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Un laser perce la végétation du Machu Picchu : 2,5 km de routes inconnues découvertes sous la forêt

Vues aériennes de la forêt nuageuse andine entourant le Machu Picchu, avec tracés de routes et terrasses révélés par imagerie laser LiDAR sous la végétation dense.

Au cœur des Andes péruviennes, une campagne scientifique a révélé, sous la végétation, un réseau de voies préhispaniques insoupçonné autour du Machu Picchu.

Grâce à une technologie laser de pointe, des archéologues ont mis au jour plus de 2,5 kilomètres de routes et d’aménagements préhispaniques enfouis sous la forêt nuageuse qui entoure le Machu Picchu, au Pérou. Cette découverte, annoncée par le ministère péruvien de la Culture et rapportée par un média d’actualité spécialisé en archéologie, pourrait profondément modifier la compréhension de l’organisation de ce site emblématique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Un réseau de 2,5 km de routes révélé sous la forêt

L’enquête s’est concentrée sur le secteur dit du « mur de Mandor », à l’est de la citadelle du Machu Picchu, dans le Parc archéologique national du même nom. C’est là qu’une équipe internationale a identifié plus de 2,5 kilomètres de routes préhispaniques jusqu’ici inconnues des chercheurs.

L’un des éléments les plus marquants est une route principale d’au moins 1,2 kilomètre de long. Son tracé, en zigzag, rappelle nettement les caractéristiques du génie civil inca : pentes maîtrisées, virages serrés, adaptation fine au relief accidenté de la montagne.

Les relevés montrent une route continue d’environ 1,2 km, accompagnée de plateformes et de terrasses agricoles potentielles, enfouies sous une végétation extrêmement dense.

Les chercheurs suspectent que cette voie ait joué un rôle stratégique dans la circulation autour du Machu Picchu, qu’il s’agisse de relier des zones agricoles, des secteurs résidentiels ou des points de contrôle. Mais son datage précis et sa fonction exacte restent à établir. Seules des fouilles et des études détaillées sur le terrain permettront de confirmer si cette route appartient bien au réseau officiel inca, les Qhapaq Ñan, ou à une phase antérieure ou postérieure.

Un laser pour « voir » à travers la jungle andine

Pour parvenir à ce résultat, les équipes ont utilisé la technologie LiDAR, acronyme de « Light Detection and Ranging ». Cette méthode consiste à émettre depuis un avion ou un drone des millions d’impulsions laser vers le sol, puis à mesurer le temps mis par ces signaux pour revenir vers le capteur.

Après traitement informatique, les données permettent de « filtrer » la végétation et de reconstituer la surface du terrain comme si la forêt avait été retirée. Des reliefs infimes, imperceptibles depuis le sol, apparaissent alors : tracés de routes, murets, terrasses, plateformes, fondations de bâtiments.

Dans une zone de forêt nuageuse où les montagnes sont abruptes et la végétation presque impénétrable, le LiDAR offre une cartographie du paysage archéologique jusqu’ici impossible à obtenir.

Le ministère de la Culture du Pérou souligne que cette campagne s’est déroulée en juillet 2023 et qu’elle marque une étape importante dans l’usage systématique des technologies de télédétection pour orienter les futures fouilles autour du Machu Picchu.

Des terrasses et plateformes encore à étudier

Au-delà de la route principale, les images LiDAR laissent entrevoir des structures interprétées comme des terrasses agricoles et des plateformes. Ces aménagements auraient pu servir à la culture en altitude, typique du monde andin, ou à des usages rituels ou résidentiels.

Les autorités culturelles de Cusco ont ordonné des études ciblées de ces nouvelles formes : relevés détaillés, cartographie de précision, description des murs, analyse des techniques de construction, état de conservation. Les résultats pourraient montrer comment ce secteur de Mandor s’intégrait à un système plus vaste de production agricole et de gestion du territoire.

Vers une nouvelle lecture du paysage du Machu Picchu

Depuis plus d’un siècle, l’attention se porte surtout sur la citadelle elle-même : ses temples, ses terrasses spectaculaires, ses bâtiments de pierre finement taillée. Or, les données récentes tendent à montrer que le Machu Picchu ne fonctionnait pas comme un site isolé, mais comme le cœur d’un ensemble bien plus large.

Le mur de Mandor fait partie de ce paysage culturel élargi. Les archéologues y voient désormais un maillon d’un réseau de routes, de zones agricoles et de secteurs habités, structurant l’ensemble de la montagne.

Plutôt qu’une « ville perdue » au sommet d’un pic, le Machu Picchu apparaît de plus en plus comme le centre d’un tissu de voies de circulation, de terrasses et de postes de contrôle répartis sur plusieurs versants.

Les nouvelles routes mises en évidence posent une question clé : ce secteur servait-il à contrôler les déplacements autour de la citadelle, à acheminer des denrées ou à gérer politiquement et militairement le territoire ? Les futures fouilles tenteront de répondre à ces interrogations, notamment en cherchant des points de connexion avec des chemins déjà connus du réseau inca.

Une coopération scientifique internationale

Le projet est le fruit d’une collaboration entre le Centre d’études andines de l’Université de Varsovie et la Direction décentralisée de la Culture de Cusco. Le travail de terrain et la documentation archéologique ont été dirigés par le Dr Jan Kłaput, tandis que le recours aux technologies de télédétection a été supervisé par le Dr Bartłomiej Ćmielewski, de l’Université de technologie de Wrocław.

L’équipe comprenait également l’archéologue péruvien Jeff Rocky Contreras Soto, de la société Apu Space, et le Dr Paweł Dąbek, spécialiste des sciences de l’environnement. La coordination des recherches au sein du Parc archéologique du Machu Picchu était assurée par la responsable scientifique locale, le Dr Nino del Solar Velarde.

