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Aucun ascenseur actuel ne peut monter les 1000 mètres de la future tour Djeddah alors il a fallu innover avec ce modèle à câble de carbone

Illustration de la tour de Djeddah s'élevant majestueusement à plus d'un kilomètre au-dessus du littoral de la mer Rouge en Arabie saoudite, avec sa silhouette triangulaire distinctive.

En Arabie saoudite, la future tour de Djeddah, qui doit dépasser le kilomètre, oblige ingénieurs et fabricants d’ascenseurs à réinventer leurs technologies.

Selon le site d’actualité Media24.fr, le chantier de la tour de Djeddah, au bord de la mer Rouge en Arabie saoudite, vient de franchir un cap spectaculaire : 430 mètres de hauteur, 107 étages déjà sortis de terre, et une difficulté inattendue qui cristallise toutes les attentions : aucun ascenseur classique n’est capable de parcourir les près de 1 000 mètres prévus.

Une tour géante qui a déjà atteint 430 mètres

Fin juillet 2026, le prince Alwaleed bin Talal, principal investisseur du projet, a confirmé lors d’une visite de chantier que la tour culminait déjà à 430 mètres. La structure est donc réalisée à environ 43 %, avec un rythme impressionnant : près d’un étage coulé chaque semaine, comme l’explique l’ingénieur John Peronto, cité par les sources techniques du projet.

Cette flèche géante, implantée à une vingtaine de kilomètres au nord de Djeddah, doit devenir le premier bâtiment au monde à dépasser le kilomètre de hauteur, soit au moins 1 008 mètres et 167 étages au total. Elle dépassera nettement le Burj Khalifa de Dubaï (828 mètres), conçu lui aussi par le cabinet d’architecture Adrian Smith + Gordon Gill.

La tour de Djeddah doit devenir le premier gratte-ciel de l’histoire à dépasser le kilomètre, avec une livraison visée en août 2028.

Au cœur du projet, les chiffres donnent la mesure du chantier : environ 500 000 m³ de béton, 80 000 tonnes d’acier, un radier de 5 mètres d’épaisseur ancré sur 270 pieux forés profondément dans le sol sédimentaire du littoral. L’achèvement est pour l’instant visé pour août 2028, selon les documents d’ingénierie cités par Media24.fr.

À un kilomètre de haut, c’est le vent qui commande

À ces hauteurs, ce n’est plus seulement la gravité qui inquiète les ingénieurs mais la façon dont le vent se comporte. Passé 800 mètres, les rafales deviennent plus fortes, plus irrégulières, et une menace spécifique apparaît : le détachement tourbillonnaire.

Concrètement, des tourbillons se forment alternativement sur chaque flanc de la tour. S’ils se synchronisent, ils peuvent entraîner des oscillations dangereuses de la structure, jusqu’à l’endommager gravement. Le bureau d’études Thornton Tomasetti, chargé de la structure, a donc longuement travaillé la forme du bâtiment en soufflerie.

La solution retenue : un plan triangulaire à trois branches qui s’affinent en montant, ponctué de décrochements successifs. Cette silhouette fuselée casse l’organisation des tourbillons et réduit les efforts subis par la tour.

Chaque mètre carré supprimé en hauteur allège la prise au vent et renforce la stabilité de l’édifice.

Visuellement élégante, cette géométrie répond donc d’abord à un impératif de sécurité. Elle illustre un principe devenu central pour les très grandes hauteurs : l’architecture n’est plus seulement une affaire d’esthétique, mais un outil pour dialoguer avec le vent.

Comment pomper du béton presque jusqu’aux nuages

La question des matériaux n’est pas moins complexe. Au Moyen-Orient, le béton règne sur les grands projets, et la tour de Djeddah n’y fait pas exception. Mais hisser ce béton à près de 1 000 mètres représente un défi encore jamais relevé à cette échelle.

Pour mémoire, le Burj Khalifa avait établi un record en pompant du béton jusqu’à environ 600 mètres. Ici, il faut aller nettement plus haut, dans un climat chaud, à l’air salin, avec des contraintes de résistance extrêmes.

