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Un disque oublié de 1949 refait surface : il contient le plus vieux chant de baleine jamais enregistré

Disque vinyle plastique ancien posé sur une surface, représentant l'enregistrement historique d'un chant de baleine à bosse de 1949 découvert dans les archives de Woods Hole.

Au large des Bermudes, un enregistrement militaire de 1949 vient d’être identifié comme le plus ancien chant de baleine jamais capté.

Un disque plastique rangé depuis des décennies dans les archives d’une institution océanographique américaine vient de livrer un trésor inattendu : le chant d’une baleine à bosse enregistré en 1949 près des Bermudes. Cette redécouverte, racontée par l’agence Associated Press (AP), éclaire à la fois l’histoire de la recherche sur les cétacés et l’évolution du bruit dans l’océan Atlantique Nord.

Un chant de baleine capté par hasard en 1949 aux Bermudes

L’histoire commence en mars 1949, au large des Bermudes, territoire britannique au milieu de l’Atlantique Nord. À l’époque, des chercheurs du Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), basé à Falmouth dans le Massachusetts, sont embarqués sur un navire pour tester de nouveaux systèmes de sonar et mener des expériences acoustiques avec l’Office de la recherche navale des États-Unis.

Leur objectif n’a alors rien à voir avec les baleines. Ils travaillent sur des technologies sous-marines développées dans le contexte de l’après-guerre, alors que la marine américaine investit massivement dans l’acoustique pour la détection des sous-marins. Mais au milieu de ces tests, les instruments captent des sons étranges, répétitifs, qui ne ressemblent ni aux bruits du navire, ni à ceux des appareils.

Les scientifiques ne comprennent pas ce qu’ils entendent, explique Ashley Jester, directrice des données de recherche et des services de bibliothèque à Woods Hole. Ils choisissent pourtant de laisser tourner l’enregistreur, poussé par la curiosité.

En mars 1949, des océanographes américains enregistrent par hasard au large des Bermudes un chant de baleine à bosse sans savoir ce qu’ils captent.

Selon Ashley Jester, l’équipe va même jusqu’à programmer des séquences où le navire reste silencieux, machines coupées autant que possible, afin de saisir le plus fidèlement possible ces sons venus des profondeurs. Ils gravent soigneusement les enregistrements… puis les rangent.

Un disque plastique oublié, redécouvert et numérisé

Ce n’est que l’an dernier que l’histoire rebondit. Dans les archives de Woods Hole, des disques d’époque sont ressortis des rayonnages pour être numérisés. Parmi eux, un support bien particulier intrigue : une galette en plastique réalisée avec un Gray Audograph, une machine de dictée utilisée dans les bureaux dans les années 1940.

Ce type d’appareil ne fonctionne pas avec des bandes magnétiques, mais grave directement le son sur un disque plastique fin. Un détail capital pour la survie de l’enregistrement, souligne Ashley Jester : la plupart des bandes des années 1940 ont depuis longtemps été altérées ou détruites, alors que le plastique, lui, a mieux résisté au temps.

En écoutant le disque, les chercheurs de Woods Hole finissent par reconnaître, avec l’aide de spécialistes, le chant d’une baleine à bosse. Un cétacé immense, pouvant dépasser 24 tonnes, connu aujourd’hui des amateurs de sorties en mer pour ses sauts spectaculaires et ses vocalises complexes.

Selon les équipes de l’institution américaine, il s’agit du plus ancien enregistrement connu d’un chant de baleine identifié comme tel.

Un enregistrement qui précède de vingt ans la “découverte” officielle du chant

Ce disque de 1949 devance de près de vingt ans les travaux célèbres du biologiste Roger Payne, souvent présenté comme l’homme qui a fait connaître au grand public les chants de baleines à bosse dans les années 1960 et 1970. À l’époque, ses enregistrements avaient fortement contribué aux mobilisations pour la protection des cétacés.

Le document exhumé montre que ces sons avaient déjà été captés bien avant, même si personne ne savait alors comment les interpréter. Les scientifiques de 1949 n’avaient tout simplement pas les connaissances nécessaires pour les relier aux baleines.

Le disque de 1949 vient réécrire une partie de l’histoire : des chants de baleines étaient déjà enregistrés, mais restaient incompris.

