Deux marsupiaux que l’on croyait éteints depuis 6 000 ans retrouvés vivants en Nouvelle-Guinée, ce qui redéfinit ce que les scientifiques savent de l’extinction.
Dans les forêts isolées de l’ouest de la Nouvelle-Guinée, des indices longtemps négligés ont relancé une enquête scientifique hors du commun.
Publié le 18 mars 2026, le récit du média en ligne spécialisé dans l’environnement Earth.com rapporte l’identification, dans la péninsule du Vogelkop, de deux marsupiaux que les scientifiques pensaient disparus depuis des millénaires. Cette région appartient à la partie indonésienne de l’île de Nouvelle-Guinée.
Deux animaux longtemps absents des relevés scientifiques
Les deux mammifères vivent dans les forêts tropicales humides de l’ouest de la Nouvelle-Guinée. Ils ressemblent, pour l’un d’eux, à un petit possum arboricole. Comme les autres marsupiaux, ils portent leurs jeunes dans une poche ventrale.
Le zoologiste Tim Flannery, lié au Musée australien, a rapproché des observations de terrain, des photographies et des spécimens conservés en collection. Ce travail a permis d’établir que deux lignées que l’on ne connaissait plus qu’à travers des fossiles vivent encore dans cette zone reculée.
La présence de ces animaux montre qu’une espèce peut échapper longtemps aux inventaires scientifiques, sans avoir pour autant disparu.
Les recherches se sont concentrées dans le Vogelkop, vaste péninsule montagneuse et forestière du nord-ouest de l’île. Son éloignement, l’absence de routes dans certains secteurs et la densité de la végétation compliquent fortement les observations. Des animaux nocturnes et discrets peuvent y passer inaperçus durant des décennies.
Un possum équipé pour chercher des larves
Le plus petit des deux marsupiaux porte le nom scientifique de Dactylonax kambuayai. Il se distingue par un quatrième doigt très allongé, environ deux fois plus long que les autres. Cette particularité lui permet de fouiller le bois en décomposition afin d’en extraire des larves d’insectes.
Son mode d’alimentation explique en partie pourquoi il a pu rester si difficile à observer. L’animal se déplace dans les arbres, sort surtout la nuit et fréquente des secteurs où les troncs morts constituent une ressource alimentaire. Un relevé rapide, mené au sol ou en journée, a peu de chances de repérer un tel mammifère.
Il dépend du bois mort pour trouver une partie de sa nourriture.
Il adopte un comportement discret et principalement nocturne.
Il vit dans une forêt dense, difficile d’accès pour les équipes scientifiques.
Son aire de présence connue paraît très limitée.
La disparition de ses traces dans les archives fossiles ne signifiait donc pas nécessairement sa disparition totale. Les fossiles renseignent sur les espèces connues à une époque donnée, mais ils ne couvrent jamais chaque vallée, chaque massif forestier ou chaque période avec la même précision.
Une seconde lignée adaptée à la vie dans les arbres
L’autre animal, Tous ayamaruensis, représente un genre de marsupial décrit comme nouveau pour la Nouvelle-Guinée. Il possède des oreilles sans poils et une queue préhensile, capable de s’enrouler autour des branches et de servir d’appui lors de ses déplacements.
Les témoignages locaux et les photographies évoqués par Earth.com suggèrent que l’espèce vit en couples stables. Les femelles ne porteraient généralement qu’un seul jeune par an. Une reproduction lente rend une population plus exposée lorsque son habitat se réduit, car le renouvellement des individus devient difficile.
Ces animaux semblent liés aux grands arbres anciens, notamment à ceux qui présentent des cavités naturelles. Les cavités se forment lentement avec l’âge des troncs. Elles offrent des abris à de nombreux mammifères arboricoles, dont les planeurs, capables de franchir des distances entre les arbres grâce à une membrane de peau.
Des arbres anciens indispensables
Abattre un grand arbre ne retire pas seulement un élément du paysage. Dans une forêt tropicale, cela peut supprimer un refuge, une source de nourriture et un passage entre deux zones boisées. La fragmentation forestière isole alors les animaux dans de petites parcelles, avec moins de possibilités de se nourrir, de se reproduire ou de se déplacer.
Pour ces marsupiaux, protéger la forêt signifie aussi conserver les vieux arbres, le bois mort et la continuité du couvert forestier.
Le rôle décisif des communautés locales
Les connaissances des communautés autochtones ont guidé les chercheurs vers les forêts concernées. Les habitants connaissaient déjà l’existence d’animaux que la science occidentale n’avait pas identifiés comme des espèces supposées disparues.
