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Les psychologues sont formels : il existe trois types de menteurs en couple, et le troisième ne ment pas pour éviter les conflits

Les psychologues sont formels : il existe trois types de menteurs en couple, et le troisième ne ment pas pour éviter les conflits

Une vaste étude menée aux États‑Unis distingue trois profils de menteurs en couple, aux motivations très différentes et aux conséquences parfois lourdes sur la relation.

Publiée dans deux revues scientifiques anglo‑saxonnes, et relayée par le média spécialisé PsyPost, cette recherche américaine propose une grille de lecture inédite des mensonges au sein du couple. Loin de l’idée d’un « menteur type », les psychologues identifient trois profils bien distincts, dont l’un ne ment quasiment jamais… et un autre utilise la tromperie comme véritable arme relationnelle.

Un mensonge en couple ne dit pas seulement ce qu’il cache, mais pourquoi il est raconté

Les travaux ont été menés par Tim Cole, professeur associé à l’université DePaul à Chicago, spécialiste de la communication et auteur de l’ouvrage « Broken Trust: Overcoming an Intimate Betrayal ». Avec la psychologue Kellie Stonebrook, il a suivi plusieurs milliers d’adultes vivant une relation amoureuse, tous résidant aux États‑Unis.

Leur objectif : comprendre ce qui pousse concrètement une personne à mentir à son partenaire, au‑delà des explications habituelles comme « éviter une dispute » ou « ne pas blesser l’autre ».

Les chercheurs montrent que deux personnes peuvent raconter exactement le même mensonge, mais pour des raisons radicalement opposées, révélatrices de la santé de leur couple.

Les auteurs s’appuient sur deux grands cadres théoriques de la psychologie :

  • la théorie de l’attachement, qui décrit la manière dont chacun gère la proximité émotionnelle et la peur de l’abandon ;
  • les « traits sombres » de la personnalité (appelés Dark Tetrad) : narcissisme, psychopathie, machiavélisme et sadisme au quotidien.

Sept raisons principales de mentir à son partenaire

Dans un premier temps, Tim Cole et Kellie Stonebrook ont construit un outil de mesure, la « Motives for Romantic Deception Scale », à partir des réponses de 926 Américains en couple. Ils ont passé au crible une longue liste de motifs possibles avant de la réduire à sept grandes catégories.

Motif But du mensonge
Éviter le conflit Échapper à une dispute ou à une tension
Protéger la vie privée Garder pour soi certaines informations pour préserver son autonomie
Camoufler une erreur Cacher un faux pas embarrassant ou potentiellement reprochable
Épargner les sentiments Ne pas blesser l’autre, préserver son estime de soi
Attirer l’attention Se rendre plus intéressant ou se mettre en valeur
Éviter le sexe Se soustraire à une relation intime non désirée
Nuire volontairement Faire souffrir l’autre ou le déstabiliser

Ces motifs ont ensuite été validés auprès d’un second groupe de 740 personnes. Les chercheurs ont pu les relier à deux formes d’insécurité affective bien connues :

  • attachement anxieux : besoin très fort de lien, peur d’être quitté, recours à des mensonges pour ne pas être rejeté (cacher une erreur, embellir la réalité) ;
  • attachement évitant : malaise face à la proximité, besoin de distance, tendance à mentir pour protéger sa sphère privée ou esquiver l’intimité physique.

Trois types de menteurs en couple mis au jour

La deuxième partie du travail, publiée dans une autre étude, s’est appuyée sur 567 adultes mariés ou en relation stable depuis en moyenne 14 ans. Tous ont rempli des questionnaires sur :

  • leurs raisons de mentir en couple ;
  • leur style d’attachement (sécure, anxieux, évitant) ;
  • leurs traits de personnalité « sombres » ;
  • leur satisfaction conjugale ;
  • la fréquence à laquelle ils mentent à leur partenaire.

Les données ont ensuite été analysées grâce à une méthode statistique appelée « analyse de profils latents », qui repère des groupes de comportements similaires. Trois grands profils émergent alors.

Les « partenaires transparents » : ceux qui mentent le moins

Premier groupe identifié : les « partenaires transparents », qui représentent environ 38 % de l’échantillon. Ils se distinguent par un recours très rare au mensonge.

Les partenaires transparents sont majoritairement attachés de manière sécure, rapportent les relations les plus satisfaisantes et présentent des niveaux extrêmement bas de traits de personnalité antagonistes.

