Dans le parc national de Katmai, en Alaska, un vieux mâle brun très connu des webcams vient d’être sacré roi des ours dodus.
Le magazine scientifique américain Popular Science rapporte que l’ours n°89, surnommé « Backpack », a remporté l’édition 2026 de la Fat Bear Week, ce concours en ligne qui départage chaque automne les ours bruns les plus imposants du parc national de Katmai, aux États-Unis. Face à lui, en finale, la femelle n°910, grande favorite du public cette année.
Un titre décroché au terme d’un vote serré en Alaska
La Fat Bear Week se déroule chaque année dans le parc national et réserve de Katmai, en Alaska, un immense territoire protégé géré par l’agence américaine des parcs nationaux. Les ours bruns y sont filmés par des webcams positionnées notamment sur les chutes de Brooks, lieu mythique où ils se gavent de saumons à la belle saison.
En 2026, seize ours adultes ont été sélectionnés pour le tableau final, détaille Popular Science. Les rangers et les organisateurs les ont répartis en quatre catégories :
mères avec petits ;
femelles seules, sans oursons cette année ;
subadultes, l’équivalent d’adolescents chez l’ours ;
mâles adultes.
Les internautes du monde entier ont ensuite voté en ligne, à chaque tour, pour départager ces « concurrents » très particuliers. Le principe : élire l’ours qui a le plus spectaculairement pris du poids entre le début de l’été et le début de l’automne, en comparant les images diffusées par les caméras.
Backpack, le n°89, a d’abord éliminé plusieurs adversaires avant de se hisser en demi-finale face à un nouveau venu remarqué, l’ours n°164, surnommé « Bucky Dent ». Ce dernier avait créé la surprise en éjectant dès le premier tour le champion 2025, l’ours n°32, dit « Chunk ».
Selon Popular Science, Backpack a éliminé Bucky Dent en demi-finale avec moins d’un point de pourcentage d’écart, l’un des votes les plus serrés de l’histoire de la Fat Bear Week.
En finale, le n°89 a affronté la n°910, présentée comme la favorite du tableau. Les électeurs lui ont pourtant préféré ce vieux mâle massif, qui décroche pour la première fois « la couronne » de la Fat Bear Week 2026.
L’ours 89 est loin d’être un inconnu pour les habitués des webcams de Katmai. Son surnom « Backpack » vient d’un comportement repéré lorsqu’il était ourson : il avait l’habitude de grimper sur le dos de sa mère pour traverser la rivière Brooks, comme un sac à dos vivant.
Sa mère n’est autre que la célèbre ourse n°435, baptisée « Holly », figure emblématique de Katmai et ancienne lauréate de la Fat Bear Week. Cette lignée est bien identifiée par les rangers comme par les passionnés, qui suivent ces animaux sur plusieurs décennies.
Backpack a aujourd’hui 20 ans et demi, un âge déjà avancé pour un ours brun sauvage. Les équipes du parc le décrivent comme l’un des résidents les plus réguliers des chutes de Brooks, où il revient chaque été se nourrir de saumons.
Les personnels de Katmai le décrivent comme un animal à la stature impressionnante, mais dégageant « une force tranquille » et évitant les démonstrations d’agressivité envers les autres ours.
Son histoire a failli s’arrêter très tôt. Au printemps 2007, alors qu’il n’était encore qu’un jeune ours d’un an, Backpack est apparu sur les images avec une grave blessure à une patte. Il boitait, peinait à se déplacer et son état inquiétait les rangers. Certains internautes, attachés à ce jeune animal, avaient même demandé à l’équipe du parc d’intervenir pour le soigner.
Les rangers américains appliquent toutefois une règle stricte : dans un parc national comme Katmai, comparable à un parc national français, l’intervention humaine reste limitée. Sauf cas très particulier, les animaux sauvages ne sont pas pris en charge médicalement, pour préserver le caractère naturel de l’écosystème.
Backpack a finalement guéri sans assistance humaine, grâce notamment à la protection de sa mère Holly. Avec le temps, il est devenu un grand mâle massif, occupant désormais un rocher en contrebas des célèbres chutes, son poste de pêche favori sur la rivière.
Une compétition ludique au service des ours bruns
Si la Fat Bear Week amuse chaque automne les internautes, son objectif va au‑delà du simple concours de « qui est le plus gros ». Organisée par le parc national de Katmai avec la plateforme de diffusion de webcams explore.org, elle sert de vitrine à la conservation de cette population d’ours bruns et à la préservation de leur habitat.
Tout au long de l’été, les caméras d’explore.org filment les ours qui se positionnent à Brooks Falls, un seuil rocheux naturel où remontent des milliers de saumons. Les poissons tentent de franchir la cascade pour rejoindre leurs frayères, tandis que les ours se postent, guettent et attrapent ces ressources très caloriques.
Ces scènes spectaculaires attirent un public mondial. Les organisateurs utilisent cette notoriété pour sensibiliser à plusieurs enjeux :
le cycle de vie du saumon, dont la migration annuelle conditionne la survie des ours ;
la nécessité de grands espaces protégés pour les grands prédateurs ;
les conséquences possibles du changement climatique sur les cours d’eau, les poissons et les ours.
Une fois l’été passé, le saumon a pondu et commence à mourir. Entre septembre et octobre, les ours se déplacent vers l’aval de la rivière Brooks, près de l’embouchure, pour se nourrir des poissons morts ou en fin de vie, toujours très energétiques.
