EUROTEL

Camping-car : rouler à 89 km/h plutôt qu’à 113 km/h peut réduire la consommation jusqu’à 20 %, et un coffre de toit laissé en place peut la gonfler de 25 %

Au Royaume-Uni, un spécialiste des camping-cars montre qu’une conduite plus douce et quelques gestes simples peuvent faire baisser nettement la facture de carburant.

L’article du magazine britannique Practical Motorhome, publié par Future Publishing, détaille comment le « hypermiling » appliqué aux camping-cars permet de réduire la consommation, parfois de façon spectaculaire. Entre vitesse sur autoroute, poids embarqué, accessoires fixés sur le toit et pression des pneus, chaque choix influe sur le budget carburant, y compris pour les vacanciers français.

Rouler moins vite, consommer beaucoup moins : l’effet immédiat sur un camping-car

Le cœur du raisonnement de Practical Motorhome repose sur un constat simple : la vitesse est l’un des principaux leviers de consommation sur un camping-car, surtout sur voie rapide. L’auteur rappelle qu’en conduisant un motorhome à environ 55 mph, soit 89 km/h, au lieu de 70 mph (113 km/h), la consommation peut baisser jusqu’à 20 %.

Rouler autour de 89 km/h au lieu de 113 km/h sur autoroute peut faire passer un camping-car d’environ 35 mpg à 42 mpg, soit une économie proche de 20 % selon Practical Motorhome.

Autrement dit, accepter de rester sur la voie de droite (ou la voie de droite en France, limitée à 110 ou 130 km/h selon les cas) à une allure un peu plus faible peut rapidement représenter plusieurs dizaines d’euros d’économie sur un long trajet estival.

Le magazine insiste : la différence de temps de parcours reste modérée, alors que la réduction de consommation est, elle, très sensible. Pour un véhicule aussi peu aérodynamique qu’un camping-car, chaque kilomètre/heure compte.

Hypermiling : quand chaque geste derrière le volant fait économiser du carburant

Une conduite souple plutôt que des accélérations brutales

Le « hypermiling » désigne l’art de tirer le meilleur rendement possible de chaque litre de carburant, dans toutes les situations de conduite. Pour un camping-car, Practical Motorhome rappelle que la première source de gain réside tout simplement dans le style de conduite.

  • Accélérer en douceur, comme si l’on appuyait sur une coquille d’œuf.
  • Rester dans la plage de régime la plus basse possible, sans faire peiner le moteur.
  • Anticiper les ralentissements afin d’éviter les gros freinages puis ré-accélérations.
  • Limiter les longues portions à haute vitesse, fortes consommatrices.

Le magazine note qu’un camping-car diesel est le plus souvent à son rendement optimal en dessous de 2 000 tr/min sur le dernier rapport. C’est dans cette zone de fonctionnement que le couple moteur et la consommation trouvent le meilleur compromis.

Pour Practical Motorhome, la clé d’une conduite frugale tient en un mot : douceur. Chaque coup d’accélérateur brutal est un litre de carburant brûlé inutilement.

Les « hypermilers » les plus extrêmes vont jusqu’à limiter leur usage de climatisation, d’équipements électriques et d’accessoires consommateurs d’énergie. Le magazine considère toutefois qu’il s’agit là d’une approche un peu radicale, même si couper la climatisation lorsque ce n’est pas nécessaire permet un léger gain. En revanche, ouvrir les vitres à haute vitesse dégrade l’aérodynamique, donc la consommation.

Coasting et aspiration : des techniques à proscrire pour la sécurité

Deux pratiques parfois associées au hypermiling sont clairement déconseillées par Practical Motorhome.

La première, le « coasting », consiste à rouler en descente au point mort ou avec l’embrayage enfoncé pour réduire les pertes mécaniques. Le code de la route britannique (Highway Code) la qualifie de dangereuse : plus de frein moteur, vitesse qui augmente en descente, freinage plus sollicité, direction moins précise, difficulté à engager le bon rapport en urgence.

La seconde, le « slipstreaming » derrière un poids lourd, vise à profiter de son aspiration pour diminuer la résistance de l’air. Si l’effet sur la consommation est réel, il impose de se rapprocher beaucoup du véhicule de tête, ce qui conduit au « tailgating », assimilé à de la conduite dangereuse par le droit britannique, avec risques de forte amende, de retrait de points et de peine de prison en cas d’accident.

