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Un piège photographique capture d’étranges lumières dans la nature au Chili : les chercheurs peinent encore à les expliquer

Trois photographies nocturnes superposées montrant des faisceaux lumineux intensément éclairés descendant progressivement vers une caméra de surveillance en Patagonie.

Dans une zone isolée de Patagonie, au Chili, une caméra scientifique a saisi en pleine nuit des lumières descendantes si intenses que les spécialistes restent démunis.

Dans un reportage relayé par le site scientifique anglophone Live Science, des chercheurs chiliens racontent comment un simple piège photographique, installé pour suivre la faune sauvage en Patagonie, a capturé une série de lumières spectaculaires, à ce stade impossibles à interpréter. Entre hypothèses physiques, folklore local et enquête minutieuse, ce mystère scientifique intrigue bien au-delà du Chili.

Une nuit d’été austral bouleverse un projet scientifique

Les faits remontent au 21 janvier, à 0 h 22, en pleine nuit d’été dans la région de Patagonie, au sud du Chili. Sur une prairie isolée, loin de toute route, une caméra automatique installée par l’université de Magallanes (UMAG) pour suivre les animaux a déclenché pendant deux secondes. Trois clichés seulement, mais des images saisissantes : de puissantes lumières semblent descendre vers l’objectif.

Ces appareils, appelés pièges photographiques, sont au cœur du projet « Public Baseline », mené par l’UMAG. L’objectif officiel est très terre à terre : recenser les mammifères terrestres, notamment les félins, à l’aide de 65 caméras réparties entre la Patagonie continentale et la Terre de Feu, à l’extrême sud du Chili. Depuis novembre 2023, le dispositif a généré au moins 365 000 photos et vidéos d’animaux. Une seule séquence sort du lot : ces trois images nocturnes de lumières descendantes.

En deux secondes, trois photos montrent une source lumineuse intense semblant se rapprocher de la caméra dans un mouvement vertical.

« Sur une caméra située au bord d’un pré, assez éloignée de toute route publique et orientée vers un horizon plat, sont apparues des lumières que nous ne parvenons pas à expliquer », résume le biologiste Alejandro Kusch dans un podcast de l’UMAG publié en août.

Un phénomène documenté dans un cadre rigoureux

Pour les scientifiques, l’unicité de cette observation tient à son contexte : elle intervient au sein d’un protocole scientifique strict. Pas de promeneur avec un smartphone, pas de vidéo floue publiée sur les réseaux sociaux, mais un dispositif automatique calibré pour l’étude de la faune.

Rodrigo Bravo, chercheur au sein du groupe d’études environnementales (GEA) de l’UMAG et membre du projet Public Baseline, insiste dans Live Science sur ce point : la caméra est équipée d’un système infrarouge, d’un détecteur de mouvement et suit des procédures permettant de limiter fortement les manipulations humaines et les fraudes. Les métadonnées des clichés permettent d’encadrer précisément l’heure, la durée et la configuration technique.

Conscients de la sensibilité du sujet, les chercheurs ont partagé les images avec plusieurs acteurs chiliens : la Direction générale de l’aéronautique civile, des spécialistes des phénomènes aériens anormaux et le musée des ovnis de La Serena, une institution dédiée à l’étude de témoignages et d’archives sur les phénomènes non identifiés. Tous ont planché sur les trois photos et les rares secondes de séquence vidéo.

Les experts consultés s’accordent sur un point : aucune explication ne s’impose pour l’instant de façon convaincante.

Entre mythes mapuches et phénomènes lumineux rares

Dans la région, les populations autochtones mapuches évoquent depuis longtemps les « mauvaises lumières », des apparitions lumineuses considérées comme des esprits se manifestant dans les champs. Pour certains chercheurs, l’épisode capté par la caméra pourrait correspondre, pour la première fois, à un enregistrement de ce folklore lumineux.

Reste à savoir ce qui se cache réellement derrière ces « mauvaises lumières ». Plusieurs pistes scientifiques ont été avancées. L’une d’elles renvoie aux plasmoïdes, des structures de plasma (gaz ionisé) éphémères, parfois évoquées pour expliquer un phénomène encore mal compris : la foudre en boule. Ce type de foudre, en forme de sphère lumineuse flottant dans l’air, est très rarement observé, généralement lors d’orages violents.

Le chilien Freddy Alexis, animateur d’émissions sur les ovnis et les phénomènes inconnus sur la chaîne UCVTV (télévision de l’université catholique de Valparaiso), a été chargé d’analyser le dossier. Il a produit deux rapports détaillés, s’intéressant à la trajectoire des lumières, à leur spectre lumineux et au relief visible sur les photos.

Selon ses conclusions, il n’y aurait pas plusieurs sources différentes, mais un seul « stimulus lumineux », les autres lueurs visibles étant interprétées comme des reflets internes dans l’optique de la caméra. Pour la lumière principale, il privilégie l’hypothèse d’un plasmoïde, une sorte de bulle de gaz ionisé confinée par le champ magnétique local de la Terre et stable durant quelques secondes.

