À près de 1,5 milliard d’années après le Big Bang, une galaxie lointaine bouscule les modèles sur la formation des structures stellaires.
Dans l’Univers jeune observé par le télescope spatial James-Webb, la galaxie GN20 présente une longue barre d’étoiles là où les astronomes ne s’attendaient pas à en voir. Le média espagnol spécialisé Xataka rapporte cette étude menée par une équipe de l’université de Leyde, aux Pays-Bas, dont les résultats obligent à revoir certains mécanismes envisagés pour l’évolution précoce des galaxies.
Une structure attendue beaucoup plus tard
Les barres stellaires sont des alignements allongés d’étoiles situés dans les régions centrales de certaines galaxies. La Voie lactée en possède une. Ces structures tournent avec la galaxie et influencent la circulation du gaz, de la poussière et des étoiles dans leur environnement.
Or, leur apparition est généralement considérée comme lente. Une barre a besoin de temps pour se constituer et se stabiliser. Les galaxies très anciennes, vues peu après le Big Bang, contiennent aussi beaucoup de gaz. Les modèles estiment que ce gaz, lorsqu’il suit un mouvement relativement ordonné, freine ou empêche la mise en place d’une telle structure.
GN20 réunit précisément les conditions qui auraient dû rendre une barre stellaire improbable : elle est jeune, massive et très riche en gaz.
Cette galaxie s’est formée environ 1,5 milliard d’années après le Big Bang. À l’échelle cosmique, cela reste une époque très précoce. Pourtant, les observations révèlent une barre déjà présente et de grande taille. Elle s’étend sur environ sept kiloparsecs, soit 22 800 années-lumière.
Cette dimension renforce l’énigme. Selon les scénarios habituels, une structure aussi étendue aurait demandé davantage de temps pour émerger. Les modèles actuels prévoient aussi qu’une barre de cette ampleur risquerait de s’effondrer dans un environnement aussi jeune et chargé en gaz.
Trois méthodes pour confirmer la barre dans GN20
Les chercheurs ne se sont pas fondés sur une seule image. Ils ont recoupé plusieurs approches afin de s’assurer que la forme détectée correspondait bien à une barre stellaire, et non à un effet lié à la distance, à la poussière ou à l’orientation de la galaxie.
Une analyse des lignes reliant les zones de même luminosité a mis en évidence une déformation compatible avec une barre.
Un traitement mathématique indépendant a abouti au même résultat.
Les données du réseau NOEMA ont apporté une confirmation supplémentaire.
Le télescope James-Webb a joué un rôle central grâce à sa caméra proche infrarouge. Cette longueur d’onde permet de mieux observer les régions masquées par les nuages de gaz et de poussière. Ces écrans naturels compliquent fortement l’étude des galaxies lointaines, dont la lumière met des milliards d’années à parvenir jusqu’à la Terre.
Pourquoi l’infrarouge change l’observation des galaxies anciennes
À mesure que l’Univers s’étend, la lumière des objets très éloignés se décale vers des longueurs d’onde plus longues. Ce phénomène, appelé décalage vers le rouge, rend l’infrarouge particulièrement utile pour étudier les premières galaxies. James-Webb ne voit donc pas seulement plus loin : il permet d’observer une lumière transformée par l’expansion de l’Univers.
Dans le cas de GN20, cette capacité a permis de distinguer plus nettement l’organisation interne de la galaxie, malgré la présence abondante de gaz et de poussière.
Un gaz turbulent qui protégerait la structure
Le résultat le plus surprenant concerne le rôle du gaz. Habituellement, son abondance est vue comme un obstacle à la formation des barres stellaires. Dans GN20, il pourrait au contraire aider la barre à durer et à grandir.
Les chercheurs décrivent un gaz fortement turbulent dans le disque interne de la galaxie. Au lieu de se déplacer calmement sur des trajectoires circulaires régulières, il se mélange, se frotte et se déplace de manière désordonnée entre différentes zones du disque.
Dans GN20, le gaz qui aurait dû empêcher la formation d’une barre pourrait agir comme un bouclier contre son effondrement.
Ce comportement est associé au cisaillement radial. Dans une galaxie classique, les régions internes tournent plus vite que les régions extérieures : c’est la rotation différentielle. Lorsque les vitesses et les mouvements du gaz deviennent très contrastés d’une zone à l’autre, des effets de cisaillement apparaissent. Dans cette galaxie, ils pourraient soutenir la croissance de la barre au lieu de la perturber.
Deux effets visibles au cœur de la galaxie
La barre semble déjà modifier profondément l’évolution de GN20. À l’endroit où elle rejoint le disque externe, dans la partie sud de la galaxie, les observations montrent une forte concentration de gaz. Cette zone favoriserait une production intense de nouvelles étoiles.
Dans la région centrale, la barre entraîne aussi de la matière vers le noyau galactique. Ce mécanisme pourrait alimenter le trou noir situé au centre de GN20. Les barres stellaires jouent ainsi le rôle de voies de circulation internes : elles redistribuent le gaz, concentrent le combustible à certains endroits et changent le rythme de formation des étoiles.
Le gaz s’accumule dans certaines zones de la galaxie.
Ces concentrations peuvent stimuler la naissance d’étoiles.
Une partie de la matière est dirigée vers le centre.
Le gaz disponible peut alors s’épuiser plus vite qu’attendu.
Ce que cette observation change pour les galaxies géantes
L’étude de GN20 pourrait aussi éclairer le cas des galaxies elliptiques géantes déjà inactives à une époque très ancienne. Ces objets sont massifs, mais ne forment presque plus d’étoiles alors qu’ils sont encore jeunes à l’échelle de l’Univers.
Une barre stellaire précoce pourrait fournir une piste. En accélérant simultanément la formation d’étoiles dans certaines régions et le transfert de matière vers le centre, elle pourrait faire consommer très vite à une galaxie son réservoir de gaz. Privée progressivement de ce combustible, la galaxie ne serait plus en mesure de former de nouvelles étoiles.
Cette hypothèse ne signifie pas que toutes les galaxies elliptiques géantes suivent le même chemin. GN20 montre surtout que les mécanismes internes des galaxies jeunes peuvent être plus rapides et plus complexes que les modèles ne le prévoyaient.
La recherche française face aux grands relevés du ciel
En France, les recherches sur les galaxies lointaines mobilisent notamment le Centre national d’études spatiales, le Centre national de la recherche scientifique et plusieurs laboratoires universitaires impliqués dans l’exploitation des données de James-Webb. Les scientifiques français participent aussi aux grands programmes internationaux d’observation et à la préparation d’instruments destinés aux télescopes au sol.
Pour les astronomes, une observation comme celle de GN20 rappelle la prudence nécessaire face aux modèles. Un modèle décrit les mécanismes les plus probables à partir des données disponibles ; il n’est pas une règle immuable. Lorsqu’un objet s’en écarte, il peut révéler un paramètre mal évalué, ici le comportement du gaz turbulent dans les premières galaxies.
La barre de GN20 offre ainsi une rare occasion de suivre une galaxie dans une phase où sa structure interne semble déjà organiser son avenir : accélération de la formation d’étoiles dans certaines zones, acheminement de matière vers le noyau et possible épuisement précoce de son gaz.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.