Practical Motorhome rappelle que le gain de carburant ne justifie jamais de réduire les distances de sécurité. L’économie réalisée ne pèsera rien face au risque d’accident grave.

Alléger son camping-car : quelques dizaines de kilos font déjà la différence

Au-delà du style de conduite, le poids embarqué joue un rôle majeur. Plus un véhicule est lourd, plus il faut d’énergie pour le mettre en mouvement et maintenir sa vitesse. Le magazine britannique conseille donc de passer au crible tout l’équipement emporté à bord.

  • Éliminer les objets qui n’ont pas servi depuis un an.
  • Laisser au garage le matériel « au cas où » qui pèse lourd.
  • Remplacer certains équipements par des versions plus légères lorsque c’est possible.

Un geste simple est mis en avant : voyager avec un réservoir d’eau propre pratiquement vide, en veillant à toujours vider le réservoir des eaux usées et la cassette des toilettes avant de reprendre la route. Un plein d’eau peut peser plus de 100 kg, l’équivalent de plusieurs passagers supplémentaires.

Selon Practical Motorhome, une baisse d’environ 100 kg peut déjà représenter un gain de consommation voisin de 2 %, même si atteindre -10 % du poids total reste irréaliste pour la plupart des camping-cars.

Le magazine rappelle que pour un véhicule atteignant 3 500 kg, retirer 350 kg reviendrait quasiment à ôter moteur et boîte de vitesses, ce qui montre la limite théorique, mais souligne aussi l’intérêt de grappiller des kilos partout où cela est réalisable.

Aérodynamique : ces accessoires qui font exploser la conso

Un coffre de toit oublié peut coûter jusqu’à 25 % de carburant

Les camping-cars ont, par nature, la forme d’un « parpaing » roulant, très loin de la silhouette en goutte d’eau considérée comme idéale en aérodynamique. Toute pièce ajoutée qui augmente la surface frontale ou crée des turbulences vient encore aggraver la situation.

Practical Motorhome pointe un cas simple : laisser en permanence un coffre de toit peut faire grimper la consommation jusqu’à 25 %. À l’inverse, le démonter hors des déplacements est l’un des gestes les plus efficaces pour économiser du carburant.

Au-delà du coffre de toit, le magazine met en cause :

  • Les galeries et barres de toit permanentes.
  • Les rampes de projecteurs et phares additionnels.
  • Les auvents de type cassette dépassant de la carrosserie.
  • Les panneaux solaires mal intégrés qui perturbent l’écoulement de l’air.
  • Les ouvertures mal fermées comme un lanterneau ou une antenne restée relevée.

Les roues jouent également un rôle : les jantes très saillantes ou les gros pneus tout-terrain génèrent davantage de turbulences dans les passages de roue, augmentant encore la traînée. Certains « hypermilers » vont jusqu’à fabriquer des panneaux lisses pour recouvrir partiellement les passages de roue arrière et lisser l’écoulement de l’air.

Forme de la cellule, hauteur, pneus : des choix qui pèsent sur le budget carburant

L’analyse de Practical Motorhome rappelle aussi que, pour un même châssis et un même moteur, la forme de la cellule et la hauteur du véhicule pèsent bien davantage sur la consommation que la cylindrée. Un profil bas sera quasiment toujours plus sobre qu’un modèle capucine avec surélévation au-dessus de la cabine.

Les transformations de type « van tout-terrain » — suspension rehaussée, pare-buffle, barres de toit, pneus cramponnés — ont un coût esthétique en litres aux 100 kilomètres. Le magazine estime que ce type de configuration n’a de sens que pour un usage off-road réel. Pour un usage majoritairement routier et autoroutier, ces choix réduisent l’adhérence sur le bitume mouillé et pèsent lourd sur la consommation.

Practical Motorhome considère les camping-cars surélevés en mode « overlander » comme l’ennemi du hypermiling : plus hauts, plus larges, plus lourds, avec des accessoires saillants et des pneus très résistants au roulement.

Pression des pneus et choix des enveloppes : un levier souvent négligé

Les pneus influent directement sur la résistance au roulement. Des pneus sous-gonflés augmentent cette résistance et consomment plus. À l’inverse, un gonflage trop élevé améliore l’économie, mais réduit la surface de contact au sol et donc l’adhérence.

