Entre châteaux médiévaux, palais royaux et hôtels de charme, le Portugal ouvre ses demeures historiques aux voyageurs prêts à s’offrir une nuit de royauté.
Le journal en ligne portugais Observador recense une série d’adresses où l’on peut dormir dans un château ou un palais au Portugal, souvent chargés d’histoires de rois, de reines et de batailles, mais aujourd’hui transformés en hôtels confortables, parfois très accessibles pour un public français.
Des forteresses médiévales aux palais romantiques
Du Minho au nord jusqu à l’Alentejo, ces bâtiments ont d’abord servi à défendre le territoire ou à abriter l’aristocratie. Leur reconversion en hébergements touristiques s’inscrit dans une tendance de fond, renforcée depuis le programme public Revive lancé en 2016 pour restaurer le patrimoine de l’État portugais.
Dans plusieurs châteaux, une nuit se réserve dès 98 euros, donnant accès à des lieux classés Monument national ou Immeuble d’intérêt public.
Certains sites remontent au Moyen Âge, d’autres à la période des grandes découvertes maritimes ou aux invasions françaises. Tous ont été rénovés en conservant fresques, boiseries, chapelles, jardins historiques ou mobiliers anciens, tout en ajoutant piscine, spa ou climatisation.
Vivre comme un aristocrate… à prix de château
Un château entier près de Porto pour un groupe
À Viana do Castelo, le château de Santa Marta de Portuzelo, édifié en 1853 dans un style néo-manuelin, propose neuf suites, une chapelle, un vaste jardin avec piscine et une fontaine du XVIe siècle préservée. Classé Immeuble d’intérêt public en 1977, il se loue à partir d’environ 1 100 euros la nuit, un tarif élevé mais pensé pour un groupe d’amis ou une grande famille, à moins d’une heure de Porto.
À Cascais, l’ombre du dernier roi d’Italie
Face à la Boca do Inferno, à Cascais, le Grande Real Villa Itália Hotel & Spa occupe l’ancienne Villa Itália, où le dernier roi d’Italie, Umberto II, vécut en exil jusqu’à sa mort en 1983. L’hôtel a gardé ce lien transalpin en proposant tous les jours une “apericena”, un apéritif dînatoire à l’italienne entre 17 heures et 19 heures, pour 22 euros par personne, avec antipasti, charcuteries, fromages, bouchées chaudes et boissons, face à la mer.
Estoril, entre familles royales et agents secrets
Le Palácio Estoril Hotel, Golf & Wellness, inauguré en 1930, a accueilli plusieurs familles royales européennes pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur présence a attiré espions britanniques, allemands et français, et le bar de l’hôtel a servi de décor au film “007 – Au service secret de Sa Majesté”. Aujourd’hui, on y sert un traditionnel “thé de cinq heures” chaque jour de 15 heures à 18 heures, pour environ 30 euros, avec pâtisseries, sandwichs et thés de marque.
Palais historiques ouverts au public
Bussaco, dernière grande cérémonie de la monarchie portugaise
Commandé en 1888 par le roi Dom Carlos I comme résidence d’été et pavillon de chasse, le Palace Hotel Bussaco, près de Coimbra, a accueilli la dernière cérémonie officielle de la monarchie en 1910. Devenu hôtel en 1917, il conserve une salle de banquets décorée de toiles représentant les voyages maritimes portugais. Un menu dégustation de sept services y est proposé autour des cuisines française et portugaise, avec option végétarienne, et les caves alignent des vins du Bussaco mis en bouteille sur place depuis 1944.
Lousã : un palais entre invasions françaises et gastronomie
À Lousã, le Palácio da Lousã Boutique Hotel occupe un bâtiment du XVIIIe siècle qui servit de quartier général pendant les invasions françaises. Selon le récit rapporté par Observador, le maréchal Masséna aurait quitté précipitamment sa chaise à l’annonce d’une attaque, laissant son repas à un certain duc de Wellington. Aujourd’hui, les 44 chambres cohabitent avec un atelier culinaire : le chef José Faria anime un atelier de chanfana, plat typique de la région, pour environ 35 euros lors d’un dîner dégustation.
Lisbonne : un palais des épices et un spa inspiré de Rome
Au cœur de Lisbonne, entre le Chiado et le Bairro Alto, le Palácio das Especiarias rappelle l’époque où les épices des grandes routes maritimes arrivaient dans ce quartier. Ses fondations du XVIe siècle ont résisté au tremblement de terre de 1755. Rénové en 2017, l’hôtel de 38 chambres a conservé son décor classique. Un musicien joue du piano ou du violon pendant le petit-déjeuner, et l’accès au spa, avec “bain romain” et sauna, est inclus pour les clients. Les prix de nuitée démarrent autour de 116 euros.