Plasmoïde, foudre en boule, reflet interne, insecte proche de l’objectif : les hypothèses abondent, aucune ne satisfait complètement les spécialistes.

Mais l’hypothèse de la foudre en boule classique se heurte à un problème majeur : la météo. « C’était l’été, il faisait environ 8 °C et il n’y avait pas d’orage électrique », explique Alexis à Live Science. Aucune condition atmosphérique ne laissait présager la formation d’un tel phénomène, notoirement associé aux tempêtes.

Certains physiciens ont toutefois proposé l’existence de plasmoïdes plus exotiques, éventuellement liés à des variations transitoires du champ magnétique terrestre ou à des conditions locales très spécifiques. Alexis évoque aussi un parallèle avec les « lumières de Hessdalen », en Norvège : depuis les années 1980, cette vallée est connue pour ses apparitions lumineuses énigmatiques, surveillées par des dispositifs scientifiques sans explication pleinement satisfaisante à ce jour.

Ovnis, phénomènes aériens non identifiés et vitesses élevées

Une autre possibilité évoquée au Chili renvoie aux phénomènes aériens non identifiés, ou UAP, terme préféré à « ovni » par les autorités américaines. Bravo souligne que certains dossiers déclassifiés du Pentagone décrivent des manifestations lumineuses présentant des caractéristiques proches.

Les données restent pourtant pauvres : seulement trois images, priées de supporter de lourdes hypothèses. En calculant la trajectoire supposée de la source lumineuse si elle se trouvait à distance de la caméra, Alexis estime qu’elle se déplacerait à environ 947 km/h, soit près de 0,7 fois la vitesse du son. Un chiffre compatible avec certains objets aériens rapide, mais aussi avec certains plasmoïdes susceptibles de se propulser rapidement.

Les chercheurs se gardent bien d’affirmer la moindre origine « extraterrestre ». Les explications les plus courantes pour les UAP modernes restent banales : drones d’observation étrangers, débris en vol, oiseaux mal identifiés ou ballons météorologiques. Aucune de ces hypothèses ne colle pour l’instant parfaitement avec les conditions d’isolement du site et la nature de la séquence.

Une « étrange créature » ou un simple déclencheur ?

Le musée des ovnis de La Serena a produit son propre rapport, orienté vers des causes plus prosaïques. Ses techniciens ont relevé la présence, sur la première photo, d’une forme évoquant un insecte ou une araignée sur le bord de l’image. Ce petit organisme aurait pu passer très près du capteur et déclencher le piège photographique, programmé pour réagir au moindre mouvement.

Cette hypothèse expliquerait le déclenchement de la caméra, mais pas l’apparition du halo lumineux intense sur les images suivantes, insiste Cristian Riffo, directeur du musée, cité par Live Science. L’insecte n’apparaît plus sur les deux autres photos, alors que la lumière semble, elle, se déplacer vers l’objectif dans la courte séquence enregistrée.

Pour Riffo, deux phénomènes distincts pourraient se superposer : un déclencheur naturel (un insecte) et un phénomène lumineux encore non expliqué.

Les caméras utilisées pour le projet Public Baseline sont conçues pour limiter les faux positifs liés aux insectes, aux faisceaux laser ou à d’autres stimuli parasites. Pour écarter une panne ou un artefact purement technique, les chercheurs du musée ont passé en revue des clichés diurnes et nocturnes de la même caméra, dans diverses conditions météo et en présence d’animaux. Ils ont également étudié les manuels du fabricant pour identifier d’éventuels défauts connus. Aucune anomalie systématique n’a été détectée.

Une enquête appelée à durer plusieurs années

Face à l’absence d’explication, le musée de La Serena prévoit de mener sa propre campagne de terrain sur le site exact des prises de vues. Objectif : relever le relief, les conditions de luminosité, les particularités environnementales et multiplier les mesures in situ. À cela s’ajoute la poursuite du programme scientifique : selon Bravo, le suivi par pièges photographiques dans cette zone de Patagonie doit se poursuivre encore une dizaine d’années, avec un maillage de caméras renforcé.

Les chercheurs espèrent que d’autres événements similaires surviendront dans les prochaines années. Un deuxième enregistrement, à quelques kilomètres ou quelques mois de distance, pourrait permettre de dégager des constantes : heure d’apparition, conditions météo, position dans le paysage, intensité lumineuse, durée… Autant de paramètres indispensables pour passer du statut de curiosité isolée à celui de phénomène étudiable.

« Les scientifiques impliqués sont impatients de savoir ce que c’était. C’est aussi cela, la science : comprendre ce qui se produit dans la nature », résume Bravo dans Live Science. En attendant, le mystère entretient un dialogue inhabituel entre chercheurs académiques, spécialistes des phénomènes aériens et acteurs du folklore local.

