À Genillé, en Indre-et-Loire, un retraité français a réalisé un vieux rêve d’adolescent en s’offrant une sportive mythique des années 70.
Dans un article du quotidien régional français La Nouvelle République consacré aux loisirs en Sud-Touraine, un habitant de Genillé raconte comment il a attendu plus d’un demi-siècle avant de prendre enfin le volant de l’Alpine A110 dont il rêvait depuis ses 18 ans. Une histoire de patience, d’attachement à une marque française de légende et de passion pour les courses de côte locales.
Un coup de foudre d’adolescent né sur les routes de Charnizay
Roger Lambin, 75 ans, vit à Genillé, en Indre-et-Loire. C’est là, dans son garage, qu’il garde précieusement sa voiture fétiche : une Alpine A110 Berlinette de décembre 1971, achetée en 2014. Cette sportive bleue, devenue icône des rallyes des années 70, occupe une place à part dans sa vie.
Comme il l’a confié à La Nouvelle République, tout commence à la fin de son adolescence, lorsqu’il se rend avec des amis aux courses de côte de Charnizay, en Sud-Touraine, non loin de chez lui. Sur ces routes vallonnées, l’Alpine A110 règne alors en reine des spéciales.
« J’en rêvais depuis mes 18 ans, quand j’allais voir les courses de côte de Charnizay avec des amis. À l’époque, on se disait que si un jour on pouvait s’en offrir une, ce serait le bonheur », raconte Roger Lambin.
La silhouette basse, les phares ronds, la sonorité du moteur à l’arrière, l’odeur d’huile chaude dans les paddocks : autant de détails qui marquent l’adolescent qu’il est alors. Dans ces années 70, l’Alpine représente pour lui le symbole de la performance française en rallye, mais aussi une forme de liberté mécanique.
Un peintre qui s’est laissé happer par l’odeur de l’huile et du carburant
De formation, Roger Lambin est peintre. Il n’a jamais prétendu être mécano, ni passé ses soirées sous une voiture à faire des réglages de compétition. Il le reconnaît volontiers : la mécanique n’est pas son domaine. En revanche, il a l’œil, celui de quelqu’un qui sait apprécier les lignes, les volumes, les jeux de lumière sur une carrosserie.
Sa première voiture, achetée en 1971, donne déjà le ton : une Dauphine Gordini. Une petite berline populaire mais affûtée, préparée pour offrir un comportement plus sportif que la version classique. Cette auto illustre déjà ses goûts : un modèle compact, nerveux, au style simple mais avec un tempérament.
Année après année, il conduit, travaille, fait sa vie en Touraine. L’Alpine reste dans un coin de sa tête, comme un rêve un peu fou, réservé aux pilotes chevronnés ou aux collectionneurs fortunés. Lui continue à approcher les voitures par le regard, en observant les détails de peinture, la patine des carrosseries, les défauts qui racontent une vie d’auto plutôt que d’objet figé.
Une Alpine A110 Berlinette de 1971, chérie comme un trésor vivant
En 2014, tout bascule : à 65 ans passés, il trouve enfin une Alpine A110 Berlinette, millésime décembre 1971. Le modèle correspond exactement à l’époque qui a nourri ses rêves. Il décide de franchir le pas et de l’acheter.
Dans son garage de Genillé, la voiture trône désormais comme une pièce maîtresse. Elle n’est pas seulement entretenue, elle est observée, ressentie. Ses craquelures de peinture, ses petites marques de temps, loin d’être des défauts, constituent une partie de son charme.
Pour ce collectionneur de Genillé, son Alpine n’a rien d’un objet figé : il parle d’un « trésor vivant », qui s’exprime par le bruit du moteur, l’odeur de l’huile et les traces de son histoire.
Roger Lambin insiste sur ce qui distingue, à ses yeux, sa sportive de collection des véhicules récents. Dans l’article de La Nouvelle République, il résume d’une formule tranchante : « Les voitures modernes n’ont pas d’âme. » Une phrase qui concentre un sentiment partagé par de nombreux passionnés d’anciennes, pour qui l’électronique, l’assistance et le confort ont gommé les sensations brutes.
