Au cœur du Territoire du Nord en Australie, le Larapinta Trail déroule 223 kilomètres de désert brûlant, de crêtes acérées et de gorges secrètes.
Dans un reportage publié par un média spécialisé anglo-saxon, une journaliste raconte son trek sur le Larapinta Trail, au centre de l’Australie, aux côtés de guides aborigènes aranda. Son récit détaille un itinéraire extrême, où la chaleur, le manque d’eau et la rudesse du terrain cohabitent avec des points d’eau miraculeux et un patrimoine culturel vieux de dizaines de milliers d’années.
Un trek intégral de 223 kilomètres au cœur du « Red Center »
Le Larapinta Trail suit la chaîne des Tjoritja/West MacDonnell Ranges, entre la station télégraphique d’Alice Springs et le mont Sonder, quatrième sommet du Territoire du Nord avec environ 1 380 mètres d’altitude. L’itinéraire officiel s’étend sur 139 miles, soit environ 221 à 223 kilomètres, que les marcheurs les plus aguerris bouclent en deux semaines environ.
La journaliste partie sur place a choisi une autre approche : cinq jours de marche, environ 60 miles (près de 100 kilomètres), découpés en randonnées à la journée sur différentes sections du sentier, organisées via l’agence Intrepid Travel. Ce format lui a permis d’échantillonner la majorité des types de paysages sans porter un sac lourd pendant quinze jours.
Le Larapinta alterne crêtes rocheuses, vallées rouge vif, lits de rivières asséchées, trous d’eau profonds et gorges étroites, dans un désert bien plus exigeant qu’il n’y paraît.
Très loin des images de plages australiennes, le « Red Center » se révèle ici sous un autre visage : serpents venimeux, araignées impressionnantes, pierriers instables et longues portions sans ombre composent le quotidien des randonneurs.
Aurore sur le mont Sonder et rencontres avec la faune
L’un des moments forts décrits par la journaliste survient avant l’aube. Lampe frontale sur la tête, elle remonte un étroit sentier bordé de spinifex, ces touffes d’herbes coupantes typiques du désert australien, alors que la silhouette sombre des Tjoritja/West MacDonnell Ranges se détache à l’horizon. Son objectif : atteindre le sommet du mont Sonder au lever du soleil, avant que la chaleur ne transforme littéralement le paysage en four.
Les heures précédant cette ascension donnent le ton : la veille, une vipère brune de l’Est, parmi les serpents les plus dangereux d’Australie, a traversé le sentier devant elle. Le soir, une araignée huntsman, grande mais généralement peu agressive, longe sa tente. Autant de rappels que ce désert reste un milieu sauvage et exigeant, bien différent des zones urbaines côtières du pays.
Un sentier structuré en 12 sections de difficulté variable
Officiellement, le Larapinta Trail se découpe en 12 tronçons, longs de 10 à près de 30 kilomètres. Tous n’imposent pas le même effort, et certains se révèlent nettement plus éprouvants.
- La plupart des sections : difficulté modérée, mais terrain caillouteux et relief continu.
- Sections 4 et 5 : les plus rudes, avec pentes raides et crêtes très exposées.
- Section 9 : l’une des plus engagées, presque 3 000 pieds (près de 900 mètres) de dénivelé positif et une longue portion sans eau.
Jason Wass, guide principal de l’expédition de la journaliste, prévient d’ailleurs les candidats à la traversée : beaucoup sous-estiment cette randonnée.
« Ce n’est pas parce que c’est un désert que le sentier est facile. Entre les rochers, le terrain très irrégulier et les montées brutales, c’est un vrai défi », avertit Jason Wass.
Chaque section démarre et se termine par une réserve d’eau au niveau des accès routiers, ce qui structure naturellement la progression. La section 9 impose néanmoins près de 19 miles (environ 30 kilomètres) sans ravitaillement en eau fiable entre Serpentine Chalet Dam et Ormiston Gorge, obligeant les marcheurs à calculer précisément leurs besoins. Les rivières et trous d’eau naturels existent, mais leur niveau dépend entièrement des pluies et reste jugé trop aléatoire pour compter uniquement dessus.