Les ingénieurs ont dû concevoir :

  • des pompes à très haute pression, dimensionnées spécialement pour le projet ;
  • des mélanges de béton capables de rester suffisamment fluides pendant un long trajet en conduite ;
  • des formulations qui conservent leurs propriétés mécaniques malgré la chaleur et l’environnement marin.

L’une des grandes inconnues reste la phase finale du chantier : pomper le béton bien au-delà des 600 mètres déjà atteints sur d’autres projets. Les spécialistes reconnaissent que cette étape, encore jamais réalisée dans ces conditions, constituera un moment clé des dernières centaines de mètres.

Les ascenseurs classiques dépassés par la hauteur

Le problème le plus spectaculaire ne se voit pourtant pas dans les plans de fondation, mais dans les gaines d’ascenseurs. Pour un bâtiment de près de 1 000 mètres, la mobilité verticale devient un casse-tête.

Avec des ascenseurs traditionnels, le point faible n’est pas la cabine, mais le câble en acier qui la soutient. Plus la course est longue, plus le câble est lourd. À partir d’environ 500 mètres, le câble en lui-même devient tellement pesant qu’il peine à supporter son propre poids, avant même de prendre en charge la cabine et les passagers. Un ascenseur unique reliant directement le rez-de-chaussée au sommet d’une tour kilométrique s’avère alors irréaliste.

Au-delà de quelques centaines de mètres, le poids du câble en acier rend virtuellement impossible un ascenseur continu vers le sommet.

C’est là qu’intervient une innovation clé, pensée spécialement pour la tour de Djeddah : le câble UltraRope du groupe finlandais KONE.

La révolution du câble en fibre de carbone UltraRope

KONE a développé pour ce projet un câble en fibre de carbone baptisé UltraRope. Contrairement à un câble en acier, il se présente sous forme de ruban, plusieurs fois plus léger à résistance équivalente. En réduisant massivement les charges en mouvement, il lève l’un des principaux verrous techniques de la très grande hauteur.

Selon les données publiées par KONE, cette solution permet :

  • une course verticale de plus de 630 mètres pour les ascenseurs les plus spectaculaires ;
  • une réduction pouvant atteindre 15 % de l’énergie consommée à la montée ;
  • une diminution de l’usure des composants grâce à des masses en mouvement plus faibles.

Quatre ascenseurs équipés d’UltraRope desserviront ainsi l’observatoire principal de la tour, installé à 630 mètres de hauteur. Ils feront partie d’un ensemble de 67 équipements fournis par KONE, dont sept ascenseurs à double cabine, avec des vitesses pouvant atteindre 10 m/s.

Sans le câble UltraRope en carbone, desservir efficacement plus de 600 mètres de course verticale aurait nécessité des compromis coûteux en espace et en énergie.

Pour limiter la place occupée par les gaines, la tour adopte une organisation par « sky lobbies », des halls intermédiaires installés à plusieurs centaines de mètres du sol. Les passagers y changent d’ascenseur comme on change de correspondance dans une gare, ce qui évite de réserver des gaines continues du bas jusqu’au sommet.

La « sky terrace », futur point culminant pour les visiteurs

Prochaine étape majeure : la « sky terrace », un observatoire gigantesque perché à 630 mètres. Les concepteurs la présentent déjà comme le plus haut observatoire du monde, avec une vue qui pourrait, par temps clair, s’étendre sur environ 80 kilomètres au-dessus de la mer Rouge.

Les équipes espèrent atteindre ce palier dans une soixantaine de semaines. Au-delà de l’attraction touristique, cette terrasse servira aussi de test grandeur nature pour la technologie UltraRope et l’organisation des flux de visiteurs à ces altitudes extrêmes.

Données clés : la fiche technique de la tour de Djeddah

Caractéristique Valeur
Hauteur finale visée Au moins 1 008 m (167 étages)
Hauteur atteinte (juillet 2026) 430 m, 107e étage
Avancement structurel Environ 43 %
Rythme de construction Près d’un étage par semaine
Matériaux 500 000 m³ de béton, 80 000 t d’acier
Mobilité verticale 67 équipements KONE, jusqu’à 10 m/s, câble carbone UltraRope
Observatoire 630 m, annoncé comme le plus haut du monde
Achèvement prévu Août 2028

Ce que cela change pour les gratte-ciel en France

La France n’a évidemment aucun projet de tour kilométrique. Les plus hauts immeubles de bureaux de La Défense plafonnent à un peu plus de 200 mètres, avec des ascenseurs classiques à câbles en acier, parfaitement adaptés à ces hauteurs.

