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Les motards de plus de 60 ans ne le faisaient jamais, les jeunes en sont obsédés : pourquoi et quand poser le genou au sol

Motard en combinaison de cuir posant le genou au sol dans un virage à grande vitesse, frôlant l'asphalte avec le slider de protection visible sur le genou.

Sur les circuits d’Espagne comme ailleurs, poser le genou au sol fascine les jeunes motards alors que les anciens n’y pensaient même pas.

Ce geste devenu emblématique, popularisé en MotoGP et en Superbikes, intrigue autant qu’il attire. Comment une technique inconnue des pilotes des années 60 est-elle devenue un passage obligé pour des milliers de motards, y compris en France ? Le site spécialisé espagnol Motorpasión Moto revient sur cette révolution de pilotage qui a tout changé, des trajectoires aux combinaisons en cuir.

Quand les pilotes ne bougeaient presque pas sur la moto

Pendant une grande partie du XXe siècle, la scène était toujours la même : le pilote assis bien droit, le buste dans l’axe, les genoux collés au réservoir. La moto penchait, lui presque pas. Les légendes de l’époque, comme l’Italien Giacomo Agostini, gagnaient ainsi des Grands Prix et des titres mondiaux, rappelle Motorpasión Moto.

Les motos étaient très différentes des machines actuelles : pneus étroits, suspensions rudimentaires, cadres peu rigides. Dans ce contexte, la manière de piloter restait assez « statique ». Pour passer vite en courbe, on inclinait énormément la moto, sans vraiment déplacer le corps vers l’intérieur comme le font aujourd’hui Marc Márquez ou Jorge Martín lorsqu’ils frottent coude et genou sur l’asphalte.

La position restait globalement figée, avec un appui important sur les jambes serrées contre le réservoir. Personne n’imaginait encore tendre la jambe vers l’intérieur du virage jusqu’à toucher la piste.

Jarno Saarinen, le premier à sortir le genou

La bascule se produit au début des années 70. Un Finlandais, Jarno Saarinen, change radicalement la posture traditionnelle. Il commence à déplacer franchement son corps vers l’intérieur du virage et à sortir le genou, utilisé comme repère.

Jarno Saarinen est l’un des premiers pilotes de Grand Prix à utiliser le genou comme référence, en déhanchant son corps pour réduire l’angle de la moto.

Son style surprend les observateurs : visuellement, il paraît spectaculaire, presque exagéré pour l’époque. Pourtant, les chronos lui donnent raison. En sortant le buste et le bas du corps, Saarinen parvient à garder une bonne vitesse tout en limitant l’inclinaison pure de la moto.

L’idée est simple : si le pilote se rapproche du sol, le centre de gravité global (moto + pilote) se déplace vers l’intérieur de la courbe. Pour une même vitesse, la moto n’a plus besoin de se coucher aussi bas. Le pneu conserve alors une zone de contact plus large avec l’asphalte, ce qui favorise l’adhérence.

Kenny Roberts transforme le geste en nouvelle norme

Parmi ceux que le style Saarinen va marquer, un jeune Américain issu du dirt track : Kenny Roberts. Lui aussi se bat encore pour trouver sa place en Grand Prix. Il observe la technique du Finlandais, la comprend, puis la pousse à l’extrême.

Roberts saisit rapidement que ce déplacement du corps influe profondément sur le comportement de la moto : moins d’angle pour une même vitesse, plus de grip, plus de stabilité, meilleure capacité à accélérer tôt en sortie de virage.

En affinant le déhanchement et l’usage du genou comme repère, Kenny Roberts finit par dominer le championnat 500 cm3, entraînant tout le plateau dans son sillage.

À partir du moment où Roberts commence à gagner régulièrement au plus haut niveau avec cette technique, l’effet imitation joue à plein. Les autres pilotes adoptent progressivement cette posture déhanchée, sortent la jambe, frottent le genou. Ce qui semblait au départ une extravagance devient en quelques années le nouveau standard du pilotage sportif.

Une génération plus tard, poser le genou fait partie du paysage : en MotoGP, en Superbike, mais aussi lors des journées de roulage amateurs sur circuit. Une technique inconnue des pilotes d’il y a 60 ans est devenue le symbole même de la vitesse en virage.

À quoi sert vraiment de poser le genou au sol ?

