Au nord du Queensland, une célèbre maison de champagne française pose ses flûtes au pied du mont Mulligan, en plein bush australien.
Dans le nord de l’Australie, à plusieurs centaines de kilomètres des grandes villes, une marque emblématique de Reims a choisi un décor inattendu : un lodge isolé sous le mont Mulligan, au cœur de l’outback. Le récit de ce séjour très haut de gamme a été publié par le site de voyage australien Traveller, qui détaille la façon dont la maison champenoise transpose son art de vivre solaire dans un environnement brut et presque mystique.
Un vol de 22 minutes pour changer totalement de monde
Le voyage commence à Cairns, ville tropicale du nord du Queensland. Un vol charter décolle en direction de l’intérieur des terres. Pendant quelques minutes, les passagers survolent un océan bleu étincelant, puis l’appareil plonge dans les nuages et la visibilité disparaît. Quand l’avion ressort enfin de cette chape blanche, le paysage n’a plus rien à voir.
À perte de vue, une terre rouge ponctuée d’eucalyptus remplace le littoral. Se détache ensuite une gigantesque barre de grès : Mount Mulligan, aussi appelé Ngarrabullgan par les peuples aborigènes. Au pied de cette falaise, une poignée de bâtiments et une piscine scintillante : Mt Mulligan Lodge apparaît comme une oasis au milieu de la station d’élevage bovin de 28 000 hectares qui l’entoure.
À l’atterrissage, les souvenirs des turbulences s’effacent vite. Sur le tarmac, des véhicules façon safari attendent les visiteurs. À côté, des serveurs en tenue élégante tendent des plateaux de coupes de champagne parfaitement fraîches. Le décor est posé : la nature restera rude, mais l’expérience, elle, sera tout sauf rustique.
Une oasis de champagne français au milieu des eucalyptus et de la terre rouge de l’outback australien.
La “veuve” qui ne se boit pas : un rappel d’étiquette à la française
Ce séjour très particulier est présenté comme le premier “Sun Escape” de la maison Veuve Clicquot, une privatisation de lodge haut de gamme pensée autour du soleil, de la gastronomie et des bulles. Traveller en profite pour rappeler une nuance que beaucoup de francophones maîtrisent, mais qui échappe souvent au public anglophone : en français, “veuve” veut dire “widow”, veuve en anglais.
Le nom du champagne renvoie à Barbe-Nicole Clicquot Ponsardin, devenue veuve à 27 ans en 1805. À une époque où une femme à la tête d’une maison de champagne était une exception absolue, elle reprend seule les rênes de l’entreprise familiale à Reims. C’est elle qui perfectionne la table de remuage, toujours utilisée pour clarifier les bouteilles, et qui est créditée du premier champagne millésimé ainsi que du premier rosé d’assemblage.
La marque recommande donc, rappelle l’article, de dire simplement “Clicquot” et non “Veuve”, sous peine de réclamer, littéralement, “un verre de veuve”. Un détail d’étiquette qui amuse, mais qui résume bien le mélange de rigueur française et de décontraction australienne recherché dans cet outback chic.
Un esprit “solaire” exporté jusqu’au fin fond du Queensland
Le fameux étiquette jaune, déposée en 1877, est devenue le symbole de ce que la maison appelle son “esprit solaire” : une vision de l’art de vivre fondée sur la lumière, l’optimisme, la cuisine, les bulles et le plaisir de réunir des gens dans un lieu choisi autant pour sa beauté que pour son atmosphère.
Au fil des années, cette philosophie a donné lieu à une série d’événements itinérants : “Clicquot in the Snow” dans la station huppée d’Aspen aux États-Unis, rooftops estivaux à Singapour, Toronto ou Las Vegas, croisière sur superyacht dans la baie de Sydney, ou encore pique-niques chic près des vignes de Reims et sur un toit parisien. L’installation sous le mont Mulligan marque la première incursion de ce concept dans l’outback australien, territoire à la fois mythique et exigeant.
Un lodge confidentiel au pied d’un géant sacré
Ngarrabullgan, le nom aborigène de Mount Mulligan, serait huit fois plus vaste qu’Uluru, autre emblème du centre australien. Le lodge qui s’y blottit ne reçoit que 28 invités à la fois, dans une atmosphère travaillée mais sans tape-à-l’œil : un grand pavillon principal ouvert sur une piscine à débordement en lisière d’un plan d’eau, des espaces de détente qui regardent vers la falaise, et une rivière aménagée en seuil où, selon l’équipe, vit un crocodile résident.