Pour les bâtiments français, le principal enjeu d’ascenseur concerne plutôt :

  • la fiabilité et la maintenance des équipements ;
  • l’accessibilité pour les personnes âgées ou à mobilité réduite ;
  • la consommation énergétique dans le cadre des objectifs de rénovation et de sobriété.

Des technologies comme l’UltraRope restent pour l’instant réservées aux tours les plus hautes du globe. En revanche, les principes mis en œuvre à Djeddah intéressent les bureaux d’études français : réduction des masses en mouvement, optimisation de la consommation, gestion intelligente des flux avec des algorithmes d’orientation des cabines, ou encore organisation en « sky lobbies » pour densifier les cœurs d’immeuble.

Ce que signifie l’UltraRope pour l’avenir des très grandes hauteurs

Sur le plan technique, le câble en fibre de carbone UltraRope illustre une tendance lourde dans la construction des gratte-ciel : remplacer l’acier par des matériaux plus légers mais tout aussi résistants, quitte à recourir à des composites plus coûteux.

Réduire le poids des câbles apporte plusieurs avantages concrets :

  • moins de contraintes sur la machinerie située en tête de gaine ;
  • moins de vibrations et de balancements en cas de vent fort ;
  • une usure moindre des freins et des poulies ;
  • des économies d’énergie, particulièrement sensibles sur un nombre élevé de trajets quotidiens.

Pour un pays comme l’Arabie saoudite, qui mise sur de vastes projets urbains verticaux, ces gains peuvent se traduire par des coûts d’exploitation réduits sur plusieurs décennies. À long terme, ce type de technologie conditionne même la faisabilité économique de tours dépassant largement le kilomètre.

Un laboratoire à ciel ouvert pour les ingénieurs du monde entier

La tour de Djeddah sert déjà de laboratoire grandeur nature à la communauté des ingénieurs. Les données collectées sur le comportement du béton pompé à très grande hauteur, sur la réponse de la structure aux vents extrêmes et sur l’exploitation quotidienne des ascenseurs à câble de carbone intéresseront directement les concepteurs de futurs gratte-ciel.

Pour les lecteurs français, ce projet reste lointain, mais ses innovations pourraient, à terme, inspirer l’architecture et les systèmes de transport vertical des grandes tours de bureaux ou de logements, y compris en Europe, dès lors que les hauteurs continueront de progresser ou que les exigences énergétiques se durciront.

Questions fréquentes

Pourquoi un ascenseur classique ne peut-il pas monter jusqu'à 1 000 mètres?

À partir d'environ 500 mètres, le poids du câble en acier devient si important qu'il ne peut plus supporter sa propre masse, indépendamment de la cabine et des passagers. Au-delà de quelques centaines de mètres, un câble continu du rez-de-chaussée au sommet devient virtuellement impossible.

Qu'est-ce que le câble UltraRope et comment fonctionne-t-il?

UltraRope est un câble en fibre de carbone développé par KONE spécialement pour la tour de Djeddah. Présenté sous forme de ruban, il est plusieurs fois plus léger qu'un câble en acier tout en offrant une résistance équivalente, ce qui permet une course verticale de plus de 630 mètres.

Quand la tour de Djeddah sera-t-elle terminée?

La livraison est actuellement visée pour août 2028. Le chantier avait atteint 430 mètres de hauteur en juillet 2026, avec un rythme de construction impressionnant d'un étage coulé chaque semaine.

Comment la tour est-elle conçue pour résister aux vents à 1 000 mètres?

Le bureau d'études Thornton Tomasetti a retenu un plan triangulaire à trois branches qui s'affinent en montant, avec des décrochements successifs. Cette forme fuselée casse l'organisation des tourbillons et réduit les efforts du vent, tout en étant visuellement élégante.

Quel record battra la tour de Djeddah par rapport aux autres gratte-ciel?

Elle dépassera le Burj Khalifa de Dubaï (828 mètres) et deviendra le premier bâtiment au monde à dépasser le kilomètre de hauteur avec ses 1 008 mètres prévus et 167 étages.
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