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Londres a verbalisé 13 423 fois des supercars immatriculées aux Émirats : seul 1 % des amendes a été payé

Supercar haut de gamme (Ferrari ou Lamborghini) stationnée illégalement devant un magasin de luxe à Londres, avec contravention sous l'essuie-glace

Chaque été, des supercars venues du Golfe envahissent les beaux quartiers de Londres, avec des contraventions de stationnement presque jamais réglées.

Ferrari, Lamborghini, Bentley ou McLaren posées en vrac devant Harrods, tickets de stationnement glissés sous l’essuie-glace, puis propriétaires repartant à l’aéroport sans se retourner : c’est le tableau décrit par le Wall Street Journal, repris par le site américain Carscoops, à propos d’un phénomène très lucratif pour l’image… mais beaucoup moins pour les caisses publiques londoniennes.

Des supercars du Golfe qui transforment Londres en vitrine roulante

Chaque été, les quartiers les plus aisés de Londres voient débarquer une flotte de supercars immatriculées au Qatar, aux Émirats arabes unis et plus largement dans les pays du Golfe. Selon le Wall Street Journal, ces visiteurs très fortunés font parfois venir leurs voitures par avion, pour des montants estimés autour de 34 000 dollars l’aller simple, soit environ 68 000 dollars pour un aller‑retour.

Une fois arrivés, ces véhicules haut de gamme – Ferrari Purosangue à plus de 400 000 dollars, Lamborghini, Land Rover Defender très haut de gamme… – se retrouvent en nombre dans les rues de Westminster, le district qui concentre une partie des quartiers les plus riches de la capitale britannique.

Le problème ne vient pas des voitures elles‑mêmes, comme le souligne le journal, mais de la manière dont elles sont garées et du peu de cas que semblent faire certains conducteurs des règles locales.

Zones de livraison, arrêts de bus, lignes jaunes : le stationnement sauvage assumé

Selon le récit rapporté par Carscoops, ces supercars occupent régulièrement :

  • des zones de livraison, réservées aux commerçants ;
  • des arrêts de bus ;
  • des stations de taxi ;
  • des emplacements marqués par une double ligne jaune, où l’arrêt est strictement interdit.

Autour du célèbre grand magasin Harrods, décrit comme « épicentre » du phénomène, un Land Rover Defender qatarien ou un Ferrari Purosangue à environ 400 000 dollars ont été observés en stationnement illégal. L’un de ces Ferrari avait déjà une contravention récente coincée sous l’essuie‑glace au retour de son conducteur.

Interrogé sur son intention de payer l’amende, le conducteur aurait répondu « Bien sûr », avant de repartir en trombe… avec le ticket toujours fixé au pare‑brise. Une scène qui illustre, pour les autorités locales citées, la difficulté à transformer ces verbalisations en rentrée financière.

Les contraventions oscillent entre 150 et 215 dollars, mais la quasi‑totalité des propriétaires étrangers quittent le territoire sans jamais les régler.

13 423 amendes pour les Émirats, 1 % seulement réellement payées

Les chiffres obtenus par le Wall Street Journal auprès du district de Westminster donnent l’ampleur du problème. Entre 2018 et 2022, ce seul district a tenté de recouvrer 13 423 amendes de stationnement infligées à des véhicules immatriculés aux Émirats arabes unis.

Le résultat est spectaculaire : seulement 1 % de ces contraventions ont été effectivement payées. Autrement dit, 99 % des tickets restent sans suite financière connue pour la collectivité londonienne.

Et les Émirats ne sont pas les seuls concernés. Toujours selon les données rapportées :

  • les véhicules immatriculés au Qatar ont reçu 2 570 amendes dans le seul district de Westminster sur une année récente ;
  • le Qatar arrive en tête de tous les pays étrangers, devant des voisins européens pourtant beaucoup plus proches comme l’Allemagne et la France ;
  • quatre États du Golfe concentrent à eux seuls 41 % de l’ensemble des contraventions émises à l’encontre de véhicules étrangers à Westminster sur cette période.