Cette coopération a aussi permis de mieux comprendre les sites fréquentés par les animaux, leurs abris et les zones forestières encore occupées. Elle rappelle que les savoirs acquis sur le terrain, transmis au fil des générations, peuvent compléter les collections des musées et les méthodes scientifiques.
Un spécimen conservé depuis 1992 dans une collection muséale portait d’ailleurs une identification erronée. La comparaison avec des fragments fossiles provenant de grottes du Vogelkop, puis avec des clichés pris en 2015 et 2022, a permis de relier des pièces jusque-là dispersées.
Une péninsule façonnée par une longue isolation
La péninsule du Vogelkop a autrefois été rattachée au continent australien avant d’être intégrée à la Nouvelle-Guinée. Cette histoire géologique pourrait avoir favorisé le maintien de lignées anciennes, isolées de leurs proches parents pendant une longue période.
Selon le récit publié par Earth.com, aucun des deux animaux ne possède de parent proche évident dans le reste de la Nouvelle-Guinée. Cette singularité donne à la région une valeur particulière pour l’étude de l’évolution des marsupiaux.
Tim Flannery souligne l’ampleur de cette identification : La découverte d’un taxon Lazare, même s’il était supposé éteint récemment, constitue une trouvaille exceptionnelle. Mais la découverte de deux espèces que l’on croyait éteintes depuis des milliers d’années est remarquable.
Une situation fragile malgré cette identification
Retrouver une espèce ne garantit pas sa sécurité. Les deux marsupiaux vivent dans des forêts auxquelles les entreprises d’exploitation du bois peuvent encore accéder. Les chercheurs évitent de communiquer les emplacements exacts, afin de limiter les risques pour les populations connues.
Le terme de « taxon Lazare » désigne une espèce ou un groupe que l’on pensait disparu, avant qu’un représentant vivant soit retrouvé. Il ne s’agit pas d’un retour à la vie : l’animal avait survécu hors des observations scientifiques connues. Les reliefs difficiles, le manque de financements pour les inventaires et la rareté des individus peuvent prolonger cette absence apparente.
Quel parallèle avec la France ?
La France métropolitaine ne possède pas de marsupiaux vivant naturellement à l’état sauvage. La situation de la Nouvelle-Guinée rappelle néanmoins un enjeu connu des naturalistes français : une espèce peut rester très rare, localisée et difficile à détecter, surtout lorsqu’elle dépend de forêts âgées, de cavités ou de bois mort.
En France, la protection des habitats forestiers passe notamment par les politiques de conservation de la biodiversité et par la gestion des espaces naturels. Le maintien d’arbres sénescents, de cavités et de continuités boisées favorise une grande diversité d’animaux, même si les espèces concernées ne sont pas les mêmes que dans les forêts tropicales de Nouvelle-Guinée.
Dans le Vogelkop, l’enjeu immédiat consiste à mieux connaître les populations sans fragiliser les animaux. Les relevés nocturnes, les photographies, les collections naturalistes et l’expérience des habitants forment désormais un ensemble précieux pour suivre ces deux marsupiaux restés invisibles aux yeux de la science pendant des milliers d’années.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Comment deux espèces d'animaux ont-elles pu rester inconnues de la science pendant 6 000 ans ?
Ces marsupiaux sont nocturnes, discrets et habitent des régions très isolées et densément boisées du Vogelkop. Leur comportement arboricole, leur rareté et l'absence de routes rendent l'observation extrêmement difficile, permettant leur survie sans détection scientifique.
Qu'est-ce qu'un taxon Lazare ?
C'est une espèce ou un groupe que l'on pensait disparu avant qu'un représentant vivant soit retrouvé. Il ne s'agit pas d'un retour à la vie, mais plutôt de la découverte que l'animal avait survécu hors des observations scientifiques connues.
Quelles sont les caractéristiques distinctives de ces deux marsupiaux ?
Le Dactylonax kambuayai possède un quatrième doigt très allongé lui permettant de fouiller le bois en décomposition pour chercher des larves. Le Tous ayamaruensis a des oreilles sans poils et une queue préhensile lui servant d'appui pour se déplacer dans les arbres.
Ces espèces sont-elles vraiment en sécurité maintenant qu'elles ont été redécouvertes ?
Non. Les deux marsupiaux vivent dans des forêts accessibles aux entreprises d'exploitation du bois. Les chercheurs gardent secrets les emplacements exacts pour limiter les risques, et une reproduction lente les rend plus vulnérables à la réduction de l'habitat.
Quel rôle les communautés autochtones ont-elles joué dans cette découverte ?
Les habitants locaux connaissaient déjà l'existence de ces animaux et ont guidé les chercheurs vers les forêts concernées. Leurs savoirs transmis de génération en génération ont permis de localiser les sites fréquentés et complété les méthodes scientifiques classiques.