Officiellement, cette zone reste jugée sûre pour le paddle et le kayak. Dans le groupe décrit par Traveller, aucune personne n’a souhaité vérifier par elle-même cette promesse…
Dans les suites qui longent la rivière, chaque détail relaie la présence de la maison de Reims. Une bouteille de Yellow Label attend sur glace. La baignoire en zinc, installée à l’air libre sur la terrasse, est si profonde qu’il faut 40 minutes pour la remplir. L’invitée choisit de l’ouvrir en préparant son bain, un œil tourné vers l’eau dans l’espoir de repérer ou non le crocodile supposé.
La nature reste sauvage, mais chaque geste du séjour, du bain à la randonnée, s’accompagne d’une flûte de champagne français.
Apéritif face au soleil couchant, dîner au feu de bois
Le soir, les convives sont emmenés en véhicule jusqu’à un promontoire dominant la plaine. Le soleil descend derrière la paroi de grès et baigne tout le site d’une lumière orangée. Dans les verres, un rosé de la maison reflète exactement la couleur du ciel.
Une fois la nuit tombée, les chefs du lodge passent derrière les fourneaux… à ciel ouvert. Au menu : bugs de Balmain (de petits crustacés proches de la langouste, typiques de la côte est australienne) grillés au beurre Café de Paris, crevettes tigrées nappées d’un beurre blanc au chimichurri, ou encore énorme côte de bœuf sur l’os. Le plat qui marque les esprits d’après Traveller reste un accompagnement : une patate douce rôtie, recouverte de miel en rayon et de beurre à la sauge.
Les assiettes se succèdent sous un ciel saturé d’étoiles, accompagnées de différentes cuvées de prestige, dont La Grande Dame Brut 2018. L’article rappelle que les millésimes se terminant par le chiffre 8 sont souvent réputés en champagne, avec 1928, 1988 et 2008 comme années mythiques.
Lever de soleil, ATVs jaunes et randonnée “bush magic”
Le lendemain, rendez-vous est donné à 5 h 30 pour admirer le lever du soleil. Les invités prennent le volant de quads à la couleur de la maison, lunettes et masques anti-poussière sur le visage. Ils croisent des troupeaux de bovins de type Brahman, croisés spécialement pour supporter la chaleur et la sécheresse.
Le convoi traverse les ruines de l’ancien village minier de Mount Mulligan, abandonné en 1958 après une catastrophe charbonnière. Le site garde aujourd’hui une atmosphère fantomatique, que le contraste avec l’événement ultra-luxueux met d’autant plus en relief.
À l’arrivée, le massif se déploie dans sa totalité. Au fur et à mesure que le soleil monte, la paroi rocheuse semble projeter d’infinies nuances d’orange, comme une succession d’images en mouvement. Le lieu est sacré pour le peuple Kuku Djungan, qui y est présent depuis environ 37 000 ans et considère Ngarrabullgan comme le berceau du Serpent arc-en-ciel, figure majeure du Temps du Rêve aborigène.
Les guides préviennent : emporter quoi que ce soit de la montagne, même un simple caillou ou une branche, serait s’exposer à la malchance. Les participants scrutent aussi le ciel pour espérer voir passer un aigle à queue cunéiforme. Dans les croyances locales, ce grand rapace signale qu’une personne suit la bonne voie dans sa vie. Aucune observation ce matin-là, mais un petit-déjeuner servi autour de la piscine minérale du lodge paraît suffire à confirmer à chacun qu’il a fait un bon choix.
Au lieu de passer le reste de la journée à lézarder au bord de l’eau, la plupart optent pour une randonnée. Le sentier grimpe suffisamment pour procurer une vraie satisfaction, sans épuiser. Au sommet, un bassin naturel creusé dans la roche offre une halte rêvée. L’eau, claire et fraîche, tranche avec la chaleur ambiante. Des papillons volent le long de la paroi verticale : l’auteure parle d’une impression de “magie du bush”.
Entre croyances aborigènes, souvenirs miniers et bains dans des vasques naturelles, l’outback devient décor d’un art de vivre à la française.
