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Une nouvelle espèce de singe découverte au Congo : ses lèvres sont orange et son cri ressemble à un rugissement

Une nouvelle espèce de singe découverte au Congo : ses lèvres sont orange et son cri ressemble à un rugissement

Au cœur de la forêt tropicale de la République démocratique du Congo, des chercheurs ont identifié une petite scimmia au pelage noir brillant encore inconnue de la science.

Cette nouvelle espèce de singe, décrite par la revue scientifique PLOS One et présentée par le site d’actualités jeunesse italien Focus Junior, vient d’être officiellement reconnue dans le parc national de Lomami, en République démocratique du Congo. Avec son pelage noir, ses lèvres orange éclatantes et un cri évoquant un rugissement, ce primate baptisé Colobus congoensis intrigue déjà les spécialistes, qui tirent la sonnette d’alarme sur les menaces qui pèsent sur lui.

Une petite scimmia noire au visage saisissant

Le nouvel animal appartient au groupe des colobes, des singes africains arboricoles. Le Colobus congoensis se distingue par un pelage décrit comme entièrement noir, doux et brillant comme de la soie. Son aspect le plus frappant reste toutefois son visage.

Les scientifiques soulignent notamment :

  • des lèvres orange très vives, qui tranchent fortement avec le pelage sombre ;
  • des joues grises, qui adoucissent encore le contraste ;
  • des yeux entourés d’un anneau noir, donnant l’impression qu’il porte un masque de fête.

Ce contraste de couleurs lui confère un air presque « déguisé », comparé par Focus Junior à un masque de Carnaval. Les chercheurs rappellent que, chez les primates, ces détails de coloration peuvent jouer un rôle majeur dans la reconnaissance entre individus, la communication ou encore la sélection sexuelle.

Le Colobus congoensis est décrit comme une petite scimmia entièrement noire, aux lèvres orange brillantes et au regard cerclé de noir, comme si elle portait un masque.

Une espèce cachée dans une forêt difficile d’accès

Cette nouvelle espèce vit dans une zone reculée de la République démocratique du Congo, au sein du parc national de Lomami. Cette aire protégée renferme une forêt tropicale dense, composée d’arbres très hauts et de sous-bois épais, qui rend les déplacements et les observations particulièrement compliqués pour les scientifiques.

Les populations locales, elles, connaissent déjà l’animal, qu’elles appellent « likweli ». Dans la région, il ne s’agit donc pas d’une apparition soudaine, mais bien d’un habitant de longue date de la forêt, passé inaperçu aux yeux de la science mondiale.

D’après l’article de Focus Junior, cette identification constitue seulement la cinquième nouvelle espèce de singe décrite en Afrique au cours des soixante-quinze dernières années, ce qui souligne son caractère exceptionnel.

Une quête scientifique commencée par une simple photo

L’histoire de cette découverte remonte à 2008. Cette année-là, des chercheurs photographient, en hauteur dans les arbres, un animal au pelage sombre qui ne correspond à aucun primate connu. Le cliché est flou, difficile à interpréter, et ne permet pas de trancher sur l’identité de l’animal.

Un deuxième signalement survient en 2018. Cette fois, les indices sont suffisamment troublants pour convaincre une équipe de se lancer dans une mission ciblée. Une campagne d’observation est alors mise en place dans la forêt du parc de Lomami.

En quatre ans, les chercheurs parviennent à observer ces singes 114 fois. Ils notent notamment qu’ils vivent le plus souvent en petits groupes d’environ six individus, perchés dans les arbres, ce qui complique encore leur repérage dans la canopée.

Entre la première photo floue de 2008 et la description officielle, il aura fallu plus d’une décennie d’indices, d’expéditions et de patience pour confirmer l’existence du Colobus congoensis.

Un cri profond, à mi-chemin entre rugissement et musique

Au-delà de son apparence, le Colobus congoensis se distingue par un cri très particulier. Focus Junior rapporte que les scientifiques décrivent ce « vers » (cri) comme un rugissement profond, capable de porter très loin dans la forêt.

Les chercheurs le comparent à un mélange étonnant entre un rot sonore et la ligne de basse d’un morceau de musique dance. Ce son inhabituel aurait joué un rôle clé pour confirmer qu’il s’agissait bien d’une espèce à part entière, différente des autres colobes connus.

Chez les singes, les vocalisations servent à :

  • garder le contact entre les membres d’un groupe dispersé dans les arbres ;
  • signaler un danger ou un prédateur ;
  • marquer un territoire sonore ;
  • renforcer les liens sociaux.

Le cri du Colobus congoensis, très reconnaissable, pourrait constituer un outil précieux pour les futures campagnes de suivi, par enregistrements sonores, dans cette forêt où l’œil humain voit peu, mais où l’oreille capte beaucoup.

Un cousin éloigné du colobe satana

Les analyses morphologiques et génétiques menées sur cette petite scimmia l’ont rapprochée d’un singe déjà connu : le colobe satana (Colobus satanas), un autre colobe noir. Les chercheurs ont comparé les caractéristiques physiques, puis étudié l’ADN pour retracer l’histoire évolutive de l’espèce.