Porto : jardin baroque au bord du Douro
À Porto, le Pestana Palácio do Freixo occupe un palais baroque dessiné au XVIIIe siècle par l’architecte Nicolau Nasoni, au milieu de 10 000 m² de jardins le long du Douro. Transformé en hôtel en 2009, il compte 87 chambres et suites. Le bar Nasoni sert des cocktails thématiques, comme “Le voyage de la vie de Nicolau Nasoni” à base de tequila, coco et vin blanc portugais, ou le “Roma” au rhum, ananas et gingembre.
Lisbonne : piscines, cafés et petits-déjeuners royaux
Un jour de roi à Belém
Le Palácio do Governador, à Belém, jouxte la tour emblématique du même nom. Le site abritait à l’époque romaine une fabrique de poissons, devenue en 1519 la résidence du premier gouverneur de la tour. Plus tard, comtes, marquis et même le roi Dom Luís y ont séjourné. L’hôtel actuel propose des “journées piscine” à Lisbonne avec transat, serviette, boisson incluse et remise au bar de la piscine pour environ 50 euros par adulte.
Au Palácio do Visconde, un hôtel lié au café
Dans le quartier des Anjos, le Palácio do Visconde – The Coffee Experience occupe deux palacettes reliés par un jardin et un pont, construits à partir de 1883 pour une même famille. Ses anciens écuries ont accueilli dès 1923 la marque Negrita, présentée comme la plus ancienne torréfaction de Lisbonne. Depuis 2023, un hôtel boutique de 23 chambres y met à l’honneur l’histoire familiale, et ouvre son jardin aux non-résidents pour un petit-déjeuner “digne de la royauté”, servi tous les jours de 7 h 30 à 10 h 30 pour environ 19 euros.
Ateliers, dégustations et escapades thématiques
Vins, fromages et chocolat dans les palais du centre du pays
À Penalva do Castelo (région de Viseu), la Casa da Ínsua, bâtie au XVIIIe siècle par un gouverneur revenu du Brésil, fut l’une des premières propriétés portugaises à être raccordée à l’électricité grâce à sa propre centrale au début du XXe siècle. Devenue l’hôtel Parador Casa da Ínsua en 2009, elle abrite toujours une fromagerie. Hôtes et visiteurs peuvent y suivre un atelier de fabrication de queijo da Serra da Estrela, fromage de montagne élaboré avec le lait des brebis de la propriété, incluant visite des caves et des champs de cardon, pour une vingtaine d’euros par personne.
À Montemor-o-Novo, dans l’Alentejo, le Palacete da Real Companhia do Cacau combine chambres d’hôtes et chocolaterie artisanale. Dans l’ancien manège couvert, les propriétaires ont installé une fabrique travaillant des fèves sélectionnées. Les visiteurs peuvent participer à une dégustation commentée et réaliser leur propre tablette de chocolat lors d’un atelier payant, ouvert aussi aux non-clients de l’hébergement certains mois d’été.
Châteaux classés : dormir au cœur de l’histoire
Estremoz : une nuit dès 98 euros dans la résidence d’une reine
À Estremoz, en Alentejo, la Pousada Castelo Estremoz occupe un château du XIIIe siècle, offert par le roi Dom Dinis à son épouse, la reine Sainte Isabelle. Classé Monument national depuis 1910, il a été transformé en pousada dans les années 1960, avec une décoration classique, lits à baldaquin et meubles des XVIIe et XVIIIe siècles. Certaines pièces de la collection royale, comme trois grands vases chinois offerts en 1905 par le roi de Prusse à Dom Carlos, ornent toujours les lieux.
À Estremoz, une chambre se réserve à partir de 98 euros la nuit, dans un château médiéval classé Monument national.
Le restaurant met en avant la cuisine locale, par exemple un bacalhau dourado dont la recette remonte à 1942, ou un “pudim de água de Estremoz”, dessert typique.
Óbidos : château de noces et liqueur de cerise
La Pousada Castelo de Óbidos se trouve dans un château érigé au VIIIe siècle par les musulmans, passé à la couronne portugaise en 1148. Le roi Dom Dinis en fit un cadeau de mariage à la reine Sainte Isabelle en 1282, en même temps que l’ensemble du village d’Óbidos. Un hébergement y fonctionne depuis 1951, avec des nuits à partir d’environ 179 euros, prisées pour des séjours romantiques. Au restaurant, la carte fait honneur à la ginja, la liqueur de griottes typique d’Óbidos, avec desserts à base de poire “ivre” au vin et à la ginja, ou glace à la ginja.