Le “Le Picnic” au bord de la piscine, version Queensland
De retour au lodge, place à l’un des moments phares de la maison : “Le Picnic”, concept de pique-nique très travaillé déjà décliné en Champagne et à Paris. Ici, il se tient au bord de la piscine, orchestré par la cheffe Audrey Shaw, qui officie habituellement dans un restaurant de Fitzroy, quartier de Melbourne.
Elle propose un cocktail de crevettes revisité, parfaitement adapté au climat du Queensland, et marine le mérou corallien destiné au linguine directement dans la cuvée Yellow Label. Un DJ assure la bande-son, le soleil descend doucement, et les convives prolongent la soirée les pieds dans l’eau, un verre à la main.
Ce qu’une maison de champagne française vient vraiment chercher dans l’outback
Au-delà de la carte postale, ce type d’événement illustre une stratégie claire : déplacer un symbole classique du luxe français dans des décors inattendus, pour montrer qu’il peut dialoguer avec d’autres cultures et d’autres paysages. L’outback australien apporte une dimension quasi spirituelle, entre sites sacrés aborigènes, immensité du désert et ciel nocturne sans pollution lumineuse.
Pour la maison de Reims, ce territoire permet aussi de raconter une autre histoire que celle des salons parisiens ou des palaces européens : celle d’un luxe en bottes de randonnée, qui accepte la poussière sur les lunettes et les réveils à l’aube, à condition que la coupe servie en haut du sentier soit à la hauteur.
Champagne et tourisme de luxe : quelles passerelles avec la France ?
Pour un lecteur français, cette opération fait écho à un mouvement plus large : l’association entre maisons de champagne et lieux d’exception. En France, ces maisons s’ancrent surtout autour de Reims, Épernay ou des vignobles, avec des visites de caves, des dîners gastronomiques ou des séjours dans des hôtels particuliers. Certaines propriétés développent des expériences en hélicoptère, des pique-niques dans les vignes ou des dégustations au lever du soleil.
La différence ici tient à l’échelle du décor et à sa distance avec la région productrice. En Australie, ce sont des centaines de kilomètres qui séparent le lodge de la moindre vigne. Le champagne arrive par avion, et c’est le paysage qui sert de terroir d’émotions. En France, l’équivalent le plus proche serait peut-être une expérience de maison de champagne transposée dans un site naturel fort comme le Verdon, le massif du Mont-Blanc ou la Corse, tout en gardant un lien fort avec Reims pour l’approvisionnement.
Cette approche illustre aussi l’évolution du tourisme de luxe, moins centré sur la simple accumulation de prestations très chères que sur la mise en scène d’un récit : un vol court mais impressionnant, un rocher sacré, un crocodile potentiel dans la rivière, un bain en plein air, un pique-nique signé par une cheffe, le tout relié par un fil conducteur : la coupe tenue à la main.
Quelques repères sur l’outback, le temps du rêve et le champagne
Pour mieux saisir le sens de ce type de séjour, quelques notions méritent d’être éclaircies :
- Outback : terme utilisé en Australie pour désigner les régions intérieures, très peu peuplées, souvent arides, éloignées des côtes.
- Temps du Rêve : ensemble de récits fondateurs aborigènes qui décrivent l’origine du monde, des animaux, des paysages et des lois sociales.
- Station de bétail : grande exploitation d’élevage extensif, comparable à un très vaste ranch, parfois plus grande que certains départements français.
- Millésime 8 : les années finissant par 8 sont régulièrement citées comme remarquables en champagne, même si aucune explication scientifique simple n’est avancée.
Pour un touriste français tentée par ce type de séjour, un point pratique ressort : ces expériences restent très haut de gamme. D’après Traveller, les forfaits “Sun Escape” proposés au Mt Mulligan Lodge sur la période 2026-2027 incluent au minimum deux nuits avec transferts en hélicoptère et restauration complète, pour un prix qui s’adresse clairement à une clientèle internationale fortunée.
Ce format montre toutefois comment un produit d’origine française peut tisser des liens avec des paysages très éloignés de son terroir, sans renier ce qui fait sa singularité : un récit d’audace porté au départ par une veuve de 27 ans, aujourd’hui prolongé jusque sous la falaise rouge de Ngarrabullgan.