Des passages emblématiques entre crêtes, gorges et gués
Des débuts trompeusement faciles près d’Alice Springs
Les sections 1 et 2, entre la station télégraphique d’Alice Springs, Simpsons Gap et Jay Creek, offrent un faux sentiment de facilité. Le départ se fait sur terrain presque plat avant que le sentier ne grimpe sur des crêtes panoramiques. Du haut d’Euro Ridge, la vue s’ouvre sur la ville et les chaînes environnantes. Une réserve d’eau supplémentaire est disponible à Mulga Camp, à environ 4 miles (6,5 kilomètres) de Simpsons Gap.
Standley Chasm, site sacré et montée brutale
Entre Jay Creek, Standley Chasm et Birthday Waterhole (sections 3 et 4), le Larapinta prend une autre dimension. Standley Chasm, appelé Angkerle Atwatye par le peuple aranda, constitue un site sacré féminin, géré et exploité par la communauté locale. La gorge étroite, encadrée de parois rouges, permet d’aborder la dimension culturelle du sentier autant que sa faune et sa flore.
Au-delà du chasm, la progression devient très physique, avec environ 700 mètres de dénivelé répartis le long de quelques-unes des arêtes de quartzite les plus raides de la chaîne.
Razorback Ridge et la traversée aquatique de Hugh Gorge
Les sections 5 et 6, de Birthday Waterhole à Hugh Gorge puis Ellery Creek North, comptent parmi les plus marquantes. Le sentier y franchit Razorback Ridge, littéralement une « arête de rasoir », tant elle se réduit par endroits à une ligne étroite dominant les vallées. À Hugh Gorge, l’itinéraire impose un passage à gué, voire une véritable nage selon le niveau de l’eau, pour atteindre le bivouac de l’autre côté. Une autre réserve d’eau se trouve à Rocky Gully, à environ 9 miles (14 kilomètres) de Hugh Gorge.
Serpentine Gorge, eau rare et récit ancestral
Entre Ellery Creek North, Serpentine Gorge et Serpentine Gorge Dam (sections 7 et 8), la journaliste décrit l’un de ses coups de cœur. Leur guide culturel aranda, Benjamin « Benji » Kenny, les conduit jusqu’au bord de l’eau sur un étroit sentier pour leur raconter un « Dreaming Story », histoire ancestrale aborigène, liée au Serpent Arc-en-ciel. Pour lui, ces récits ne sont pas de simples légendes mais une manière de lire le paysage et d’en comprendre le sens spirituel et historique.
À partir de Serpentine Chalet Dam, la section 9 vise Ormiston Gorge et la Finke River. Elle figure parmi les plus difficiles : près de 3 000 pieds de montée et aucun point d’eau fiable sur presque 19 miles, via le col sacré d’Inarlanga Pass.
La fin de parcours vers Redbank Gorge et le mont Sonder
Les sections 11 et 12 mènent de la Finke River à Redbank Gorge, puis jusqu’au mont Sonder. Cette montée finale vers la crête sommitale marque traditionnellement la fin du Larapinta Trail. De nombreux marcheurs choisissent d’y ajouter une ascension de nuit ou au petit matin afin d’assister au lever du soleil sur l’ensemble du paysage parcouru.
Chaleur extrême, permis payants : une logistique millimétrée
Le média anglo-saxon rappelle que la période recommandée pour randonner sur le Larapinta s’étend d’avril à août, quand les températures restent « supportables ». En dehors de ce créneau, le mercure peut atteindre 45 à 50 °C, ce qui transforme chaque kilomètre en épreuve d’endurance et rend la déshydratation très rapide.
Pour les marcheurs autonomes, plusieurs opérateurs locaux comme Larapinta Express ou Larapinta Trail Trek Support proposent une assistance logistique : dépôt de nourriture, transport des sacs, navettes entre les différents points d’accès du sentier. Ce type de service évite de transporter l’intégralité de ses vivres sur le dos pendant deux semaines.
Le Territoire du Nord impose par ailleurs plusieurs autorisations payantes :
- un pass des parcs du Territoire du Nord à environ 60 dollars australiens ;
- une réservation pour les campings, facturée autour de 10 dollars australiens par personne et par nuit ;
- des frais spécifiques de randonnée, d’environ 25 dollars australiens par nuit, plafonnés à 125 dollars pour au moins six nuits.
Selon le média, ces démarches s’effectuent en ligne via le système de réservation des parcs du Territoire du Nord, avant le départ.
