Dans le désert de Tabernas, en Andalousie, une plateforme martienne grandeur nature doit prouver ce jeudi qu’elle pourra atterrir sur Mars.
Dans la province d’Almeria, au sud de l’Espagne, l’Agence spatiale européenne (ESA) transforme le désert de Tabernas en terrain d’essai martien. Comme le rapporte un communiqué relayé par la presse espagnole, un prototype de système d’atterrissage pour la mission ExoMars va y être mis à l’épreuve, avec à la clé un enjeu majeur : garantir qu’en 2028, le rover Rosalind Franklin puisse se poser sans casse sur la planète rouge.
Le désert de Tabernas transformé en terrain d’essai martien
Le désert de Tabernas, l’un des plus arides d’Europe, a été choisi par l’ESA pour une campagne de tests cruciale. Le paysage y est sec, rocailleux, accidenté, avec une luminosité et des contrastes qui rappellent ceux observés sur Mars. Ce cadre permet de simuler au mieux certaines conditions que rencontrera la mission ExoMars.
Ce jeudi, un rover expérimental baptisé « Charlie » doit servir de banc d’essai à plusieurs technologies et procédures qui seront utilisées lors de la mission réelle. Particularité de l’exercice : le véhicule sera piloté à distance depuis Turin, en Italie, où se trouve un centre de contrôle impliqué dans ExoMars.
Le désert de Tabernas sert de répétition générale pour l’atterrissage et les opérations du futur rover européen Rosalind Franklin sur Mars.
Les équipes vont tester la navigation autonome du rover, mais aussi une partie des activités scientifiques prévues sur la planète rouge. Le but est de s’assurer que les systèmes répondent bien, y compris lorsque la machine doit prendre des décisions en s’appuyant sur ses capteurs et son logiciel embarqué, avec un contrôle humain limité.
Quatre « pattes » pour amortir l’atterrissage sur Mars
Au cœur de ces essais, on trouve un système d’atterrissage très particulier : quatre jambes articulées, ou « pattes », développées par le groupe industriel espagnol Sener. Ces jambes restent repliées durant tout le voyage vers Mars, puis se déploient automatiquement juste avant que la plateforme de descente n’atteigne le sol martien.
Ce système doit supporter un double défi :
resté compact, stable et fiable pendant plusieurs mois de croisière interplanétaire ;
se déployer en une fraction de seconde au moment le plus critique de la mission.
Selon Sener, les essais réalisés en amont ont montré que le déploiement des quatre jambes peut être achevé en moins d’une seconde. Les ingénieurs ont opté pour des actionneurs non explosifs, une option plus sûre et plus contrôlable que les systèmes pyrotechniques classiquement utilisés pour certaines séparations en vol spatial.
Les quatre jambes doivent se déployer en moins d’une seconde et absorber l’impact final tout en protégeant les instruments scientifiques du rover.
Une fois déployées, ces « pattes » doivent amortir le choc de l’atterrissage et maintenir la plateforme dans une position stable, afin que tous les instruments et le rover Rosalind Franklin puissent fonctionner correctement à la surface. Le système travaille en complément d’autres éléments clés : les parachutes, chargés de freiner la descente dans l’atmosphère martienne, et les moteurs de descente, qui réduisent la vitesse juste avant le contact avec le sol.
ExoMars reconfigurée après la fin de la coopération avec la Russie
Le rôle de Sener a pris une dimension plus grande après la reconfiguration de la mission ExoMars. L’ESA coopérait initialement avec l’agence spatiale russe Roscosmos pour la phase de descente et d’atterrissage. Ce partenariat a été interrompu, ce qui a obligé l’Europe à développer en urgence de nouveaux systèmes pour remplacer les composants russes prévus.
Le calendrier, lui, n’a pas changé : le lancement vise toujours la fenêtre de 2028, période au cours de laquelle la configuration entre la Terre et Mars permet un trajet plus rapide et plus économe en carburant. Sener souligne que le modèle de qualification du train d’atterrissage est en cours de tests finaux, et que la livraison des équipements de vol est planifiée pour le quatrième trimestre 2026.
« L’achèvement des campagnes d’essai du modèle de test et l’avancée de la qualification représentent une étape décisive dans notre participation à la mission », affirme Iñaki Pinto, directeur Espace et Science de Sener.
L’entreprise explique avoir conçu et fabriqué ces quatre jambes pour résister aux contraintes mécaniques et environnementales très fortes du voyage et de l’atterrissage. Vibrations au lancement, variations thermiques extrêmes, poussière, faible gravité martienne : autant de paramètres intégrés dès la conception.
Ce que le rover Rosalind Franklin cherchera sur Mars
Rosalind Franklin, le futur rover de l’ESA, a une mission scientifique ambitieuse : rechercher d’éventuels signes de vie passée ou présente sur Mars et analyser l’environnement géochimique de la planète.
Pour cela, il dispose d’un atout rare : une foreuse capable d’atteindre jusqu’à deux mètres de profondeur. La plupart des missions antérieures se limitaient à quelques centimètres sous la surface.
à la surface, les matériaux sont exposés aux radiations et aux conditions climatiques extrêmes ;
en profondeur, la matière reste mieux protégée, ce qui augmente les chances de préserver d’éventuelles traces organiques.
Le rover prélèvera des échantillons sous la surface, les remontera puis les analysera à l’aide d’instruments embarqués pour étudier leur composition chimique et minéralogique. Les essais en Espagne incluent donc des séquences inspirées de ces futures activités, même si l’environnement martien ne peut pas être reproduit à l’identique.
