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Un tiers des enfants ne savent plus tenir un livre en arrivant à l’école : ils « le font glisser comme un smartphone »

Un tiers des enfants ne savent plus tenir un livre en arrivant à l'école : ils « le font glisser comme un smartphone »

Au Royaume-Uni, un vaste sondage alerte sur le niveau de préparation des enfants entrant à l’école, entre écrans omniprésents et manque d’autonomie.

Un rapport britannique sur la « préparation scolaire » des tout-petits pointe des difficultés inédites chez les enfants qui feront leur rentrée en 2025. Comme le rapporte ce travail de l’organisme caritatif Kindred Squared, relayé par un média scientifique anglophone, une partie importante des élèves de 4 à 5 ans n’a plus les bases attendues… y compris pour utiliser un simple livre.

Un tiers des enfants ne savent plus manipuler un livre

L’enquête, menée au Royaume-Uni auprès de plus de 2 000 parents et enseignants, dresse un constat préoccupant : 37 % des enfants qui entreront à l’école en 2025 ne remplissent pas les critères fondamentaux de « préparation ». Il ne s’agit ni de savoir compter ni de réciter l’alphabet, mais de compétences très basiques du quotidien.

Les enseignants interrogés signalent que 28 % des élèves ne savent pas utiliser un livre correctement. Certains tentent :

  • de faire glisser les pages avec le doigt comme sur un écran de smartphone,
  • de tapoter les pages comme s’il s’agissait d’une tablette,
  • de manipuler l’objet comme un écran interactif plutôt que comme un support à feuilleter.

Cette confusion entre livre et écran illustre l’impact direct des usages numériques sur les gestes de base liés à la lecture.

Pour les enseignants, cette difficulté ne relève pas seulement d’une maladresse. Elle révèle un manque de familiarité avec les livres physiques, qui devraient pourtant faire partie de l’environnement quotidien d’un enfant avant l’école.

Toilettes, séparation, attention : des bases qui manquent à l’appel

La « récession de préparation » pointée par le rapport ne se limite pas aux livres. Les chiffres rassemblés par Kindred Squared montrent des retards sur plusieurs plans essentiels :

Compétence à l’entrée à l’école Part des enfants en difficulté
Propreté / usage autonome des toilettes 26 %
Gestion de la séparation avec les parents 32 % « très bouleversés »
Capacité à rester assis pendant la leçon 44 %
Utilisation correcte d’un livre 28 %

Dans le système britannique, les enfants entrent en « Reception » en septembre suivant leur 4e anniversaire, soit entre 4 et 5 ans. Sur le papier, une large majorité des parents (88 %) se disent convaincus que leur enfant est prêt. Mais le ressenti des équipes pédagogiques diffère fortement des perceptions familiales.

Les témoignages des parents illustrent aussi le décalage entre objets numériques et objets physiques. L’une des mères interrogées défend ainsi l’usage des écrans :

« Nous vivons dans un monde technologique, donc ils doivent bien s’habituer à la technologie d’une manière ou d’une autre », affirme-t-elle dans l’enquête.

Une autre raconte :

« Ma fille fait glisser son doigt sur la télévision. Je lui dis : non, chérie, ça ne marche pas comme ça », explique ce parent, cité dans le rapport.

Derrière ces anecdotes, les enseignants constatent qu’une partie de la journée ne sert plus à enseigner, mais à gérer des besoins de base.

Quand les profs deviennent auxiliaires de vie

Les conséquences concrètes sur le temps d’enseignement sont chiffrées. Selon les données recueillies, les enseignants consacrent en moyenne 2,4 heures par jour à des tâches liées aux besoins non scolaires des enfants. Sur ce total, 1,4 heure est absorbée par l’accompagnement à l’usage des toilettes.

Chaque journée de classe se trouve amputée de plusieurs heures d’enseignement au profit de tâches de soin, avec un effet domino sur l’ensemble du niveau scolaire.

Cette bascule de rôle – d’enseignant à quasi-aidant – pèse fortement sur les équipes. Le rapport indique que :

  • 55 % des personnels déclarent une hausse de leur niveau de stress,
  • près d’un sur cinq cite ces difficultés comme motif de départ ou de volonté de quitter le métier.