Pour beaucoup de jeunes motards, toucher le genou représente un rite d’initiation, presque un trophée personnel. Pourtant, comme le rappelle Motorpasión Moto, l’intérêt principal n’est pas esthétique. Il repose sur une mécanique très concrète.

  • le pilote se déplace vers l’intérieur de la courbe ;
  • le centre de gravité global se déplace lui aussi vers l’intérieur ;
  • pour une vitesse donnée, la moto peut rester un peu plus verticale ;
  • le pneu garde plus de surface de contact au sol ;
  • l’adhérence s’améliore, tout comme la stabilité.

À ce stade, le genou devient un outil : il touche l’asphalte et fournit au pilote une indication immédiate de l’inclinaison réelle de la moto. C’est une sorte de « capteur » intégré au corps.

Sur circuit, le contact du genou avec le sol est d’abord la conséquence d’une bonne vitesse et d’une bonne position, pas un objectif recherché coûte que coûte.

Le pilote sent avec précision où il en est par rapport à la limite d’angle et peut ajuster sa position ou sa vitesse sans quitter la piste des yeux. Cette référence physique directe est plus fiable qu’un simple ressenti visuel.

Des cuirs détruits… avant l’arrivée des premières sliders

Les premiers pilotes à toucher le genou au sol se heurtent toutefois à un problème très concret : leur équipement n’est pas prévu pour ça. Les combinaisons en cuir se déchirent rapidement à l’endroit où le genou frotte l’asphalte, faute de protection dédiée.

Les solutions bricolées se multiplient alors dans les paddocks : morceaux de plastique, couches supplémentaires de cuir, ruban adhésif type « cinta americana » fixés tant bien que mal sur les genoux. Rien de très durable, ni très confortable.

C’est là qu’intervient la marque italienne Dainese. Au début des années 80, elle met au point les premiers « knee sliders », ces pièces interchangeables fixées sur l’extérieur du genou, capables de glisser sur le bitume sans détruire la combinaison.

Les sliders de genou, apparus au début des années 80, transforment une technique émergente en pratique quotidienne, aussi bien pour les pros que pour les amateurs.

Ces éléments deviennent rapidement indispensables. En compétition, ils permettent d’enchaîner les tours sans ruiner le matériel. En roulage loisir, ils apportent un minimum de sécurité et évitent des réparations coûteuses.

Période Position du pilote Équipement spécifique
Avant années 70 Corps dans l’axe, genoux serrés Aucun système pour frotter le genou
Années 70 Apparition du déhanchement, genou sorti Brico maison sur les cuirs
Début années 80 Généralisation du toucher genou en compétition Naissance des sliders Dainese
Aujourd’hui Technique standard sur circuit Sliders interchangeables, multiples formes et matériaux

Pourquoi les jeunes en sont obsédés, et pas les anciens

Pour beaucoup de motards de plus de 60 ans, avoir le genou au sol n’a simplement jamais fait partie de l’apprentissage. Ils ont appris avec des machines plus simples, des pneus moins performants, une position plus classique, sur route ouverte bien souvent. L’objectif était d’arriver, pas de frotter.

À l’inverse, toute une génération a grandi avec les images de MotoGP : caméras embarquées, ralentis de pilotes qui touchent le coude, parfois même l’épaule, sur des circuits parfaitement sécurisés. Poser le genou est devenu un symbole de maîtrise, presque un marqueur de niveau.

Pour les jeunes motards, toucher le genou est un signe de progression ; pour nombre d’anciens, c’est un geste spectaculaire mais non indispensable.

Cette différence de culture se retrouve en roulage sur piste : les nouveaux venus cherchent parfois à « faire la photo » avant même d’avoir acquis les bases de trajectoire, de freinage et de regard. Or, les pilotes cités par Motorpasión Moto insistent sur un point : le genou qui frotte doit être la conséquence naturelle d’une bonne technique, pas une fin en soi.

Poser le genou : quelles réalités pour les motards en France ?

En France, la logique est la même qu’en Espagne : toucher le genou n’a de sens que dans un environnement contrôlé, en priorité sur circuit. Les écoles de pilotage et les journées de roulage encadrées restent le cadre adapté pour apprendre la position de déhanchement, sous la supervision d’instructeurs.

Le Code de la route français n’interdit pas littéralement le fait d’avancer le genou, mais l’usage sportif de la moto appartient à la piste, pas à la route. Les forces de l’ordre, police ou gendarmerie, peuvent considérer une position trop extrême sur route ouverte comme un comportement dangereux ou inadapté aux conditions de circulation.