Le rôle élargi de Sener dans la mission ExoMars
Le train d’atterrissage n’est qu’une partie de la contribution de Sener à ExoMars. Le groupe espagnol fournit plusieurs éléments stratégiques de la mission :
Élément
Fonction
Mécanismes et adaptateur de séparation de la capsule d’entrée
Assurer la séparation contrôlée des différents modules à l’approche de Mars
Antennes de communication UHF
Permettre les échanges de données entre la plateforme, le rover et les relais en orbite
Système de positionnement et de mouvement de la foreuse
Guider et stabiliser la foreuse pour atteindre jusqu’à deux mètres de profondeur
Mécanisme de déploiement des panneaux solaires
Ouvrir et orienter les panneaux qui alimenteront en énergie le rover
Antennes en bandes X et UHF
Assurer les communications avec la Terre et les orbiteurs martiens
Mécanisme de libération ombilical (URM)
Gérer la connexion électromécanique entre le rover et la plateforme de descente
Le mécanisme ombilical, développé en Pologne, occupe une place particulière. Il fournit l’alimentation électrique au rover tant qu’il reste relié à la plateforme de descente. Ce système doit rester fiable dans l’environnement martien extrême, jusqu’à son déclenchement au moment où le rover doit enfin quitter la plateforme et commencer à rouler sur le sol de Mars.
Sener rappelle qu’ExoMars sera sa troisième mission martienne. L’entreprise a déjà fourni des mécanismes d’orientation d’antenne pour les rovers américains Curiosity et Perseverance de la NASA. Cette expérience des systèmes mécaniques fonctionnant sur Mars sert de base à sa participation à la mission européenne Rosalind Franklin.
Pourquoi ce type de tests intéresse aussi la France
Pour un lecteur français, ces essais réalisés en Espagne concernent directement l’Europe spatiale, dont la France est l’un des acteurs majeurs à travers le Centre national d’études spatiales (CNES) et l’industrie aérospatiale. ExoMars est une mission de l’ESA, à laquelle contribuent plusieurs pays européens, dont la France via des instruments scientifiques et des compétences en ingénierie.
Ce type de campagne de tests dans un désert terrestre a des équivalents dans d’autres pays. Des zones arides d’Utah ou du Nevada aux États-Unis, ou certains sites en Islande, sont régulièrement utilisés pour préparer des missions planétaires. L’objectif reste le même : réduire les risques avant le départ, en validant dans un environnement isolé les procédures clés de navigation, de communication et de déploiement des instruments.
En France, les préparations de missions martiennes ou lunaires incluent aussi des simulations opérationnelles. Elles se déroulent dans des centres de contrôle et des plateformes d’essais dédiées, parfois avec des terrains reproduisant les reliefs et les obstacles attendus. Le principe reste similaire à Tabernas : confronter les systèmes à des scénarios réalistes, avec du temps de latence, des incertitudes et la nécessité de réagir à distance.
Ce que signifie la qualification d’un système spatial
La mention de « modèle de qualification » dans le communiqué de Sener renvoie à une étape clé des programmes spatiaux. Avant qu’un équipement ne vole réellement, il doit passer par plusieurs versions successives :
des maquettes fonctionnelles pour vérifier le principe général et les interfaces ;
un ou plusieurs modèles d’essai soumis à des contraintes extrêmes (vibrations, chocs, températures) ;
un modèle de qualification, testé comme s’il partait réellement dans l’espace ;
les modèles de vol, qui seront intégrés à la sonde ou au rover.
La qualification vise à démontrer que le système peut supporter tout ce qu’il subira, du décollage jusqu’aux opérations à destination. Pour les « quatre pattes » d’ExoMars, cela signifie s’assurer qu’elles ne se déformeront pas au lancement, ne se bloqueront pas pendant le trajet, se déploieront à l’instant choisi et absorberont le choc final comme prévu.
Ce type de validation progressive coûte cher et prend du temps, mais il réduit fortement le risque de défaillance lors de la mission réelle. Dans le cas d’ExoMars, où aucun dépannage n’est possible après le lancement, chaque campagne d’essai réussie représente un pas concret vers l’atterrissage de Rosalind Franklin sur Mars en 2028.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi le désert de Tabernas a-t-il été choisi pour tester le système d'atterrissage ?
Le désert de Tabernas en Andalousie est l'un des plus arides d'Europe. Son paysage sec, rocailleux et accidenté reproduit au mieux les conditions martiennes observées sur la planète rouge, avec une luminosité et des contrastes similaires.
Comment fonctionnent les quatre pattes du système d'atterrissage ?
Les quatre jambes articulées restent repliées pendant le voyage vers Mars, puis se déploient automatiquement en moins d'une seconde juste avant l'atterrissage. Elles amortissent le choc final et maintiennent la plateforme en position stable pour que les instruments scientifiques fonctionnent correctement.
Pourquoi la mission ExoMars a-t-elle dû être reconfigurée ?
L'ESA coopérait initialement avec l'agence spatiale russe Roscosmos pour la phase de descente et d'atterrissage. Ce partenariat a été interrompu, obligeant l'Europe à développer en urgence de nouveaux systèmes pour remplacer les composants russes prévus.
Quel est l'objectif scientifique du rover Rosalind Franklin sur Mars ?
Le rover cherchera d'éventuels signes de vie passée ou présente sur Mars et analysera l'environnement géochimique de la planète. Son atout majeur est une foreuse capable d'atteindre jusqu'à deux mètres de profondeur pour prélever des échantillons mieux protégés des radiations et des conditions climatiques extrêmes de surface.
Quand le rover Rosalind Franklin doit-il se poser sur Mars ?
Le lancement vise la fenêtre de 2028, période au cours de laquelle la configuration entre la Terre et Mars permet un trajet plus rapide et plus économe en carburant. Sener a planifié la livraison des équipements de vol pour le quatrième trimestre 2026.