Un océan beaucoup plus silencieux que celui d’aujourd’hui

Pour les chercheurs actuels, l’intérêt de ce disque ne tient pas seulement au chant lui-même. Il donne aussi accès à l’« ambiance sonore » d’un océan datant de la fin des années 1940.

« Les enregistrements récupérés nous permettent non seulement de suivre les sons de baleines, mais ils nous disent aussi à quoi ressemblait le paysage sonore de l’océan à la fin des années 1940 », explique Peter Tyack, spécialiste de bioacoustique marine et chercheur émérite à Woods Hole, cité par AP. Il ajoute qu’un tel retour en arrière est « très difficile à reconstruire autrement ».

À cette époque, le trafic maritime était bien moins dense qu’aujourd’hui. Les grands porte-conteneurs n’existaient pas encore, la navigation commerciale et militaire se faisait à une autre échelle. Résultat : un océan beaucoup plus calme d’un point de vue acoustique.

Pour les baleines, qui dépendent du son pour échanger, se repérer, chasser et garder le contact sur de longues distances, ce contraste avec l’ère moderne est crucial. Des travaux de la NOAA, l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, montrent que les cétacés adaptent leur façon de chanter en fonction du bruit ambiant : ils modifient l’intensité, la fréquence, voire le rythme de leurs appels.

Mesurer l’impact du bruit humain sur les cétacés

Le disque de 1949 offre un rare point de comparaison avec un océan moins perturbé par l’activité humaine. Peter Tyack y voit un outil précieux pour analyser l’effet des bruits industriels apparus au fil des décennies : moteurs des cargos, prospection pétrolière, chantiers offshore, trafic de plaisance.

En comparant les chants de 1949 avec ceux d’aujourd’hui, les scientifiques espèrent mieux comprendre comment le vacarme humain a modifié la communication des baleines.

Les sons produits par les baleines — cliquetis, sifflements, appels — ont plusieurs fonctions : repérage des proies, navigation dans la pénombre des grands fonds, reconnaissance entre individus, cohésion au sein du groupe. Chez certaines espèces comme les baleines à bosse, ces vocalises forment de véritables séquences structurées, que les chercheurs qualifient de « chansons ».

Pour Hansen Johnson, chercheur au Anderson Cabot Center for Ocean Life de l’aquarium de la Nouvelle-Angleterre, qui n’a pas participé à l’étude, ce type d’archive va au-delà de la science pure. Il estime que ces sons anciens restent « magnifiques à écouter » et qu’ils ont inspiré de nombreuses personnes à s’intéresser à l’océan et à la vie marine.

Ce que cette découverte change pour la recherche française

Les baleines à bosse fréquentent aussi les eaux métropolitaines, notamment au large de la Bretagne et dans l’Atlantique Nord-Est, et sont bien présentes autour des territoires français d’outre-mer, comme La Réunion, la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie française. En France, plusieurs équipes de recherche, appuyées par des associations d’observation des cétacés, étudient déjà l’impact du bruit sur ces populations.

La redécouverte du disque de 1949 ne bouleverse pas directement les réglementations françaises, mais elle fournit un repère historique précieux. Elle confirme que les conditions acoustiques ont profondément changé en moins d’un siècle et renforce les arguments des scientifiques qui réclament une meilleure prise en compte du bruit dans la gestion des activités en mer.

  • Zones d’observation encadrées pour les sorties touristiques en mer.
  • Études d’impact acoustique pour certains projets industriels.
  • Suivi des populations de cétacés par enregistreurs sous-marins autonomes.

Les autorités françaises, via notamment l’Office français de la biodiversité et les organismes scientifiques comme l’Ifremer, s’appuient sur ce type de données pour proposer des mesures de réduction du bruit : limitation de la vitesse dans certaines zones, encadrement des travaux sous-marins, saisonnalité des opérations les plus bruyantes.

Comment fonctionnent ces chants et pourquoi ils fascinent autant

Les baleines à bosse produisent des séquences sonores répétitives, composées de motifs qui se succèdent selon une structure reconnaissable. Les chercheurs parlent souvent de « couplets » et de « refrains », par analogie avec la musique humaine. Ces chants peuvent durer plusieurs minutes et être répétés de façon quasi ininterrompue.