Le chiffre est d’autant plus marquant que le Qatar compte environ trois millions d’habitants et se situe à près de 6 400 kilomètres de Londres. Un très faible nombre de conducteurs est donc à l’origine d’une proportion importante des infractions enregistrées.

Entre 2018 et 2022, Westminster a émis 13 423 amendes contre des véhicules émiratis ; selon le Wall Street Journal, 99 % n’ont jamais été réglées.

Pourquoi les autorités britanniques se heurtent à un mur juridique

Au cœur du problème, explique le journal américain, se trouve la difficulté à identifier et à poursuivre les propriétaires de ces véhicules une fois qu’ils ont quitté le territoire britannique.

Le gouvernement du Royaume‑Uni a confirmé en décembre que les informations relatives aux détenteurs de véhicules ne peuvent pas être partagées à l’étranger pour recouvrer des dettes civiles, comme les amendes de stationnement. La coopération internationale s’arrête donc aux infractions pénales ou à certains accords spécifiques, mais ne couvre pas ce type de contravention.

Les communes britanniques, comme Westminster, peuvent recourir à des sociétés de recouvrement internationales après le départ des véhicules du pays. Mais dans les faits, poursuit le Wall Street Journal, les résultats restent minimes, surtout face à des propriétaires disposant de ressources considérables et parfois de conseillers juridiques aguerris.

Dès 2009, un témoignage officiel cité dans l’article résumait déjà la situation en des termes très clairs :

« En pratique, les véhicules immatriculés à l’étranger sont intouchables pour le recouvrement du péage urbain, des amendes de stationnement et des infractions au code de la route. »

À ce stade, Westminster affirme appliquer la même politique de verbalisation pour les conducteurs étrangers que pour les résidents. Le gouvernement britannique, lui, a indiqué ne pas envisager d’accorder aux collectivités des pouvoirs élargis pour saisir un véhicule uniquement parce qu’il est lié à des pénalités impayées.

Quand les voitures passent littéralement « au‑dessus » de la loi

Le Wall Street Journal souligne avec ironie que la fracture entre l’infraction et la sanction se joue aussi « au‑dessus de la loi ». Certains de ces propriétaires transportent leurs voitures par avion, pour environ 34 000 dollars par trajet. Les supercars se retrouvent donc, au sens propre, au‑dessus des têtes de ceux qui essaient de faire respecter les règles de circulation et de stationnement.

Cette aisance financière renforce la sensation d’impunité : pour qui dépense des dizaines de milliers de dollars en logistique, une contravention à 150 ou 200 dollars n’a que peu de poids. Les autorités, dépourvues d’outils juridiques efficaces hors d’Europe, peinent à instaurer un réel rapport de force.

Comment la France gère les amendes pour véhicules étrangers

Pour un lecteur français, une question se pose naturellement : que se passerait‑il si un conducteur étranger accumulait des amendes de stationnement dans l’Hexagone ? Le principe est différent de celui décrit au Royaume‑Uni, notamment vis‑à‑vis des pays de l’Union européenne.

En France, les radars automatiques et les services de verbalisation peuvent obtenir certaines informations sur les titulaires de cartes grises d’autres États membres de l’UE via des accords de coopération. Les avis de contravention sont alors envoyés par voie postale au domicile étranger du propriétaire.

  • À l’intérieur de l’Union européenne, des échanges de données existent pour de nombreuses infractions routières.
  • La police, la gendarmerie et les collectivités disposent d’outils pour identifier et poursuivre certains conducteurs étrangers, sous réserve des accords en vigueur.
  • En cas d’impayé persistant, un véhicule peut être immobilisé ou mis en fourrière lorsque cela est prévu par la loi française.

En revanche, pour des véhicules venant de pays hors UE sans accord spécifique, les limites se rapprochent de celles évoquées à Londres : la récupération d’une adresse fiable, la traduction de documents et le recouvrement effectif deviennent bien plus complexes.

Les collectivités françaises restent toutefois moins exposées à un afflux saisonnier aussi massif de supercars hors UE, et donc à un déséquilibre aussi spectaculaire entre amendes émises et amendes payées.

