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« Comme dit précédemment », « pour rappel » : ces formules d’e-mail au travail que vos collègues perçoivent comme passives-agressives

Aux États-Unis, une enquête montre combien quelques mots dans un e-mail peuvent tendre les relations entre collègues.

Les messages professionnels ne transmettent ni le ton de la voix ni les expressions du visage. Cette absence de contexte peut transformer une simple relance en reproche à peine voilé. Le magazine économique américain Fast Company rapporte les résultats d’une enquête menée par la plateforme éducative Preply auprès de 1 000 Américains.

Des formules banales qui peuvent être mal reçues

Selon cette enquête, 83 % des personnes interrogées disent avoir déjà reçu un e-mail jugé passif-agressif au travail. Pour 42 % d’entre elles, le message venait de leur supérieur hiérarchique.

La formule la plus mal perçue est celle qui rappelle qu’une information a déjà été envoyée. Derrière « comme indiqué dans mon précédent e-mail », le destinataire peut comprendre : « Je vous l’ai déjà expliqué, vous n’avez pas lu. »

Une formule destinée à rappeler un point peut être interprétée comme une accusation lorsque le contexte et l’intonation manquent.

Plusieurs expressions ressortent comme potentiellement irritantes dans les échanges entre collègues :

  • « Corrigez-moi si je me trompe, mais… » ;
  • « Comme dit précédemment » ;
  • « Je vous adresse ce rappel » ;
  • « Je souhaitais attirer votre attention sur ce point » ;
  • « Je vous remercie par avance ».

Aucune de ces phrases n’est automatiquement hostile. Tout dépend de l’historique de la discussion, de la fréquence des relances et du degré de tension déjà présent. Une personne qui reçoit plusieurs rappels sur un même dossier peut y lire une mise en cause de son sérieux, même si l’expéditeur cherche seulement à obtenir une réponse.

Quand l’agacement se cache derrière une formule polie

Sylvia Johnson, responsable de la méthodologie chez Preply, définit l’agressivité passive comme « une frustration qui n’est pas exprimée explicitement ». Elle explique que cette frustration peut apparaître dans un registre plus formel, perçu comme agressif-passif, alors qu’il s’agit parfois d’une tentative de montrer son irritation de manière moins frontale.

L’enquête relève aussi une pratique particulièrement sensible : mettre le supérieur hiérarchique en copie pour un sujet mineur. Près de 47 % des répondants disent avoir déjà connu cette situation. Ce geste peut donner le sentiment que le désaccord est porté devant la hiérarchie sans discussion préalable.

La communication écrite peut ainsi alimenter une spirale. Un message perçu comme sec appelle une réponse sèche, puis chaque partie interprète les mots de l’autre à travers son propre agacement.

Selon Preply, 31 % des personnes qui envoient des e-mails passifs-agressifs répondent elles-mêmes à un message reçu sur ce ton.

Le travail à distance peut accentuer les malentendus

La moitié des personnes interrogées estime que ces comportements se sont développés au cours des dernières années. Près des deux tiers observent aussi un décalage troublant : des collègues aimables en face-à-face peuvent paraître beaucoup plus durs par e-mail.

Sylvia Johnson relie en partie ce phénomène aux organisations hybrides et au travail à distance. Lorsque les équipes travaillent avec des horaires différents ou depuis plusieurs fuseaux horaires, il peut devenir compliqué de trouver un moment pour évoquer un délai ou un contretemps. L’e-mail devient alors le canal privilégié, y compris pour des sujets qui auraient parfois été réglés en quelques minutes à l’oral.

Les conséquences ne sont pas anodines pour les salariés interrogés. Presque un quart d’entre eux affirme avoir quitté un emploi en raison de l’attitude passive-agressive de collègues. Ils sont aussi 66 % à déclarer que ces messages peuvent provoquer une anxiété assez forte pour nuire à leur travail.

Prendre quelques minutes avant de répondre

Face à un message irritant, Sylvia Johnson conseille de s’arrêter, de respirer et de ne pas répondre sous le coup de la colère. Elle recommande de préparer un brouillon, puis de le relire avant l’envoi.

« Le message doit être honnête, mais il doit aussi se concentrer sur la racine du problème afin de ne pas créer davantage de confusion », précise-t-elle. L’idée consiste à décrire clairement ce qui manque ou ce qui bloque, sans accumuler les sous-entendus.

Une formulation directe peut aider : préciser qu’un document est nécessaire pour finaliser un dossier, demander une date de transmission ou signaler qu’un délai approche. Cette méthode évite les phrases telles que « comme je l’ai déjà dit » ou « à partir de maintenant », qui risquent d’être reçues comme une remontrance.

En France, une question liée aux relations de travail

En France, les tensions répétées entre collègues peuvent relever de la prévention des risques psychosociaux. Le Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation concerne aussi l’organisation du travail et les relations professionnelles.

Un e-mail isolé, même maladroit, ne suffit pas à caractériser une situation de harcèlement. En revanche, des messages humiliants, dévalorisants ou répétés peuvent dégrader le climat de travail. Un salarié confronté à une difficulté persistante peut en parler à son responsable, aux représentants du personnel, au service des ressources humaines ou au médecin du travail.

Dans le cas évoqué par Preply, Sylvia Johnson déconseille aussi d’alerter trop vite la hiérarchie pour une première difficulté mineure. Elle décrit le fait de mettre un supérieur en copie pour un incident ponctuel comme une pratique qui peut aggraver le conflit. Si les problèmes se répètent, elle recommande d’en discuter d’abord avec son responsable, qui décidera s’il doit suivre les échanges.

Pourquoi l’oral reste parfois la meilleure option

Un appel ou une conversation en personne permet de lever une grande partie des ambiguïtés. La voix donne des indications sur l’intention, tandis qu’une question peut recevoir une réponse immédiate. Sylvia Johnson invite ainsi les salariés à privilégier, lorsque cela est possible, un échange direct pour clarifier une échéance ou une demande.

L’e-mail garde son utilité pour conserver une trace, transmettre des informations précises ou coordonner plusieurs personnes. Son point faible apparaît lorsqu’il sert à régler une frustration. Un objet clair, une demande concrète et un délai explicite réduisent la place laissée aux interprétations.

Avant d’envoyer un message, une question simple peut aussi éviter bien des tensions : est-ce que ce courriel cherche à résoudre un problème, ou à faire sentir son irritation ? Cette distinction peut changer le ton d’une phrase et préserver la relation de travail.

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