Les mâles chantent surtout en période de reproduction. Les hypothèses les plus répandues associent ces vocalises à la séduction des femelles ou à une forme de compétition entre mâles. Les chants évoluent aussi dans le temps : un groupe peut progressivement adopter des variations, un peu comme un répertoire qui change de saison en saison.

Fonction des sons Type de signal
Communication sociale Chants complexes, appels prolongés
Chasse et localisation des proies Cliquets, impulsions brèves
Orientation et navigation Séries d’appels pour estimer les distances
Cohésion du groupe Signaux répétés pour rester en contact

Le disque de 1949 apporte un instantané rare de cette complexité vocale dans un environnement encore peu marqué par les moteurs et les sonars modernes. Pour les équipes de bioacoustique, il constitue une référence sonore à laquelle comparer des enregistrements actuels, qu’ils viennent de l’Atlantique Nord, du Pacifique ou de l’hémisphère Sud.

Un patrimoine sonore à protéger comme un document historique

Au-delà du cas des baleines, cette histoire rappelle qu’un enregistrement brut, même incompris sur le moment, peut devenir un document scientifique majeur plusieurs décennies plus tard. Les chercheurs de Woods Hole insistent sur la chance d’avoir disposé d’un support plastique, là où la bande magnétique se serait probablement dégradée.

Le vieux disque n’est plus seulement un outil militaire oublié : il devient une archive acoustique unique, témoin d’un océan révolu.

Pour les lecteurs français, cette redécouverte met en lumière un enjeu encore discret : la préservation des archives sonores sous-marines. Les données enregistrées aujourd’hui par les instituts, les ONG ou même certains navires marchands pourraient, dans cinquante ans, offrir le même type de regard rétrospectif sur l’évolution du trafic, des espèces et du bruit généré par les activités humaines.

Les scientifiques américains qui se penchent sur le disque de 1949 y voient enfin un outil pédagogique fort. Diffuser ces sons anciens auprès du grand public, que ce soit dans des aquariums, des musées ou des expositions, permet de rendre très concrète une réalité abstraite : sous la surface, l’océan n’est pas seulement un paysage visuel, c’est aussi un univers acoustique dont dépendent directement les baleines et de nombreuses autres espèces marines.

Questions fréquentes

Comment un enregistrement de 1949 a-t-il pu rester oublié aussi longtemps ?

Le disque avait été gravé sur un support plastique spécial (Gray Audograph) lors de tests de sonar militaires, puis rangé dans les archives de Woods Hole. Les scientifiques de l'époque n'avaient pas identifié les sons comme provenant d'une baleine. Ce n'est qu'en 2024, lors d'une numérisation d'archives, que le disque a été retrouvé et reconnu comme un chant de baleine à bosse.

Pourquoi ce disque plastique a-t-il mieux survécu que les autres enregistrements de l'époque ?

Contrairement aux bandes magnétiques des années 1940, qui se sont détériorées ou ont été détruites au fil du temps, le plastique du disque a mieux résisté. Ce support moins fragile a permis à l'enregistrement de se conserver intact pendant plus de 75 ans.

Quel est l'intérêt scientifique de cet enregistrement au-delà du simple chant de baleine ?

Il fournit un enregistrement rare du « paysage sonore » océanique de la fin des années 1940, une époque où le trafic maritime était beaucoup moins dense qu'aujourd'hui. Cela permet aux chercheurs de comparer comment les baleines communiquaient dans un océan moins bruyant avec leurs chants actuels, pour mesurer l'impact du bruit humain sur leur communication.

Les baleines à bosse vivent-elles près des côtes françaises ?

Oui, les baleines à bosse fréquentent les eaux de l'Atlantique Nord-Est, notamment au large de la Bretagne, et sont également présentes autour des territoires français d'outre-mer comme La Réunion, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française.

Comment les baleines adaptent-elles leur chant au bruit ambiant ?

Selon les travaux de la NOAA, les cétacés modifient l'intensité, la fréquence et le rythme de leurs appels en fonction du bruit ambiant de l'océan, ce qui montre leur capacité d'adaptation au vacarme croissant des activités humaines.
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