Stationnement, amende, fourrière : ce qui se joue concrètement

Pour comprendre les enjeux, il faut rappeler le fonctionnement d’une amende de stationnement, à Londres comme à Paris. La contravention sert à sanctionner une occupation irrégulière de l’espace public et à encourager le respect des règles de circulation, en particulier dans les zones très denses où la moindre place compte.

Lorsqu’un ticket reste impayé et que le véhicule disparaît à l’étranger, la sanction perd sa substance. La collectivité :

  • ne récupère pas la somme prévue, qui finance en partie police municipale, voirie ou transports ;
  • envoie un signal négatif aux autres conducteurs sur la nécessité de respecter les règles ;
  • renforce la perception d’un « deux poids, deux mesures » entre résidents et visiteurs très fortunés.
  • À l’inverse, lorsqu’un véhicule est immatriculé dans le pays, les autorités peuvent :

    • relancer le propriétaire par courrier ;
    • majorer les montants en cas de retard ;
    • recourir, dans certains cas, à des saisies sur compte ou à une immobilisation du véhicule.

    Dans le cas londonien décrit par le Wall Street Journal, l’absence de coopération suffisante avec certains États hors Europe bloque la chaîne à l’étape clé : l’identification juridique du titulaire de la carte grise et son exposition à des mesures de contrainte.

    Des pistes évoquées : coopération internationale et pression locale

    Le reportage mentionne qu’en l’état, ni le gouvernement britannique ni le district de Westminster ne disposent d’une solution simple. Quelques options sont néanmoins régulièrement évoquées par les spécialistes des politiques urbaines :

    • négocier des accords bilatéraux ciblés avec certains pays à forte présence de véhicules de luxe, afin de permettre l’échange des données de titulaires de cartes grises pour les dettes civiles ;
    • renforcer les contrôles sur place, y compris avec des mises en fourrière rapides pour les infractions répétées, tant que le véhicule est encore sur le territoire ;
    • agir en amont auprès des organisateurs d’événements, des hôtels de luxe ou des sociétés de transport spécialisées pour rappeler les obligations et les risques théoriques encourus.

    Pour l’instant, le gouvernement britannique a clairement indiqué, selon les propos rapportés, qu’il ne comptait pas élargir les pouvoirs des communes pour saisir des véhicules uniquement en raison d’amendes impayées. Les élus locaux se retrouvent donc avec une marge de manœuvre très limitée face à des visiteurs pour qui la contravention de stationnement ressemble à un coût annexe presque négligeable.

    Cette situation illustre la tension croissante dans de nombreuses grandes villes entre l’attrait économique de ces clientèles fortunées – qui dépensent dans l’hôtellerie, le luxe et la restauration – et la volonté de maintenir des règles de circulation et de stationnement perçues comme équitables pour tous les usagers de la voirie.

    Questions fréquentes

    Pourquoi les propriétaires de supercars du Golfe ne paient-ils pas leurs amendes à Londres ?

    Parce qu'ils quittent le territoire britannique après leur séjour estival. Les autorités britanniques ne peuvent pas partager les informations des titres de propriété avec l'étranger pour recouvrer des dettes civiles, et les sociétés de recouvrement privées ont peu de prise sur des propriétaires disposant de ressources considérables.

    Quel est le montant des amendes de stationnement à Londres ?

    Les contraventions oscillent entre 150 et 215 dollars, soit environ 140 à 200 euros.

    Combien coûte le transport d'une supercar par avion depuis le Golfe jusqu'à Londres ?

    Environ 34 000 dollars par trajet aller simple, soit près de 68 000 dollars pour un aller-retour, ce qui rend les amendes négligeables comparées à ces frais de logistique.

    Quels sont les autres pays du Golfe affectés par ce phénomène ?

    Le Qatar, le Qatar et d'autres États du Golfe qui concentrent ensemble 41 % de l'ensemble des contraventions émises à l'encontre de véhicules étrangers à Westminster sur la période 2018-2022.

    Comment la France gère-t-elle cette situation avec les véhicules étrangers ?

    En France, les services de verbalisation peuvent obtenir certaines informations sur les titulaires de cartes grises d'autres États membres de l'Union européenne via des accords de coopération, ce qui offre une meilleure capacité de recouvrement que le système britannique.
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