Dans de nombreux jardins français, la souche laissée après l’abattage d’un arbre dérange. Pourtant, au Royaume-Uni, des spécialistes appellent à la préserver.
Longtemps considérée comme un déchet de jardinage à éliminer au plus vite, la souche d’arbre suscite aujourd’hui un changement de regard. Comme le rappellent les experts cités par le média britannique Express, ce tronc coupé peut devenir un véritable moteur de biodiversité, à condition de respecter quelques règles de bon sens, transposables dans les jardins français.
Un vieux réflexe : arracher la souche pour avoir un jardin « propre »
Dans l’imaginaire de beaucoup de propriétaires, une belle pelouse rime avec surface lisse et parfaitement tondue. La souche laissée au milieu du gazon est perçue comme une gêne visuelle et pratique : elle complique la tonte, fait buter la tondeuse, peut faire trébucher un enfant ou un invité et ruine l’effet « jardin bien rangé ».
Après l’abattage d’un arbre, le réflexe est alors souvent le même : appeler une entreprise pour « finir le travail » et dessoucher. Les professionnels d’élagage, en France comme au Royaume-Uni, rappellent pourtant que cette opération n’a rien d’anodin. Elle nécessite une rogneuse de souche, une mini-pelle ou des techniques de dévitalisation étalées sur plusieurs mois, avec un coût non négligeable et un chantier parfois lourd.
Le dessouchage reste une intervention technique, bruyante et souvent coûteuse, alors que dans bien des cas la souche peut simplement rester en place.
Des guides de travaux spécialisés expliquent déjà que conserver la souche reste une option valable lorsqu’elle ne gêne ni la circulation, ni un projet d’aménagement, et lorsque l’arbre abattu n’était pas malade. Un point de vue désormais renforcé par des jardiniers naturalistes et des associations de protection de la faune.
Un trésor de biodiversité caché dans le bois mort
Pour ces spécialistes, la souche n’est plus un « reste inutile », mais un élément à part entière de l’écosystème du jardin. Le bois mort héberge une myriade d’organismes invisibles à l’œil nu : champignons, bactéries, micro-invertébrés, larves… Tout un petit monde qui participe à la décomposition du bois et au cycle de la matière organique.
Dans son livre The Joyful Environmentalist, la militante britannique Isabel Losada, citée par Express, résume cette philosophie de manière très directe : « Ne nettoyez pas votre jardin. Si quelque chose meurt – n’importe quoi – laissez-le tranquille ». Elle explique que « les insectes sont là pour aider à décomposer tout ce qu’ils trouvent et ce processus nourrit à la fois ces insectes et la terre ». Pour elle, « en gros, tout ce qui pourrit est une bonne nouvelle ».
Appliqué à une souche, ce principe change tout. Au fil des années, le bois se creuse, se fissure, retient l’humidité. Il devient un abri pour de nombreux insectes, des coléoptères aux cloportes, mais aussi pour de petits amphibiens ou des araignées. Cette faune nourrit ensuite les oiseaux insectivores, les hérissons ou les chauves-souris, dont beaucoup sont en déclin en Europe.
Une souche en décomposition lente agit comme un garde-manger et un refuge pour la petite faune, tout en restituant progressivement au sol les nutriments stockés par l’arbre.
Isabel Losada recommande aussi de laisser au sol les fruits tombés des arbres fruitiers, comme les pommes, poires ou prunes. À la fin de l’été, « des papillons comme le vulcain et la belle-dame se nourriront de leur jus ». Une manière simple de transformer un coin de jardin en station-service pour pollinisateurs.
Ce que dit la Royal Horticultural Society au Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, la Royal Horticultural Society (RHS), une importante société horticole comparable à une grande société savante de jardinage, milite elle aussi pour un usage raisonné du bois mort. Citée par Express, elle affirme : « Dans la plupart des cas, il n’est pas nécessaire d’enlever un arbre mort et le bois mort encore debout est incroyablement précieux pour la faune ».
La RHS propose même des solutions pour ceux qui n’aiment pas l’apparence d’un tronc sec ou d’une souche sombre au milieu du jardin. Elle suggère de faire appel à un « artiste à la tronçonneuse » pour transformer la souche en sculpture décorative. Autre option mise en avant : installer une plante grimpante vigoureuse, comme une rose ou une clématite, qui viendra recouvrir la souche de fleurs et de feuillage.
- Sculpture taillée directement dans la souche pour un effet décoratif fort.
- Souche laissée brute, entourée de plantes vivaces et de graminées.