Moins de temps d’apprentissage pour les élèves les plus en difficulté signifie aussi moins de disponibilité pour ceux qui sont prêts. À terme, l’ensemble de la classe avance plus lentement. Les auteurs de l’étude parlent d’un système éducatif conçu sur l’idée que la « phase 0 », celle vécue à la maison avant l’école, fonctionne au minimum. Quand ce socle s’effrite, c’est toute la mécanique de l’école publique qui se grippe.

Écrans courts, attention raccourcie : un contexte mondial

Le rapport se concentre sur le Royaume-Uni, mais les constats évoqués par l’article rejoignent des préoccupations présentes dans de nombreux pays développés. Les parents peinent à encadrer la place des écrans dans la vie des jeunes enfants, en particulier les vidéos très courtes.

Les formats de type vidéos courtes, accessibles sur des plateformes spécialisées, habituent les enfants à une gratification immédiate : un geste, une nouvelle vidéo, sans effort d’attente ni de concentration. Avant même que leur capacité d’attention ne se soit pleinement construite, certains enfants passent d’un contenu à l’autre en quelques secondes.

Dans ce contexte, l’idée de rester assis dix minutes pour écouter une histoire lue à voix haute devient un défi, voire une source de frustration. Les enseignants se retrouvent alors à devoir d’abord apprendre à « tenir en place » avant de pouvoir commencer l’apprentissage formel.

Le coût de la vie, autre accusé désigné par les parents

Les difficultés ne tiennent pas qu’à la technologie. Le rapport souligne que 49 % des parents et 44 % des personnels éducatifs désignent la hausse du coût de la vie comme un facteur majeur. Quand les adultes enchaînent les heures pour payer le loyer, certaines routines éducatives passent au second plan.

Lecture partagée, apprentissage de la propreté, moments de discussion : ces activités demandent du temps, de la disponibilité mentale et une certaine sérénité financière.

L’étude met aussi en lumière le rôle déterminant de la scolarisation précoce. Les écarts sont qualifiés de « jour et nuit » entre les enfants passés par une structure de petite enfance – équivalent d’une crèche ou d’un jardin d’enfants – et ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Dans ces lieux, les attentes en matière d’autonomie, de langage et de socialisation sont plus élevées et mieux ritualisées.

Mais l’accès à ces structures devient, au Royaume-Uni, un privilège : hausse des coûts, services fragilisés par la période post-Covid, offre insuffisante. Résultat, nombre de familles ne peuvent plus y inscrire leurs enfants, ou seulement de manière très limitée.

Ce que recommandent les spécialistes pour les parents

Face à cette « récession de préparation », le rapport insiste sur des gestes simples, à la portée de nombreux foyers lorsque les conditions le permettent. La priorité, selon les auteurs, consiste à développer l’autonomie plutôt que les performances académiques précoces.

  • Travailler l’indépendance au quotidien
    Apprendre à l’enfant à mettre son manteau, utiliser une cuillère, aller aux toilettes, se laver les mains, se déshabiller et se rhabiller. Les enseignants se soucient moins de savoir si un enfant de 4 ans connaît déjà des notions avancées que de sa capacité à gérer ces actes simples sans aide constante.
  • Renforcer le langage
    Les compétences langagières reculent, selon le rapport. Les échanges verbaux, les histoires racontées et les chansons contribuent à structurer la pensée, le vocabulaire et la mémoire.
  • Réintroduire le livre papier dans le quotidien
    La lecture d’un livre physique pendant environ 20 minutes par jour ressort comme l’un des meilleurs indicateurs de réussite future à l’école. L’objet impose un rythme : on tourne les pages, on suit l’histoire du début à la fin, sans « zapper ».
  • Lire un livre papier ne se résume pas à l’apprentissage de la lecture. C’est aussi un entraînement à la patience, à l’anticipation et à la compréhension d’une histoire structurée. Contrairement aux contenus vidéo en flux continu, l’enfant doit accepter de rester avec les mêmes personnages, dans la même histoire, pendant un certain temps.