Chez eux, la transparence est la stratégie par défaut pour gérer conflits et frustrations. Les petits arrangements avec la vérité ne structurent pas leur fonctionnement de couple. Ce profil s’accompagne de :

  • forte confiance dans le partenaire ;
  • faible peur de l’abandon ;
  • capacité à dire les choses directement, sans chercher à manipuler.

Les « apaisants stratégiques » : ceux qui mentent surtout pour garder la paix

Deuxième profil, le plus répandu avec 48 % des participants : les « apaisants stratégiques » (Strategic Soothers). Ces personnes mentent, mais principalement pour préserver l’harmonie de la relation :

  • éviter les disputes ;
  • protéger la sensibilité de l’autre ;
  • cacher certaines erreurs ;
  • préserver un peu de vie privée.

Point clé : ces menteurs n’utilisent presque jamais le mensonge pour faire du mal ou briller aux yeux des autres. Leurs scores sur les motifs « nuire volontairement » et « attirer l’attention » sont particulièrement bas.

Les apaisants stratégiques mentent souvent pour maintenir le lien, pas pour l’exploiter, mais leur satisfaction de couple reste inférieure à celle des partenaires transparents.

Psychologiquement, ils présentent un niveau moyen d’insécurité affective mais très peu de traits narcissiques ou manipulateurs. Pour les chercheurs, leur recours au mensonge ressemble à une stratégie d’auto‑protection : ils craignent la confrontation et se servent des demi‑vérités comme bouclier.

Les « stratèges antagonistes » : ceux qui mentent le plus et s’en servent comme arme

Dernier groupe, et le plus inquiétant : les « stratèges antagonistes », environ 14 % de l’échantillon. Ces partenaires valident l’ensemble des motifs de mensonge, y compris les plus agressifs.

Les stratèges antagonistes sont ceux qui mentent le plus souvent, pour toutes les raisons possibles, et déclarent la plus faible satisfaction relationnelle.

Chez eux, le mensonge peut viser à :

  • faire souffrir l’autre ou le contrôler ;
  • alimenter leur ego, attirer l’attention ;
  • éviter l’intimité, y compris sexuelle ;
  • masquer des comportements problématiques.

Ce profil cumule :

  • forte insécurité affective ;
  • niveaux élevés de narcissisme, de psychopathie, de machiavélisme et de sadisme au quotidien.

Pour ce type de partenaire, la tromperie devient un outil de pouvoir et de contrôle. Les auteurs soulignent qu’une thérapie de couple « classique » peut même présenter un risque, car la personne la plus manipulatrice peut utiliser les échanges pour mieux repérer les failles de l’autre.

Mensonge en couple : ce que cela change pour les thérapeutes… et pour le quotidien

Pour les psychologues américains cités par PsyPost, ces résultats ont des applications concrètes. Identifier le profil dominant aide à adapter la prise en charge.

  • Avec un apaisant stratégique, le travail thérapeutique consiste à renforcer la confiance dans la confrontation honnête, montrer qu’un désaccord n’aboutit pas forcément à une rupture.
  • Avec un stratège antagoniste, la priorité devient la sécurité du partenaire, la mise en place de limites claires et la prévention des abus émotionnels.

Les chercheurs insistent toutefois : il ne s’agit pas d’enfermer quelqu’un à vie dans une case. Il est question de tendances, pas d’étiquettes définitives, et les données ne permettent pas encore de dire si ces profils sont la cause ou la conséquence des difficultés du couple.

Mensonge et couple : quels repères pour un lecteur français ?

Les travaux ont été conduits aux États‑Unis, sur une population majoritairement blanche et plutôt aisée. Les mécanismes psychologiques décrits (attachement, traits de personnalité, stratégies de mensonge) s’appliquent toutefois largement aussi aux couples en France, où ces théories sont utilisées par les thérapeutes conjugaux et les psychologues cliniciens.

Dans un cabinet de psychologue français ou auprès d’un conseiller conjugal, ces profils peuvent servir de repère :

  • un couple où les mensonges sont rares, assumés et discutés se rapproche des partenaires transparents ;
  • un couple qui évite systématiquement les sujets qui fâchent au prix de petites contre‑vérités rappelle les apaisants stratégiques ;
  • une relation marquée par le dénigrement, le contrôle, la culpabilisation et les mensonges répétés peut évoquer les stratèges antagonistes, ce qui doit alerter.