Avec l’Alpine A110, chaque démarrage demande de l’attention. Le moteur, placé à l’arrière, transmet des vibrations. La direction répond directement, sans filtre. Les freins obligent à anticiper. Autant de caractères qui façonnent un lien particulier entre le conducteur et sa voiture.
Chaque année, un retour aux sources sur la course de côte de Charnizay
L’histoire de Roger Lambin ne se limite pas à la possession d’une Alpine. Il continue d’entretenir un lien fort avec le décor qui a fait naître sa passion : la course de côte de Charnizay, en Sud-Touraine. Cet événement amateur rassemble, une fois par an, des voitures anciennes, des sportives et leurs propriétaires sur un parcours routier fermé.
Pour lui, y participer ou simplement s’y rendre avec son Alpine A110, c’est effectuer un véritable voyage dans le temps. Les paysages ont peu changé, les virages restent les mêmes, et les spectateurs se pressent encore en bord de route. Ce qui a changé, c’est qu’il ne se trouve plus derrière les barrières comme à 18 ans : il vient au volant de la voiture dont il rêvait alors.
Il a découvert l’Alpine sur ces routes, adolescent.
Il y retourne désormais chaque année avec sa propre Berlinette.
La course de côte sert de fil conducteur à plus de cinquante ans de passion.
Pour de nombreux habitants du secteur, ce type de manifestation représente un moment fort du calendrier local. Elle fait vivre le patrimoine automobile, rassemble plusieurs générations et donne à voir des modèles devenus rares sur les routes.
Pourquoi l’Alpine A110 reste une icône des années 70
L’attrait de Roger Lambin pour la Berlinette s’explique aussi par l’histoire de ce modèle. L’Alpine A110, fabriquée en France, a marqué les années 60 et 70 par ses succès en rallye. Légère, agile, elle a brillé sur des épreuves comme le Monte-Carlo, devenant une véritable vitrine du savoir-faire français en compétition automobile.
À l’époque, cette petite sportive à moteur arrière repose sur une base technique proche de celle de Renault, mais radicalement allégée et affinée pour la performance. Sa carrosserie basse en fait une voiture facilement reconnaissable. Aujourd’hui encore, son design reste une référence pour les amateurs d’anciennes, au point d’avoir inspiré, des décennies plus tard, une nouvelle Alpine A110 moderne.
Dans les années 70, croiser une Alpine en course de côte ou sur un rallye, c’était croiser une voiture en vue. Pour un jeune Tourangeau passionné, ces images restent gravées, d’où le caractère presque affectif que prend ce modèle dans sa mémoire.
Une voiture ancienne, entre plaisir et vigilance
Posséder une Alpine A110 de 1971 ne s’apparente pas à l’usage d’une voiture du quotidien. Les propriétaires de ce type de modèle, en France, doivent composer avec plusieurs réalités :
Aspect
Particularité pour une Alpine A110 de 1971
Conduite
Comportement vif, sensations fortes, moins d’assistances que sur une voiture récente
Entretien
Nécessité de pièces spécifiques et de garages habitués aux anciennes
Assurance
Contrats « collection » possibles, avec conditions d’usage limité
Sécurité
Moins d’équipements modernes (airbags, aides électroniques), d’où une conduite prudente
Pour Roger Lambin, ces contraintes s’effacent face à l’attachement qu’il porte à sa voiture. L’essentiel reste le plaisir de rouler à son rythme, sur les petites routes de Touraine, avec le son caractéristique du moteur et l’impression de renouer avec ses 18 ans.
En France, un patrimoine automobile très encadré mais bien vivant
L’histoire de ce passionné de Genillé s’inscrit dans un mouvement plus large en France : la valorisation des véhicules anciens comme éléments de patrimoine. Les autos de collection, dont fait partie l’Alpine A110, bénéficient d’un statut spécifique.