Palmela : panorama sur le Tage et le Sado
Perché à 230 mètres d’altitude dans la Serra da Arrábida, le château de Palmela surveillait autrefois les vallées du Tage et du Sado. Construit par les musulmans entre les VIIIe et XIIe siècles, il fut conquis par le premier roi du Portugal en 1147, puis siège national de l’Ordre de Santiago en 1443. Abandonné pendant plus d’un siècle après l’extinction des ordres religieux au XIXe siècle et le séisme de 1755, il a été restauré dans les années 1970 pour devenir la Pousada Castelo de Palmela.
Le restaurant occupe l’ancien réfectoire monastique. La carte met en avant des spécialités régionales comme la “sopa caramela”, un gratin de fromage d’Azeitão AOP ou encore un pudim de requeijão accompagné de figues et de vin doux de Palmela.
Comparaison : dormir dans un château au Portugal ou en France ?
Pour un lecteur français, ces établissements portugais rappellent les châteaux-hôtels et les “relais-châteaux” présents en France, souvent installés dans des demeures classées ou des anciennes forteresses. Comme au Portugal, beaucoup ont été restaurés grâce à des programmes publics ou des initiatives privées afin de concilier protection du patrimoine et activité touristique.
Au Portugal, l’enseigne “Pousadas de Portugal” regroupe plusieurs de ces châteaux et monastères convertis en hébergements.
En France, des réseaux comparables existent pour les châteaux-hôtels, mais chaque établissement garde un statut juridique proche de celui d’un hôtel classique.
Dans les deux pays, la nuitée donne souvent accès à des services annexes : visites guidées, ateliers culinaires, dégustations de vins ou de produits régionaux.
La principale différence tient au coût moyen de la vie et du foncier : dans nombre de régions portugaises, le prix d’une nuit en château ou en palais reste souvent inférieur aux tarifs pratiqués dans des sites patrimoniaux très touristiques en France, même si certains établissements de prestige au Portugal affichent des prix élevés, notamment lorsqu’ils se louent en totalité ou visent une clientèle internationale.
Préparer un séjour en château au Portugal
Avant de réserver, un voyageur français doit vérifier certains points pratiques : saison (les tarifs varient nettement selon les périodes), accessibilité en transports (beaucoup de châteaux sont situés en hauteur ou à la campagne), existence éventuelle d’un parking et horaires des activités proposées (ateliers, dégustations, spa). Plusieurs de ces adresses accueillent aussi des visiteurs extérieurs pour un thé, un petit-déjeuner ou une expérience gourmande, sans obligation d’y dormir.
Un séjour dans ce type d’hébergement peut se combiner avec la visite des centres historiques de Lisbonne, Porto, Coimbra ou des villages fortifiés comme Óbidos et Estremoz. Le risque principal reste la forte demande sur certaines périodes, notamment l’été et les grands week-ends, qui impose de réserver tôt, surtout pour les chambres situées directement dans les parties médiévales ou palatiales des bâtiments.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
À partir de quel prix peut-on dormir dans un château au Portugal ?
À partir de 98 euros la nuit dans certains châteaux transformés en hôtels. Les tarifs montent jusqu'à plus de 1 100 euros pour un château entier loué à un groupe.
Quel programme a permis la transformation de ces châteaux en hôtels ?
Le programme public Revive, lancé en 2016, a restauré le patrimoine de l'État portugais en encourageant la reconversion de forteresses médiévales et palais en hébergements touristiques confortables.
Ces châteaux ont-ils conservé leur décor historique ?
Oui, tous ont été rénovés en conservant fresques, boiseries, chapelles, jardins historiques et mobiliers anciens, tout en ajoutant piscine, spa ou climatisation selon les sites.
Quels types d'expériences propose-t-on dans ces châteaux ?
Ateliers culinaires (fabrication de fromage, chanfana), dégustations de vin, « apericena » à l'italienne, thé traditionnel britannique, petits-déjeuners royaux et cocktails thématiques inspirés de l'histoire locale.
Ces châteaux sont-ils accessibles à Porto et Lisbonne ?
Oui, Lisbonne compte plusieurs palais convertis comme le Palácio das Especiarias (dès 116 euros) et le Palácio do Visconde, tandis que Porto abrite le Pestana Palácio do Freixo en bords du Douro.