Les instructeurs français rappellent en général quelques principes simples :

  • apprendre d’abord les trajectoires, le regard, le freinage, puis seulement la position avancée du corps ;
  • réserver le toucher genou aux séances sur circuit avec équipement complet ;
  • utiliser le genou comme repère, pas comme objectif prioritaire ;
  • ne jamais chercher à frotter artificiellement en route ouverte, où les aléas sont nombreux (gravier, gasoil, trafic).

Les sliders de genou se trouvent facilement dans les enseignes spécialisées françaises. Leur rôle reste identique à celui évoqué par Motorpasión Moto : protéger la combinaison, offrir un point de contact glissant, et permettre au pilote de se concentrer sur ses repères sans craindre d’arracher son équipement.

Bien comprendre ce que signifie « toucher le genou »

Pour un motard français tenté par la piste, bien saisir le sens de ce geste évite beaucoup de malentendus. Poser le genou indique que la vitesse, la trajectoire et la position du corps se trouvent dans une zone cohérente pour un virage donné. Cela ne veut pas dire que l’on roule comme un pilote de Grand Prix, ni que l’on exploite tout le potentiel de la moto.

Un exemple fréquent : deux motards sur le même circuit, avec la même moto. L’un touche le genou à un rythme moyen, l’autre non, mais tourne plus vite. Le second compense parfois par une meilleure trajectoire, un freinage plus tardif ou une accélération plus franche, sans avoir besoin d’ouvrir autant la jambe.

Autre point à garder en tête : à haut niveau, les pilotes posent désormais aussi le coude, voire plus. Cela ne signifie pas que ce soit un objectif pour un amateur. Ces gestes reflètent l’extrême performance des motos modernes et des pneus slicks de compétition, alliée à un talent et un entraînement intensifs.

Enfin, le toucher genou a un revers : si le pilote prend l’habitude de forcer pour atteindre le sol, il peut se retrouver à mal répartir son poids, à rentrer trop vite ou à ignorer des paramètres essentiels comme l’état de la piste. Dans un virage avec un raccord de bitume glissant ou quelques graviers, cela peut vite se payer cher.

À l’inverse, utilisé intelligemment, ce « capteur » naturel aide réellement à progresser sur circuit. Il incarne surtout une révolution de pilotage amorcée il y a plus de 50 ans par quelques pilotes audacieux, et devenue aujourd’hui un geste presque banal pour toute une nouvelle génération de motards passionnés.

Questions fréquentes

Pourquoi les anciens motards ne posaient-ils jamais le genou au sol ?

Les motards de plus de 60 ans ont appris avec des machines plus simples, des pneus moins performants et une approche différente du pilotage. Cette technique ne faisait pas partie de leur apprentissage, et l'objectif était d'arriver à destination plutôt que de repousser les limites sur circuit.

Qui a inventé la technique de poser le genou au sol ?

Jarno Saarinen, un pilote finlandais, a été l'un des premiers au début des années 70 à sortir le genou en déhanchant son corps pour réduire l'angle d'inclinaison. Kenny Roberts, un Américain venant du dirt track, a ensuite perfectionné et généralisé cette technique au plus haut niveau de la compétition.

À quoi sert réellement de poser le genou au sol en virage ?

Le genou sert d'outil et de capteur au pilote : il fournit une indication immédiate de l'inclinaison réelle de la moto et permet d'ajuster précisément la position ou la vitesse. Physiquement, déplacer le centre de gravité vers l'intérieur permet à la moto de rester plus verticale pour une même vitesse, améliorant ainsi l'adhérence et la stabilité du pneu.

Quel problème ont rencontré les premiers pilotes à toucher le genou ?

Leurs combinaisons en cuir se déchiraient rapidement à l'endroit où le genou frottait l'asphalte. Des solutions bricolées ont d'abord été essayées avant que Dainese ne crée les premiers knee sliders au début des années 80, des pièces interchangeables capables de glisser sans abîmer l'équipement.

Est-ce que poser le genou au sol est un objectif obligatoire pour les jeunes motards ?

Bien que toucher le genou représente un rite d'initiation pour beaucoup de jeunes motards, l'article précise que sur circuit, c'est d'abord la conséquence d'une bonne vitesse et d'une bonne position, pas un objectif recherché à tout prix.
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