaie les propos d’Ashley Kelty, analyste chez Panmure Liberum.
Il estime que si les exportations américaines de diesel étaient effectivement suspendues, les stocks britanniques ne permettraient de tenir que quelques semaines. Passé ce délai, le marché se retrouverait sous une pression extrême.
Selon l’analyste Ashley Kelty, le prix du diesel au Royaume-Uni pourrait grimper « au-delà de 2,50 £, voire 3 £ » le litre si les stocks se tendent.
Cette projection donne la mesure du choc potentiel pour les ménages comme pour les entreprises. Le diesel reste essentiel pour :
- le transport routier de marchandises ;
- une grande partie des véhicules utilitaires ;
- les déplacements quotidiens des automobilistes roulant encore au diesel.
Un litre à 2,50 £ ou 3 £ se traduirait par des surcoûts considérables pour les professionnels du transport et, par ricochet, pour les prix de nombreux biens de consommation.
Essence : une hausse forte, mais encore sous les records de 2022
Du côté de l’essence, la tendance est aussi à la hausse, même si le niveau reste inférieur aux sommets de 2022. GB News indique que le prix moyen atteint 173,08 pence le litre, un nouveau « pic de guerre en Iran », soit environ 40 pence de plus par litre qu’au début de ce conflit.
Le précédent record, à 191,54 pence le litre, avait été enregistré début juillet 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les automobilistes britanniques n’ont donc pas retrouvé ce niveau extrême, mais l’addition reste lourde :
Un plein d’essence pour une voiture familiale coûte désormais environ 95 £ au Royaume-Uni, soit 22 £ de plus qu’en février.
Essence et diesel reflètent tous deux la même réalité : une insécurité énergétique mondiale accrue, où chaque crise géopolitique se répercute rapidement sur le portefeuille des conducteurs.
Réaction du gouvernement britannique : un message rassurant
Face aux inquiétudes, un porte-parole du gouvernement britannique se veut rassurant. Cité par GB News, il affirme que les stations-service sont approvisionnées « normalement » en essence et en diesel, et met en avant un système d’approvisionnement « diversifié et résilient » au Royaume-Uni.
Cet argument vise à calmer les craintes d’une pénurie brutale à court terme. Les autorités insistent sur la capacité du pays à varier ses sources d’importation, même en cas de décision unilatérale des États-Unis sur leurs exportations.
Reste que les avertissements des analystes sur le niveau des prix, eux, ne portent pas sur des ruptures de stocks immédiates, mais sur le renchérissement du carburant à mesure que le marché mondial se tend.
Quelle situation en France pour les prix du carburant ?
Pour un lecteur français, cette crise illustrée au Royaume-Uni rappelle la forte dépendance de l’Europe aux marchés internationaux de l’énergie. En France, les prix à la pompe suivent eux aussi l’évolution du pétrole brut et du marché international des produits raffinés.
Les stations-service françaises sont approvisionnées par un mélange de raffinage national et d’importations. Lorsque le prix du baril augmente ou que l’offre mondiale se contracte, les distributeurs répercutent ce mouvement sur les tarifs, aussi bien pour le gazole que pour le sans-plomb.
La France dispose de plusieurs mécanismes pour atténuer les chocs les plus violents, parmi lesquels :
- la possibilité ponctuelle de remettre en place des remises à la pompe décidées par l’État ou les distributeurs, comme cela a été le cas en 2022 ;
- la fiscalité énergétique, qui peut être ajustée par le gouvernement, même si ces décisions restent politiquement sensibles ;
- un dialogue régulier entre les pouvoirs publics, les raffineurs et les enseignes de distribution pour surveiller les marges et les pratiques tarifaires.
Les automobilistes français, surtout ceux qui roulent au gazole, demeurent exposés aux variations internationales. Mais ils dépendent moins directement de décisions américaines unilatérales, la France s’approvisionnant auprès de plusieurs régions productrices et disposant de capacités de stockage stratégiques encadrées au niveau national et européen.
Pourquoi le diesel réagit plus violemment que l’essence
Le diesel est au cœur de ces tensions car il reste la colonne vertébrale de nombreux secteurs économiques. Le moindre déséquilibre entre l’offre et la demande fait rapidement grimper son prix.
Techniquement, le diesel est issu du raffinage du pétrole brut, tout comme l’essence, mais les raffineries doivent arbitrer leurs productions. Lorsque la demande de diesel explose en Europe, les importations deviennent cruciales, notamment depuis les États-Unis ou d’autres régions exportatrices.
Depuis la guerre en Ukraine, l’Europe a largement réduit sa dépendance au diesel russe. Les flux se sont réorientés, souvent à un coût supérieur, vers d’autres fournisseurs. La guerre en Iran et la perspective d’une restriction américaine sur les exportations accentuent cette fragilité. Un litre plus cher en station ne traduit pas seulement le prix du pétrole, mais aussi les tensions logistiques et la concurrence entre acheteurs sur le marché mondial.
Quelles marges de manœuvre pour les conducteurs ?
Qu’il s’agisse du Royaume-Uni ou de la France, les automobilistes disposent de leviers limités face à ces mouvements internationaux. Certains comportements peuvent néanmoins atténuer l’impact individuel :
- adapter la vitesse sur autoroute, un facteur clé de consommation pour les véhicules diesel ;
- limiter les trajets à vide pour les professionnels, en optimisant les tournées ;
- entretenir régulièrement le véhicule (pression des pneus, vidange, filtres) pour éviter une surconsommation ;
- dans la durée, envisager des motorisations alternatives lorsque cela est possible (hybride, électrique, essence moins gourmand).
Pour les États, la crise décrite par GB News au Royaume-Uni rappelle la vulnérabilité structurelle aux chocs géopolitiques. Elle alimente les débats sur la transition énergétique, les politiques de sobriété et la diversification des sources d’approvisionnement, autant de sujets qui concernent directement les automobilistes français, même lorsque la flambée la plus spectaculaire se produit de l’autre côté de la Manche.