En France, en cas de souffrance durable dans le couple, un premier recours passe souvent par :

  • une consultation auprès d’un psychologue ou d’un psychiatre en libéral ou en centre médico‑psychologique ;
  • un conseiller conjugal et familial, profession présente dans de nombreuses associations familiales ;
  • les numéros d’écoute spécialisés pour les situations de violences conjugales si le mensonge s’inscrit dans un contexte de contrôle ou de domination.

Pourquoi certains « petits mensonges » ne règlent rien sur la durée

L’un des points soulignés par Tim Cole concerne les apaisants stratégiques. Même si leurs mensonges servent à protéger la relation, ils restent associés à une satisfaction de couple plus faible que chez les partenaires transparents.

Les petits mensonges « pour ne pas faire d’histoire » peuvent momentanément calmer le jeu, mais ils ne font pas disparaître l’insécurité affective qui les déclenche.

À long terme, ce fonctionnement risque de :

  • créer un décalage entre ce que chacun ressent vraiment et ce qui est exprimé ;
  • retarder la mise à plat de sujets sensibles (argent, projet d’enfant, sexualité, famille) ;
  • entretenir l’idée que la vérité est dangereuse, donc renforcer encore la peur de parler.

À l’inverse, les partenaires transparents ne sont pas exempts de tensions, mais ils ont davantage tendance à affronter les désaccords de manière directe. Cette habitude limite l’accumulation de non‑dits et renforce la confiance réciproque.

Repérer son profil et celui de son partenaire

Les chercheurs rappellent que personne n’est enfermé dans un type pour la vie. Les profils peuvent évoluer avec l’histoire personnelle, la qualité de la relation et, le cas échéant, un suivi psychologique. Ces études donnent néanmoins quelques pistes de repérage.

  • Si vous mentez rarement, que vous vous sentez globalement en sécurité dans votre couple et que vous parlez assez facilement des sujets délicats, vous vous rapprochez des partenaires transparents.
  • Si vous arrangez souvent la réalité pour éviter les disputes ou ne pas décevoir votre partenaire, sans intention de nuire, les traits des apaisants stratégiques peuvent vous parler.
  • Si le mensonge sert régulièrement à garder le contrôle, tester l’autre, le rabaisser ou masquer des comportements problématiques, certains éléments des stratèges antagonistes sont présents et doivent constituer un signal d’alerte.

Les prochaines recherches de l’équipe de Tim Cole viseront d’ailleurs à suivre des couples sur le long terme pour voir comment ces schémas se transforment, notamment lorsque deux profils similaires ou très différents vivent ensemble. Les scientifiques comptent intégrer d’autres dimensions clés des relations amoureuses, comme la confiance, la jalousie, l’empathie ou la capacité à pardonner.

Questions fréquentes

Quels sont les trois types de menteurs en couple identifiés par l'étude ?

Les partenaires transparents qui mentent très rarement, les apaisants stratégiques qui mentent pour préserver la paix relationnelle, et les stratèges antagonistes qui utilisent le mensonge comme arme de contrôle et de pouvoir.

Pourquoi les apaisants stratégiques mentent-ils si ce n'est pas pour faire du mal ?

Ils mentent principalement pour éviter les disputes, protéger la sensibilité de l'autre, cacher certaines erreurs et préserver leur intimité, utilisant le mensonge comme stratégie d'auto-protection face à leur crainte de la confrontation.

Comment reconnaître un stratège antagoniste en couple ?

Ce type de partenaire ment très fréquemment, cumule des traits de narcissisme et de machiavélisme, recourt au mensonge pour faire souffrir ou contrôler l'autre, et rapporte une très faible satisfaction relationnelle.

La thérapie de couple classique est-elle efficace avec un stratège antagoniste ?

Non, elle peut même être risquée car le partenaire manipulateur peut utiliser les échanges thérapeutiques pour mieux identifier et exploiter les failles de l'autre.

Quel est le lien entre le style d'attachement et le type de mensonge en couple ?

L'attachement anxieux pousse à mentir pour ne pas être rejeté, tandis que l'attachement évitant incite à mentir pour protéger sa sphère privée et esquiver l'intimité. L'attachement sécure, lui, caractérise les partenaires transparents.
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