Rolls-Royce Phantom abandonnées dans le hall d’un hôtel-casino 5 étoiles fermé en 2016 à Macao : le patron du groupe propriétaire purge 18 ans de prison
À Macao, un ancien hôtel-casino de luxe fermé depuis 2016 intrigue les amateurs d’urbex, qui y ont trouvé un trésor inattendu.
Un collectif de vidéastes spécialisés dans l’« urban exploration » a filmé l’intérieur d’un palace-casino abandonné à Macao, en Chine. Comme le rapporte le média automobile espagnol à l’origine de cette histoire, leur visite a mis au jour une scène surréaliste : plusieurs Rolls-Royce Phantom laissées sur place depuis la fermeture brutale de l’établissement, tandis que le patron du groupe propriétaire se trouve aujourd’hui en prison pour 18 ans.
Un palace-casino fermé du jour au lendemain à Macao
L’histoire commence au Beijing Imperial Palace Hotel, un hôtel cinq étoiles situé à Macao, territoire chinois connu pour ses casinos. L’établissement abritait également une salle de jeux, ce qui en faisait une adresse très fréquentée par une clientèle fortunée.
À la mi-2016, les autorités de Macao annoncent la fermeture temporaire de l’hôtel. Le gouvernement explique alors avoir relevé de « graves irrégularités administratives » et, surtout, un manque de mesures essentielles de sécurité contre les incendies, considérés comme une menace pour la sécurité publique.
Les autorités de Macao ont ordonné la fermeture du Beijing Imperial Palace Hotel en juillet 2016 en raison de « graves irrégularités » et de risques pour la sécurité incendie.
Le communiqué officiel précisait que le Bureau du tourisme (MGTO) décidait de fermer l’établissement à partir du 23 juillet, pour une durée de six mois, sur la base du Code de procédure administrative. Dans les faits, la fermeture n’a jamais été levée : le palace-casino n’a plus rouvert ses portes depuis l’été 2016.
Depuis, les lieux sont restés figés. Le mobilier, les décorations, les équipements de chambres et les traces de l’activité du casino sont encore là. De quoi attiser la curiosité des explorateurs urbains, toujours à la recherche de sites spectaculaires à filmer.
Des Rolls-Royce Phantom abandonnées dans le hall
C’est justement ce qu’a fait la chaîne YouTube « Exploring the Unbeaten Path », suivie par près de 880 000 abonnés. Ces vidéastes spécialisés dans l’urbex se sont rendus dans l’ancien hôtel-casino de Macao et ont tourné un reportage en deux parties à l’intérieur des bâtiments.
Dans leurs images, on aperçoit des couloirs encore meublés, des télévisions dans les chambres, des jetons de casino, des cartes de jeu, des objets de décoration… Mais ce sont les voitures laissées sur place qui retiennent immédiatement l’attention.
Au centre du hall, plusieurs Rolls-Royce Phantom, ex-voitures de transfert pour les clients du palace, sont encore stationnées comme si l’hôtel venait de fermer.
En tant qu’hôtel de luxe, le Beijing Imperial Palace Hotel avait misé sur une flotte très haut de gamme pour transporter ses clients. Les véhicules utilisés pour assurer les transferts étaient des Rolls-Royce Phantom, l’une des berlines les plus prestigieuses au monde.
Près de dix ans après la fermeture, ces Phantom se trouvent toujours dans le hall, sous le vaste auvent d’entrée. Certaines montrent des traces de vandalisme, mais restent globalement complètes. Les carrosseries sont sales, les chromes ternis, mais l’allure générale rappelle le standing de l’époque.
Cette pratique, consistant à proposer des véhicules de très grand luxe pour les transferts, est fréquente dans certains établissements cinq étoiles d’Asie. Le texte cite notamment l’exemple de l’hôtel The Peninsula, à Hong Kong, connu pour ses limousines de prestige.
Un parking fantôme rempli de modèles prestigieux
Les Rolls-Royce ne sont pas les seuls véhicules oubliés sur place. Dans la zone extérieure, à la merci des intempéries, comme dans le garage, les explorateurs ont trouvé une véritable collection de voitures abandonnées.
Une Hummer H2 transformée en limousine.
Une Mercedes-Benz S 500 de génération W220, équipée d’un V8 essence de 5,0 litres développant 306 chevaux.
Plusieurs monospaces de luxe destinés au transport de groupes.
Une berline Audi A8.
Un SUV Porsche Cayenne.
Un coupé Audi A5 1.8T.
Une smart Forfour.
Deux limousines Dodge Charger, un modèle très rare.
Les Rolls-Royce et la Mercedes Classe S bénéficient au moins d’un abri sous le porche de l’hôtel, tandis que les autres véhicules subissent directement humidité, chaleur et poussière. Les images montrent un état général dégradé, conséquence de presque une décennie sans entretien.