  • Financement principal assuré par l’Université de Varsovie ;
  • Supervision scientifique partagée entre institutions péruviennes et polonaises ;
  • Objectif : inventorier et comprendre les structures cachées du paysage andin.

La directrice exécutive de la Direction de la Culture de Cusco, Maritza Rosa Candia, souligne que l’intégration de ces technologies dans les recherches archéologiques permet de mieux cibler les zones à fouiller et les priorités en matière de conservation. Le professeur Mariusz Ziółkowski, directeur du Centre d’études andines de Varsovie, insiste, lui, sur le rôle décisif de la coopération internationale pour repérer et étudier ces traces encore invisibles il y a quelques années.

Quelles suites pour les archéologues au Pérou ?

Les autorités culturelles péruviennes rappellent que ce n’est qu’une première étape. Les images LiDAR donnent une sorte de « carte au trésor scientifique », mais ne remplacent pas les investigations in situ.

Plusieurs chantiers sont prévus :

  • Vérification sur le terrain des structures repérées par laser ;
  • Datation relative des murs et des chaussées par l’étude des techniques de construction ;
  • Analyse de la fonction des routes, terrasses et plateformes ;
  • Évaluation des risques d’érosion, de glissements de terrain ou d’impacts touristiques ;
  • Définition de mesures de protection et, éventuellement, de mise en valeur patrimoniale.
  • Les responsables envisagent déjà la manière dont ces nouveaux vestiges pourraient un jour être intégrés à la visite du Machu Picchu, sans fragiliser le site. Dans cette région montagneuse très fréquentée par les touristes, le moindre sentier supplémentaire doit être géré avec prudence pour éviter dégradations et surfréquentation.

    La situation en France : comment le LiDAR sert aussi les archéologues

    Pour un lecteur français, cette avancée illustre un mouvement de fond : l’usage du LiDAR est devenu un outil clé pour l’archéologie, y compris en France. L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et plusieurs laboratoires universitaires y recourent régulièrement.

    Cette technologie a déjà permis, sur le territoire français :

    • de repérer des réseaux de fossés protohistoriques sous des forêts denses ;
    • d’identifier des vestiges de voies antiques ou médiévales dans des zones peu accessibles ;
    • de mieux comprendre l’extension de certains oppida ou anciens centres urbains gaulois et gallo-romains.

    En France comme au Pérou, le principe reste le même : le LiDAR oriente les fouilles et limite les interventions inutiles. Il aide aussi à préserver les sites, en évitant d’ouvrir des tranchées au hasard. La différence majeure tient à la densité de la végétation et au relief extrême des Andes, qui donnent au cas du Machu Picchu une dimension particulièrement spectaculaire.

    Ce que change cette découverte pour la compréhension du Machu Picchu

    Cette mise au jour de 2,5 kilomètres de routes renforce l’idée d’un Machu Picchu inséré dans un maillage serré de circulations, de productions agricoles et d’espaces de contrôle territorial. Les chercheurs espèrent désormais déterminer si ces nouvelles voies appartenaient au système routier inca reliant les différentes vallées andines, ou si elles répondaient à un usage plus local, tourné vers la gestion quotidienne du sanctuaire.

    Pour le grand public, cette découverte rappelle que même les sites archéologiques les plus emblématiques restent loin d’être entièrement compris. Sous la forêt nuageuse, d’autres segments de routes, d’autres terrasses et d’autres installations pourraient attendre d’être révélés par les prochaines campagnes de relevés laser.

    Un siècle après la mise en lumière de la citadelle, un « autre » Machu Picchu, plus vaste, se dessine progressivement sous la canopée andine, point par point, impulsion laser après impulsion laser.

    À mesure que ces cartes numériques se précisent, les archéologues disposent d’un outil supplémentaire pour reconstituer les logiques d’occupation du territoire andin et la manière dont les populations préhispaniques ont domestiqué des reliefs parmi les plus abrupts du continent.

    Questions fréquentes

    Comment la technologie LiDAR permet-elle de voir à travers la forêt ?

    Le LiDAR émet des millions d'impulsions laser depuis un avion ou un drone et mesure le temps de retour des signaux. Les données informatiques filtrent ensuite la végétation et restituent le relief du terrain comme si la forêt avait été retirée, révélant les reliefs mineurs imperceptibles au sol.

    Quelle était la fonction de cette route principale découverte ?

    Les archéologues suspectent qu'elle aurait joué un rôle stratégique en reliant des zones agricoles, des secteurs résidentiels ou des points de contrôle autour du Machu Picchu. Cependant, son datage précis et sa fonction exacte restent à établir par des fouilles détaillées.

    Comment cette découverte change-t-elle notre compréhension du Machu Picchu ?

    Elle suggère que le Machu Picchu ne fonctionnait pas comme une « ville perdue » isolée, mais comme le cœur d'un ensemble bien plus large, avec un réseau de routes, de zones agricoles et de secteurs habités répartis sur plusieurs versants de la montagne.

    Qui a dirigé cette campagne archéologique ?

    Le projet résulte d'une collaboration entre le Centre d'études andines de l'Université de Varsovie et la Direction décentralisée de la Culture de Cusco. Le Dr Jan Kłaput supervisait le terrain, tandis que le Dr Bartłomiej Ćmielewski gérait les technologies de télédétection.

    Quelles sont les prochaines étapes de la recherche ?

    Les autorités péruviennes prévoient plusieurs chantiers : vérification sur le terrain, datation relative des structures, analyse de leur fonction, évaluation des risques d'érosion et définition de mesures de protection. Les images LiDAR constituent une « carte au trésor scientifique » qui devra être confirmée par des investigations in situ.
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