    Les parents réclament un cadre national au Royaume-Uni

    Un autre enseignement majeur du rapport concerne la demande d’accompagnement. Selon les données citées, 94 % des parents interrogés souhaitent des recommandations nationales claires sur ce que signifie « être prêt » pour l’école.

    La plupart des familles disent recevoir ces informations « trop peu, trop tard », alors que beaucoup aimeraient être guidées avant même que leur enfant n’ait 4 ans.

    Derrière les comportements individualisés – écrans, livres, autonomie – se pose la question du soutien collectif : temps disponible, ressources de garde, services publics de petite enfance, campagnes d’information. Les auteurs du rapport avertissent : si les parents ne sont pas aidés plus tôt et de manière concrète, la prochaine génération risque de cumuler retards scolaires et difficultés sociales.

    Et en France, où en est la préparation à l’école ?

    Pour un lecteur français, ces chiffres venus du Royaume-Uni font écho à plusieurs débats déjà présents. En France, l’école maternelle accueille la plupart des enfants dès 3 ans, avec une obligation de scolarité à partir de cet âge. Ce cadre favorise un apprentissage progressif de la vie en collectivité, de la séparation et des gestes d’autonomie.

    Les enseignants de maternelle, comme leurs homologues britanniques, observent toutefois des tensions similaires : place croissante des écrans, difficultés de concentration, langage parfois moins riche qu’auparavant. Les structures de petite enfance – crèches, assistantes maternelles, jardins d’enfants – jouent un rôle comparable à celui des nurseries britanniques, mais leur accès reste lui aussi marqué par des contraintes de coût, de places disponibles et d’organisation familiale.

    Les autorités françaises publient régulièrement des repères sur le développement de l’enfant et la préparation à l’école, via des organismes publics ou des campagnes d’information. L’objectif reste proche de celui exprimé par les parents britanniques : mieux cadrer ce qu’on attend d’un enfant à 3, 4 ou 5 ans, sans le transformer en élève de primaire avant l’heure.

    Pourquoi le livre papier reste un outil central

    La situation décrite au Royaume-Uni met en lumière un objet parfois jugé « dépassé » : le livre physique. Pour un jeune enfant, manipuler un livre mobilise plusieurs compétences à la fois :

    • la motricité fine, pour tourner les pages une à une ;
    • l’orientation spatiale, pour comprendre le sens de lecture ;
    • la structuration du temps, en suivant une histoire qui progresse ;
    • la capacité à supporter l’attente, puisqu’on ne peut pas « sauter » en un geste à la fin.

    À l’inverse, le réflexe de « faire glisser comme un smartphone » montre que l’enfant associe tout support rectangulaire à un écran tactile réactif. Ce réflexe n’est pas une faute en soi, mais un indice du peu de temps passé avec des livres avant l’entrée à l’école.

    Pour limiter ce décalage, certains enseignants recommandent des rituels simples : le même livre relu plusieurs soirs de suite, l’enfant qui tourne lui-même les pages, une discussion rapide à la fin de l’histoire sur les personnages et ce qu’ils ressentent. Ces pratiques entraînent à la fois le langage, l’attention et l’empathie.

    Une alerte qui dépasse les frontières britanniques

    Le rapport de Kindred Squared, qui se penche sur la rentrée 2025 au Royaume-Uni, montre surtout que les parents ne manquent pas de bonne volonté, mais de soutien structuré. L’étude souligne que beaucoup réclament non seulement des informations, mais aussi le temps et les moyens concrets nécessaires pour accompagner leurs enfants dans ces apprentissages de base.

    Les enjeux décrits – omniprésence des écrans, coût de la vie, accès aux structures de petite enfance, fragilisation du métier d’enseignant – concernent des sociétés bien au-delà du Royaume-Uni. Le constat sur ces enfants qui font glisser un livre comme un smartphone sert ici de symbole : sans accompagnement adapté, la génération qui arrive à l’école risque d’être à la fois très connectée… et moins armée pour les apprentissages les plus simples.

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