Que représente un piège photographique pour un lecteur français ?

En France, les pièges photographiques sont souvent utilisés par les biologistes, les gestionnaires de parcs naturels ou les fédérations de chasse. Le principe rejoint celui mis en œuvre au Chili : des caméras autonomes, alimentées sur batterie, se déclenchent automatiquement lorsqu’un capteur détecte un mouvement ou une variation de température dans leur champ.

  • Un boîtier hermétique fixé à un arbre ou un poteau, souvent camouflé.
  • Un capteur infrarouge passif repérant les mouvements.
  • Un mode photo et/ou vidéo, parfois avec vision nocturne.
  • Une mémoire interne ou carte SD stockant plusieurs milliers de clichés.

En pratique, ces dispositifs servent à comptabiliser des populations de cerfs, sangliers ou lynx, à vérifier le passage de loups ou à suivre la présence d’espèces rares. Les données sont ensuite récupérées périodiquement pour analyse. Comme au Chili, le volume d’images est massif, et l’essentiel montre des scènes banales de vie animale. C’est ce cadre répétitif et méthodique qui rend une anomalie lumineuse particulièrement frappante : tout écart saute immédiatement aux yeux des spécialistes.

Un intérêt croissant pour les phénomènes lumineux inexpliqués

Des phénomènes lumineux rares ou inexpliqués gardent un fort pouvoir de fascination, en France comme ailleurs. Dans l’Hexagone, des services comme le Geipan (groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), rattaché au Centre national d’études spatiales, collectent et analysent depuis des décennies des témoignages sur des objets ou lumières observés dans le ciel.

La grande majorité des cas français trouvent finalement une explication classique : avion en approche, rentrée atmosphérique, satellite, lanterne céleste ou effet météo particulier. Une petite fraction reste non classée, faute de données suffisantes. C’est tout l’enjeu de dispositifs comme celui de Patagonie : fournir, au lieu d’un simple témoignage humain, un enregistrement instrumenté, daté et contextualisé, potentiellement exploitable par la physique de l’atmosphère et la science des plasmas.

Phénomènes atmosphériques rares : ce que l’on sait vraiment

Pour un lecteur français, les notions de plasmoïde ou de foudre en boule restent souvent vagues. La foudre en boule désigne une forme particulière de décharge électrique atmosphérique : plutôt qu’un éclair linéaire, elle apparaît comme une sphère lumineuse, de taille variable, se déplaçant lentement ou restant stationnaire pendant quelques secondes avant de disparaître. Les témoignages existent depuis des siècles, mais les enregistrements fiables restent rares.

Les plasmoïdes sont, eux, des configurations de plasma où les charges électriques et le champ magnétique se maintiennent temporairement dans une structure plus ou moins stable. Ils peuvent se produire dans l’atmosphère, mais aussi dans des expériences de laboratoire ou dans l’environnement spatial (par exemple dans la magnétosphère terrestre). Leur comportement, notamment leur formation spontanée à basse altitude et par temps calme, reste un sujet de recherche.

Le cas de Patagonie illustre ainsi la frontière ténue entre le connu et l’inconnu. Les outils et concepts de la physique moderne existent, mais ils ne suffisent pas toujours à expliquer chaque observation précise. C’est cette zone grise, entre folklore, ovnis et science de l’atmosphère, que les chercheurs chiliens tentent désormais d’éclairer cliché après cliché.

Questions fréquentes

Quand et où exactement ces lumières ont-elles été photographiées ?

Le 21 janvier à 0 h 22, en pleine nuit d'été austral, sur une prairie isolée en Patagonie chilienne, loin de toute route, à l'aide d'une caméra automatique installée par l'université de Magallanes.

Pourquoi cette observation scientifique est-elle particulière ?

Contrairement aux témoignages visuels classiques, cette capture provient d'un dispositif automatique calibré et fiable dans le cadre d'un protocole scientifique strict, avec métadonnées précises et sans manipulation humaine possible.

Quelle est l'hypothèse scientifique la plus probable selon les chercheurs ?

L'analyste Freddy Alexis privilégie l'hypothèse d'un plasmoïde, une bulle de gaz ionisé confinée par le champ magnétique terrestre et stable quelques secondes, bien que cette hypothèse reste non confirmée.

Existe-t-il un phénomène similaire ailleurs dans le monde ?

Oui, les « lumières de Hessdalen » en Norvège, observées depuis les années 1980 dans une vallée spécifique avec des caractéristiques énigmatiques similaires, sans explication pleinement satisfaisante à ce jour.

Pourquoi la foudre en boule classique est-elle peu probable ici ?

C'était l'été austral avec une température d'environ 8 °C sans orage électrique, tandis que la foudre en boule se manifeste généralement lors de tempêtes violentes.
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