Practical Motorhome conseille de :

  • Faire peser séparément les essieux sur un pont-bascule.
  • Consulter ensuite le manufacturier de pneus pour ajuster la pression en fonction de la charge réelle.
  • Contrôler la pression au moins une fois par mois et avant chaque grand départ.
  • Le magazine rappelle aussi l’existence des étiquettes européennes de pneus, qui indiquent un classement de l’efficacité énergétique de A (meilleur) à G (pire). L’écart de résistance au roulement entre une gomme très efficiente et une très mauvaise peut atteindre environ 7,5 %.

    Practical Motorhome cite par exemple un pneu Continental VanContact A/S Ultra Camper, classé C en résistance au roulement, quand un pneu 4×4 BF Goodrich All-Terrain est évalué E. Ce simple choix peut donc se traduire par plusieurs pourcents de carburant en plus ou en moins.

    Cruise control, type de moteur, futur électrique : ce que dit l’exemple britannique

    Le magazine britannique nuance aussi le rôle du régulateur de vitesse. Selon lui, un régulateur classique ne fait pas forcément économiser de carburant par rapport à un conducteur attentif : l’électronique maintient strictement la vitesse, y compris sur les reliefs, alors qu’un conducteur peut accepter une très légère variation pour ménager le moteur.

    Les systèmes de régulation adaptative, basés sur radar, gèrent mieux le flux du trafic, mais l’auteur estime qu’un conducteur expérimenté reste généralement plus fin.

    Côté motorisation, Practical Motorhome souligne qu’un petit moteur très sollicité à vitesse autoroutière peut consommer davantage qu’un bloc plus gros tournant à plus bas régime, mieux adapté aux longs trajets ou aux reliefs marqués. Le choix doit donc se faire en fonction de l’usage : grands axes et montagne, ou petits trajets et routes ordinaires.

    Le magazine évoque aussi la question de l’électrique, avec un concept de camping-car solaire développé par l’université de technologie d’Eindhoven, aux Pays-Bas. Ce prototype, baptisé Stella Vita, affiche une forme en goutte d’eau, une masse de 1 700 kg et une batterie de 60 kWh alimentée par des panneaux solaires intégrés, pour une autonomie annoncée jusqu’à 450 miles (environ 724 km). Il a parcouru 1 800 miles jusqu’en Espagne en se rechargeant uniquement au soleil. Un concept encore éloigné de l’usage courant, mais qui illustre le potentiel de l’aérodynamique et de la réduction de poids.

    Ce que cela change pour les camping-caristes en France

    Si l’article de Practical Motorhome s’appuie sur le contexte britannique, les principes qu’il expose s’appliquent directement à un camping-car immatriculé en France. Sur autoroute, réduire sa vitesse de croisière de quelques dizaines de kilomètres/heure aura les mêmes effets sur la résistance de l’air et donc sur la consommation.

    Les règles de sécurité, elles, restent comparables : en France comme au Royaume-Uni, rouler au point mort en descente, suivre de trop près un poids lourd ou chercher l’aspiration d’un bus fait encourir un risque important et expose à des sanctions pour conduite dangereuse.

    Les camping-caristes français peuvent sans difficulté reprendre les leviers décrits par Practical Motorhome :

    • adopter une allure modérée sur autoroute, quitte à accepter quelques minutes de trajet supplémentaires ;
    • alléger le véhicule avant le départ, en particulier en jouant sur l’eau embarquée ;
    • retirer les coffres de toit et accessoires inutilisés en dehors des vacances ;
    • choisir des pneus adaptés à l’usage routier, bien gonflés et avec une bonne classe énergétique ;
    • privilégier une conduite coulée, avec anticipation, plutôt que des accélérations vives.

    Pour un équipage français qui parcourt plusieurs milliers de kilomètres par an, l’effet cumulatif de ces gestes peut se chiffrer en centaines d’euros économisés, surtout avec un plein de gasoil à un tarif élevé. La baisse de consommation va aussi dans le sens d’une réduction des émissions de CO₂, même si Practical Motorhome insiste sur le fait que, pour un camping-car utilisé ponctuellement, l’impact global reste moindre que pour une voiture utilisée tous les jours.

    Hypermiling ne signifie pas voyager dans l’inconfort ou la lenteur extrême. L’article britannique montre plutôt qu’en ajustant légèrement sa vitesse, en allégeant son équipement et en rangeant au garage quelques accessoires très gourmands en aérodynamique, un camping-cariste peut faire baisser sa consommation de 20 %, voire davantage si un coffre de toit particulièrement pénalisant est retiré.

    Défiler vers le haut