En France, un véhicule peut obtenir une mention « collection » sur sa carte grise lorsqu’il remplit certains critères d’âge et de conformité. Cette mention l’inscrit dans une logique de préservation. Elle ouvre la voie à des contrats d’assurance adaptés, souvent moins coûteux, mais avec des limitations de kilométrage ou d’usage quotidien.
De nombreuses manifestations, comme les courses de côte historiques, les montées rétro ou les rassemblements mensuels, permettent à ces voitures de continuer à rouler. Dans l’esprit d’un propriétaire comme Roger Lambin, l’intérêt ne réside pas dans le fait de laisser l’auto sous une housse, mais bien de la faire vivre régulièrement, sans pour autant l’exposer à des usages intensifs.
Face aux normes environnementales de plus en plus strictes dans les grandes villes françaises, les autorités distinguent généralement ces véhicules anciens des voitures récentes fortement émettrices. Leur faible nombre et leur usage occasionnel limitent leur impact, ce qui justifie en partie les régimes particuliers souvent négociés pour les rassemblements ou les rallyes historiques.
Une passion qui dépasse l’objet pour toucher à la mémoire
Pour un lecteur français, l’histoire de ce Tourangeau illustre ce que représente une voiture de collection : bien plus qu’un placement ou un simple loisir. L’Alpine A110 de Roger Lambin concentre son parcours de vie, son entrée dans l’âge adulte, ses virées entre amis, ses souvenirs de bord de route à Charnizay.
Ce type de passion se retrouve chez d’autres amateurs d’anciennes en France : certains retrouvent la 4L de leurs parents, d’autres rachetente un modèle conduit pendant leur jeunesse, ou une moto aperçue dans un film. L’auto devient alors un vecteur de mémoire, un moyen de renouer avec une époque ou un milieu qui a compté.
À travers l’exemple de cette Alpine, la question du temps qui passe se pose aussi. Une voiture de 1971 n’offre pas le confort ou la sécurité d’un modèle moderne. Elle impose une vigilance accrue, une anticipation à chaque virage, une distance plus grande. Pour beaucoup, cette exigence renforce au contraire le lien avec la route et avec la machine.
Réaliser son rêve automobile à 75 ans, comme le fait ce passionné de Genillé, montre enfin qu’une passion ne s’éteint pas avec l’âge. Elle se transforme, s’adapte aux moyens du moment, mais reste un moteur puissant, au sens propre comme au figuré, pour continuer à sortir, à rencontrer d’autres amateurs et à revenir, année après année, sur la course de côte qui l’a fait naître.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Quel est le lien entre Roger Lambin et la course de côte de Charnizay ?
À 18 ans, Roger Lambin s'est rendu avec des amis aux courses de côte de Charnizay où l'Alpine A110 régnait en reine des spéciales. Ce rêve d'adolescent a marqué sa vie et il y retourne chaque année au volant de son Alpine depuis 2014.
Pourquoi l'Alpine A110 est-elle iconique dans les années 70 ?
L'Alpine A110, fabriquée en France, a brillé en rallye sur des épreuves comme le Monte-Carlo grâce à sa légèreté, son agilité et ses succès en compétition. Elle est devenue une vitrine du savoir-faire français et ses lignes restent une référence pour les amateurs d'anciennes automobiles.
Comment Roger Lambin, peintre de formation, envisage-t-il sa voiture ?
Roger Lambin apprécie sa voiture par le regard, en observant les détails de peinture, la patine de la carrosserie et les défauts qui racontent son histoire. Il décrit son Alpine comme un trésor vivant s'exprimant par le bruit du moteur et l'odeur de l'huile, bien loin d'un objet figé.
Quand exactement Roger Lambin a-t-il acheté son Alpine A110 ?
Roger Lambin a acheté son Alpine A110 Berlinette en 2014, à l'âge de 65 ans passés, plus de 50 ans après sa première rencontre avec ce modèle sur les routes de Charnizay.
Quelle était la première voiture de Roger Lambin ?
Sa première voiture, achetée en 1971, était une Dauphine Gordini, une petite berline populaire préparée pour offrir un comportement sportif. Elle reflétait déjà son goût pour les modèles compacts et nerveux.