Pourquoi les ours doivent absolument grossir avant l’hiver
Popular Science rappelle que cette prise de poids spectaculaire a une fonction vitale : garantir la survie durant l’hiver. Contrairement aux petits mammifères comme les écureuils, les chauves-souris ou certains rongeurs, les ours ne pratiquent pas une hibernation « profonde ».
Les biologistes parlent plutôt d’« état de torpeur ». Il s’agit d’un état involontaire, déclenché principalement par le manque de nourriture. L’ours s’abrite dans une tanière et son organisme change de rythme :
sa température corporelle baisse légèrement ;
son rythme cardiaque ralentit ;
ses fonctions d’alimentation, d’hydratation et d’élimination s’arrêtent pendant plusieurs mois.
Pendant cette torpeur hivernale, l’ours vit exclusivement sur les réserves de graisse accumulées durant l’été et le début de l’automne.
Un ours trop maigre à l’entrée de l’hiver risque de ne pas supporter cette période sans s’alimenter. Les femelles gestantes doivent, en plus, disposer de suffisamment de réserves pour mener à terme la gestation et allaiter les oursons à la sortie de la tanière. Le « gras » célébré pendant la Fat Bear Week est donc une assurance-vie pour ces animaux.
Un fonds de soutien pour Katmai et ses ours
Au-delà des votes, l’édition 2026 de la Fat Bear Week s’accompagne d’un appel aux dons. Popular Science indique que le Katmai Conservancy, une organisation à but non lucratif qui soutient le parc, propose le « Otis Fund », du nom de l’ours n°480, surnommé « Otis », quadruple vainqueur de la Fat Bear Week.
Ce fonds finance plusieurs missions :
la recherche scientifique sur les ours bruns et leur habitat ;
les actions de conservation au sein du parc ;
des programmes pédagogiques pour le public et les écoles.
Pour 2026, toutes les contributions réalisées jusqu’au samedi 3 octobre sont doublées par explore.org, l’organisation qui gère les célèbres webcams de Katmai. Ce mécanisme de don assorti d’un abondement renforce le soutien financier aux projets locaux autour des ours.
En France, une autre approche des ours et des espaces protégés
Pour un lecteur français, la Fat Bear Week peut paraître exotique. Les ours bruns présents en France, principalement dans les Pyrénées, ne font pas l’objet d’un concours populaire équivalent. Le nombre d’animaux y reste très limité et la cohabitation avec l’élevage fait l’objet de débats récurrents.
La gestion de cette population est encadrée par l’Office français de la biodiversité et les services de l’État. Les suivis d’ours se font par analyses génétiques, pièges photographiques et observations, mais sans système de webcams grand public comme à Katmai.
Les parcs nationaux français, tels que le parc national des Pyrénées ou celui des Écrins, ont toutefois des missions proches de Katmai :
protéger la faune et la flore sauvages ;
préserver les paysages et les milieux naturels ;
sensibiliser le public à la biodiversité ;
favoriser la recherche scientifique.
Les campagnes de communication autour de ces espaces portent souvent sur la randonnée, l’observation de la faune, la tranquillité des zones de quiétude pour les animaux, ou encore la sécurité des visiteurs en montagne. Le registre ludique et mondial de la Fat Bear Week, avec un vote en ligne massif, reste pour l’instant une particularité nord‑américaine.
Ce que la Fat Bear Week apprend sur les ours… et sur les humains
La popularité de Backpack, de Bucky Dent, de Chunk ou encore d’Otis montre aussi comment les humains s’attachent à des animaux sauvages identifiés par un simple numéro et un surnom. Les webcams, accessibles en continu, permettent à des milliers de personnes d’observer les mêmes individus année après année.
Ce suivi visuel constant donne parfois l’illusion d’un lien personnel avec ces ours. Les réactions à la blessure de Backpack en 2007 illustrent cette implication émotionnelle : certains fans souhaitaient une intervention vétérinaire, alors que la philosophie de gestion de Katmai repose sur une nature laissée autant que possible à elle-même.
Pour les équipes du parc comme pour les scientifiques, ce type d’événement médiatique présente un double intérêt. Il attire un large public, y compris des personnes peu familières des questions de biodiversité, et il offre un support concret pour expliquer des notions parfois abstraites :
la différence entre animal domestique et animal sauvage ;
le rôle des grands prédateurs dans un écosystème ;
les contraintes de la gestion d’un parc national ouvert au public.
La notion de torpeur hivernale, par exemple, reste mal connue. Elle se distingue de l’hibernation profonde par une température corporelle moins basse et une certaine capacité de réveil en cas de dérangement. Comprendre ce mécanisme aide à mesurer à quel point le dérangement répétitif, le bruit ou la présence humaine à proximité des tanières peut peser sur la dépense énergétique des ours en hiver.
Pour les passionnés de nature comme pour les curieux, suivre des animaux comme Backpack au fil des années donne enfin une vision concrète de la vie d’un grand mammifère sauvage : enfance, blessures, guérison, prise de poids saisonnière, compétition implicite pour les meilleurs postes de pêche, puis vieillissement progressif. Autant d’éléments qui, loin des images figées, rappellent que derrière la « peluche dodue » de la Fat Bear Week se cache un animal parfaitement adapté à un environnement exigeant.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.