Les résultats montrent que :

  • le colobe satana est le parent vivant le plus proche du Colobus congoensis ;
  • les deux espèces vivent à plus de 1 200 km l’une de l’autre ;
  • leur lignée commune se serait séparée il y a plus de 3,5 millions d’années.

Le Colobus congoensis et le colobe satana partagent un ancêtre commun très ancien, dont la lignée se serait divisée il y a plus de 3,5 millions d’années.

Ces distances géographiques et temporelles illustrent la grande diversité encore mal connue des primates africains, notamment dans les zones de forêt tropicale peu étudiées. Elles montrent aussi comment l’isolement de populations de singes, séparées par des rivières, des reliefs ou des changements de climat, peut conduire à l’apparition d’espèces distinctes.

Une espèce déjà menacée par la chasse et la déforestation

Si la découverte est enthousiasmante pour les primatologues, l’état de conservation du Colobus congoensis inquiète déjà. Focus Junior précise que ce singe occupe une aire relativement réduite, ce qui le rend très vulnérable aux pressions humaines.

Les chercheurs signalent deux menaces majeures :

  • la chasse, qui vise divers animaux de la forêt pour la viande ou le commerce ;
  • la perte progressive de la forêt, liée aux activités humaines (défrichements, exploitation, routes).

Ces deux facteurs réduisent et fragmentent son habitat, tout en augmentant le risque de rencontres avec les chasseurs. Les scientifiques appellent à une protection rapide de l’espèce et de sa zone de vie, afin d’éviter qu’un singe tout juste décrit ne soit déjà en voie de disparition.

Caractéristique Colobus congoensis
Lieu de vie Parc national de Lomami, République démocratique du Congo
Aspect Pelage noir, joues grises, lèvres orange, yeux cerclés de noir
Comportement social Petits groupes d’environ six individus
Vocalisation Cri profond, proche d’un rugissement, audible à grande distance
Parent le plus proche Colobe satana, séparé depuis plus de 3,5 millions d’années
Statut Espèce nouvellement décrite, déjà menacée par la chasse et la déforestation

Comment cette découverte éclaire la situation en France

La France ne possède pas de forêts tropicales comme celles de la République démocratique du Congo, ni de populations sauvages de singes sur le territoire métropolitain. Les rares primates présents en liberté se trouvent essentiellement en Guyane française et ne correspondent pas à des espèces nouvellement décrites.

En revanche, la France participe à la protection des primates à travers :

  • la réglementation sur le commerce des espèces menacées, en application des conventions internationales ;
  • les programmes de recherche menés par des laboratoires, muséums et universités ;
  • les partenariats avec des parcs nationaux étrangers ou des ONG impliqués dans la conservation.

Pour un lecteur français, ce type de découverte rappelle le rôle clé des grandes forêts tropicales dans la biodiversité mondiale. Ces écosystèmes abritent encore de nombreuses espèces peu connues, voire inconnues, dont certaines pourraient ne jamais être décrites si la déforestation se poursuit au rythme actuel.

Pourquoi les nouvelles espèces de singes sont si rares

Selon l’article de Focus Junior, le Colobus congoensis n’est que la cinquième nouvelle espèce de singe décrite en Afrique en soixante-quinze ans. Ce faible nombre tient à plusieurs facteurs.

D’abord, les primates sont des animaux relativement grands et visibles, déjà intensément observés depuis des décennies. La plupart des espèces ont donc été identifiées depuis longtemps. Les nouvelles descriptions concernent souvent :

  • des zones géographiquement très isolées ;
  • des espèces morphologiquement proches d’autres singes, qu’il faut distinguer par la génétique ;
  • des régions rendues longtemps inaccessibles par des conflits ou l’absence d’infrastructures.

Ensuite, l’étude des primates demande du temps, des financements et une logistique lourde sur le terrain. Repérer, observer puis suivre régulièrement des groupes de singes nécessite des équipes formées et des moyens, ce qui limite le nombre de zones étudiées de manière approfondie.

Ce que cette découverte nous apprend sur la biodiversité

La description du Colobus congoensis illustre un phénomène souvent rappelé par les biologistes : même au XXIe siècle, la biodiversité mondiale reste loin d’être entièrement connue. Des espèces de grande taille, comme des singes, peuvent encore passer sous les radars scientifiques, surtout dans des forêts étendues et peu explorées.

Elle met aussi en lumière le rôle central des communautés locales, qui connaissaient déjà cet animal sous le nom de likweli. La science internationale arrive parfois après des décennies, voire des siècles d’observations par les habitants, qui peuvent fournir des informations précieuses sur le comportement, les déplacements ou les menaces.

Enfin, cette découverte rappelle un paradoxe bien connu des spécialistes de la conservation : beaucoup d’espèces sont identifiées alors qu’elles sont déjà en danger. L’enjeu ne se limite donc pas à donner un nom à un singe aux lèvres orange, mais à garantir qu’il continuera à pousser son drôle de rugissement dans la forêt du Congo dans les années à venir.

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