- Grimpantes (rosier, clématite, chèvrefeuille) pour masquer et valoriser le bois mort.
- Perçage de cavités dans la souche pour en faire un hôtel à insectes naturel.
Ces idées, nées au Royaume-Uni, s’adaptent facilement aux jardins français, en campagne comme en ville. L’enjeu reste le même : réconcilier esthétisme, sécurité et respect de la biodiversité locale.
Souche à garder ou à enlever : les bons critères pour décider
Les experts interrogés par Express ne prônent pas une règle absolue. Ils invitent à évaluer chaque situation au cas par cas, en utilisant quelques critères simples que les jardiniers français peuvent reprendre.
| Situation | Tendance recommandée |
|---|---|
| Souche loin des passages, arbre abattu sain | Conservation possible, intégration dans le jardin |
| Souche sur un chemin, près d’une aire de jeux | Retrait conseillé pour limiter les chutes |
| Projet de terrasse, piscine ou extension | Dessouchage préalable par un professionnel |
| Arbre atteint d’une maladie contagieuse | Souche à enlever pour éviter la propagation |
| Souche très proche d’une maison ou de réseaux enterrés | Étude par un pro, retrait souvent privilégié |
Lorsqu’aucun projet majeur n’est prévu et que la souche se situe en bord de massif, au fond du jardin ou dans un coin peu fréquenté, sa conservation ne pose généralement pas de problème. Elle peut même devenir un élément central d’un coin nature : petite table basse rustique, banc improvisé, base pour un pot de fleurs ou pour un nichoir.
Le vrai sujet n’est pas de bannir le dessouchage, mais de le réserver aux cas où la sécurité, la santé des végétaux ou un chantier à venir le justifient vraiment.
À l’inverse, à proximité immédiate d’une maison, d’un mur ou d’une canalisation, mieux vaut demander l’avis d’un élagueur ou d’un paysagiste. En cas de maladie de l’arbre (champignons lignivores, parasites invasifs), le retrait de la souche limite les risques de contamination des autres sujets au jardin. Les spécialistes recommandent alors d’éviter les produits chimiques dévitalisants et de privilégier un enlèvement mécanique par un professionnel équipé.
Ce que cela change pour les jardiniers en France
Si le débat rapporté par Express se déroule au Royaume-Uni, les questions posées concernent directement les jardins français. En France, les entreprises d’élagage proposent aussi le dessouchage systématique, souvent en option après l’abattage d’un arbre. Or, les arguments mis en avant par Isabel Losada et la Royal Horticultural Society trouvent un écho dans les recommandations des associations naturalistes françaises et du Muséum national d’Histoire naturelle.
La tendance va vers des jardins plus « vivants », où l’on laisse une part d’herbes folles, de haies libres et de bois mort pour soutenir insectes pollinisateurs, oiseaux et petits mammifères. Garder une souche, lorsque les conditions s’y prêtent, s’inscrit dans cette logique.
Les collectivités françaises commencent d’ailleurs à valoriser le bois mort dans certains parcs, en le regroupant sous forme de tas, de troncs couchés ou de « îlots de sénescence » dans les massifs. Les particuliers peuvent s’en inspirer à plus petite échelle, en transformant la souche en micro-habitat plutôt qu’en contrainte.
Transformer sa souche en atout : idées pratiques et précautions
Pour un lecteur français, la question devient donc très concrète : que faire, demain, de la souche au fond du jardin ? Plusieurs pistes ressortent des recommandations citées par Express et des pratiques déjà visibles en France.
- La creuser légèrement pour y installer un peu de terre et des plantes vivaces peu exigeantes.
- La conserver en hauteur comme support pour des pots, une mangeoire à oiseaux ou un petit hôtel à insectes.
- Y fixer un nichoir ou une mangeoire, en s’assurant de la stabilité du bois.
- Entourer la souche de plantes couvre-sol pour l’intégrer au paysage.
Une précaution revient souvent : surveiller l’évolution de la souche dans le temps. Le bois finit par se décomposer complètement, ce qui peut créer un petit creux dans le sol. Dans un potager ou une allée, ce trou devra être comblé. Dans un massif, il pourra au contraire être utilisé comme poche de plantation très riche en matière organique.
Enfin, la souche constitue un bon support pour expliquer aux enfants ce qu’est la décomposition naturelle : observer les insectes, les champignons, toucher les différentes textures du bois, suivre au fil des saisons la transformation du tronc en terre brune. Une manière simple d’aborder la notion de cycle de vie des arbres et de recyclage naturel des nutriments.