Entre limousines allongées, berlines de luxe allemandes et SUV haut de gamme, le parking du Beijing Imperial Palace Hotel ressemble à un musée automobile abandonné.
Pour les amateurs d’automobile, voir de tels modèles laissés à l’abandon est particulièrement frappant, d’autant que certains auraient pu être revendus ou restaurés. Rien n’indique à ce stade un projet de remise en état ou de vente aux enchères.
Le patron du groupe propriétaire purge 18 ans de prison
Derrière cet hôtel se trouve un groupe bien connu à Macao : Suncity Group Holdings Limited. Son directeur général, Alvin Chau, a fait l’objet de poursuites judiciaires à partir de 2021. Selon les informations reprises par l’article, il a été condamné à une peine de 18 ans de prison.
Cette condamnation serait liée à une vaste affaire de jeu illégal. Les autorités l’accusent d’être impliqué dans un système de paris clandestins, un sujet particulièrement sensible à Macao, où l’activité des junkets, ces intermédiaires qui amènent les gros joueurs dans les casinos, fait l’objet d’un contrôle renforcé.
Le directeur général de Suncity Group, propriétaire de l’hôtel, se trouve en prison depuis 2021, condamné à 18 ans de réclusion pour une affaire de jeu illégal.
L’article précise qu’il n’est pas établi que ces poursuites soient directement liées au Beijing Imperial Palace Hotel. Le lien éventuel entre cette affaire judiciaire et la fermeture soudaine de l’établissement reste flou. Le palace avait d’ailleurs cessé son activité du jour au lendemain, laissant plus de 1 000 clients sur le carreau, sans solution immédiate.
Selon le texte, les autorités chinoises devraient, à terme, reprendre la main sur le terrain occupé par l’hôtel. Aucune date ni projet précis n’ont été rendus publics. Le sort des bâtiments comme celui des véhicules demeure donc incertain.
Urbex : une pratique très encadrée en France
Cette histoire illustre l’énorme attrait des lieux abandonnés pour les passionnés d’urbex. En France aussi, des communautés de vidéastes et de photographes se rendent dans d’anciens hôpitaux, usines, châteaux ou casernes désaffectés pour documenter l’état des lieux.
Dans l’Hexagone, cette pratique reste toutefois encadrée par le droit. Entrer sans autorisation sur une propriété privée peut être qualifié de violation de domicile ou d’intrusion illégale, avec des sanctions possibles. Certaines friches appartiennent à des collectivités ou à l’État, d’autres à des sociétés privées ou à des particuliers.
Aspect
Macao (cas de l’hôtel)
France (principe général)
Accès aux lieux abandonnés
Explorations non officielles, dans un contexte de bâtiment fermé par décision administrative.
Entrée sans autorisation interdite sur propriété privée, même désaffectée.
Propriété des biens laissés sur place
Véhicules appartenant au groupe propriétaire ou à ses entités.
Les biens restent la propriété du propriétaire initial tant qu’aucune procédure légale ne les affecte.
Cadre juridique
Fermeture décidée par les autorités de Macao pour motif de sécurité publique.
Code pénal, droit de propriété, règles de sécurité et de responsabilité civile.
En France, lorsqu’un site est abandonné et présente des risques, les collectivités peuvent engager des procédures de mise en sécurité, voire de démolition, ou imposer des travaux au propriétaire. La présence de véhicules abandonnés peut conduire à leur enlèvement par les autorités, en particulier s’ils gênent la voie publique ou présentent un danger.
Pourquoi tant de voitures de luxe peuvent rester à l’abandon
Pour un lecteur français, voir autant de modèles prestigieux laissés sur place peut sembler incompréhensible. Plusieurs facteurs peuvent toutefois expliquer cette situation dans le cas de Macao.
La fermeture administrative rapide a pu compliquer toute organisation de retrait des véhicules.
Des procédures judiciaires visant le groupe ou son dirigeant peuvent avoir gelé certains actifs.
Les coûts de stockage, de transport ou de remise en état de véhicules de luxe longtemps immobilisés peuvent être élevés.
Le statut exact des voitures (propriété de filiales, crédit-bail, contrats spécifiques) peut créer un imbroglio juridique.
Sur le plan technique, un véhicule laissé plusieurs années sans rouler se dégrade fortement : pneus, circuits de freinage, système de carburant, électronique, sans compter la corrosion liée au climat subtropical humide de Macao. Même une Rolls-Royce Phantom, pourtant conçue pour durer, nécessite un entretien régulier et coûteux.
Ce cas illustre aussi l’enjeu du patrimoine automobile dans les lieux de prestige. Certains palaces conservent leurs voitures comme pièces d’exposition, d’autres les revendent lorsqu’ils renouvellent leur flotte. À Macao, l’arrêt brutal de l’activité et les poursuites ciblant le patron du groupe ont transformé ces limousines en vestiges figés d’une époque où le casino tournait à plein régime.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.