Après cinq jours et près de 60 miles de marche, la journaliste repart avec les jambes lourdes et les chaussures couvertes de poussière, mais l’impression nette de n’avoir fait qu’effleurer le potentiel du Larapinta.
Une dimension culturelle forte grâce aux guides aranda
Au-delà du défi sportif, le reportage met en avant le rôle central des guides aranda. La région constitue le territoire traditionnel de ce peuple aborigène, dont la présence remonte à au moins 50 000 ans. Le groupe de randonneurs a ainsi pu séjourner sur certaines terres privées appartenant et gérées par des familles aranda.
De nombreux reliefs traversés s’accompagnent de récits spirituels, appelés « Dreaming Stories », qui structurent la relation entre les communautés et le paysage. Ces histoires relient par exemple un gouffre, une crête ou un trou d’eau à une créature mythique ou à un événement fondateur. Dans le cas de Serpentine Gorge, Benji Kenny rattache le lieu au Serpent Arc-en-ciel, figure majeure des cosmologies aborigènes.
Pour les randonneurs venus de l’étranger, ces explications transforment la simple contemplation de parois rocheuses en lecture d’un récit ancien inscrit dans la pierre et l’eau. La journaliste souligne que cette couche culturelle modifie en profondeur la façon d’appréhender le désert australien.
Ce que changerait un tel trek pour un marcheur français
Pour un randonneur habitué aux Alpes, aux Pyrénées ou aux sentiers de Grande Randonnée (GR) en France, le Larapinta Trail présente plusieurs différences majeures.
| Aspect | Larapinta Trail (Australie) | Grands sentiers français (type GR) |
|---|---|---|
| Eau sur l’itinéraire | Réserves espacées, longues portions sans ravitaillement, sources naturelles très aléatoires | Points d’eau plus fréquents, villages traversés plus régulièrement |
| Températures | Grande amplitude, chaleur pouvant dépasser 45 °C hors saison idéale | Chaleur estivale marquée mais rarement aussi extrême, possibilité de refuges en altitude |
| Hébergement | Camps aménagés sous gestion des parcs, parfois sur terres privées, portage fréquent de tente | Gîtes d’étape, refuges gardés ou non, plus de solutions bâties |
| Faune potentiellement dangereuse | Serpents très venimeux, araignées de taille importante | Faune sauvage présente mais risques généralement plus limités (vipères, sangliers) |
| Cadre réglementaire | Pass payants pour accéder aux parcs et camper | Accès souvent libre, avec réglementation locale (Parcs nationaux, réserves naturelles) |
En France, l’équivalent institutionnel des parcs du Territoire du Nord s’apparente aux parcs nationaux et parcs naturels régionaux. Ils fixent des règles d’accès, orientent les flux de randonneurs et encadrent le bivouac, parfois soumis à autorisation. Les grandes traversées comme le GR20 en Corse ou le GR10 dans les Pyrénées peuvent atteindre une difficulté comparable en termes de dénivelé et d’engagement, mais l’accès à l’eau, aux refuges et aux points d’évacuation y reste généralement plus simple.
Quelques notions utiles avant de se lancer sur un sentier désertique
Le Larapinta Trail met en lumière plusieurs enjeux propres à la randonnée dans les milieux arides. La gestion de l’eau constitue la priorité absolue : calculer sa consommation, anticiper les tronçons sans point d’eau, protéger ses réserves de la chaleur et des fuites, adapter sa vitesse à la température. Les opérateurs spécialisés sur place, mentionnés par le média, insistent sur la préparation de cette logistique avant le départ.
La chaleur pose aussi un risque réel de coup de chaleur et d’épuisement. Les guides locaux recommandent généralement un départ très matinal, des pauses régulières à l’ombre et un ajustement du rythme en fonction du thermomètre, plutôt que de viser coûte que coûte un kilométrage prédéfini.
Enfin, la dimension culturelle représente un atout majeur de ce type de trek. Sur le Larapinta, la présence de guides aranda offre un accès direct à des sites sacrés et à des interprétations du paysage qui ne figurent pas sur les cartes. Pour un marcheur français, cette approche peut inspirer une attention différente aux territoires traversés chez lui, qu’il s’agisse de massifs de montagne, de littoraux ou de parcs naturels dotés eux aussi d’histoires locales parfois méconnues.









